Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
  • Contact

Recherche

Articles Récents

13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 08:11
L’Eglise et les Pauvres par Jean-François BERJONNEAU

Extrait de l’intervention de Jean-François BERJONNEAU à la journée Régionale de la Mission de France lundi 8 mai 2017 au Havre

 

COMMENT LE CHRIST NOUS TRANSFORME CONCRETEMENT DANS LA RELATION AVEC LES PAUVRES

  1. Au départ les pauvres nous bousculent…

Je l’ai ressenti très fort au cours de la belle célébration d’entrée que nous avons vécue à Lourdes en ouverture du rassemblement de Diaconia.

Douze mille personnes rassemblées dans la basilique souterraine Saint Pie X ! Il fallait avoir une grande maîtrise liturgique pour oser une telle célébration ! Mais ce qui m’a frappé et touché dans cette liturgie, c’est la liberté avec laquelle les plus pauvres ont pu prendre la parole. Ce n’était pas évident d’ouvrir un espace à la parole de personnes marquées par la précarité et la fragilité. Souvent dans nos liturgies trop ordonnées et minutieusement préparées la parole des participants est encadrée, soupesée, contrôlée…Ici dans cette magnifique liturgie, rien d’affecté : la parole des pauvres a pu jaillir dans sa spontanéité et sa liberté…quitte à ce qu’elle vienne parfois bousculer l’assemblée et que certains de ses membres  se sentent interpellés et  provoqués à des conversions pas toujours faciles à vivre !

Ce que je veux dire, c’est  que les pauvres, quand ils surgissent dans notre univers cadré, ordonné, programmé, viennent souvent  entraîner une certaine perturbation.

Par exemple, j’avais voulu me mettre à l’écart pour préparer tranquillement cette intervention…quand mon téléphone portable a sonné. C’était Jean-Pierre que j’ai accompagné en prison durant la vingtaine de séjours qu’il y a fait et qui se rappelait à mon bon souvenir pour que je l’aide à trouver un hébergement.

Les personnes familières de l’exclusion ne nous laissent jamais en paix. Elles surviennent souvent dans notre vie comme des perturbateurs.

Dans nos sociétés marquées par l’efficacité, la performance, la rentabilité, le souci de tout programmer, les pauvres surgissent souvent de manière insolite, là où on ne les attendait pas.

Ils échappent à nos critères, à nos points de repères. Ils ne vivent pas comme nous, ne pensent pas comme nous, n’ont pas les mêmes rituels que nous.

Et cette perturbation, fait partie des premiers pas de la relation avec eux..

Car elle nous oblige à nous décentrer de notre petit univers, à faire un écart pour faire de la place à cette personne qui, dans sa souffrance, demande que l’on fasse attention à elle, « séance tenante ». Et dans cet écart que nous avons à faire pour répondre à son attente, c’est Dieu lui-même qui nous sollicite. C’est ce que nous dit Michel de Certeau dans son livre « l’étranger ou l’union dans la différence » (DDB, p.14)

« C’est de l’inconnu et comme inconnu que le Seigneur arrive toujours dans sa propre maison et chez les siens : « Je viens comme un voleur »(Ap. 16,15 ;3,3) Ceux qui croient en lui sont sans cesse appelés à le reconnaître ainsi, habitant au loin ou venu d’ailleurs, voisin méconnaissable ou frère séparé, côtoyé dans la rue, enfermé dans les prisons, logé chez les dépourvus ou ignoré, dans une région au-delà des frontières. Il n’est pas jusqu’au « mystique » qui ne survienne toujours dans l’Eglise comme un trouble-fête, un gêneur et un étranger…

Cela nous renvoie à quelque chose de plus déroutant encore, mais de fondamental à la foi chrétienne. Dieu reste l’inconnu, celui que nous ne connaissons pas, alors même que nous croyons en Lui. Il demeure l’étranger pour nous, dans l’expérience humaine de nos relations. Mais il est aussi méconnu, celui que nous ne voulons pas reconnaître et qui, Jean le dit (Jn.1,11) n’est pas reçu chez lui, par les siens. Et c’est là-dessus que nous serons jugés en dernier ressort, c’est le test de la vie chrétienne : Avons-nous reçu l’étranger, fréquenté le prisonnier, accueilli l’autre ?(Mt.25,35-36)

Jésus lui-même a connu cette perturbation, lorsqu’il s’était retiré dans le pays de Tyr et de Sidon et qu’il voulait rester incognito. C’est là que l’a rejoint la Cananéenne qui venait lui crier sa souffrance de maman à cause de la maladie de sa fille. Ses disciples, au dire de certaines traductions, lui disaient : « Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris ! » Et Jésus lui-même a mis bien du temps pour s’ajuster à l’appel de cette femme pour reconnaître en elle une foi magnifique « O femme, comme ta foi est grande ! ».

Les pauvres nous font faire l’expérience d’une rude altérité. 

Ils nous obligent toujours à sortir de nos habitudes et de notre « bien-chez-soi »…

Et en cela ils ouvrent en nous un espace pour Dieu !

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles nos paroisses ont du mal à s’ouvrir à la dynamique de « Diaconia »

 

  1. Quelque soit leur fragilité, les pauvres appellent le respect.

Quand la tentation de les renvoyer est passée et que la perturbation que leur venue entraîne est assumée, s’ouvre pour nous le temps du « respect ».

Nous entrons sur ce chemin d’altérité qui suppose le temps de l’écoute et de la compréhension profonde de l’autre. Et cela demande de la durée. Ce n’est jamais fini !

La personne qui est en face de moi a une histoire ; elle a été touchée par des blessures ; elle ne trouve pas toujours les mots pour exprimer sa souffrance.

La première demande peut en cacher une autre.

Ainsi à la prison, une demande apparemment intéressée de tabac ou de timbres, peut constituer un préambule pour un échange plus profond.

Comme le dit Maurice Bellet, prêtre et psychanalyste : « Tu commenceras par le respect ! »

Le respect c’est de résister à la tentation de classer cette personne en précarité qui est devant moi dans une catégorie et de chercher tout de suite « la solution » pour elle ou de la « caser » dans tel ou tel service social.

Le respect consiste à nous ouvrir à la dimension unique de la personne que nous rencontrons, qui a été créée à l’image de Dieu et par laquelle le Christ s’adresse à nous.

Cela suppose de notre part la patience et l’écoute pour laisser la parole parfois balbutiante de cette personne se frayer un chemin même si, au départ, cette parole nous paraît inaudible…

Cet espace sacré qui appelle le respect suppose aussi que nous évitions toute posture qui s’apparente à la domination ou au paternalisme pour nous mettre vraiment à l’écoute de ce que ces personnes fragiles expriment de leur vie avec leurs mots et aussi par ce qui se dit au-delà des mots.

Dans l’épisode de la rencontre de Jésus avec la Cananéenne, celui-ci écoute les cris de cette femme et « ne lui répond pas un mot ».

C’est le temps pour lui de respecter la distance culturelle qui le sépare de cette femme et de s’ajuster à sa demande.

 

  1. Nous ajuster au regard de Dieu sur les personnes en précarité.

Les pauvres que nous rencontrons nous posent toujours d’une certaine manière la question suivante : « Est-ce que tu es capable de m’aimer comme je suis ? » (Cf. question que pose Jean Vannier)

Lorsque nous les rencontrons pour la première fois, ils nous appellent à dépasser nos réticences face à leur « look » ou à tel ou tel trait de leur apparence qui nous déconcerte.

