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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 14:53
L’homélie de la messe d’obsèques de Jacques Chirac

Retrouvez l'intégralité de l'homélie de Mgr Aupetit prononcée lors des obsèques de Jacques Chirac à Saint-Sulpice, le 30 septembre 2019.

Nous venons d’entendre saint Paul nous expliquer le sens de la cérémonie que nous sommes en train de vivre : « Frères, j’encourage avant tout à faire des prières et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité ». C’est donc une tradition ancestrale et antique de l’Église de prier avec bienveillance, et dans l’espérance, pour ceux qui nous gouvernent. Si nous prions pour ceux qui sont chargés de nous diriger, c’est parce qu’ils ont la responsabilité du bien commun, de chacune des personnes et de l’ensemble de la communauté afin que tous puissent atteindre leur plein épanouissement. Ce n’est donc pas une prière facultative pour nous, c’est une obligation qui tient à l’amour du prochain. Nous le savons aussi, le bien commun n’est pas l’intérêt général car celui-ci peut supporter le sacrifice et l’oubli du plus faible.

Le président Jacques Chirac avait axé sa campagne de 1995 sur le thème de la fracture sociale, portant ainsi son regard sur ceux qui restent sur le bord de la route. La fracture sociale est un mal qu’il est sans doute difficile de traiter puisque, aujourd’hui encore, certains se ressentent comme exclus. Un des rôles de l’Église est de construire la fraternité, cette fraternité qui constitue un des trois piliers de notre République et qui permet d’édifier une véritable unité entre nous. Cette fraternité est évidente pour les chrétiens puisqu’elle se réfère à l’unique Paternité de Dieu. C’est au nom de cette Paternité que Dieu, dès le commencement de l’humanité fracturée, demande à Caïn qui vient de tuer son frère Abel : « Qu’as-tu fais de ton frère » ?

[…]

L’attention aux plus petits, aux plus faibles, aux laissés-pour-compte est une caractéristique du christianisme. Nous l’avons entendu dans cet Évangile choisi par la famille : « J’avais faim, tu m’as donné à manger, j’avais soif, tu m’as donné à boire, j’étais nu et tu m’as habillé, j’étais un étranger, tu m’as accueilli, j’étais malade et tu m’as visité, j’étais en prison et tu es venu jusqu’à moi ».

Il y avait chez notre ancien président, cet homme chaleureux soutenu par son épouse Bernadette, un véritable amour des gens. Aussi à l’aise dans les salons de l’Élysée qu’au Salon de l’agriculture, beaucoup en le rencontrant se sentaient considérés. Son amour pour sa famille était profond et, bien que pudique, chacun a pu percevoir la tendre compassion qu’il avait pour la vulnérabilité de sa fille Laurence.

Cette attention aux plus faibles a une raison plus profonde encore que la délicatesse de l’affection. Jésus dit : « Ce que tu fais aux plus petits d’entre les miens c’est à moi que tu le fais ». C’est en raison de l’étincelle divine qui réside dans notre humanité, que toute personne, du commencement de sa vie à la conception, jusqu’à sa mort naturelle, est appelée à être aimée et respectée. Cela nous oblige à un changement de regard qui doit aller bien au-delà des apparences et des postures qui caractérisent nos sociétés humaines. Dieu voit le fond du cœur, il convient de se mettre à son école. En effet, les gestes que nous posons vis-à-vis d’un frère en humanité va bien au-delà de l’entourage et de la dimension sociale et politique, car il passe par le Christ et, par lui, atteint les autres jusqu’aux extrémités du monde.

« Gouverner c’est prévoir », cette célèbre citation d’Émile de Girardin, le président Jacques Chirac l’a illustré à plusieurs reprises. En septembre 2002, lors du Sommet de la Terre, avant la prise de conscience écologique forte d’aujourd’hui, il avait dit : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

De même, en février 2001, au forum mondial des biotechnologies, il avait vu la nécessité d’une conscience éthique : « Face à l’importance des enjeux et à la rapidité des progrès, il est essentiel que les avancées de la science s’accompagnent partout d’une conscience démocratique et d’une réflexion politique et morale aussi large que possible ».

Enfin, lorsque la France pouvait être engagée dans une guerre injuste et dangereuse pour l’équilibre mondial, il a su librement se démarquer des pays amis qui voulaient entraîner notre patrie dans une aventure imprudente. Puisse-t-il être entendu aujourd’hui sur tous ces sujets.

Mais si nous sommes ici, si nous célébrons cette messe de funérailles demandée par la famille et, je le crois, par tout le pays, c’est pour présenter cet homme à la Miséricorde de Dieu. Saint Paul nous l’a redit dans la première lecture : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ». Si en France, tout au moins, tous les hommes « naissent libres et égaux en droit », on sait aussi qu’ils ne naissent pas forcément égaux dans la réalité de leur existence. Tout dépend de la façon dont ils sont accueillis, acceptés, aimés et des conditions dans lesquelles émerge leur jeune vie. En revanche, la mort est bien le lieu commun de notre humanité et, au fond, l’égalité véritable de notre condition humaine.

Saint Jean de la Croix, ce grand mystique espagnol, nous l’avait révélé : « Au Ciel nous serons jugés sur l’amour ». Si nous présentons notre ancien président à Dieu avec tant de confiance, c’est parce que nous savons que seul l’Amour peut juger l’amour. Le Christ, Jésus de Nazareth, nous a révélé l’immensité de cet amour de Dieu qui dépasse infiniment nos connaissances expérimentales et nos capacités intellectuelles de connaître l’au-delà du réel qui nous entoure.

Pour finir, je voudrais citer cette phrase du président Chirac, tellement d’actualité, qu’il a prononcée pour la visite du Pape saint Jean-Paul II en 1980 : « C’est en ces lieux, sous le commandement des tours de Notre-Dame, à portée de la chapelle où Saint-Louis a honoré la Passion, au pied de la Montagne sainte-Geneviève où flotte encore le souvenir de l’antique bergère de Nanterre, patronne de la capitale, sous le regard de la prestigieuse Sorbonne où tant de docteurs ont enseigné, c’est en ces lieux que la France sent le plus fortement battre son cœur ».

Les événements récents et dramatiques survenus à Notre-Dame nous ont montré combien cette intuition était vraie. Adieu et merci M. Chirac.

 

Michel AUPETIT

Archevêque de Paris

 

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 09:27
Homélie du dimanche 6 octobre 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 5-10

 

« En ce temps-là,
    les Apôtres dirent au Seigneur :
« Augmente en nous la foi ! »
    Le Seigneur répondit :
« Si vous aviez de la foi,
gros comme une graine de moutarde,
vous auriez dit à l’arbre que voici :
‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’,
et il vous aurait obéi.

    Lequel d’entre vous,
quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,
lui dira à son retour des champs :
‘Viens vite prendre place à table’ ?
    Ne lui dira-t-il pas plutôt :
‘Prépare-moi à dîner,
mets-toi en tenue pour me servir,
le temps que je mange et boive.
Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ?
    Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur
d’avoir exécuté ses ordres ?
    De même vous aussi,
quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,
dites :
‘Nous sommes de simples serviteurs :
nous n’avons fait que notre devoir’ »

 

Homélie

 

Planter un arbre dans la mer…!

