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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 09:40
© Altitude Drone / Shutterstock

© Altitude Drone / Shutterstock

En rentrant du pays du Cèdre, le pape Jean-Paul II avait lancé : « Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message !  » Au moment où les regards se tournent vers Marseille, à l’occasion du Congrès mondial de la nature, organisé par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), permettez-moi d’oser dire la même chose à propos de ma chère cité phocéenne : Marseille est plus qu’une ville : c’est un message ! Un message où la détresse se mêle à l’espérance.
La détresse, parce que Marseille est blessée dans sa chair. Sous nos yeux, des mafias meurtrières et sans scrupule transforment la jeunesse des quartiers pauvres en chair à canon pour trafics en tous genres : armes, drogues, prostitution, etc. Cet été, la liste des morts, de plus en plus jeunes, s’est dramatiquement allongée et des populations entières se sont retrouvées prises au piège de leur environnement. Quand j’étais enfant, nous habitions les Quartiers Nord, à Saint-Barthélemy, dans une cité HLM pour agents de la SNCF. Les cités avoisinantes avaient des noms poétiques : Font-Vert, La Busserine, La Marine Bleue et La Marine Blanche, Les Rosiers et les Marronniers. Aujourd’hui, ces noms poétiques sont ensanglantés, les cités sont devenues des ghettos et depuis longtemps, dans les autres quartiers de la ville, l’indifférence a étouffé l’indignation. Marseille reste fière mais elle est meurtrie : d’un côté, elle continue de sourire pour charmer les touristes et se distraire au Stade ; de l’autre, elle s’enfonce dans la violence et pleure sa jeunesse. À quand un réveil des consciences ? Pourquoi et comment les réseaux de trafic ont-ils pris autant de pouvoir, narguant la République, ses lois et sa justice ? Jusqu’à quand les consommateurs de stupéfiants ne comprendront-ils pas la complicité qu’ils entretiennent avec les réseaux de la mort ? Marseille, certes, a besoin de moyens que seul l’État peut lui donner. Mais tous les moyens du monde ne sauraient suffire si les consciences ne se réveillent pas.
Comme archevêque de Marseille, je veux cependant croire que les consciences ne sont pas irrémédiablement endormies ou anesthésiées. Comme le Liban, cette ville est riche d’une étonnante capacité d’espérance, envers et contre tout. Tel est l’autre message de Marseille : rien n’est jamais perdu, pour peu qu’on ait du cœur ! Sillonnant la ville depuis des années, je sais le patient travail des associations de quartier, des clubs sportifs ou des centres sociaux. Je sais le dévouement de tant et tant d’enseignants, du privé et du public, au service de l’éducation des enfants des quartiers délaissés. En tant que responsable de la communauté catholique, je sais également le rôle précieux des communautés chrétiennes qui habitent ces quartiers, développent du soutien scolaire et accueillent les plus déshérités. Humblement mais résolument, des liens se tissent, j’en suis témoin, entre des croyants de religions différentes, qui prennent soin ensemble des plus pauvres et doivent parfois lutter, au sein même de leurs religions, contre les discours de division et d’exclusion. Mais je puis l’affirmer : l’espérance est invincible, quand elle est portée par des hommes et des femmes de bonne volonté, quelles que soient leurs religions ou leurs convictions. Et pour le chrétien que je suis, cette espérance n’est pas une illusion naïve, car elle procède de la Croix du Christ, mort pour tous afin que tous aient la Vie.
Marseille, as-tu du cœur ? Oui, je sais que tu en as, et bien plus que pour une célèbre partie de cartes ! Alors n’aie pas peur de reconnaître tes plaies et engage-toi à en combattre les causes. Car c’est en assumant sa vulnérabilité qu’on trouve le courage de son espérance. En accueillant le Congrès mondial de la nature chargé d’élaborer de nouvelles recommandations en faveur de la biodiversité en vue de la COP 15 en 2022, tu attires les regards du monde entier sur les rivages de la Méditerranée, cette mer qui a tissé ton histoire et te confie son avenir. Profite de cette opportunité pour te faire l’écho, non seulement de la clameur de la terre, mais aussi de la clameur des pauvres, d’une rive à l’autre de cette mer. Tu le sais d’expérience : rien ne sert de s’émerveiller devant la beauté de la nature si l’on ne sait pas s’indigner quand une vie humaine est bafouée. Je te dis tout cela, Marseille, non pas pour te donner des leçons, mais parce que je suis fier d’être Marseillais et que j’ai mal quand ma ville souffre ou est dénigrée.
Je te le dis, foi d’archevêque ! Marseille a une belle et grande mission. Plus qu’une ville, elle est un message pour le monde. Aidons-la à réussir et le monde réussira !

+ Jean-Marc Aveline
Archevêque de Marseille
31 août 2021

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 08:38
Geraud et Jonathan

Geraud et Jonathan

La Maison des Frères est née et fonctionne depuis 2011 grâce, au début, à la générosité informelle d’un petit nombre de personnes et s’est constituée en association en 2014 sous le sigle AMF : « Les Amis de la Maison des Frères ».
Cette maison a été pensée par les fondateurs, dont Frère Charles, Père Abbé de l’Abbaye bénédictine d’Abu-Gosh en Israël, comme une sorte de refuge pour des jeunes, souvent homosexuels, orphelins d’un ou des deux parents, exclus de leur environnement, famille, quartier, village, pour y trouver une écoute et un soutien, leur permettre d’apprendre à « vivre ensemble » et d’y puiser l’énergie de devenir autonomes.
Voici le témoignage de Geraud, membre du bureau de l’association, originaire du Togo, qui est retourné au Togo à Noël 2020.