Ils nous appellent à dépasser nos appréhensions ou notre méfiance.

Si nous les côtoyons dans la durée, ils testent notre fidélité dans l’accompagnement surtout au cœur des situations de crise.

Mais pour entrer dans cette conversion du regard, nous avons toujours à revenir à la source spirituelle qui nous anime et en particulier à cette parole du Christ dans l’Evangile : « Ne crains pas…N’ayez pas peur… »

Une telle conversion du regard s’enracine dans l’itinéraire même de Jésus de Nazareth.

La source mystique à partir de laquelle toutes ses rencontres avec les pauvres prennent leur élan, c’est son baptême dans les eaux du Jourdain où il vit cette expérience bouleversante de la paternité de Dieu. C’est ce qu’écrit Eloi Leclerc dans son livre « Le Dieu plus grand » :

« Dans l’ineffable proximité divine qui se manifeste à Lui, Jésus a l’évidence que Dieu s’est approché…En Lui, tous les hommes sans exception, sont appelés à s’entendre dire : « Tu es mon fils bien-aimé ». En même temps qu’Il découvre la paternité de Dieu à son égard, il s’ouvre à l’amour de Dieu pour tous les hommes. Il épouse son regard miséricordieux sur l’homme. Il est d’ailleurs d’autant plus le Fils ressemblant du Père qu’Il se laisse envahir et conduire par cet amour divin pour tous les hommes. »  

Il ya donc une source contemplative de notre rencontre avec les pauvres que nous ne devons jamais oublier. C’est habités par cet Esprit du Christ que nous sommes appelés sans cesse à aller à rejoindre les plus fragiles de nos frères et sœurs.

A partir de cette expérience personnelle de l’action de l’Esprit du Christ en nous, nous pouvons nous ajuster progressivement au regard du Père sur toutes les personnes démunies que nous rencontrons. Dieu les regarde avec tendresse : « Un pauvre a crié, Dieu écoute ! » Saurons, avec simplicité et désintéressement, être les reflets de cette bienveillance divine à leur égard ?

C’est donc sous le regard du Christ, que nous pouvons dépasser les appréhensions, les réticences qui peuvent parfois nous habiter pour entrer dans une relation vraiment fraternelle avec les pauvres afin qu’eux-mêmes se sentent aimés de Dieu.

 

  1. Ils nous révèlent nos propres fragilités.

Je pars de mon expérience d’aumônier de prison.

Ce qui m’a frappé quand j’entrais en prison pour faire mes visites, c’est que je ne pouvais jamais totalement me dispenser d’un certain mouvement d’appréhension… Peur de rencontrer des situations de violence, peur d’être en infraction par rapport au règlement, peur d’être confronté à un détenu particulièrement agressif…

Ces appréhensions me rappellent chaque fois ma fragilité, mes limites…Et dans ce sens, elles sont positives dans ma rencontre avec ces personnes détenues.

Cette fragilité m’oblige à faire un travail sur moi-même pour apprendre à faire la vérité sur ces peurs qui m’habitent et pour les dépasser…

Mais elle me rappelle aussi que je ne peux aborder ces personnes qui ont eu un parcours perturbé et semé de tant d’épreuves, que de façon très humble, très disponible, dépouillée de toute tentation d’emprise sur mon interlocuteur.

Cela rejoint le geste du lavement des pieds tel que Jésus l’a vécu à la veille de sa passion (Jn.13,1-5) Il s’agit de pendre la position du serviteur, de s’agenouiller devant la personne fragile, de se mettre à son écoute, d’adopter une attitude dépouillée de tout pouvoir.

Et cette « humilité » est la condition nécessaire pour que la parole du Pauvre puisse s’exprimer, être entendue pour ce qu’elle est et pour que la confiance puisse d’établir entre les interlocuteurs.

 

Cette observation personnelle m’amène à quelques remarques sur la conscience de notre propre fragilité dans la rencontre avec les personnes en précarité.

Ce sentiment de fragilité ressentie est ambivalent :

  • Tantôt leur rencontre peut éveiller en nous une certaine appréhension ou réveiller des blessures enfouies en nous depuis longtemps et qui, en cette occasion, ressurgissent.

Parfois ce sentiment de fragilité est si fort qu’il peut déboucher sur une réaction de rejet qui peut à certains moments nous surprendre…

En d’autres circonstances, le rencontre avec telle ou telle personne en situation précaire soit sur le plan économique, soit dans le domaine de la santé physique ou psychique peut venir chez nous combler un vide affectif qui nous empêche de garder la juste distance avec  elle. Celle-ci n’a plus alors la liberté de tracer son chemin comme elle l’entend et elle peut devenir dépendante.

  • Mais ce sentiment de fragilité peut aussi être bon dans la mesure où il s’exprime en vérité et où il remet en cause toute volonté de pouvoir sur la personne.

Il peut alors nous introduire dans le sentiment d’une condition commune qui nous relie profondément avec la personne rencontrée.

C’est ce qu’exprimait Xavier Emmanueli, médecin qui a été Directeur du SAMU social dans un livre auquel il a apporté sa contribution qui s’intitule : « La Fragilité : faiblesse ou richesse » (Albin Michel)). Il parle de ce sentiment de fragilité « comme ce qui, au fond, crée cet indéfectible solidarité de l’humanité ». Et il ajoute : « C’est ce que je disais, au début du SAMU social, à mes équipes, essayant de les galvaniser : « N’oubliez pas que cette nuit, vous allez rencontrer  des gens de même rang et de même statut d’humanité que vous. » La fragilité, c’est ce qui marque le statut de l’humain dans un monde qui demeure quoiqu’il arrive, indéchiffrable et infini. »

Cette expérience de notre propre fragilité dans la rencontre des personnes en précarité nous appelle toujours à être nous-mêmes accompagnés par quelqu’un ou par une équipe de supervision qui nous permette de garder la  juste distance. C’est ainsi que nous pouvons apporter une aide sans être nous-mêmes engloutis par la souffrance de l’autre.

Comme le souligne le Docteur Emmanuelli, « dans l’accompagnement de la souffrance, il faut risquer quelque chose de soi, bien sûr, mais sans se perdre totalement, car on devient inutile ou dangereux pour soi-même et pour le patient. »

Et il donne cette définition de la compassion :

« La compassion, c’est comprendre la souffrance de l’autre et s’interroger sur elle, c’est être atteint soi-même, mais c’est aussi savoir se défendre du naufrage, de ce que peuvent être la douleur, la souffrance morale, mais savoir faire le lien. C’est une relation de l’altérité, c’est le souci de l’autre. C’est parce que l’autre est souffrant et en danger que je l’accompagne, parce que je sais voir en moi-même ma propre fragilité. Si on n’a pas cette compassion, on ne peut pas faire le lien. »(id. p.146-147)

Cette expérience nous permet de comprendre le mystère de l’incarnation du Christ.

Ce n’est qu’en assumant, dans l’amour du Père et dans la force de l’Esprit, notre vulnérabilité, en se faisant « pauvre, de riche qu’il était », en « prenant la forme de l’esclave, devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme…devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur la croix » (Ph. 2,7-8) qu’il nous a fait connaître la puissance de son amour et qu’Il nous a ouvert le chemin de la résurrection.

 

  1. Les pauvres sont révélateurs du désordre du monde et nous appellent à nous engager.

Lorsque Jésus présente sa lettre de mission à la synagogue de Nazareth, il le fait avec les mots mêmes du Prophète Isaïe :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction,

Pour porter la bonne nouvelle aux pauvres.

Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance

Et aux aveugles le retour à la vue,

Renvoyer en liberté les opprimés,

Proclamer une année de grâce du Seigneur. » (Lc.4,18-19)

Il s’agit donc pour lui de s’approcher de toutes ces catégories de personnes caractérisées par leur statut précaire : les pauvres, les captifs, les aveugles, les opprimés. Il y a là une priorité reconnue et affirmée.

Mais dans le même temps, cette mission porte une dimension de libération, de sortie de ce statut précaire d’emprisonnement, de cécité, d’oppression. La bonne nouvelle annoncée est portée par une dynamique concrète de libération d’un certain esclavage.

Nous ne pouvons nous contenter d’interpréter ce message d’Isaïe repris par Jésus comme purement spirituel. Certes il concerne l’inauguration du Royaume de Dieu tel qu’il se manifeste dans la personne de Jésus. Mais il implique aussi des dimensions éminemment concrètes, celles que le même prophète, le troisième Isaïe évoque en ces termes :

« N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug, renvoyer libres les opprimés et biser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ? » (Is. 58,6-7)

La proximité des pauvres est donc intimement liée à toute activité qui vise à faire cesser l’oppression dont ils sont les victimes et à entrer dans un combat pour la justice et dans une dynamique de partage. Une telle démarche fait partie intégrante de la solidarité avec les plus pauvres selon l’Evangile.

Nous pouvons nous rappeler dans cette perspective la définition que Jean-Paul II donnait de la solidarité dans son encyclique Sollicitudo Rei Socialis :

« La solidarité n’est donc pas un sentiment de vague compassion ou d’attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun ; c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous, nous sommes responsables de tous.

Une telle détermination est fondée sur la ferme conviction que le développement intégral est entravé par le désir de profit et par la soif de pouvoir…Ces attitudes et ces « structures de péché » ne peuvent être vaincues – bien entendu avec l’aide de la grâce divine – que par une attitude diamétralement opposée : se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt au sens évangélique du terme à « se perdre » pour l’autre au lieu de l’exploiter et à le « servir » au lieu de l’opprimer à son propre profit. (Mt.10, 42-45 ; 20,25 ; Mc.10, 42-45 ; Lc. 22,25-27) » 

Le compagnonnage avec les pauvres, en particulier avec eux qui sont victimes d’un ordre social et économique injuste, nous appelle à nous engager dans un véritable combat contre toutes ces structures économiques et sociales qui génèrent l’injustice et la misère.

Pour ce qui concerne mon ministère passé d’aumônier de prison, il est évident que cette proximité des prisonniers m’a amené, dans les dialogues que nous avions ensemble dans leur cellule, à découvrir le monde de leur enfance. Ils viennent souvent d’un milieu marqué par le chômage des parents, la misère, des logements dégradés, des familles délabrées, la carence des points de repère éducatifs qui ont généré la délinquance.

Un jeune qui était retombé une cinquième fois en prison pour usage et trafic de stupéfiants et à qui je demandais comment il comptait s’en sortir m’a répondu un jour : « J.F., trouve-moi une raison de vivre dans le quartier où j’habite ! »

Si je ne donne pas, dans mon ministère d’aumônier, toute mon attention à ce milieu d’où ils viennent et si je ne contribue pas d’une manière ou d’une autre, à trouver avec eux un chemin de réinsertion sociale et professionnelle à leur sortie de prison, si je ne lutte pas contre toutes les stigmatisations dont ils peuvent faire l’objet après leur incarcération, la présentation du message de bonne nouvelle et de libération que leur adresse le Christ à l’aumônerie ne peut pas être reçu.

C’est ce qui m’a amené, après ces trente trois ans de service dans l’aumônerie de prison à créer cette association « ETINCELLE » pour aider les sortants de prison dans leur démarches de réinsertion et pour sensibiliser la société civile à ces processus si délicats.  

 

Il ya donc dans cette relation avec les personnes en statut précaire place pour un engagement à leurs côtés.

Cet engagement nous appelle à faire l’analyse de la situation économique, politique et sociale qui est génératrice de cette précarité.

Il nous implique dans un combat persévérant contre toutes les formes d’oppression qui maintiennent ces personnes dans les « sous-sol » de l’humanité.

Il nous invite à nous mettre sans cesse à l’école des pauvres car ce sont eux qui, à partir de leur situation, avec leur langage propre, nous disent quels sont les chemins de leur propre libération.

 

  1. Les pauvres nous appellent à la patience et à la fidélité dans nos engagements à leurs côtés.

Jésus lui-même a connu l’épreuve de la fidélité dans son alliance avec les pauvres.

A un moment donné, il s’est rendu compte que cette relation avec les exclus de son peuple pouvait le conduire à une confrontation avec les pouvoirs politiques et religieux de son temps qui n’acceptaient pas sa mission.

Il a fait aussi l’expérience de la versatilité des personnes qui l’avaient suivi.

Cette même foule qui l’a acclamé à son entrée à Jérusalem a été capable de se retourner contre lui au moment de son procès.

Ses disciples eux-mêmes ont voulu l’empêcher de prendre le risque du don de sa vie.

Ais dans la fidélité à l’amour du Père et de ces hommes à qui il avait été envoyé, il a été jusqu’au bout.

Il a résisté à toutes les tentations du pouvoir, de la domination sous toutes ses formes, de la recherche du succès populaire.

Il a maintenu ce choix de la pauvreté et du don de soi.

Et nous dit l’Evangile, « il prit résolument le chemin de Jérusalem » (Lc. 9,51)

 

Dans ce compagnonnage avec les pauvres, il arrive que nous fassions l’expérience de l’épreuve et de la contradiction.

Cette épreuve peut venir de nous, à cause de la fatigue, du doute qui s’insinue en nous sur le bien-fondé de notre engagement, ou encore d’une impression d’échec dans la solidarité avec les pauvres.

Elle peut aussi venir du caractère risqué de notre engagement et du danger ou de la violence qui s’approchent, ou d’un sentiment de solitude…

Elle peut aussi survenir lorsque les pauvres eux-mêmes que nous avons accompagnés sur le chemin de leur relèvement sont sujets à des rechutes et semblent de nouveau terrassés par la fatalité.

Il peut arriver que nous soyons nous aussi tentés de baisser les bras !

 

Un  jour, des amis m’ont appris qu’un jeune que j’avais soutenu dans son combat pour une véritable libération de la drogue au cours d’une longue cure de désintoxication était retombé dans l’addiction.

C’était la 5ème fois qu’il connaissait une rechute.

J’ai eu le malheur de dire à ces amis qui m’avaient appris la nouvelle : « Cette fois je baisse les bras ! »

Ce jeune est ensuite venu me dire : « Si tu savais le mal que cela m’a fait quand j’ai appris que toi aussi tu baissais les bras ! »

C’est ce que j’appelle le péché contre l’espérance !

Les pauvres nous provoquent à la fidélité et à la patience, au-delà des retombées, des désespoirs, des angoisses qui peuvent les blesser et même les emporter.

 

Il ya une spiritualité du « Stabat mater » qui s’apparente à la fidélité de Marie qui s’est tenue debout au pied de la Croix alors qu’il n’y avait apparemment plus rien à faire et que son fils était en train de mourir sous les sarcasmes de cette foule qu’il avait tant aimée !