Planter un arbre dans la mer, quelle idée bizarre ! Et pas n’importe quel arbre : un sycomore. Sous nos climats, ce serait un chêne ou un platane. Planter un arbre dans la mer grâce à l’énergie contenue dans une minuscule  graine de moutarde ! Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Pour un juif du temps de Jésus, la mer est pleine de démons, de  forces maléfiques incontrôlables, c’est le domaine de la mort.  Donc, planter un arbre dans la mer avec l’énergie contenue dans une toute petite graine de foi , c’est planter l’amour dans un monde de brutes, dans un monde de haine, dans un monde sans espoir où l’homme est  défiguré, méprisé, torturé.

Planter un arbre dans la mer, c’est ce qu’a fait Maximilien Kolbe dans un camp de concentration, quand il a donné sa vie pour sauver celle d’un père de famille condamné à mourir de faim. Planter un arbre dans la mer, c’est ce qu’ont fait Dietrich Bonhöffer et Édith Stein  qui ont planté un peu d’espérance et de vie dans la mer de torture et de mort des camps nazis d’extermination.

Le Père Claverie et les moines de Tibhirine – allez voir ou revoir ‘’Des hommes et des Dieux ‘’ – ont eux aussi planté la solidarité, la fraternité dans des régions et  des pays submergés par des océans de menaces, de violences, de peurs et de haine. Ils l’ont fait parce qu’ils avaient dans le cœur l’énergie de la foi, grosse comme une graine de moutarde. Seigneur, augmente en nous la foi.

Et aussi tant et tant  d’hommes et de femmes qui, obscurément, obstinément donnent leur vie au fil des jours au service des autres, en plantant l’espérance et l’amour dans des mers de larmes et de sang.

Les uns et les autres réalisent le rêve de Dieu : faire de la Terre une mer de tendresse et d’amour..

La deuxième partie du passage d’évangile que nous venons d’entendre a du mal à passer : on nous a tellement dit et redit qu’on était sur la terre pour ‘’gagner son ciel’’ à coups de bonnes œuvres, de mérites, de sacrifices, de prières, qu’on a du mal à s’entendre dire que cela ne sert à rien, qu’on se donne du mal pour rien, autrement dit que nous sommes des serviteurs inutiles. Pourquoi ? parce qu’il n’y a pas besoin de ‘’gagner’’ son Ciel, puisqu’il nous est donné gratuitement.

Oui, Dieu nous aime sans raison, comme vous aimez vos enfants, sans raisons, simplement parce qu’ils sont vos enfants. Le propre de l’amour vrai c’est  d’être sans raisons. Dieu nous aime infiniment de cette façon-la

Nous n’avons comme seule offrande que l’accueil de ton amour  nous fait dire une hymne du bréviaire. Or, au lieu de nous abandonner sans crainte à l’amour de Dieu, nous avons la tentation perpétuelle de nous ’’faire valoir’’  aux yeux de Dieu, comme le Pharisien de la parabole. Nous voudrions que Dieu ait de bonnes raisons de nous aimer. Prières, bonnes œuvres etc. nous rassurent, comme si on acquérait des droits sur Dieu, de sorte qu’il soit obligé de nous aimer.

Et Jésus nous dit : Vous vous donnez du mal pour rien : vous possédez déjà ce que vous vous donnez tant de mal à obtenir : l’amour indéfectible et inconditionnel de Dieu pour nous. Il nous suffit  d’accepter d’être aimés, de nous laisser aimer. Il nous faut laisser tomber nos préjugés, ouvrir notre porte, ouvrir notre cœur, accepter d’être faibles, vulnérables, s’en remettre à Dieu, lui donner notre foi. Lui faire confiance, comme Marie.

Pour autant,  il ne s’agit pas de se croiser les bras sans rien faire. Dieu a besoin de nous pour planter l’amour dans l’océan du monde. Mais il ne faut pas le faire pour ‘’être sauvés’’ mais parce qu’on est déjà sauvés.

C’est un peu vexant de s’entendre dire : Vous êtes des serviteurs inutiles…

Eh bien moi, j’ai envie de rendre grâces et de dire : Je Te remercie Seigneur, Dieu de tendresse de m’aimer  gratuitement, sans que je l’aie mérité. Heureusement que ton amour pour moi ne dépend pas de l’amour que j’ai pour toi. Je te remercie de ne pas attendre que je le mérite pour m’aimer car j’attendrais sûrement longtemps et, en proportion de mes mérites, tu m’aimerais bien peu. De toutes manières, tu ne pourrais pas m’aimer d’un amour infini comme tu le fais maintenant.

Je te rends grâce d’être un serviteur inutile : car ainsi tu peux m’aimer infiniment.

Roland Chesne

Prêtre du Diocèse d’Evreux 1926- 2019

 

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 18:39
Homélie du dimanche 29 septembre 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 16, 19-31. 

« En ce temps-là,  Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

 

Homélie

Fameux Evangile de Lazare et du mauvais riche… Je m’en doutais. Personne n’a sursauté quand j’ai dit mauvais. Remarquez, vous n’êtes pas tout seuls. Dans ma vieille bible de 1955, le titre est bien Lazare et le mauvais riche. Et pourtant nulle part dans le texte il n’est écrit mauvaisD’ailleurs, est-il si mauvais ? C’est vrai qu’il n’a pas tellement le souci du pauvre qui est installé devant chez lui, mais au moins il ne cherche pas à le mettre dehors !

En réalité, ce que Jésus dit, ce n’est pas que la richesse soit mauvaise, mais qu’elle risque tellement d’aveugler. Le riche n’a rien refusé au pauvre. D’ailleurs, Lazare n’a rien demandé. Tout simplement, le riche n’a pas vu. Sa porte verrouillée ne laisse rien passer, même pas les miettes. Il n’a pas vu. Il y a un proverbe espagnol qui dit : “Si tu veux te rendre invisible, fais-toi pauvre.”

Question : comment s’appelle le riche ? L’homme riche est sans nom, anonyme. Le pauvre, lui, porte un nom. Un beau nom d’ailleurs : El’Azar, Dieu aideDieu a secouruLe nom est le signe de l’existence sociale. La société ne vous tolère pas si vos papiers ne sont pas en règles, avec le nom, la photo et la signature. Dans un groupe, vous existez quand vous dites votre nom et quand les autres vous appellent par votre nom. 

Le riche de la parabole n’a pas de nom. Pourtant il en avait des relations. Sa réussite était visible avec les banquets qu’il offrait autour de lui. Lazare, lui, qui porte un nom, est seul, abandonné. Sa seule compagnie est celle des chiens. Et Saint Luc lui dresse une haute stature, comme pour montrer l’absurdité de la situation du riche et de ses prétendues relations. 

En fait Saint Luc appelle à la conversion. N’attendez pas ! C’est maintenant que vous êtes appelés à ouvrir vos oreilles et votre porte à la Parole. C’est maintenant que vous êtes appelés à vivre des relations où l’on se nomme vraiment. L’au-delà, c’est déjà maintenant !

 Mais je vois bien que vous avez du mal à me suivre et à être d’accord avec ce texte. Moi aussi, je vous dirai. La preuve c’est que les jours derniers J’ai écrit une lettre à Jésus : Je lui ai dit : “C’est trop facile de dénoncer la richesse et les riches. Si tu avais femme et enfants, si tu risquais d’être au chômage, si tu devais payer des impôts, l’eau, le gaz, l’électricité, les annuités d’emprunts pour l’appart, peut-être que tu aurais mis toi-aussi des sous de côté.”