« Ça m’a donné envie de faire quelque chose pour ces jeunes … » 
 En fait, j’ai vécu toute mon enfance et mon adolescence au Togo, d’abord au village dans le Sud-Est du pays, puis à Lomé où j’ai été scolarisé. Je suis arrivé en France à l’âge de 17 ans. J’ai eu la chance de pouvoir intégrer directement un lycée ce qui m’a permis de passer mon Bac. Après une formation de technicien supérieur dans les industries de l’énergie, je travaille désormais dans ce secteur d’activité, avec de nombreux déplacements dans toute la France. Evidemment je reste très proche des réalités de la vie au Togo (photo à gauche à Lomé avec Didier), même si, en 7 ans, le Togo a quand même évolué. Je suis revenu au pays pour la première fois en décembre dernier : la ville de Lomé a changé avec de nouvelles constructions. Il y a certains quartiers que je n’ai pas reconnus. Le coût de la vie a beaucoup augmenté. J’ai reparlé ma langue maternelle, le Ewé : au début, je n’osais pas vraiment parler de peur que l’on se moque de mon accent d’européen. Je comprenais tout, mais je n’osais pas … certains mots ne sortaient pas. Les jeunes parlaient de moi comme le « petit européen ». 
J’ai commencé à reprendre contact avec des personnes que j’ai connues pendant mon enfance mais je suis d’un naturel méfiant et il me faut du temps pour découvrir ce que les gens sont devenus. J’étais heureux d’être revenu au Togo, de reprendre contact avec mon enfance. Ça n’a pas toujours été facile et j’ai ressenti des moments de solitude, des moments - il faut le dire - un peu compliqués, mais j’ai toujours essayé de faire avancer les choses… Ce qui a été difficile aussi pour moi, c’est le décalage entre ma vie actuelle et celle d’un togolais du même âge et parfois la misère des jeunes que j’ai rencontrés au Togo. Les jeunes togolais pensent que nous, en Europe, on a tout, on est riche. Je sais que ce n’est pas vrai mais quand même, il vaut mieux être pauvre en France que pauvre en Afrique. Ça m’a donné envie de faire quelque chose pour ces jeunes, ça m’a fortement motivé pour m’investir dans l’association. Ça m’a poussé à distinguer les jeunes « profiteurs », de ceux qui ont de réels besoins. J’ai pris conscience que dans le bureau de notre association, c’est plus facile pour moi de comprendre certaines choses, de distinguer les mensonges de la vérité. 
Un des objectifs qui m’est apparu essentiel pour notre association est d’aider un plus grand nombre de jeunes, pas toujours les mêmes : un jeune doit venir à la maison avec un projet professionnel qu’il construit on l’aide 2 ou 3 ans, mais pas plus. Ensuite il doit avoir gagné son autonomie et laisser la place à de nouveaux jeunes qui prendront sa place. Chaque jeune doit comprendre que les aides financières, que nous lui accordons, sont temporaires. Il nous faudra quand même un responsable de la Maison : pour l’instant, nous avons pris une décision sage qui est d’observer le comportement des « leaders » du groupe, leur donner la responsabilité de gestion, voir comment ils gèrent également les inévitables tensions, etc... Dans quelques mois, nous en reparlerons au sein de notre bureau. La Maison des frères doit être comme une famille, on s’y sent bien, on peut y revenir quand on veut, mais on n’y reste pas toute sa vie. Un souvenir me revient au début de mon séjour : les jeunes m’ont accueilli un peu froidement, puis il y a eu la découverte des malversations de Richard, et enfin son départ. 
Et peu de temps après, ils ont commencé à respirer, à s’ouvrir à moi, à sortir de leur confinement. Ils ont commencé à m’appeler, non plus Geraud, mais « frère » : ça m’a beaucoup touché. Pour éviter de nouvelles malversations, j’ai proposé à notre bureau de faire transiter l’argent par un jeune, Jonathan (photo en tête), qui vit et travaille à Lomé et n’est pas lié à la maison. Ce jeune de 22 ans est le frère d’un ami d’enfance : j’ai commencé par tester sa loyauté de diverses manières et la confiance s’installe progressivement. Jonathan appartient à une famille sérieuse et respectée dans le quartier, avec de vraies valeurs religieuses. Nous avons un nouveau compte bancaire togolais et, dépense par dépense, je débloque (via internet) les sommes que Jonathan remet lui-même au jeune bénéficiaire. C’est Jonathan qui procède de la même façon aux achats importants, en payant les factures. Jonathan est également en mesure de rendre des services aux jeunes, par exemple en les aidant à constituer leurs dossiers de demande de carte d’identité. Pour la gestion quotidienne de la nourriture, gaz, électricité, etc… nous alternons chaque mois le responsable de la maison. Celui-ci nous rend des comptes régulièrement. La quantité de nourriture est désormais suffisante et nous avons sensibilisé les jeunes à une plus grande diversification de ce qu’ils mangent. Pour leur santé, ils consomment davantage de fruits, de légumes et de poisson. Bien sûr, leur alimentation reste centrée sur les 3 plats traditionnels : la pâte (farine de maïs), le foufou (ignames) et le riz. Il y a un vrai progrès car ils sont responsabilisés sur le budget comme sur la qualité de la nourriture. Actuellement, 7 jeunes résident en permanence à la maison et 6 ou 8 autres sont aidés ou y viennent souvent. La maison actuelle est un peu étroite. Si nous voulons pouvoir accueillir dans l’avenir d’autres jeunes qui sont dans le besoin, dans des situations pressantes - et ils sont nombreux – nous aurons à réfléchir à l’installation dans une maison plus grande. Avant cela, il faut vérifier que la vie à la maison se stabilise, les règles sont respectées, la crainte les a quittés. Il faudra aussi que nos moyens financiers le permettent et que nous trouvions de nouveaux donateurs. Oui, j’ai des contacts avec les jeunes tous les jours par mail, messages WhatsApp ou téléphone. C’est ce qui nous permet de mieux les connaitre et de comprendre leurs problèmes. Ma vie professionnelle est chargée mais j’essaie de garder au moins 2 soirs par semaine pour être disponible à eux. Je fais aussi périodiquement des réunions téléphoniques collectives qui permettent un débat. Ça me permet aussi de garder l’utilisation de ma langue maternelle. Quand j’ai quitté le Togo, j’ignorais tout de la réalité des gays. On ne peut pas se permettre au Togo de dire que l’on est gay. Ce sont des gens qui la plupart du temps sont très mal vus. La société togolaise n’a pas évolué en la matière. Même moi, quand j’ai quitté le Togo, j’avais les mêmes a priori. 
Un évènement au lycée, en France, a changé ma mentalité : j’ai appris par hasard qu’un des jeunes qui faisait partie de notre groupe d’amis, était homosexuel. J’ai eu un peu honte car, pour blaguer, on avait l’habitude de se traiter de PD entre nous. Une fille est venue me voir pour attirer mon attention sur l’orientation sexuelle de notre ami commun. J’étais tellement gêné en l’apprenant que j’ai passé 2 jours à méditer là-dessus. Désormais, j’ai changé d’avis, et, pour moi, que les jeunes soient gays ou pas, cela n’a aucune importance. Je suis fondamentalement contre les discriminations et je crois qu’il serait bien que des jeunes de divers horizons puissent adhérer à notre association. Je vérifierai quand même que les jeunes en question ne rejettent pas les gays. Si c’est possible, je crois qu’il serait bon que notre association visite de nouveau la maison en 2021. Je serais d’accord pour participer à ce séjour à Lomé, peut-être en septembre prochain, si la situation sanitaire le permet. Le bureau devra fixer clairement les objectifs de cette visite : connaissance plus approfondie des jeunes, questions sensibles du logement, du transport, des responsabilités dans la Maison, etc… 