Seule notre foi en la Résurrection du Christ, en un amour plus fort que les misères et les souffrances qui peuvent s’abattre sur nos frères les plus pauvres, peut nous aider à tenir auprès d’eux et à demeurer « espérant contre toute espérance » comme noue y invite saint Paul dans l’Epitre aux Romains (Ro. 4, 18)

 

 

 

  1. Les pauvres nous introduisent dans le Mystère pascal avec le Christ.

Finalement, le compagnonnage avec les pauvres peut nous amener à vivre jusque dans notre chair ce chemin pascal que le Christ a tracé pour nous entraîner dans sa Résurrection.

Nous retrouvons ainsi les mots du Pape Jean-Paul II Dans l’encyclique Sollicitudo Rei Socialis :

« A la lumière de la foi, la solidarité tend à se dépasser elle-même, à prendre les dimensions spécifiquement chrétiennes de la gratuité totale, du pardon, de la réconciliation.

Alors le prochain n’est plus un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l’égard de tous, mais il devient l’image vivante de Dieu le Père, racheté par le sang du Christ et objet de l’action constante de l’Esprit Saint.

Il doit dons être aimé, même s’il est un ennemi, de l’amour dont l’aime le Seigneur, et l’on doit être prêt au sacrifice pour lui, même au sacrifice suprême : « Donner sa vie pour ses frères »(1 Jn. 3,16)

Les moines de Tibhirine nous ont donné un signe éclatant de cette solidarité jusqu’au don de leur vie.

Au jour le jour, dans cette fraternité difficile avec ce petit peuple algérien soumis à la peur et à la violence de la guerre civile au milieu duquel ils habitaient, ils ont tracé le chemin du don de soi.

Ils ont voulu demeurer frères de tous, refusant de choisir entre les « frères de la plaine » (les soldats de l’armée algérienne) et les « frères de la montagne » (ceux que l’on appelait ‘les terroristes’) qui s’opposaient sous leurs yeux de manière impitoyable.

Dans une contemplation assidue de leur Seigneur et Maître Jésus-Christ crucifié et ressuscité, et dans ce long travail intérieur de la prière en eux, ils ont appris à dépasser leurs peurs, à faire le choix de rester ensemble aux côtés de ce peuple de pauvres avec qui ils avaient fait alliance, à se dépouiller peu à peu de tout ce qui pouvait entraver l’amour et à s’abandonner avec confiance entre les mains de ce Dieu qui ne cesse de nous dire par la bouche du Christ « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

 

Nous aussi, dans la mesure où nous avons fait ce choix définitif de lier notre vie à celle des pauvres, nous nous laissons conduire et façonner par eux.

Peu à peu, nous sommes entraînés sur le chemin du partage de leurs joies, de leurs peines, de leurs espoirs, de leurs combats…

Nous lions notre vie à a leur.

Nous passons comme eux par les obscurités de la peur, de l’inquiétude pour le lendemain, de l’expérience de nos limites et de notre fragilité.

Mais nous sommes aussi portés par la grâce qu’ils nous font de nous accueillir comme leurs frères et sœurs.

C’est d’eux que nous apprenons jour après jour à donner notre vie comme le Christ.

C’est aussi d’eux que nous recevons parfois les paroles d’espérance au cœur de nos fragilités.

Comme Jésus qui, avant de remettre son souffle entre les mains du Père, a reçu du bon larron crucifié à ses côtés, ce reflet avant-coureur de la résurrection en laquelle il passait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Lc. 23,42)

Voilà tout ce que nous pouvons à mon sens recevoir du compagnonnage avec les pauvres si nous faisons nôtre cette parole de Diaconia :

« Ensemble osons le changement d’attitude au sein de nos communautés chrétiennes pour que les pauvres y tiennent toute leur place. » 

 

8 mai 2017

Jean-François BERJONNEAU

Prêtre du Diocèse d’Evreux

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 19:59
Des marcheurs "pour le pain" atteignent un important port du Yémen

De jeunes Yéménites engagés dans une "marche pour le pain" sont arrivés mardi à Hodeida, important port sur la mer Rouge qu'ils veulent voir préservé des combats et déclaré zone humanitaire.

Ces quelque 25 Yéménites ont parcouru à pied les 225 kilomètres séparant la capitale Sanaa de Hodeida pour attirer l'attention sur la situation humanitaire désespérée au Yémen.

Ce pays pauvre de la péninsule arabique est ravagé depuis plus de deux ans par une guerre qui oppose les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenues par une coalition militaire arabe, à des rebelles chiites Houthis alliés aux partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh.

Les combats ont fait plus de 7.700 morts depuis mars 2015 et 19 millions de personnes, soit 60% de la population, vivent en situation d'insécurité alimentaire.

Brandissant des drapeaux décorés de miches de pain, les marcheurs ont demandé que le port de Hodeida, porte d'entrée vitale pour l'aide humanitaire internationale, soit épargné par les combats.

Hodeida, quatrième ville du Yémen, est actuellement contrôlé par les rebelles Houthis tout comme la capitale Sanaa.

La semaine dernière, les NationD unies avaient demandé à la coalition militaire arabe dirigée par l'Arabie saoudite de ne pas bombarder Hodeida.

"Le port n'a rien à voir avec la guerre. Qu'ils se battent ailleurs, mais qu'ils ne touchent pas au port. Il sert à nos femmes, nos enfants, nos personnes âgées", a déclaré à l'AFP Ali Mohammed Yahya, qui a marché pendant six jours de Sanaa à Hodeida.

Mardi, Amnesty International a averti qu'une offensive militaire contre cette cité "causerait des destructions bien au-delà de Hodeida car la ville est un point d'accès crucial pour l'aide humanitaire internationale qui sauve des vies" au Yémen.

Un porte-parole de la coalition militaire arabe a nié que celle-ci préparait une offensive contre la cité portuaire, bien qu'elle mène des combats le long de la mer Rouge pour en déloger les Houthis.

Les Nations unies ont lancé un appel pour récolter 2,1 milliards de dollars (1,9 milliard d'euros) afin de répondre aux besoins humanitaires du Yémen, un des quatre pays au monde menacé par la famine cette année.

afp

 

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 18:30
Elsa (interprète) et Valeria (partenaire CCFD)

Elsa (interprète) et Valeria (partenaire CCFD)

Rencontre avec Valeria CHIAVETTA, présidente de la Fondation Oecuménique de Cuyo à Mendoza, Argentine

Ce lundi 27 mars 2017 à 17 heures étaient réunis à l’église Saint Jean-Baptiste de Vernon l’équipe du CCFD-Terre Solidaire de Vernon accompagnée de la partenaire du CCFD, Valeria CHIAVETTA, présidente de la F.E.C. (« Fundacion ecumenica de Cuyo » Province de Mendoza, Argentine) en visite en Normandie et l’Association d’Entraide aux Migrants (ADEM). Valeria, 40 ans, mariée, 2 enfants (de 11 et 8 ans) était accompagnée d’Elsa, son interprète bénévole.