“Et puis Luc, qui est si dur pour les riches, raconte que des femmes t’accompagnaient et t’aidaient financièrement : alors, c’est facile d’être pauvre quand d’autres sont riches pour vous, quand on est souvent invité. Pas d’accord, respectueusement… Veuillez agréer…”

En fait, je ne l’ai pas envoyée, ma lettre, je n’avais pas l’adresse exacte. Mais je l’ai portée à Jésus. Il l’a lue. Il m’a souri. Il n’a rien dit. Maintenant, je sais bien qu’il ne répondra pas. Je le sens parce que son regard m’accompagne. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, lui non plus peut-être, mais il faut faire quelque chose. Je regarde la carte du monde, l’abondance et la misère. Je regarde autour de moi. Je me trouve un peu ridicule d’avoir écrit à Jésus et de lui avoir porté la lettre. Je sens bien que c’est moi-même qui dois répondre aujourd’hui. 

Et ce n’est pas la peine d’attendre un miracle pour bouger : 

“Je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père pour prévenir mes 5 frères… Si quelqu’un vient de chez les morts pour les avertir, ils se convertiront.”

“Non, dit Abraham. S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, même avec un miracle, ils ne bougeront pas”… Un miracle, ce serait moins fort que Moïse et les Prophètes !

Ils ont Moïse et les Prophètes… et nous, nous  avons l’Evangile. Un miracle, c’est moins fort que l’Evangile. Pourquoi attendre un miracle ? C’est l’Evangile et son invitation à partager qui appellent à changer de vie. Et quand on lit bien l’Evangile, il nous secoue encore plus fortement que quelqu’un qui ressusciterait des morts. Car l’Evangile nous dit : Celui qui n’a pas vu le pauvre, la distance qu’il a mise entre le pauvre et lui, c’est entre Dieu et lui qu’il l’a établie.

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 06:58
Homélie du dimanche 22 septembre 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16,1-13.

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”
Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.
Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.”
Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?”
Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.”
Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.
Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ?
Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la
fois Dieu et l’argent. »

 

Homélie :

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » 

 

Voilà un slogan qui a le mérite d’être clair, frères et sœurs !

Difficile de faire plus « carré » !

Difficile de livrer cette affirmation à une interprétation doucereuse et édulcorante !

Inutile d’essayer d’arrondir les angles…

Jésus ne nous l’envoie par dire : il y a un lien entre notre foi et…notre fric !

Une connexion « 4 G » entre l’autel et le portefeuille, l’oratoire et le compte en banque, le tabernacle et…le coffre-fort !

Déjà, vers 750 avant Jésus-Christ, le prophète Amos (notre 1ère lecture) se met en rogne contre les dirigeants de Samarie.

Le pays connaît alors une période de prospérité économique…qui devrait profiter à tous. Ce qui, hélas, est loin d’être le cas !

Déjà à l’époque, l’enrichissement des uns creuse l’appauvrissement des autres. Pour ne pas crever de faim, les plus pauvres n’ont pas d’autre solution que de se vendre comme esclaves « pour une paire de sandales ».

Pour s’enrichir un peu plus, les filous en tous genres trafiquent les instruments de mesure.

Pour s’en mettre un peu plus dans les poches, ils revendiquent le droit de travailler pendant le sabbat et la fête de la nouvelle lune.

Pour un peu, ils courraient tous s’ouvrir un compte en Suisse !

Alors Amos râle et il a raison : « Vous écrasez les pauvres, vous anéantissez les humbles du pays ».

Il reviendrait aujourd’hui, il n’aurait pas à changer beaucoup son discours !

Il lui faudrait juste rafraichir un peu le vocabulaire : remplacer « blé » par stock-options astronomiques, « froment » par golden-parachutes invraisemblables, « balances trafiquées » par fraude fiscale, « esclaves » par travailleurs précaires…exploités jusqu’à la corde dans les soutes de notre capitalisme échevelé et de notre libéralisme déshumanisé !

C’est comme si, frères et sœurs, l’appât du gain, le « toujours plus » étaient inscrits dans le code génétique de l’homme depuis la nuit des temps…

Comme si, depuis toujours, l’homme se laissait engluer dans le culte sacré du « TPMG » : « Tout Pour Ma Gueule » !

Et, dans notre Évangile, Jésus en remet une couche !

Oui, on ne peut pas servir Dieu et l’argent !

Soit on décide de servir Dieu, soit on sert le « saint pognon » !

Impossible de concilier les deux !

Faut-il en conclure, frères et sœurs, que le Christ – et l’Église à sa suite – sont définitivement contre l’argent ?

Faut-il en déduire que l’argent est, pour la morale catholique, toujours mauvais, dangereux, impur ? 

Faut-il ne voir dans l’argent que nous gagnons qu’un instrument de péché ?

Non.

La doctrine sociale de l’Église ne condamne pas l’argent.

D’ailleurs Jésus et ses disciples utilisent l’argent pour leurs échanges, l’un des leurs tient même le budget.

Alors qu’en est-il ?

Commençons par ne pas faire de contre-sens.

Dans la phrase : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent », le mot servir est utilisé dans son sens religieux.

Autrement dit, il s’agit de ne pas se mettre au service de l’argent comme on se mettrait au service d’un Dieu.

Ne pas faire de l’argent une idole mais le laisser à sa juste place : un moyen d’échange.

L’Église n’est pas naïve, ni irénique : elle sait bien que pour vivre il faut gagner de l’argent.

François de Salles affirme même que c’est le « devoir d’état » du père de famille…

L’Église ne considère pas non plus les « riches » systématiquement comme de « mauvais paroissiens ».

Elle n’est pas contre le profit, qui est un signe de bonne santé pour les entreprises, à condition que le profit soit un moyen et non un but en soi.

Elle ne prêche pas une sorte d’égalitarisme sans nuance, façon « dictature bolchévique du prolétariat » !

L’argent n’est pas, pour la morale catholique, intrinsèquement mauvais.

Sauf lorsqu’on le sert comme un esclave son maître.

Certains sont tellement obnubilés par ce qu’ils possèdent ou pourraient posséder qu’ils en deviennent eux-mêmes « possédés » presqu’au sens diabolique du terme.

Si l’argent peut être un bon « serviteur », il est toujours un mauvais « maître » ! Voilà, en gros, ce que nous dit l’Église.

« Si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur » nous dit le psaume…

Alors, Frères et Sœurs, profitons des lectures de ce dimanche pour nous interroger :

1) Quel est mon rapport à l’argent ? Est-il pour moi un simple moyen pour vivre et faire vivre les miens ? Ou bien ai-je avec l’argent un rapport plus ambiguë, moins clair qu’il n’y paraît ? Qu’est-ce que j’attends de mon salaire ? De quoi vivre ? Ou autre chose ? Y a-t-il dans mon rapport à l’argent une quête un peu obscure, une manière d’évaluer « ce que je vaux », une forme de revanche sociale, une manière de me rassurer, de me sentir appartenir à un certain milieu, de me comparer, de me valoriser, parfois  au risque d’écraser les autres ?

2) Lorsque je dépense mon argent, pour des achats ou des impôts, mon premier élan est-il de systématiquement râler parce « c’est trop cher » ou bien ai-je – après un éventuel et légitime débat sur le coût de la vie et la politique fiscale – le réflexe de mettre des visages, des familles, des vies sur les billets qui quittent mon portefeuille ?