Geraud SALLAH 


Editorial de « la lettre des amis de la maison des Frères » Avril 2021 n°28


http://lamaisondesfreres.org/

Bulletin d'adhésion à l'Association "Les Amis de la Maison des Frères"

Imprimer le Bulletin et adresser votre chèque et le bulletin renseigné à l'adresse indiquée

« Les amis de la maison des frères » au Togo

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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 13:55
Journée Nationale du Secours Catholique dimanche 15 novembre 2020

« Tendre la main ! »
La journée nationale du Secours Catholique coïncide avec la journée mondiale des pauvres, le 15 novembre... Le tout nouveau président du Comité diocésain nous en parle.
« Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s'il voit son frère dans le besoin sans se laisser attendrir, comment l'amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 17-18).
Ces paroles de l'apôtre Jean expriment un appel qu'aucun chrétien ne peut ignorer. Pour les communautés chrétiennes, la Journée Mondiale des Pauvres nous appelle à une attention fondamentale pour qu'entre nos mains tendues et ouvertes se vivent l'accueil du Tout-Autre, le don de soi-même et l'amour envers le prochain. (Mgr J.P Gusching, Évêque de Verdun)
COMMENT TENDRE LA MAIN AVEC LE SECOURS CATHOLIQUE ?
Le rapport statistique de pauvreté, très attendu de tous, sortira le 12 novembre. II propose une photographie de l'état de la pauvreté en France avec des chiffres, par région, illustrés par des témoignages de ceux qui vivent la précarité. Il fait entendre la voix de ces personnes. Ce rapport permet d'orienter nos activités en fonction des situations de pauvretés relevées sur nos territoires.
Comme tous les ans, le 3ème dimanche de novembre est réservé à la Journée Nationale du Secours Catholique (14 et 15 novembre). C'est la grande campagne annuelle de visibilité et de collecte du Secours Catholique. Elle réunit toutes les actions locales et nationales que l'association mène entre début novembre et fin décembre, pour faire connaître ses actions et susciter l'engagement du plus grand nombre. C'est l'occasion de créer des temps de rencontres avec les paroissiens et le public. Les équipes du Secours Catholique prendront contact avec les équipes liturgiques des paroisses afin de préparer les messes en apportant des témoignages de leur quotidien tout en faisant écho à la parole des personnes que nous accueillons.
Vivez l'Avent autrement avec les personnes en situation de précarité grâce à la chaîne de prière qui sera ouverte par le Secours Catholique sur le site « hozana.org », le 1er week-end de l'Avent.
Nous AVONS BESOIN DE VOTRE AIDE FINANCIÈRE, DE NOUVEAUX BÉNÉVOLES.
Nous VOUS REMERCIONS PAR AVANCE DE VOTRE GRANDE GÉNÉROSITÉ.
Cette année, durant la période du confinement, les équipes de notre délégation ont œuvré sans relâche et ont distribué pas moins de 75 000 € en chèques-service. Mais notre grande vocation doit rester l'accompagnement, c'est-à dire à apprendre comment pêcher plutôt que donner uniquement du poisson.