Valeria nous a présenté l’histoire et les missions de son association :

Fondée il y a 40 ans par des pasteurs, prêtres et chrétiens de tout bord en exil, la FEC a dès son origine pour vocation d’être la « maison de tous les militants sociaux ». La FEC revendique le fait d’être fondée sur les principes de l’œcuménisme : option pour les plus pauvres, dialogue et respect de la différence, dialogue social au cœur de la démarche. La FEC a développé plusieurs axes de travail :
1- Droits humains : pendant la période de la dictature, la FEC a travaillé dans la clandestinité auprès des réfugiés et militants persécutés (elle a notamment accueilli de nombreux réfugiés chiliens ; ainsi qu’avec les mères des enfants kidnappés par les militaires). La FEC accompagne également l’association des mères d’enfants disparus (appropriés par les militaires) et a appuyé des campagnes de mobilisation pour retrouver les enfants à Mendoza.
2- Education populaire : le travail d’éducation populaire est organisé par territoires et par thématiques dans la région de Mendoza (zones urbaines et rurales). Il s’agit de renforcer les espaces collectives dans une perspective DH :

  • à la fois renforcer les organisations de base et renforcer les capacités individuelles (femmes - des quartiers populaires, femmes des zones rurales), et également faire le lien entre différents espaces de débats, mettre en réseau au niveau provincial, être une instance de plaidoyer et rendre ainsi visible certains thèmes (genre, traite, etc.) notamment dans le cadre du programme Mercosur.

3- Centre de documentation et formation politique : en lien avec l’université de Cuyo, la FEC a développé un centre de ressources documentaire sur les sciences sociales et politiques dans une perspective latino-américaine. Le fond s’est constitué à partir de donations. Pour mieux faire connaitre et garder l’histoire de la Dictature et des violations de droits humains perpétrés, la FEC tente de digitaliser les archives et de recueillir des histoires de vie. Il se veut être un espace de réflexion politique en lien avec d’autres espaces institutionnels.

Au niveau du Programme Migrants, la FEC a conduit une première étude en 2011 sur la situation des migrants dans la région de Mendoza (secteur de la construction, travail agricole et commerce). En 2014, la FEC a conduit une seconde étude sur l’application de la loi migratoire adoptée en 2003. L’étude de la FEC de 2014 a montré que cette loi est très peu connue des institutions : INADI Institut National contre les Discriminations ; RENATRAR Registre National des Travailleurs Ruraux, Direction de la Migration, Programme Contre les Traites des Personnes, Hôpitaux publics, écoles, etc.

Activités de la FEC auprès des migrants :
- Travail pour l’intégration sociale des familles migrantes dans le quartier.
Au départ, il s’agissait d’un programme lancé par le Ministère du Développement, en partenariat avec les organisations de la société civile. Des espaces de rencontres entre associations civiles, organisations communautaires, unions de voisins, etc. Il est très vite apparu de la majorité de la population était migrante.

A la fin du programme de travail du Ministère, la FEC, en partenariat avec la Fondation Cardinal Leger, a donc choisi de continuer à travailler avec cette population, dans une perspective d’intégration et de cohésion sociale. Cette première expérience permettait d’assurer une continuité, avec un focus spécifique migrations. Des séances de sensibilisation et d’information ont été organisées dans les écoles, centres de santé, sur la loi, et sur les modalités d’obtention des permis de résidence. Trois promoteurs DH ont été formés pour accompagner les familles migrantes. (L’INM Institut National de la Migrations n’acceptant pas les intermédiaires pour les dépôts demande de régularisation, l’objectif est de former les gens). Pour construire la cohésion sociale dans les quartiers, des ateliers de peinture et de musique andine sont alors organisés.

En 2012, par manque de moyens, les activités sont interrompues mais les liens sont maintenus avec les familles. Depuis 2013, les activités ont repris grâce à l’appui du Ccfd :

Le Père François, un prêtre Argentin, a créé dans la paroisse des Scalabriniens de Mendoza un foyer de migrants de 100 places, foyer qui accueille principalement des migrants Haïtiens.


Exemples d’activités :

- dans le quartier de Belgrano, un travail de cohésion sociale est fait avec les mères/ filles boliviennes. Elles se réunissent chaque week-end pour partager leur expérience (droits des femmes migrantes, discriminations, etc.) et partager des activités de tissage traditionnel. L’idée est à la fois de construire des espaces de vivre-ensemble, de permettre aux femmes de sortir de leur environnement restreint pour partager avec d’autres, et de créer un espace de plaidoyer local en les renforçant dans la connaissance de leurs droits. Dans ce même esprit et dans la continuité des années antérieures, la FEC travaille également dans une école primaire où elle organise aux heures creuses des ateliers artistiques infantiles.

Est aussi organisé un travail plus institutionnel, avec la tenue régulière d’une journée sur la loi migratoire, en présence des institutions qui devraient garantir l’application de cette loi. Fin 2014, la FEC a ainsi organisé à Mendoza un Forum ouvert sur les droits des migrants avec l’INADI.
Il s’agit donc d’un travail dans une double-perspective :
- reconnaissance culturelle, valorisation de l’identité, occupation de l’espace public, mobilisation de la communauté ;
- sensibilisation à la loi auprès des institutions publiques et des migrants.

la FEC travaille dans ce quartier en partenariat avec le CDIF, centre d’éducation non formelle, qui accueille principalement des enfants d’origine étrangères : 60% sont de nationalité bolivienne, 80% sont enfants de boliviens ou de péruviens, tous sont originaires des peuples indigènes des Andes. Le CDIF accueille 235 à 250 enfants chaque jour, beaucoup sont en situation de vulnérabilité ou de violence forte.
Le CDIF est à la fois une école complémentaire de l’école publique, et une école alternative pour les enfants travailleurs. C’est un lieu de rencontre, avec les institutions, le Maire et les autres écoles. C’est un lieu référent. Le consulat y vient pour remplir les registres d’état civil.La FEC et le CDIF conduisent plusieurs activités conjointes : ateliers de peinture, organisation de la journée de la femme avec les mamans boliviennes, etc.

- dans la zone de Hugarteche (zone rurale à 40km au sud de Mendoza) , la FEC travaille avec un groupe de producteurs horticulteurs, pas encore constitué en association de producteurs. L’objectif est de renforcer leurs capacités (usage des pesticides, diversification des cultures et du matériel, accaparement des terres). Il s’agit aussi de mettre en réseau ces agriculteurs avec les institutions publiques pour trouver d’autres ressources et de nouvelles formes de commercialisation. Dans cette même zone, un travail est également fait avec les femmes avec la mise en place d’ateliers de broderie andine. Il s’agit surtout d’un espace de partage, un prétexte pour sortir de la maison. Dans cette zone, il y a très peu d’institutions, et d’organisations sociales vraiment constituées, il s’agit donc de démarrer du point de départ pour créer du collectif.

Etienne LOZAY, CCFD-Terre Solidaire

Lien à la Source

Rencontre avec Valeria CHIAVETTA, présidente de la Fondation Oecuménique de Cuyo à Mendoza, Argentine

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 16:24
Nicolas Hulot (g) et le président d'Emmaüs France, Thierry Kuhn, lors du lancement d'un "appel des solidarités" le 23 mars 2017 à Paris / AFP

Nicolas Hulot (g) et le président d'Emmaüs France, Thierry Kuhn, lors du lancement d'un "appel des solidarités" le 23 mars 2017 à Paris / AFP

Lutte contre les inégalités, la fraude fiscale, le mal-logement, les discriminations et pour préserver la santé et l'environnement: Nicolas Hulot et 80 ONG ont uni leurs forces jeudi, à un mois de la présidentielle, pour opposer à la tentation du "repli sur soi" une société plus "solidaire".

Dans la lignée de ce qu'avait fait l'Abbé Pierre en 1954, "un appel des solidarités", a été lancé. Les associations ne soutiendront pas un candidat en particulier mais invitent le plus grand nombre de citoyens à adhérer à leur plaidoyer.

Le texte s'adresse à ceux qui "sont parfois envahis par une sentiment d'impuissance", qui "continuent à s'entraider là où on nous dit qu'il faudrait se replier" ou qui "protègent la nature là où d'autres veulent la détruire".