3) Si je gagne plus que ce dont j’ai besoin, que fais-je du surplus ? Au-delà de l’épargne à laquelle m’incite la prudence et qui n’est pas moralement condamnable, est-ce que je thésaurise, ou est-ce que je suis ouvert au don ? Est-ce que j’épargne uniquement pour mes propres enfants, ma propre famille, uniquement les miens ou est-ce que je suis prêt, via des associations compétentes, à tendre la main aux lointains plus pauvres que je ne connais pas ?

 

Oui, Frères et Sœurs, faire œuvre de discernement au sujet de ce que nous faisons de notre argent n’est pas, en christianisme, une option facultative.

Il y a quelques années, les évêques de France ont incité les chrétiens à réfléchir à de « nouveaux modes de vie », plus simples, moins dans le « toujours plus », davantage ouverts au partage et à la solidarité. Leurs questions n’ont cessé de devenir plus urgentes dans une société où la fracture sociale est profonde.

Nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur nos propres modes de vie…

Laissons-nous interpeller par le Pape François lorsqu’avec vigueur il dénonce « le fétichisme de l’argent », « la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain », une société où « l’être humain est considéré comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter. » Lorsqu’il dénonce « l’accroissement exponentiel du revenu d’une minorité, tandis que celui de la majorité s’affaiblit »…

Oui, Frères et Sœurs, nous ne pouvons pas nous approcher de cet autel qui est, par excellence, la « table du pauvre », sans nous demander comment, concrètement, nous participons au combat contre les « faims humaines » de toutes sortes…

Saint Jean Chrysostome dans une retentissante homélie n’y allait pas avec le dos de cuillère !

« Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » !

Rude, mais plutôt bien envoyé !

Amen.

 

Bertrand REVILLION

Diacre permanent, Editeur et Journaliste

 

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 07:07
Homélie du dimanche 15 septembre 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 15, 1-32. 

« En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !”
Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

 

Homélie

Les pharisiens reprochaient à Jésus ses fréquentations douteuses:  « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux ». Autrement dit : il pactise avec eux, il est leur complice. Il leur répond par des paraboles : Brebis perdues, pièces perdues, fils perdus, pensaient les pharisiens. Brebis retrouvées, pièces retrouvées, fils retrouvés, nous dit Jésus. Non qu’ils soient revenus d’eux-mêmes, mais parce qu’on est allé les chercher, parce qu’on a balayé la maison, parce qu’ils se sont laissés porter sur les épaules et serrer dans les bras. Malheureux ces pharisiens, enlisés dans leur fausse justice, et qui se privent du meilleur de la joie de croire : se savoir pardonné ! La Bonne Nouvelle de Jésus est celle du pardon offert. Ni au paralytique, ni à l’aveugle-né, ni à Zachée, ni à la femme adultère, Jésus ne dit qu’ils sont pécheurs, mais à chacun d’eux Jésus révèle qu’il est pardonné.

Malheureux aussi les chrétiens qui cherchent à sauver la face de leur bonne conscience. En refusant d’avouer devant le Seigneur qu’ils sont coupables de trahison de l’Amour, ils se privent de la joie se savoir pardonnés. Saint Paul qui avait persécuté les chrétiens savait ce que c’était que d’être pardonné. Il nous en disait la joie dans la seconde lecture tout à l’heure. Si j’ai eu l’occasion de prendre conscience de l’amour dont je suis aimé, alors il me sera donné de pouvoir me réjouir « pour un seul pécheur qui demande pardon ».

Si un petit enfant a commis une désobéissance. Il sait qu’il a mal agi. Il est mal à l’aise. Survient sa maman qui le prend dans ses bras. C’est à ce moment-là, quand il se sent aimé, que tout d’un coup lui est révélé le mal qu’il a fait. Il avoue sa désobéissance à sa maman. Il est triste, mais pas comme tout à l’heure lorsqu’il était tout seul avec sa désobéissance. Il est triste, et en même temps heureux, car il se sait aimé, y compris dans sa désobéissance. Reconnaître son péché, c’est le voir en étant dans les bras de Dieu, comme le petit enfant dans les bras de sa mère. 

Le péché n’est pas du côté des interdits, mais du côté de l’amour. Le péché, c’est ce qui fait souffrir Dieu qui nous aime. Le berger souffre de brebis perdue. La femme souffre de sa pièce de monnaie perdue. Le père souffre de son enfant perdu. La conversion n’est pas l’effort pour devenir quelqu’un de bien. La conversion, c’est donner de la joie à Dieu. “Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.”

J’en entend qui se disent : “Il est bien arrangeant cet évangile de Luc qui invite à ne pas s’en faire !” Ceux-là ont-ils remarqué que Jésus parle de conversion et pas de diplômes ? Être juste ne donne aucun droit, sinon le droit de se convertir. Juste ou non, on n’aura jamais fini de se convertir à l’Amour qui restera toujours la gratuité de Dieu.

Cent brebis, dix pièces, deux fils…. Perdu et retrouvé. C’est bien l’amour de Dieu, berger, maîtresse de maison, père de famille, que Jésus dit à ceux qui l’entourent et que Saint Luc raconte aux premières communautés chrétiennes :

- Aux juifs il faut dire que personne n’est exclu du Royaume. Si une brebis se perd il faut laisser les autres, les pharisiens, pour la retrouver. 

- Aux nouveaux convertis il faut dire que s’il manque une pièce, il est urgent de la retrouver car chacune est précieuse et les neuf autres ne consolent pas de celle qui est perdue. 

- A tous, il est bon de rappeler que si un fils a voulu partir pour vivre sa vie, il n’est pas possible de l’oublier auprès de celui qui reste. 

Tous et chacun ont toujours le même prix aux yeux de Dieu. Si nous jugeons l’un ou l’autre perdu, c’est que notre amour n’est pas assez passionné et patient pour le retrouver. Il s’agit bien d’un véritable retournement, d’une conversion radicale à faire : Les pécheurs ne sont plus ceux qui se perdent, mais ceux qui les laissent se perdre et ne veulent pas se réjouir de ce qu’ils soient retrouvés.  L’amour de Dieu qui sait retrouver ceux qui sont perdus doit maintenant retourner le cœur de ceux qui ne se croient pas perdus. C’est Dom Helder Camara qui disait au sujet des deux fils (le prodigue et l’aîné) : “L’un s’est réveillé de son péché, quand donc l’autre se réveillera-t-il de sa vertu ?”

 

Robert TIREAU

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 07:07
Homélie du dimanche 8 septembre 2019

« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours, que nos cœurs pénètrent la sagesse », nous redit encore ce dimanche le psaume 89. Cet appel à la sagesse, Jésus le proclame aussi aux foules qui le suivent dans sa montée vers Jérusalem. Mais de quelle manière d’être sage parle-t-il ?