Serge RONDREUX
Président du Comité Diocésain de l’Eure du Secours Catholique
Eglise d’Evreux n°98 Novembre 2020 page 24
 

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 21:00
Appel à l'aide de Serge Baqué prêtre de la Mission de France en Guyane

Prêtre de la Communauté Mission de France, Serge Baqué, psychologue, vit à Saint-Laurent du Maroni (Guyane). Après six ans au service de l’Aide sociale à l’enfance, il œuvre depuis trois ans en milieu scolaire. L’essentiel de son ministère s’exerce en lien étroit avec les populations amérindiennes et bushinenguées.

Il nous alerte sur l’épidémie de COVID-19 en Guyane :

« La France (réduite à sa dimension égoïstement hexagonale) a "retrouvé les jours heureux" selon les mots de son Président, lors de sa dernière allocution. En Guyane, nous nous en réjouissons, après avoir été pendant près de 2 mois saturés d'informations sur la crise sanitaire que vous traversiez ... et qui ne touchait pas notre département. En effet, bien que confinés à la même date que la métropole, la circulation du virus était quasi inexistante sur notre territoire durant toute cette période.  Aujourd'hui, la situation s'est inversée : l'essentiel de la crise est derrière vous en métropole mais en Guyane l'épidémie a pris des proportions dramatiques ("hors de contrôle" avouent certains responsables). Elle est arrivée d'abord par l'Est, là où nous avons une frontière-passoire-passerelle avec l'un des pays les plus touchés au monde actuellement, c'est à dire le Brésil.  Elle est remontée vers Cayenne puis a gagné l'Ouest où la frontière tout aussi poreuse avec le Surinam est source aussi de gros problèmes. Aujourd'hui, le virus est présent dans toutes les communautés du fleuve, y compris en pays amérindien. Depuis une semaine, le nombre de cas déclarés positifs s’accroit tous les jours (230 nouveaux cas sur 500 tests réalisés pour une population de 300 000 habitants. Le nombre de décès en milieu hospitalier est passé de 1 à 15 en une 2 semaine et les admissions en réanimation suivent la même courbe. )

 Et le pic n'est attendu que pour la mi-juillet.

A ces éléments purement épidémiologiques s’ajoutent plusieurs paramètres aggravant en Guyane :

-La grande précarité d’une partie de la population qui ne peut respecter les gestes barrières du fait de ses conditions de vie. L’espace public ici est le prolongement naturel de l’habitat qui ne comprend souvent qu’une seule pièce, surpeuplée et très sommairement équipée. Les femmes et les enfants se retrouvent autour des bornes d’eau pour remplir les bidons, faire la vaisselle et la lessive. Les hommes et les jeunes se retrouvent autour des débits de boissons pour faire une autre sorte de plein !  (il faut bien s’occuper depuis que les patinoires, les théâtres, les cinémas et  les musées  ne sont plus accessibles !). D’autre part, la plupart des familles vivent de l’économie informelle :  tu manges ce que tu as gagné dans la journée. Entre la faim bien palpable et la peur d’un virus invisible et parfois dénié, le choix est vite fait ! Beaucoup de jeunes ados de mon quartier, livrés à eux-mêmes depuis la fermeture des écoles et conscients des difficultés de leurs parents, se sont engagés dans toute sorte de trafic. Il sera très difficile de leur faire reprendre le chemin du collège. C’est un terrible gâchis. Dans ces quartiers, les conséquences économiques et sociales sont déjà considérables et l’arrivée du rouleau compresseur de l’épidémie risque d’être fatal.

-La très grande dispersion de la population, en particulier le long du fleuve Maroni, avec des villages difficiles d’accès (plusieurs jours de pirogue – et pas faciles à médicaliser, les pirogues amérindiennes !-  avant le premier hôpital).Et  la Guyane ne dispose que de deux hélicoptères (deux autres  nous ont été promis mais cela fait encore très peu et il ne s’agit que de promesses … ) . Le petit reste d’amérindiens qui a survécu (entre autres) aux virus de la grippe, de la rougeole et de la variole importés par les colonisateurs au 19ième siècle, va-t-il succomber au Covid 19 au 21éme siècle ?  Triste ironie de l’histoire …

-Et enfin, dernier handicap, « le retard structurel de la Guyane en matière d’offre sanitaire » pour parler comme les politiques. Pour exemple, l’hôpital de Saint Laurent du Maroni, seule offre hospitalière pour l’Ouest (plus de 93 000 habitants) dispose actuellement de seulement 10 lits Covid et de 5 lits de réanimation. Aucun lit de réanimation à Kourou (le personnel soignant menace d’ailleurs de se mettre en grève) et 15 lits à Cayenne que la ministre a promis de doubler : mais deux fois presque rien ne font toujours pas grand-chose ! Avec la flambée du nombre de malades, les hôpitaux sont déjà saturés et il a fallu avoir recours à des transferts sanitaires de malades Covid graves aux Antilles et en métropole (la porte à côté, quoi !)  Je ne vous dis rien du manque en masques, tests, réactifs, respirateurs et surtout du manque de personnel … vous connaissez la musique !  C’est une musique sur laquelle les autorités essayent de nous faire danser une deuxième fois ! C’est Coluche qui disait déjà à propos de l’administration « Dites-nous ce dont vous avez besoin, on vous dira comment vous en passer ! ». 