A un moment où "les situations d'exclusion s'accumulent" et où "il peut y avoir une tentation de repli sur soi, de stigmatiser, d'ériger des murs", "il faut rassembler nos forces et faire en sorte que la solidarité soit l'ADN de notre démocratie", a déclaré Nicolas Hulot lors du lancement de l'appel.

Des représentants des 80 associations environnementales, d'insertion, de solidarité internationale, etc. (WWF, Greenpeace, ATD Quart Monde, la Fondation Abbé Pierre, Les Petits frères des pauvres, Action contre la faim, Association des paralysés de France, Médecins du monde, le Secours catholique, le Secours islamique, etc.) s'étaient réunis à la Maison de la Radio.

- "Antidote" à la crise -

"La solidarité est l'antidote à toutes les crises que nous traversons" et "le fatalisme est notre pire ennemi", a ajouté l'écologiste qui a renoncé l'été dernier à se présenter à la présidentielle après avoir hésité.

Pas question pour le collectif de donner une consigne de vote, a expliqué sur France Inter l'ancien candidat à la primaire des Verts en 2011. "Ce n'est pas à nous de nous substituer à la conscience du citoyen."

Les ONG espèrent que les Français adhèreront par centaines de milliers, voir par millions, pour que le thème s'impose pendant la présidentielle et les législatives. "Pour peser, nous devons nous compter", a glissé Nicolas Hulot. On peut signer l'appel sur le site www.appel-des-solidarités.fr ou gratuitement par SMS au 32321 en tapant le mot "Présent".

"Les inégalités se creusent, il y a 140.000 personnes dans la rue, 4 millions de mal-logés, 6 millions de chômeurs", a souligné Thierry Kuhn, le président d'Emmaüs. Pour lui, "les candidats n'ont pas pris la mesure de la situation des personnes derrière ces chiffres".

"La question de l'emploi, de l'environnement, du vivre-ensemble doivent être au coeur d'un projet de société solidaire et ambitieux", a-t-il affirmé.

- Haro sur la fraude fiscale -

Une liste de 500 propositions pour de nombreux secteurs a été constituée et pourra être enrichie par des contributions citoyennes. "Nous la remettrons aux parlementaires cet été ou à la rentrée", a indiqué Thierry Kuhn.

Priorité mise en avant, "la lutte contre les inégalités, la fraude, l'évasion fiscale, l'impunité des banques, des politiques ou des multinationales".

"Comment partager la richesse quand elle se concentre dans les mains de quelques uns? Comment la solidarité peut s'exprimer quand l'évasion fiscale représente l'équivalent de notre déficit budgétaire? C'est impossible!" a fait valoir Nicolas Hulot.

Autre priorité, l'écologie: "C'est aussi la solidarité avec nos enfants, avec ceux qui sont victimes du changement climatique", a fait valoir l'ex-envoyé spécial de François Hollande pour le climat.

Si les associations ne proposent pas directement aux candidats de s'engager sur leurs propositions, comme Nicolas Hulot l'avait fait avec le pacte écologique en 2007, un rendez-vous est fixé dans un an. "Nous regarderons ce qui a été fait et nous évaluerons dans la durée l'action du gouvernement au regard de nos priorités", a expliqué à l'AFP Thierry Kuhn.

"Souvent après les élections, les politiques nous lâchent, là c'est nous qui n'allons pas les lâcher", a-t-il promis.

afp

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 10:23
Discours inattendu d’Emmanuel FABER directeur général de Danone aux diplômés d'HEC le 30 juin 2016

Le directeur général du groupe Danone, Emmanuel FABER, a tenu un discours très émouvant lors de la remise des diplômes à l'école de commerce HEC le26 juin 2016. À rebours de ce que l'on attend d'un dirigeant d'une entreprise qui pèse plus de 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Ce discours émerge au lendemain de l'annonce de l'entrée du groupe Danone dans le capital de la petite marque de biscuits et produits laitiers Michel et Augustin, à hauteur de 40%.

Dans la vidéo ci-dessus, on entend Emmanuel Faber évoquer son frère, atteint de schizophrénie. Son souvenir le plus fort sur le campus aura été ce coup de fil lui annonçant l'hospitalisation de son frère, la première fois.

"Cette petite voix qui me rappelait d'où je venais"

Il raconte l'histoire de ce jeune homme dont la maladie et les séjours en hôpital psychiatrique ont rythmé la vie et la sienne.

"L'après midi, il avait besoin de dormir à cause de sa maladie et il allait près d'un torrent (...) il avait un vieux téléphone portable, pas comme le mien (il montre son smartphone à l'assistance), il le mettait près de la fontaine et il m'appelait et me laissait un message téléphonique. Tous les jours. Avec juste le chant de la fontaine. Moi j'étais avec le gouvernement chinois, de l'autre côté de la planète, dans un bureau à Shanghai ou à Paris, à Barcelone ou au Mexique... Et j'avais toujours cette petite voix une fois par jour qui me rappelait d'où je venais."

"Ma vie a basculé, il m'a fallu apprendre à passer des nuits à le chercher, à apprendre le langage des fous, découvrir la beauté de ce langage, la beauté de l'altérité. A cause de lui, j'ai découvert l'amitié de SDF, de temps en temps, je vais dormir avec eux. (...) Je suis allé séjourner dans les bidonvilles à Delhi, à Bombay, à Nairobi, à Jakarta. Je suis passé au bidonville d'Aubervilliers, vous savez c'est pas très loin de chez nous à Paris. Je suis allé à la jungle de Calais."

Justice sociale

Cette histoire sur les bidonvilles ne semble pas être un simple coup de communication. Le magazine Capital avait révélé en janvier 2015, dans une enquête sur le personnage, qu'il avait déjà passé une semaine à faire le ménage et panser des mourants dans un centre tenu par les sœurs de Mère Teresa, en Inde.

Ce proche de Christine Boutin qui touche un salaire de 2,5 millions d'euros par an, et qui n'a jamais demandé à ce qu'il soit abaissé, roule pourtant en Clio, selon Capital, "ne porte ni montre de luxe, ni cravate chic, et passe ses vacances dans ses Hautes-Alpes natales -le patron allouerait la totalité de ses primes et bonus à des associations caritatives".

Ce mode de vie détonant pour un grand patron lui a permis de pousser sa réflexion sur la globalisation. Il prône aujourd'hui plus de justice sociale, persuadé qu'elle est la clé de l'avenir de l'économie.

"Tout cela a nourri une chose: désormais, après toutes ces décennies de croissance, l'enjeu de l'économie, de la globalisation, c'est la justice sociale. Les riches, nous, pouvons monter des murs de plus en plus haut. Mais rien n'arrêtera ceux qui ont besoin de partager avec nous."

Pas de main invisible

Il continue son discours en anglais pour donner deux éléments que les diplômés d'HEC garderont surement en mémoire:

• "Vous avez un outil très puissant dans vos mains (le diplôme et les connaissances acquises dans l'école), la question est: 'Qu'allez-vous en faire?'"

• "Il n'y a pas de main invisible (en référence à la théorie économique d'Adam Smith qui voudrait que les actions guidées par l'intérêt personnel contribueraient à la richesse et au bien-être de tous). Il n'y a que vos mains."