De grandes foules faisaient route avec Jésus ;
il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi
sans me préférer à son père, sa mère, sa femme,
ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie,
il ne peut pas être mon disciple.
Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi
ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui veut bâtir une tour,
et qui ne commence pas par s’asseoir pour calculer la dépense
et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
Car, s’il pose les fondations et ne peut pas achever,
tous ceux qui le verront se moqueront de lui :
´Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever !´
Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi,
et qui ne commence pas par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes,
affronter l’autre qui vient l’attaquer avec vingt mille ?
S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin,
une délégation pour demander la paix.
De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient,
ne peut pas être mon disciple. »

Si Jésus prend les deux images d’un bâtisseur de tour et d’un roi qui part en guerre, c’est sans doute de lui-même qu’il parle, de sa mission de paix et d’unité. Il en prévoit la fin. Il a choisi de renoncer à tout pour la mener à bien et pour accomplir la volonté de son Père. Il déclare qu’il ira jusqu’au bout. Le mot « renoncement » n’est guère apprécié de nos jours. Associé au mot « sacrifice », son sens est perçu souvent à tort, comme négatif. Jésus marche vers Jérusalem où il va porter sa croix et donner sa vie. Est-ce par goût masochiste de la souffrance ? Est-ce par désir d’une réalisation de lui-même ? S’il a renoncé à vivre en famille à Nazareth entouré de ses proches est-ce par mépris à leur égard ou par esprit libertaire ? Pourquoi renonce-t-il à la force armée pour mener le combat qui l’attend ? Comment comprendre sa démarche, ses choix ? La dureté et l’aspect radical de ses propos sont à mettre en rapport avec tout l’aspect positif de sa vie d’homme, et à la sagesse qui l’habite en profondeur. C’est par amour de son Père du ciel et de ses frères de la terre qu’il a renoncé à ce qui lui appartenait. Pour être libre et détaché, pour écouter et libérer, pour guérir et pardonner, pour relever et sauver. Les choix qu’il a faits vont à contre-courant des représentations et des pratiques religieuses de son temps. En lui, il ne s’agit plus d’offrir des sacrifices dans des temples, mais faire don de sa propre personne pour servir les autres au quotidien. Il y a deux manières d’envisager la sagesse : une manière humaine et raisonnable de rechercher la paix, la justice, la bonté, la vérité. Mais il y a comme une autre manière qui la précède, celle qui se fonde sur l’Esprit de Dieu. L’auteur du livre de la Sagesse s’interroge à ce sujet.

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ?
Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
Les réflexions des mortels sont mesquines, et nos pensées, chancelantes ;
car un corps périssable appesantit notre âme,
et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées.
Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre,
et nous trouvons avec effort ce qui est à portée de la main ;
qui donc a découvert ce qui est dans les cieux ?
Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse
et envoyé d’en haut ton Esprit saint ?
C’est ainsi que les chemins des habitants de la terre sont devenus droits ;
c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Saint Paul attribue à Jésus une parole que les évangiles n’ont pas rapportée. Elle l’a guidé dans sa vie de disciple : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Une phrase clé qui exprime au mieux la sagesse qui a inspiré son œuvre d’annonceur d’Evangile. Aux yeux du monde et à l’écoute des pulsions humaines de possession, ces propos paraissent fous. Pourtant le renoncement à soi pour servir les autres et les voir heureux est un chemin de bonheur bien plus grand que celui de la satisfaction de tous les désirs personnels de possession. Tout choix de vie comporte un renoncement. Et ce renoncement peut aller jusqu’au don total de soi, à la perte de sa vie. Folie aux yeux du monde, et sagesse de Dieu, comme le vivra Jésus et le dira Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (ch 2, 1-16).

Saint Paul nous aide aussi à comprendre les paroles du Christ qui parle des relations familiales de manière quelque peu choquante. Nous lisons aujourd’hui sa lettre à Philémon. C’est le livre le plus court du Nouveau Testament : un seul chapitre et vingt-cinq versets seulement. Philémon est à la fois un maître – un chef d’entreprise dirait-on aujourd’hui –, et le responsable d’une communauté chrétienne. Onésime, son esclave, s’est enfui on ne sait pourquoi, et a trouvé refuge auprès de Paul, qui s’est attaché à lui et en a fait son collaborateur. Peut-être pour des raisons juridiques, Paul, qui est emprisonné à Rome, s’est décidé à renvoyer Onésime à son maître. Mais pour que le retour d’Onésime se passe dans les meilleures conditions, il adresse une lettre à Philémon ainsi qu’à toute la communauté qui se rassemble chez lui. Il le prie d’accueillir Onésime non pas comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé, et plus encore comme s’il accueillait Paul lui-même, espérant sans doute en secret que son maître l’affranchira de sa condition d’esclave. Voici cette lettre de Paul pleine de tendresse et d’humanité.

Fils bien-aimé, moi, Paul, qui suis un vieil homme,
moi qui suis aujourd’hui en prison à cause du Christ Jésus,
j’ai quelque chose à te demander pour Onésime,
mon enfant à qui, dans ma prison, j’ai donné la vie du Christ.
Je te le renvoie, lui qui est une part de moi-même.
Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi,
pour qu’il me rende des services en ton nom,
à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile.
Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord,
pour que tu accomplisses librement ce qui est bien, sans y être plus ou moins forcé.
S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps,
c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement,
non plus comme un esclave, mais, bien mieux qu’un esclave,
comme un frère bien-aimé :
il l’est vraiment pour moi, il le sera plus encore pour toi,
aussi bien humainement que dans le Seigneur.
Donc, si tu penses être en communion avec moi, accueille-le comme si c’était moi.

Cette lettre de saint Paul montre dans quel esprit les premiers disciples du Christ ont compris ce qu’il disait à propos des relations, familiales ou autres, de ce qu’il vivait lui-même. Pour les chrétiens déjà, dans la perspective des « droits de l’homme », un esclave était un frère « humainement et dans le Seigneur ». Accorder sa préférence au Christ, cela veut dire ne pas s’enfermer et enfermer les autres dans des réseaux de relation quels qu’ils soient : famille, congrégation, village, église, nation, religion, communautés de tous genres. Paul est un vieil homme en prison. Lui aussi après sa rencontre avec Jésus ressuscité avait tout quitté pour le suivre et être son disciple. Il appelle Philémon son fils bien-aimé, et il considère Onésime, non plus comme un esclave, mais bien mieux, comme son propre enfant, son frère bien-aimé aussi, tout autant peut-être que les membres de sa propre famille dont nous ignorons tout. Il va jusqu’à dire de lui qu’il est une part de lui-même. Et il invite Philémon qui est à la fois son employeur et le responsable de la communauté chrétienne à faire de même. Et il ajoute : « Aussi bien humainement que dans le Seigneur ». Voilà les deux dimensions inséparables de la sagesse chrétienne.

Dans le Christ donc, toute relation humaine ne perd rien de son aspect le plus concret, le plus humain et le plus familial. C’est bien humainement que Dieu nous a rejoints en Jésus. Il ne s’est pas contenté de nous bénir du haut de son ciel, il a pris chair dans le plus concret de notre humanité. « Dans le Seigneur » cependant, comme l’a souvent dit saint Paul, et comme il le vit dans sa relation à Philémon et à Onésime : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, ne font plus qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). Les frontières familiales et sociales ne sont pas abolies, mais à dépasser. Car en lui, tous sont frères et sœurs en humanité, tous enfants du même père, dans cette famille élargie qu’il faut aimer quand on aime le Christ, le frère universel, et en qui il faut le reconnaître lui-même. Par le baptême, on n’est pas arraché à sa famille, mais on entre dans une famille universelle, l’Eglise peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’Esprit Saint. C’est ce qu’exprime le geste de l’immersion dans le baptême des bébés. Les parents donnent leur enfant au prêtre pour qu’il le plonge dans l’eau et le leur donne ensuite comme un frère ou une sœur dans la foi.

Michel SCOUARNEC, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 06:38
Homélie du dimanche 1er septembre 2019

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 14, 1.7-14. 

« Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient.
Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit :
« Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : “Cède-lui ta place” ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place.
Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.
En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour.
Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ;
heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

 

Homélie

Une fois de plus, Jésus participe à un grand repas. Cette fois-ci, c’est chez un chef des pharisiens. Visiblement, Jésus ne se laisse enfermer dans aucun groupe particulier. 