Actuellement, certains services publics sont au bord de la rupture du fait de la contamination massive de leur personnel : en particulier la poste, la prison, EDF . Beaucoup de difficultés aussi dans l’approvisionnement ( par exemple, trouver une bouteille de gaz est devenu plus difficile que de trouver une paire de skis à Saint Laurent, une ville qui n’a jamais été pourtant un haut lieu de sport d’hiver ! Je n’en ai plus moi-même depuis 15 jours.) Le risque d’une implosion de la société guyanaise n’est donc pas à exclure. Une déchirure profonde de notre  tissu républicain  non plus. Et je pense aussi à Mayotte où la situation est assez proche de celle de la Guyane et tout aussi passée sous silence…

Je crains très fort que  les plus fragiles en Guyane (et ils sont une majorité) ne soient traités un peu comme on a traité les résidents de nos EHPAD au début de l’épidémie : « Isolons les,  laissons les entre eux mijoter dans leur jus (de coronavirus) , Dieu reconnaîtra les siens « 

Mais alors, c’est nous  que Dieu ne reconnaîtra pas !

Dans mon  quartier de la Charbonière, un quartier très populaire de Saint Laurent du Maroni,  beaucoup d’enfants et d’adolescents participent à la (sur)vie matérielle de leur famille. Ils sont nombreux  à stationner au port piroguier ou à sillonner les rues du quartier avec leur brouette en proposant  toutes sortes de services : transport de marchandises, de bidons d’essence, de moteur de pirogue ou bien vente au porte à porte de galettes, de bananpeze , de pastèques ou de wassaï..

 Avec le confinement, beaucoup de familles  ont vu diminuer leurs revenus et les enfants, qui n’ont plus la contrainte de l’école,  sont encore plus sollicités.  Bien que particulièrement exposés (contacts avec un grand nombre de personnes, manipulation de marchandises et d’argent) ils sont le plus souvent sans masques et n’ont pas de gel hydroalcoolique.  Or les enfants et adolescents sont sévèrement touchés par le Covid  en Guyane , c’est une autre particularité de ce pays ! (la majorité des patients en réanimation a entre 15 et 44 ans et plusieurs enfants de moins de 10 ans sont hospitalisés pour des formes graves. ) Et même asymptomatiques, ils participent à la propagation du virus et risquent de contaminer leurs proches, de retour chez eux.  

            J’ai commencé à fournir des masques et du gel hydroalcoolique aux » enfants de la brouette » que je connais le mieux et dont je connais la famille mais mes finances ne sont pas inépuisables et elles ont déjà été pas mal mises à contribution depuis le début du confinement...

            Plusieurs d’entre vous m’ont demandé ce qu’ils pouvaient faire pour aider la Guyane dans la crise qu’elle traverse.  Certes, nous avons besoin de soignants supplémentaires (300 selon la déclaration de la Ministre des outre mers) mais les remèdes à cette crise sanitaire ne sont pas d’abord médicales mais sociales, économiques et culturelles puisque l’épidémie dépend avant tout de nos comportements.   Je propose donc à ceux qui le peuvent et qui le veulent de soutenir une initiative modeste mais signifiante de prévention : équiper en masques et gel hydroalcoolique 20 enfants et adolescents du quartier « faisant la brouette » sur une période de 2 mois (le pic de l’épidémie est attendu pour fin juillet). Le coût par enfant et par semaine peut-être évalué à environ 8 (huit)  Euros. Si mon comptable est fiable, le cout total de l’opération s’élèverait donc à 1280 Euros.     J’ai bien sûr commencé par  démarcher  la préfecture, le Centre Hospitalier Guyanais, le Centre Communal d’Action Sociale de Saint Laurent, la Mairie et la Croix Rouge pour obtenir des masques  et du gel hydroalcoolique … mais il est clair que nous ne pourrons compter que sur nous-mêmes pour nous  protéger dans ce quartier …

            La contribution maximum par donateur est fixée à 20 (vingt euros) : il est préférable de récolter un grand nombre de petits dons que de peser sur le budget de quelques généreux donateurs, souvent sursollicités.   Il eut été préférable de constituer une association pour récolter et gérer ces dons. Mais cela prendrait du temps (Pour l’Association Frei-Buku-bibliothèque de rue dont je suis le président fondateur, nous avons dû attendre plus d’un an avant de pouvoir ouvrir un compte : la Guyane n’est pas un pays trépident ! Mais l’épidémie, elle, est galopante. ) Aussi, à défaut, je vous propose un virement sur mon compte personnel dont le RIB est un document joint ci-dessous

            Vous serez bien sûr informés de l’utilisation précise de vos dons : je compterai pour vous autant que je compte sur vous.

En vous remerciant chaleureusement pour eux.  

Très amicalement »

Serge Baqué

Le 3 juillet 2020 à  Saint Laurent du Maroni

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 05:57
Le poids de la dette des pays pauvres / AFP

Le poids de la dette des pays pauvres / AFP

Suspendre le fardeau financier des pays les plus pauvres face au coronavirus: 12 Etats ont obtenu des créanciers du Club de Paris un moratoire sur leur dette et 19 devraient suivre «rapidement» -- tandis que d'autres puissances du G20, dont la Chine, mènent des efforts similaires en bilatéral.

Éthiopie, Tchad, République du Congo et Pakistan ont à leur tour obtenu une «suspension du service de la dette pour une durée déterminée, du 1er mai au 31 décembre 2020», a annoncé mardi le Club de Paris, groupe informel d'influents pays créanciers.

Face au plongeon de l'économie, le G20 avait pris mi-avril la décision inédite de suspendre pour un an les remboursements de la dette des pays les plus pauvres fragilisés par la pandémie -- une initiative déclinée depuis par les 22 pays du Club de Paris, ainsi que par une poignée de créanciers émergents (Chine, Inde, Arabie saoudite, Turquie, Afrique du Sud).

Du côté du Club de Paris, qui réunit depuis 1956 des pays dit «industrialisés» comme la France, les États-Unis, l'Allemagne ou le Japon, on évoque «une phase d'accélération»: il a reçu 31 demandes (dont 22 pays d'Afrique subsaharienne).