 

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 06:51
Cagnotte : Solidarité avec Hélène et avec Armide et Achille (ses enfants) sans hébergement à Vernon (Eure)

 

Hélène (40 ans) et ses deux enfants : Armide (16 ans) lycéenne à Vernon (Eure) et Achille (13 ans) collégien à Vernon viennent de Kinshasa (République Démocratique du Congo). Hélène a été victime de violences et de menaces de mort car elle a dénoncé la corruption dont elle a été témoin dans son pays. Elle a dû fuir avec sa famille. Elle n’a pas obtenu le statut de réfugiée car elle n’a pas pu apporter les preuves suffisantes des menaces qui pèsent sur elle et sur sa famille (en 2014 seulement 4% des 4000 demandeurs d’asile en provenance de RDC ont obtenu le statut de réfugié alors que la répression du pouvoir contre les opposants est féroce : emprisonnements, tortures, assassinats !).

La préfecture de l’Eure a émis à son encontre un arrêté de Refus de séjour et d’Obligation de Quitter le Territoire écartant ainsi l’examen de sa demande de droit au séjour pour raisons médicales. En effet les médecins qui la soignent ont attesté de graves traumatismes et de la nécessité de soins et d’un suivi médical en France.

Hélène et son avocat ont introduit un recours au Tribunal Administratif de Rouen. Ce recours suspend la décision de la préfecture dans l’attente de la décision du Tribunal.

Hélène fera valoir son droit au séjour devant la juridiction administrative. Mais l’attente de la décision est longue (de 6 à 8 mois !).

Dans l’intervalle Hélène se trouve sans aucune ressource, sans possibilité de travailler et sans hébergement ! (le 115 refusant d’héberger les familles qui ont fait l’objet d’un arrêté de refus de séjour).

Ses enfants sont sa fierté et réussissent parfaitement leur scolarité.

Nous avons créé – à Vernon – une chaine de solidarité pour les héberger dans des familles pour des périodes de deux à trois semaines.

Mais en prévision des périodes où aucune des familles n’est disponible (par exemple durant la période des vacances de Noël et durant les autres petites vacances scolaires) il nous faut organiser une cagnotte nous permettant de les héberger à l’hôtel Formule 1 ou bien en gite (lorsque c’est possible).

Nous estimons à 3.000 euros le montant de cette cagnotte afin de faire face à ces hébergements de vacances.

Pour participer à la cagnotte cliquez sur le lien ci-dessous :

Participer à la cagnotte

D’avance un grand MERCI pour votre générosité.

Père Denis CHAUTARD

Prêtre à la Paroisse de VERNON (Eure)

Membre de l’A.D.E.M. (Association d’Entraide aux Migrants)

28, rue du coq 27200 – VERNON

www.chautard.info

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 05:34
Italie: Les Eglises se mobilisent après le tremblement de terre

L’Eglise catholique italienne s’est immédiatement mobilisée dans la matinée du 24 août 2016, après le séisme meurtrier qui a frappé dans la nuit le centre de l’Italie. Selon un bilan provisoire à la mi-journée, une soixantaine de personnes ont trouvé la mort et des dizaines de disparus sont encore sous les décombres.

A peine quelques heures après le tremblement de terre qui a frappé les provinces de Rieti, Ascoli Piceno, Perugia et Fermo, la Conférence épiscopale italienne (CEI), a annoncé débloquer un million d’euros, afin de faire face aux premières urgences.

Dans toutes les églises d’Italie, une collecte sera organisée le 18 septembre prochain en faveur des sinistrés. La CEI a aussi fait part de ses prières pour toutes les victimes et a exprimé sa proximité aux populations touchées. Elle enjoint les diocèses de la péninsule, les paroisses, les instituts religieux et laïcs à venir en aide à toutes les personnes touchées par ce séisme de magnitude de 6,2.

Collecte nationale dans toutes les églises

Les diocèses, le réseau des paroisses, des instituts religieux et des organisations catholiques laïques ont été invités à s’engager pour soulager les personnes touchées par le séisme.

Le cardinal Francesco Montenegro, président de la Caritas italienne, et son directeur Don Francesco Soddu, ont mobilisé leurs membres dans les diocèses de Fermo, Ascoli Piceno et Rieti pour apporter les premiers secours aux victimes dans les régions touchées des Marches et du Latium. La Caritas italienne coordonne également les interventions des Caritas des autres régions et de l’étranger qui ont offert leur aide.

Mgr Nazzareno Marconi, évêque de Macerata, dans la région des Marches, a fait fermer toutes les églises afin de pouvoir contrôler leur stabilité et d’éviter tout danger éventuel d’effondrement. La curie épiscopale de Macerata-Tolentino-Recanati-Cingoli-Treia fait actuellement les premières vérifications dans les nombreux édifices religieux du diocèse. Elle craint en particulier pour l’état de la structure de l’église de San Giovanni, devenu un auditorium dédié au fameux missionnaire jésuite Matteo Ricci (né à Macerata le 6 octobre 1552 et mort à Pékin le 11 mai 1610).

Solidarité nationale et internationale

Les messages de condoléances et de solidarité sont arrivés de toutes parts: du Synode des Eglises méthodistes et vaudoises en cours à Torre Pellice, près de Turin, ainsi que de l’Union des communautés hébraïques italiennes et de la Communauté hébraïque de Rome, qui ont organisé un lieu pour le don du sang en collaboration avec l’Association médicale hébraïque et le Groupe hébraïque de donateurs.

La Fédération des Eglises évangéliques en Italie (Fcei), par la voix de son président, le pasteur Luca M. Negro, a également lancé une récolte de fonds en faveur des victimes. Les premiers messages de solidarité sont venus des Caritas de Hongrie, d’Allemagne et de Suisse. (cath.ch-apic/com/sir/be)

Jacques Berset

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 16:01
Ultra-Trail du Mont-Blanc : courir contre les discriminations en Inde

Le 28 aout à 18h, 2 300 coureurs se mettront en route pour 170 kms de course dans les Alpes, sur plus de 10 000 m de dénivelé. La plupart d’entre eux mettront près de 48h pour finir la course. Parmi eux, Gerald Forey, Jean Jacques Favre et Frik Dreyer (en provenance d’Australie) vont courir pour Frères des Hommes et Fédina, son partenaire en Inde.

Pour Frères des Hommes, il s’agit de la 4ème participation à l’UTMB. Comme chaque année le principe est le suivant : chaque coureur qui souhaite associer sa course à une organisation de son choix doit collecter 2 000 € et bénéficier ainsi d’un "dossard solidaire. Pour les sportifs qui s’engagent avec nous, courir n’est pas juste un immense défi physique, cela traduit également leur volonté de soutenir des actions de lutte contre les inégalités et les injustices. L’UTMB est LE rdv des trailers (adeptes de la course de fond en nature) et une course en montagne parmi les plus difficiles au monde.

Cette année "nos" 3 coureurs ont récolté 6 000 euros en soutien à l’action de l’association FEDINA, notre partenaire en Inde. Créée en 1983 à Bangalore, dans l’Etat du Karnataka, l’association accompagne et défend les populations marginalisées (intouchables, femmes victimes de violence et éloignées de l’emploi, populations tribales, travailleurs du secteur informel), très nombreuses dans le pays. L’organisation intervient dans 5 Etats indiens (Karnataka Kerala, Andhra Pradesh, Tamil Nadu et Pondichéry).