Il regarde les gens qui arrivent. On se souvient qu’à d’autres moments, il a épinglé certains scribes “Méfiez-vous des scribes… qui aiment les sièges d’honneur dans les synagogues et les places d’honneur dans les dîners.”  (Luc 20, 46). Sans doute regarde-t-il d’un œil amusé ceux qui vont déjà se placer aux bons endroits. Et puis le voilà qui élève la voix. Il fait mine de s’exprimer en général, comme un maître de sagesse, et en réalité il décrit ce qui est en train de se passer autour de lui. Il recommande de ne pas prendre les premières places pour ne pas risquer de devoir les quitter. Mieux vaut aller à la dernière pour être invité à monter plus haut.

Le conseil semble banal. Ça prend même l’air d’un calcul hypocrite : se mettre le dernier pour se faire remarquer et se voir proposer une meilleure place. En réalité, la parole de Jésus est plus subtile, car elle est à plusieurs niveaux : elle est d’abord un conseil de savoir-vivre. Mais attention ! Il s’agit aussi de noces, et pour tous ces esprits nourris des Écritures et attentifs à la finesse du langage de Jésus, il s’agit évidemment des noces de Dieu avec l’humanité. Il s’agit, – ils le savent, – du Royaume de Dieu. Et puis c’est une parabole qu’il raconte, et non pas un discours moralisateur.

A mots couverts, Jésus réaffirme donc : les petits sont les premiers pour Dieu. Le Magnificat le chantait déjà : “Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles.” Jésus a toujours montré son attention privilégiée pour les rejetés, les malades, les pauvres de toutes pauvretés. Ila effectivement pris la dernière place. Il nous faut contempler Dieu tel qu’il se montre en Jésus. Alors qu’il aurait eu le droit de revendiquer “le rang qui l’égalait à Dieu” (Philippiens 2, 6), Jésus a choisi de se mettre à la dernière place. Dans la scène du lavement des pieds, nous voyons Dieu en tablier, Dieu lavant les pieds sales de l’humanité, Dieu humble, Dieu qui se fait le dernier : l’amour qui se fait serviteur. Nous, nous voulons souvent être comme des dieux (Genèse 3, 5) alors que nous sommes invités à essayer d’être comme Jésus. C’est là la vraie grandeur : “Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.”  (Luc 22, 27). Dans le Royaume, « celui qui s’élève sera abaissé, celui qui s’abaisse sera élevé ». 

C’est la dernière phrase du texte qui donne sens à l’ensemble. Seul Jésus a le droit de le dire, parce que c’est sa vie, ce qui le fait « image visible du Dieu invisible ». En dehors de Jésus, de sa vie et de son message, je ne peux rien savoir de Dieu. Jésus nous révèle que Dieu est « Le Très-Bas », comme disent certains théologiens. Prendre la dernière place, c’est donc imiter Dieu. Et c’est dans cette logique que Jésus ajoute une conclusion stupéfiante. Il se tourne vers le maître de maison et lui reproche d’avoir invité ses amis, ses parents et ses riches voisins. On imagine la tête que devaient faire les convives ! Fallait-il s’en aller et laisser la place aux estropiés, aux boiteux, aux aveugles et autres éclopés ? Décidément, le festin commençait un peu durement !

C’est encore et toujours aujourd’hui la même parole de Jésus qui libère et qui appelle à avancer. Elle s’adresse à chacun, elle s’adresse aux sociétés. Qui invite celui qui ne rendra rien ? Combien de temps les peuples riches tiendront-ils table abondante pendant que les autres souffrent famine ?

Les vacances s’achèvent. Une année de services et d’engagements nouveaux est là devant nous. Il y aura de quoi faire, chacun à sa place. Il y aura beaucoup à faire, mais regardons tout de suite tel petit pas possible :

- écouter quelqu’un que personne n’écoute (cf 1èrelecture : “L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute”).

- parler ouvertement à celui qui est tenu ouvertement à l’écart. Dès la cour de récréation.

- Dire du bien de celui dont tout le monde dit du mal.

- Choisir comme Jésus d’être proche, d’être avec ; avec les nouveaux venus dans les situations nouvelles de toute rentrée.

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 18:27
Homélie du dimanche 25 août 2019

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 13,22-30. 
« Tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. 
Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : 
« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. 
Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes.” 
Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” 
Il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.” 
Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. 
Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. 
Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. » 

Homélie

Une histoire de porte étroite, fermée même. “Je ne sais pas d’où vous êtes.” (Je ne vous connais pas). “Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. Là il y aura des pleurs et des grincements de dents.” Des premiers qui deviennent derniers. On chercherait en vain un message d’amour dans tout ce passage d’évangile ! Et la question : “Qui sera sauvé ?” n’y trouve pas une réponse très rassurante. Heureusement qu’il y avait Isaïe tout à l’heure pour nous donner un peu de moral : “Je viens rassembler toutes les nations, de toute langue.”

Notez bien la première ligne de l’évangile : “Tandis qu’il faisait route vers Jérusalem…” “Il faisait route vers Jérusalem…” En clair, il marchait vers sa passion, vers une mort violente prévisible. C’est sa passion qui s’annonce. Et ce quelqu’un dont parle le texte en est aux débats philosophiques. Il est vrai que les disciples eux-mêmes demanderont bientôt qui sera le plus grand et qui aura la meilleure place dans le Royaume. Jésus s’apprête à y laisser sa vie et ils en sont à des questions intellectuelles. Inconscients, insouciants. Alors, il essaie de les réveiller. Il ne répond pas à la question : “Qui sera sauvé ?” Mais il dit : personne n’est sauvé d’avance. Personne n’est arrivé, jamais. Vous voudriez savoir si vous êtes sauvés. Eh bien ce n’est pas fait.

En réalité, pour ceux qui posaient la question à Jésus, le Royaume était un droit, un héritage. Leur question était donc plutôt : “A part nous, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?” La réponse de Jésus est donc une grande surprise. Alors ils insistent : Tout de même, “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” On a des références : On est des juifs de bonne race. On a été de bons pratiquants. On a une tante bonne sœur. Dans ces moments-là, on sort la carte de visite. Réponse cinglante : “Je ne sais pas d’où vous êtes.”. Nul n’entrera au ciel par recommandation. En clair : Je ne garantis rien à ceux qui ont mangé et bu avec moi et écouté mon enseignement. Je ne garantis rien aux pratiquants.

Le critère de Jésus, c’est le discernement entre ceux qui ont fait le bien et ceux qui ont fait le mal. Pas de privilégiés. Et puis, tant qu’on est vivant, personne n’est arrivé. Vous voudriez savoir si vous êtes sauvés. Eh bien ce n’est pas fait.  Sur le chemin du Royaume, il n’y a pas de gens arrivés, il n’y a que des gens en route, il n’y a pas de gens installés, il n’y a que des aventuriers. Ce qui est Bonne Nouvelle, c’est que tout le monde est invité. Comme disait Isaïe : “Je viens rassembler toutes les nations, de toute langue.” La porte est étroite mais l’entrée n’est pas réservée à une élite. L’inquiétude n’est plus : est-ce qu’il y aura beaucoup de places réservées, mais plutôt : comment avoir une vie pas trop encombrée pour pouvoir emprunter ce passage étroit ?