Mi-mai, le premier pays à bénéficier d'un moratoire a été le Mali ; Népal, Grenade, Dominique, Cameroun, Mauritanie, Burkina-Faso et Niger ont suivi, avant les quatre bénéficiaires dévoilés mardi. Pour ces douze Etats, le montant total des échéances différées atteint environ 1,1 milliard de dollars.

«Il y a une année de grâce en 2021, sans service dû sur ces reports, puis un étalement pour rembourser ces échéances de 2022 à 2024», a expliqué mercredi la présidente du Club de Paris, Odile Renaud-Basso, lors d'une conférence téléphonique. «L'objectif est que les marges de manœuvre budgétaires servent à couvrir les dépenses urgentes de santé ou de soutien à l'activité».

Dix-neuf autres pays ont également demandé un moratoire au Club de Paris ; leurs dossiers devraient «aboutir rapidement», a-t-elle observé.

- «Nous aurions souhaité l'annulation» -

S'il s'agit d'une bouffée d'oxygène pour les pays concernés, leur fardeau financier n'est que suspendu et leur enthousiasme reste parfois mesuré.

«La suspension des dettes (...) augure déjà d'un bon pas, mais nous aurions souhaité que les pays du Club de Paris procèdent purement et simplement à l'annulation des dettes des pays africains, plus particulièrement celle du Tchad qui fait face à un impératif sécuritaire», commentait mercredi à l'AFP le porte-parole du gouvernement tchadien, Oumar Yaya Hissein.

Le report proposé mi-avril ne représente qu'une petite partie de l'endettement total du continent africain estimé à 365 milliards de dollars, dont environ un tiers dû à la seule Chine.

Le moratoire sur la dette «est utile, [mais] pour de nombreux pays le moratoire devra (...) se transformer en programme d'annulation», avait martelé en avril le président de la Banque mondiale David Malpass.

Face à ces réserves, on n'exclut pas du côté des créanciers des efforts supplémentaires.

Fin 2020, «on aura une meilleure visibilité, on identifiera mieux quels sont les pays qui auront besoin d'un traitement plus structurant d'allègement, avec potentiellement une réduction de la dette», insiste Mme Renaud-Basso.

- Surmonter les réticences -

Actuellement, l'initiative de moratoire concerne potentiellement 73 pays débiteurs, dont 38 en Afrique subsaharienne. «Il est très probable qu'on aura des demandes additionnelles (...) Après avoir eu une position extrêmement prudente au départ, des pays semblent maintenant plus ouverts», observe-t-elle.

Certains pays en développement redoutaient ainsi de voir la notation de leur dette, leur crédibilité et leur accès aux marchés financiers affectés s'ils bénéficiaient d'un moratoire -- à tort selon le Club de Paris.

Au niveau des puissances du G20, 36 pays au total avaient fait une demande de moratoire fin mai. Mais à la différence du Club de Paris, où un seul accord simultané et très coordonné engage 22 pays créanciers, les autres pays du G20 négocient chacun dans un cadre bilatéral avec chaque débiteur.

«La Chine (...) fait le boulot. Un souci, c'est qu'elle a de multiples banques de développement et c'est un exercice assez nouveau pour elle (...) Mais c'est en bonne voie», a noté Odile Renaud-Basso.

Enfin, les créanciers privés ont été appelés à rejoindre l'effort général de moratoire, sur une base volontaire

AFP

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 08:32
Un pasteur hispanique new-yorkais au secours d'immigrés dévastés par le virus

Depuis deux mois, le père Fabian Arias est constamment en deuil: ce pasteur new-yorkais, dont de nombreux fidèles sont hispaniques, a vu 44 de ses paroissiens être emportés par le coronavirus, illustration, selon lui, d'inégalités exacerbées par le gouvernement Trump. Sans emploi et sans accès aux aides du gouvernement, cette communauté vulnérable peine à se nourrir. Le pasteur luthérien, lui-même d'origine argentine, a monté un réseau de soutien alimentaire et vient en aide chaque semaine à plus de 500 familles.

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 05:24
Cedric Herrou, le 8 août 2017 à Aix-en-Provence / AFP/Archives

Cedric Herrou, le 8 août 2017 à Aix-en-Provence / AFP/Archives

«On a réussi à voir, enfin, ce qu'était la fraternité» : après trois procès et une saisine du Conseil constitutionnel, Cédric Herrou, symbole de l'aide aux migrants, a été relaxé mercredi par la cour d'appel de Lyon.

«Je ne vois pas comment ils pouvaient me condamner. C'est l'État qui avait fait des actions totalement illégales», a déclaré à l'AFP l'agriculteur militant de la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, joint par téléphone.

Le Conseil constitutionnel avait ouvert la voie aux juges lyonnais en affirmant «la liberté d'aider autrui dans un but humanitaire», dans une décision historique du 6 juillet 2018 qui avait conduit la Cour de cassation à annuler une condamnation de M. Herrou et ordonner qu'il soit rejugé.

«C'est le triomphe de la raison et du droit», s'est félicitée Me Sabrina Goldman, avocate du prévenu, à l'annonce de la décision.

M. Herrou était poursuivi pour «aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d'étrangers en France» - quelque 200 migrants, principalement érythréens et soudanais, convoyés en 2016 d'Italie jusque chez lui.

Depuis des mois, avec d'autres, il alertait les autorités sur des centaines de personnes bloquées dans la vallée de la Roya par le rétablissement des contrôles frontaliers, et empêchées ainsi de déposer une demande d'asile à Nice.