Lien à la Source

Cliquez sur la vidéo ci-dessous puis sur l’icône « plein écran »

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 05:50
FRATELLO 2016 - Le pèlerinage des sans-abris à Rome

Du 11 au 13 Novembre 2016, le Pape François invite à Rome 6000 personnes de toute l’Europe connaissant la rue pour 3 jours de retraite exceptionnels à l’occasion du Festival de la Joie et de la Miséricorde. Il s’agit là d’un des derniers évènements de l’année du Jubilé de la Miséricorde, et une occasion de répondre au vœu du Saint Père qui disait, quelques jours après son élection,: « Comme je voudrais une église pauvre pour les pauvres ». Pour plus d’informations, rejoignez-nous sur

www.fratello2016.org

Cliquez sur la vidéo ci-dessous et sur l'icône "plein écran"

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Solidarité
commenter cet article
27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 13:43
Notre-Dame d’Afrique : Mgr Aveline invite les Pieds-Noirs à témoigner qu’une fraternité entre chrétiens et musulmans est possible

Excellence,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus et les représentants des autorités civiles et militaires,

Chers amis,

Je remercie le P. Bernard Lucchési de m’avoir convié à prendre la parole en conclusion de cette belle manifestation. La plaque commémorative que nous dévoilons pour marquer les cinquante ans de l’église Notre-Dame d’Afrique est pour moi hautement significative puisque je suis moi-même un rapatrié d’Algérie, né à Sidi-Bel Abbès en décembre 1958 et rentré en métropole, avec mes parents qui sont ici, le 7 novembre 1962. Après quelques années difficiles en banlieue parisienne, nous sommes arrivés à Marseille, dans les Quartiers-Nord, en septembre 1966. Et très vite, l’une de nos destinations du dimanche, comme pour bon nombre d’entre vous j’imagine, fut de venir prier un moment à Carnoux, aux pieds de Notre-Dame d’Afrique.

C’est Elle qui, peu à peu, a posé sur nos mémoires déchirées le baume apaisant de la réconciliation. C’est Elle qui, ayant comme nous traversé la Méditerranée, manifestait à nos cœurs éperdus l’indéfectible fidélité de Dieu par-delà les épreuves de la vie et les soubresauts de l’histoire. C’est Elle qui, depuis Alger, rappelait à nos consciences endurcies qu’on doit la prier également, comme le cardinal Lavigerie l’avait souhaité, « pour nous et pour les musulmans ». C’est enfin Elle qui, ayant maintenant trouvé place dans ce vallon de Provence, jadis aride et désormais verdoyant, réchauffait notre espérance et nous conviait à apporter notre pierre à la prospérité de ce petit coin de France et plus largement de notre belle patrie, si tendrement aimée malgré tout ce que nous avions souffert à cause de l’attachement que nous lui portions.

Comme il faut se réjouir, Monsieur le Maire, que Carnoux-en-Provence ne soit pas devenu un ghetto chic pour Pieds-Noirs aigris ! Si je ne me trompe, ils ne représentent d’ailleurs pas plus d’un tiers de la population aujourd’hui. Et c’est cela aussi, cette réussite d’une ville en plein essor, devenue plurielle sans oublier ses racines, que nous célébrons ce matin. Puis-je vous avouer qu’il m’aura fallu des années pour comprendre que la force du peuple Pied-Noir réside non pas dans l’entretien morbide de sa nostalgie mais dans son étonnante capacité à toujours recommencer, à aimer la vie et à s’ouvrir aux autres ? C’est ce qui est arrivé ici et c’est cela aussi que nous voulons célébrer ce matin.

Permettez-moi donc d’appeler de mes vœux une prise de conscience de la vocation particulière du peuple Pied-Noir et du rôle qu’il devrait pouvoir jouer dans les circonstances particulières que nous traversons aujourd’hui en Europe et sur les rivages de la Méditerranée. Car ce peuple déraciné connaît d’expérience la douleur de toute migration. Il sait qu’on quitte rarement son pays de gaîté de cœur. Il sait, comme dit le proverbe, qu’on ne peut jamais arracher du cœur d’un homme l’amour de son pays natal. Il a appris dans sa chair ce que c’est que de n’être pas reçu, d’être méprisé simplement à cause de son origine, d’être incompris à cause de tous les préjugés dont on est la cible et d’être exclu à coup d’amalgames savamment et longuement entretenus.

Eh bien, que ce peuple aujourd’hui fasse entendre sa voix ! Nous pouvons en effet témoigner qu’est possible une fraternité entre chrétiens et musulmans, comme lorsque nous vivions ensemble sous le soleil généreux de Constantine, d’Oran, ou d’Alger, tissant peu à peu ce mélange culturel qui nous a façonnés, fait de kémias et de mounas partagées, avant que ne s’engouffre dans les ruelles de nos villes un vent sournois venu d’ailleurs, éveillant les méfiances, brisant les amitiés et distillant la haine. Ce vent empoisonné souffle aujourd’hui sur l’Europe et sur notre pays, plus fortement encore que le Mistral de cette nuit ! Prenons garde qu’il ne nous emporte une nouvelle fois dans la spirale des violences sans fin.

Même si notre voix est faible, nous devons dire, nous, Pieds-Noirs, que le dialogue est possible, qu’il a certes ses exigences et ses difficultés, mais qu’il est source de bonheur et surtout indispensable à la paix. Aujourd’hui, la nation française, si frileuse dès qu’un migrant se présente, si prompte à élever des barrières et à attiser les peurs, a bien besoin de notre témoignage et de notre courage, chers amis Pieds-Noirs. Combien de fois, retournant là-bas ces dernières années, j’ai pensé avec tristesse que ce n’est sans doute pas lorsqu’elle était française que l’Algérie avait été la plus malheureuse. Certes, il fallait que des choses changent. Mais il y avait certainement d’autres voies !

C’est pourquoi j’estime que la nation française a bien besoin du témoignage de cette ville de Carnoux-en-Provence, créée par la volonté d’une communauté mais ouverte à tous ceux qui ont bien voulu bien se joindre à son histoire et l’aident aujourd’hui à se tourner vers l’avenir. Beaucoup de chrétiens et de musulmans persécutés dans le monde ont besoin du témoignage d’espérance que cette petite ville représente. Carnoux dit au monde que rien n’est perdu tant qu’on aime la vie, tant qu’on travaille ensemble pour bâtir ou rebâtir, tant qu’on reste solidaires et qu’on garde confiance en Dieu.

Lorsqu’à la fin de l’année 1867, le choléra s’abattit sur l’Algérie, faisant plus de soixante mille morts, surtout parmi les plus pauvres de la population arabe, Mgr Lavigerie, tout nouvel évêque d’Alger, recueillit les orphelins et prit soin de tout son peuple, des chrétiens comme des musulmans. « Je suis évêque, disait-il, c’est-à-dire père, et quoique ceux pour lesquels je plaide ne me donnent pas ce titre, je les aime comme mes fils et je cherche à le leur prouver : heureux, si je ne puis leur communiquer ma foi, d’exercer du moins la charité envers ces pauvres créatures de Dieu. » Et lorsque quelques années plus tard, le 2 juillet 1872, il consacra solennellement la basilique sur les hauteurs d’Alger, il fit écrire en grandes lettres sur les murs de l’abside : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans ».

C’est ainsi que Carnoux, chers amis, est pour nous aujourd’hui plus qu’un village : c’est un message. Message d’espérance et de fraternité. C’est donc avec beaucoup de joie et d’émotion que je souhaite à tous les Carnussiens un bon Jubilé sous le regard aimant de Notre-Dame d’Afrique.

Dimanche 24 avril 2016

Jubilé des 50 ans de Notre Dame d’Afrique à Carnoux en Provence

+ Jean-Marc Aveline

Évêque auxiliaire de Marseille

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans solidarité
commenter cet article