Hyacinthe Vulliez, dans une petite parabole comme je les aime, écrit : “Impossible pour les gens de s’installer dans une porte étroite avec leurs meubles et leurs bagages. Comment pourraient-ils entrer dans le palais avec tous leurs biens, alors que lui, le roi, leur offre tout à l’intérieur ? Comment celui qui veut tout garder pourrait-il tout recevoir ?” L’argent, disait quelqu’un, n’a de valeur spirituelle que s’il sert au partage. Michel Scouarnec a une belle image sur la question de la porte étroite : “J’aime bien penser, dit-il, à ce qui se passe quand on perd quelque chose dans un espace réduit. On fait souvent appel alors aux petits. Une petite main, un corps d’enfant ça passe plus facilement.” Ça correspond bien au message de Jésus : “Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas.” Seuls peuvent passer par la porte étroite ceux qui ont suivi un régime, celui de l’évangile.

Jean-Pierre Manigne avait aussi son avis sur la porte étroite : Si la porte est étroite, ce n’est pas parce qu’un Dieu pervers a multiplié pour nous les difficultés. C’est parce qu’elle est passage d’un monde à l’autre, d’une illusion à la vérité. Elle ressemble à la mort, et à la fin elle s’y confond tout à fait. Ou bien avec cette nouvelle naissance qui en forme l’autre versant. Que dirions-nous à l’enfant à naître qui, au moment d’entrer au monde, prendrait conscience de l’étroitesse du passage ? Qu’il faut passer de toute nécessité ? Certes, mais d’abord ceci : “Tu es attendu.” Derrière toutes les portes étroites qui jalonnent le cours de notre vie, Dieu est là, sur l’autre rive. Seule guérison de l’angoisse : se savoir attendu.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 07:05
Marc Chagall Message Biblique

Marc Chagall Message Biblique

On a dit souvent que la religion était l’opium du peuple, en dénonçant sa tendance à endormir et aliéner ses adeptes. En tout cas, le message de l’évangile de ce dimanche se présente comme de la dynamite plutôt que de l’opium.

Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre,
et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ?
Non, je vous le dis, mais plutôt la division.
Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées :
trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront :
le père contre le fils et le fils contre le père,
la mère contre la fille et la fille contre la mère,
la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Feu et division, voilà donc les deux mots-clés de l’évangile de ce dimanche. Le feu évoque à la fois la destruction et le danger, mais aussi la chaleur du sang et de l’amour. C’est bien le feu de l’Esprit d’amour que Jésus est venu allumer sur la terre et communiquer à ses disciples, mais cela a entraîné bien des hostilités et des divisions et lui a coûté le prix du sang. Jésus parle de sa mort, comme d’un baptême, le baptême du sang, pourrait-on dire. Ses paroles nous rappellent le sens de notre baptême, puisque c’est en son nom que nous avons été baptisés. Nous avons été baptisés dans l’eau et confirmés dans le feu de l’Esprit Saint. Nous avons été plongés dans la mort du Christ pour vivre de sa vie. Les catholiques redécouvrent peu à peu que le baptême n’est pas d’abord et seulement une fête familiale de la naissance. Les jeunes ou les adultes qui le demandent, les communautés qui les accompagnent redécouvrent ce qu’il est : un choix d’inscrire leur vie sous le signe du Christ mort et ressuscité, un choix de brûler du même feu que lui, d’accepter comme lui le rejet et la division.
Saint Luc a écrit son livre pour des chrétiens immergés dans une société païenne dont les croyances religieuses et les mœurs étaient loin de l’Evangile et où n’existait pas la liberté religieuse. Choisir la foi et le baptême pouvaient conduire à des déchirures familiales et sociales et aussi à la persécution et au martyre. Jusqu’au 4e siècle il en était ainsi.
Durant des siècles de chrétienté plus tard, dans nos sociétés occidentales, jusqu’aux époques de la « Réforme » et des temps modernes, la foi pouvait passer pour une religion tranquille. Dans l’Eglise catholique, puisque tous étaient baptisés, tous étaient supposés croyants et vivaient dans un contexte de certitudes, d’évidences, d’assurance ou de « rassurance » par rapport à la vie éternelle. La vie chrétienne souvent réduite au culte et à des traditions stables pouvait être vécue en dehors ou à côté des combats du monde. Aujourd’hui, croire c’est prendre position dans une société largement sécularisée. Quand survint l’époque dite des « lumières », grandirent l’incroyance, l’indifférence, et même l’hostilité anti-religieuse. Tout cela a provoqué et provoque encore bien des divisions.
Aujourd’hui ce que dit Jésus trouve un écho dans bien des situations. La foi chrétienne comporte le témoignage et l’engagement dans les débats tragiques qui concernent la paix, la santé, le partage des richesses et du travail. La division existe plus que jamais dans bien des domaines, et de manières diverses suivant les pays. Jésus en parle en évoquant les relations familiales. C’est un domaine où elle apparaît de manière très forte aujourd’hui. Pas toujours heureusement sous la forme de divisions conduisant à des ruptures, mais en tout cas de divergences en ce qui concerne la foi et la manière de la vivre, qui peuvent conduire à des déchirements. Parents ou grands-parents désemparés devant l’impossibilité de transmettre la foi à leurs enfants, ou choqués de les voir fonder ailleurs que sur l’Evangile leurs choix religieux. Familles déchirées par les échecs conjugaux, etc. Les deux synodes organisés par le pape François sur le thème de la famille ont pris en compte beaucoup de problèmes qu’affrontent les chrétiens, et cela dans un contexte planétaire.
L’auteur de l’épître aux Hébreux invite les chrétiens, ce dimanche, à se souvenir de ce qu’a coûté au Christ son baptême, et à tant d’autres après lui. Il leur rappelle que la foi est un appel au témoignage, à la résistance contre le mal.

Frères, ceux qui ont vécu dans la foi, foule immense de témoins, sont là qui nous entourent.
Comme eux, débarrassons-nous de tout ce qui nous alourdit,
et d’abord du péché qui nous entrave si bien ;
alors nous courrons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée,
les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi.
Renonçant à la joie qui lui était proposée,
il a enduré, sans avoir de honte, l’humiliation de la croix,
et, assis à la droite de Dieu, il règne avec lui.
Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité,
et vous ne serez pas accablés par le découragement.
Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.

Le premier texte de la liturgie est extrait du livre de Jérémie. Il vivait 600 ans avant J-C. C’est le prophète dont la vie et le message sont très proches de ceux de Jésus. Israël vivait une période de crise religieuse et politique. Pendant quarante ans, Jérémie fera preuve de lucidité qui dérangera les rois et leurs conseillers ainsi que les faux prophètes. « Les dépositaires de la Loi sont infidèles, les pasteurs se révoltent contre Dieu, les prophètes prophétisent au nom de dieux païens. (Jr 2, 8) ». Tout cela, proclame Jérémie, conduit à sa perte Israël qui est menacé par le redoutable envahisseur babylonien. Il se tourne vers les chefs et dénonce leur indignité. Il leur reproche le fait qu’après avoir affranchi leurs esclaves, ils les ont obligés à revenir à leur ancien état lors d’un retrait passager de l’armée. En agissant ainsi, ils ont profané le nom de l’Eternel (cf. 34,16) et méprisé un commandement précis de la Loi (Dt 15 :1-18). Accusé de collaboration, Jérémie sera persécuté de tous bords, emprisonné et jeté vivant dans la citerne boueuse d’une cour de prison, semblable à une tombe, pour avoir prononcé des paroles vraies mais jugées démoralisatrices aux yeux des responsables du peuple. Ce qu’il vit annonce en quelque sorte le rejet et les supplices que Jésus connaîtra lui aussi.