Un collectif d'habitants et d'associations décidait alors d'ouvrir un lieu accueil dans une colonie de vacances désaffectée de la SNCF. Après trois jours d'occupation de ce «squat des Lucioles», M. Herrou était arrêté en octobre 2016 avec trois autres personnes et placé en garde à vue.

Condamné à une amende en première instance à Nice début 2017, puis à quatre mois de prison avec sursis en appel à Aix-en-Provence, l'agriculteur avait saisi les Sages, via deux questions prioritaires de constitutionnalité, sur le «délit de solidarité» dont il s'estimait victime.

«Une aide désintéressée aux migrants, qu'elle soit individuelle ou +militante+ et organisée, ne doit pas être poursuivie», tranchait alors le Conseil constitutionnel, affirmant «la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national».

- «Acharnement» -

Fin 2018, la Cour de cassation retenait ce «principe de fraternité» pour annuler la condamnation de M. Herrou et ordonner un nouveau procès devant la cour d'appel de Lyon.

Mais la position adoptée par les Sages et la plus haute instance judiciaire n'a pas empêché le parquet général, le 11 mars dernier à l'audience, de réclamer «huit à dix mois» de prison avec sursis, soit la peine la plus lourde jamais requise à l'encontre du prévenu - huit seulement l'avaient été jusque-là.

Pour l'avocat général Fabrice Tremel, l'action du prévenu «n'avait pas un but exclusivement humanitaire mais une revendication idéologique, militante». «L'immunité ne peut pas s'appliquer» dans son cas; «il a fait le choix d'être, au sens propre du terme, un hors-la-loi», martelait le magistrat.

La cour d'appel ne l'a pas suivi, l'agriculteur étant «renvoyé de toutes les poursuites» engagées à son encontre. Les juges l'ont également dispensé de peine pour avoir occupé sans autorisation les locaux abandonnés de la SNCF. Ces faits-là n'étaient pas contestés dans le pourvoi.

La défense a accueilli l'arrêt de la cour d'appel avec «un vrai soulagement», en regrettant qu'il ait fallu plus de trois ans de procédure pour obtenir gain de cause.

«Pourquoi s'acharner sur quelqu'un qui n'a fait qu'aider ? Comment considérer ce qu'il a fait autrement qu'une action humanitaire ?», déplore Me Goldman, en voyant dans les dernières réquisitions du parquet général la preuve d'un «acharnement consternant» aux dépens de Cédric Herrou.

«En me relaxant, la justice condamne en fait l'État. N'y a-t-il pas eu, à un moment, un harcèlement ?», s'interroge de même l'agriculteur.

 

AFP

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 13:11
Des chrétiens se mettent au service des plus démunis durant le confinement

Extrait du reportage du Jour du Seigneur sur France 2 ce dimanche 10 mai 2020

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 14:31
Le Dr Jérôme Bultel a retravaillé deux semaines en avril à l’Ehpad Auguste-Ridou (photo : PN).

Le Dr Jérôme Bultel a retravaillé deux semaines en avril à l’Ehpad Auguste-Ridou (photo : PN).

Témoignage. Le Dr Jérôme Bultel a été conseiller municipal à Vernon de 2008 à 2014 et médecin jusqu’à sa retraite en janvier 2019. Mi-avril, l’ancien gériatre a repris du service à l’Ehpad Ridou de Vernon pour lutter contre le Covid-19.

Depuis le début de la crise, nombreux ont été les anciens professionnels de santé, médecins, infirmier(e)s ou encore aide-soignant(e)s, à sortir de leur retraite pour apporter leur expérience et prêter main-forte à la lutte contre la pandémie de Covid-19, en milieu hospitalier ou dans les établissements médico-sociaux. À leur initiative ou pour répondre à l’appel à la mobilisation générale lancée par le gouvernement.

Parmi eux, figure un visage bien connu à Vernon, celui du docteur Jérôme Bultel, âgé de 68 ans et ancien médecin gériatre. L’ex-conseiller municipal (2008-2014) du groupe « Vernon défis », mené par l’écologiste Jean-Claude Mary, et adjoint au maire en charge du Développement durable (2008-2010), sous la mandature du socialiste Philippe Nguyen-Thanh, avait pris sa retraite en janvier 2019. « Il était important pour moi d’être solidaire avec ceux qui sont en première ligne », souligne celui qui apparaissait au douzième rang de la liste « Vernon écologiste et citoyenne » aux élections municipales de mars.

Médecine et psychologie

L’ancien généraliste libéral, retourné sur les bancs de l’université en 2007 pour obtenir sa certification en gériatrie, avait achevé sa carrière avec deux casquettes. Celle de médecin au sein du service des soins de suite à l’hôpital de Vernon, mais aussi comme responsable médical de l’Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Auguste-Ridou.

C’est justement au sein de l’Ehpad vernonnais géré par le centre hospitalier Eure-Seine (CH Eure-Seine), particulièrement touché par le virus, que Jérôme Bultel a repris du service, pour un contrat court de deux semaines, du 13 au 24 avril 2020. « Dès le début de la crise, j’ai proposé mon aide en contactant la direction du centre hospitalier, raconte l’Eurois. Mais, à ce moment-là, on n’avait pas besoin de moi. Des anciens collègues, avec qui je suis toujours en relation, ont reparlé de moi à la direction quand la situation s’est compliquée, notamment à l’Ehpad. Dix jours après, la direction me proposait un contrat. Au départ, je devais rester une semaine seulement. »

Le Dr Jérôme Bultel est revenu dans un lieu qu’il connaissait parfaitement pour participer, aux côtés du médecin référent du site, à la nouvelle stratégie de lutte contre la propagation de l’épidémie dans la résidence. « La première semaine, mon rôle a été essentiellement médical, décrit l’ancien élu. J’ai vu les malades. Il s’agissait aussi de tester l’ensemble des résidents. Les résultats sont tombés le lundi suivant. On m’a alors proposé de rester cinq jours de plus pour aider à la mise en place du secteur dédié et protégé les personnes infectées au 3e étage. Mon travail a été plus psychologique et a consisté à les préparer au déménagement. J’ai également contacté les familles pour les informer et surtout les rassurer sur leurs inquiétudes légitimes. »

Le Vernonnais ne cache pas la tristesse qu’il a éprouvé quand il a appris, une fois sur place, le décès de résidents qu’il connaissait tous très bien. « Et ce n’est pas forcément les plus fragiles qui ont été emportés, signale-t-il. Parmi eux, il y avait une dame, dont j’avais le souvenir qu’elle était encore très tonique. Ce sont les mystères de la défense immunitaire, pour partie génétique. Un certain nombre de résidents testés positifs n’ont d’ailleurs développé aucun symptôme. Il était important de les identifier pour les isoler. »

« Dévouement et courage »

Comment explique-t-il le taux de contamination important qui a frappé l’Ehpad Ridou, alors même que la résidence Saint-Michel, à Évreux, autre site géré par le CH Eure-Seine, a été totalement épargnée ? « Cela est peut-être lié à la configuration des lieux. À Évreux, il y a deux bâtiments indépendants. À Vernon, en dehors de la petite unité Alzheimer, tous les autres résidents partagent le même cadre de vie. » L’ancien praticien juge aussi que l’éloignement prolongé avec les familles est une explication à la mortalité anormale - 15 décès sur 124 résidents - qui a touché l’établissement. « La solitude et la déprime peuvent avoir des effets dévastateurs sur un public aussi fragile. C’est un phénomène bien connu qu’on appelle le syndrome de glissement. »

Ses deux semaines à l’Ehpad Ridou ont surtout permis à l’ancien médecin d’observer, ce dont il ne doutait pas, « le dévouement » du personnel soignant. « Avec courage, calme et dynamisme, alors même que leur travail est difficile, éprouvant et anxiogène actuellement. Il y a une grande solidarité. »

Jérôme Bultel, qui se tient prêt à apporter à nouveau son aide si le besoin s’en fait sentir, espère maintenant que cette crise fera « peut-être avancer les choses. En raison de logique économique et de coupes budgétaires successives, qui touchent aussi l’hôpital public, les Ehpad ont été abandonnés, poursuit l’ancien médecin. Il faut plus de moyens. »

 David Goudey

Journaliste, agence locale de Vernon

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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 18:10
Appel au Président de la République « Pour une prime de solidarité » en faveur des plus pauvres

“Chacun chez soi, oui, chacun pour soi, non”

À monsieur le président de la République

Monsieur le Président de la République,

À la crise sanitaire est en train de s’ajouter une crise sociale.

Pour les personnes et les familles les plus modestes, le confinement signifie baisse de revenus, surconsommation de chauffage et d’électricité, hausse des dépenses pour se nourrir face à la fermeture des cantines scolaires, alors même que les circuits d’aide alimentaire sont affaiblis.

C’est pourquoi nous demandons aujourd’hui le versement d’une prime de solidarité de 250€ par personne et par mois pour les personnes les plus en difficulté.

Cette somme est nécessaire pour couvrir les dépenses alimentaires et les factures énergétiques des logements.

Elle devrait :

  • être versée automatiquement à tous les allocataires de minima sociaux, aux jeunes précaires et aux familles bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire.
  • être reconductible pendant toute la durée de la fermeture des cantines scolaires.

Ce signe fort de solidarité de notre société pour soutenir les plus vulnérables est plus que jamais nécessaire.

SIGNEZ ET PARTAGEZ L'APPEL !

Attention : votre signature ne sera comptabilisée qu'une fois que vous aurez cliqué sur le mail reçu dans votre boite mail.

Un appel lancé par le Secours Catholique-Caritas France en partenariat avec la CFDT, Emmaüs France, l'UNIOPSS, APF – France handicap, FAS(Fédération des Acteurs de la Solidarité), FAP (Fondation Abbé Pierre), Collectif ALERTE, ATD Quart Monde, Fapil, l'Ansa, Semaines Sociales de France, Mission de France, Apprentis d'Auteuil et avec le soutien d'Oxfam France et des Petits frères des pauvres.

En savoir plus

Face à la crise sanitaire, nous sommes tous vulnérables. Et tous solidaires. Heureusement, cette solidarité est déjà à l’œuvre pour sauver des vies, comme pour éviter le naufrage de notre économie. Cette solidarité doit aussi nous permettre d’éviter un naufrage social. C’est le sens de l’appel que nous lançons au chef de l’État et que nous vous invitons à signer et partager. Afin que les plus fragiles puissent bénéficier d'une prime de solidarité de 250 euros par mois et par personne jusqu'à la fin de la crise.

Un appel lancé par le Secours Catholique-Caritas France

En partenariat avec la CFDT, Emmaüs France, l'UNIOPSS, APF – France handicap, FAS(Fédération des Acteurs de la Solidarité), FAP (Fondation Abbé Pierre), Collectif ALERTE, ATD Quart Monde, Fapil, l'Ansa, Semaines Sociales de France, Mission de France, Apprentis d'Auteuil

Et avec le soutien d'Oxfam France et des Petits frères des pauvres.

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