Pendant le siège de Jérusalem, les chefs qui tenaient Jérémie en prison
dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait,
il démoralise tout ce qui reste de combattants dans la ville, et toute la population.
Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur. »
Le roi répondit : « Il est déjà entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! »
Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne du prince Melkias,
dans la cour de la prison. On le descendit avec des cordes.
Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie s’enfonça dans la boue.
Un officier du palais, l’Éthiopien Ébed-Mélek, vint trouver le roi :
« Mon Seigneur le roi, ce qu’ils ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne,
il va y mourir de faim ! » Alors le roi donna cet ordre à l’Éthiopien Ébed-Mélek :
« Prends trois hommes avec toi, et retire de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »

C’est un officier éthiopien Ebed-Melek, qui sera l’unique défenseur et sauveur du prophète et dénoncera les tortures qui lui ont été faites. C’est grâce à lui que Sédécias va donner l’ordre de tirer Jérémie de la boue et de le sauver de la mort. Ainsi, c’est grâce à la compassion d’un païen, qu’il aura la vie sauve et pourra échapper à la cruauté des chefs religieux de Jérusalem. La Bible ne nous rapporte pas ses états d’âme dans sa citerne, alors qu’il enfonçait dans la boue (cf. v. 6), mais on peut certainement lui appliquer ce qui est écrit au Ps 39 de ce dimanche et au Ps 68 (14-18), et aussi l’appliquer au Christ face à sa mort.

Et moi, je te prie, Seigneur : c’est l’heure de ta grâce ; *
dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi, par ta vérité sauve-moi.
Tire-moi de la boue, sinon je m’enfonce : *
que j’échappe à ceux qui me haïssent, à l’abîme des eaux.
Que les flots ne me submergent pas, que le gouffre ne m’avale, *
que la gueule du puits ne se ferme pas sur moi.
Réponds-moi, Seigneur, car il est bon, ton amour ; *
dans ta grande tendresse, regarde-moi.
Ne cache pas ton visage à ton serviteur ; je suffoque : vite, réponds-moi. *
Sois proche de moi, rachète-moi !

Il est des événements qui peuvent effrayer et ébranler la raison la plus solide dans la vie d’un croyant, mais rappelons-nous que Jérémie prouve sa foi dès sa remontée du puits puisqu’il crie à nouveau le message qui brûle dans son cœur. Dieu ne l’a pas sorti d’une citerne asphyxiante, d’une boue paralysante pour qu’il se recroqueville, mais pour qu’il persiste dans le témoignage.

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 21:26
Homélie du 15 août, fête de l'Assomption

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 39-56

« En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
    Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
    Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
    et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
    D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
    Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
    Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

    Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
    exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
    Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
    Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
    Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
    Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
    Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
    Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
    Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
    de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

    Marie resta avec Élisabeth environ trois mois,
puis elle s’en retourna chez elle. »

 

Homélie

Marie vient de découvrir qu’elle est enceinte. Marie a tellement accueilli la Parole de Dieu dans sa vie que la Parole a pris chair en elle. Croire tellement, dire oui tellement fort à la naissance de Dieu en soi qu’un jour ou l’autre ça se concrétise.

Marie vient de découvrir qu’elle est enceinte, et son premier réflexe est de se mettre en route. Comme si Saint Luc tenait à nous dire que la naissance de Jésus ne représente pas un terme pour Marie mais un commencement. Elle part chez sa cousine Élisabeth. Et c’est la Visitation : deux femmes enceintes qui se rencontrent et partagent les joies de l’attente. La Visitation, – le titre pourrait être la complicité féminine -  deux femmes font l’expérience qu’au plus profond d’elles-mêmes il y a de l’autre. Un autre qui les a mises en mouvement, cet autre les a mues et en même temps émues. Leur existence s’est faite ouverture, accueil, joie, tressaillement. Du neuf va apparaître. La grossesse est une période exceptionnelle puisque les femmes peuvent parler d’un autre tout en parlant d’elles-mêmes, elles peuvent parler d’elles-mêmes tout en parlant d’un autre. 

Marie portait en elle l’espérance du monde. De qui portons-nous l’espérance ? Qui a pu nous dire : “Tu comptes beaucoup pour nous.” Visitation, rencontre de deux personnes déjà habitées, déjà visitées. Dans nos rencontres, dans nos visites – c’est le même mot que visitation, – savons-nous reconnaître en ceux que nous visitons l’Autre qu’ils portent en eux ? Croire que l’autre mérite attention et respect, qu’il porte en lui des possibilités infinies, croire que rien n’est impossible à Dieu. Une visite, une visitation, si banale soit-elle, réalise la visite de Dieu qui s’intéresse à notre terre.

Et la rencontre de ces deux femmes sera l’occasion du fameux Magnificat. Vous pensez peut-être : “Dans notre monde d’aujourd’hui pas très brillant, comment se laisser emporter dans cette jubilation du Magnificat ?” C’est vrai ! Mais, au fait, le monde dans lequel la jeune Marie chantait sa joie, dans quel état était-il ? Sa Galilée natale n’était pas en paix, les puissants opprimaient les petits, les riches prospéraient à côté des pauvres. A l’époque non plus il n’y avait pas vraiment de quoi chanter un magnificat. Mais voilà ! Marie sentait bouger en elle l’enfant de l’avenir. C’est lui qui proclamerait un jour : “Heureux les pauvres, les doux, les affamés.” C’est lui qui allait rudoyer les orgueilleux et les nantis. C’est lui qui allait révéler la richesse des pauvres et offrir aux foules démunies un pain de vie inconnu. Marie portait en elle cet avenir ardent.

Très actuel, ce Magnificat, ce chant de marche obstinée des humbles. C’est bien un chant de louange à Dieu, mais c’est aussi un langage dur qui appelle par leur nom les malheurs du monde. Et c’est un chant de protestation porteur d’espoir parce que nous croyons que Dieu ne nous enlèvera jamais la force de continuer d’aimer. « Comment est-ce Dieu possible ! » Un cri que Marie a dû prononcer souvent. Mais elle était heureuse que Dieu se soit penché sur l’humilité de l’illettrée qu’elle était sans doute, comme pour lui dire : “Tu es celle que j’ai créée !” Lorsque vous réalisez que Dieu vous a choisi, ça vous donne déjà la force de continuer d’aimer !

À travers les siècles, on a souvent vénéré Marie, au risque d’oublier son message. On aimait bien les cantiques à Marie au risque d’oublier le cantique de Marie et son message tellement dérangeant. C’est maintenant du passé. On a mieux compris que, si Marie prononce son Magnificat, ce n’est pas pour qu’on le traduise en louange à son égard. Non elle nous invite à célébrer avec elle les merveilles de Dieu accomplies en faveur de ceux qui espèrent le salut du monde et qui luttent pour ça. Elle dit sa joie à cause de Dieu qui choisit les petits et disperse les orgueilleux, qui renvoie les puissants et élève les humbles, qui comble les affamés et renvoie les riches les mains vides. Elle dit que, lorsque Dieu vient, ce n’est pas à côté de l’existence des hommes. Quand il s’approche, toutes les cloisons des sociétés s’écroulent. Une vie autre commence.

Dans le regard et le cœur de Marie, quand elle accomplissait ses tâches quotidiennes, quand elle vibrait d’indignation devant les orgueilleux et les puissants, quand elle appelait la dignité pour les humbles et le pain pour les pauvres, Dieu était déjà en train de naître.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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