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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 10:09
L’humour de Monseigneur Henri Teissier

Un hasard plutôt sympathique m’a conduit à écouter Monseigneur Teissier dans l’une de ces conférences ouvertes que le nouveau recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a organisée. C’est une réelle délectation d’entendre cet archevêque qui n’est pas natif d’Algérie mais qui fait corps avec ce pays. En le voyant dans le décor de la mosquée de Paris, lui qui a fait une partie de ses études à la Sorbonne, à deux pas de là, j’ai eu la curieuse sensation de me trouver en présence d’un Algérien de chez nous, égaré dans la mondanité de ce lieu et de cet instant parisiens.
Avant de s’attacher à son propos, il faut en souligner le régal de la subtilité et de l’humour. Celui-ci est d’une finesse et d’une sincérité touchante. Il raconte, par exemple, par petites touches presque solennelles cette anecdote qui a fait s’esclaffer le public. Lorsqu’il a pris sa retraite, il a été contraint, comme tout un chacun, de s’acquitter d’une formalité administrative auprès des autorités  algériennes. Il a dû à cette fin, remplir un quelconque formulaire. Il a indiqué son nom, prénom, date de naissance, etc. À la case situation familiale, il a coché célibataire. En toute bonne foi,  le jeune fonctionnaire algérien s’étonne :
- Vous n’êtes pas marié ?
Monseigneur Teissier répond par la négative. L’autre lui en demande la raison. Afin d’expliquer le célibat obligatoire du clergé catholique sans entrer dans les détails, l’évêque précise :
- Le travail que je faisais me contraignait au célibat.
Et le jeune fonctionnaire de compatir.
-  Maintenant que tu es à la retraite tu peux te marier !
Henri Teissier fait partie des quelque 5 000 Algériens bloqués en France à cause de la crise sanitaire. Car, faut-il le rappeler, il est Algérien. Quand une auditrice lui demande pourquoi le choix de l’Algérie, lui qui est né en France, et surtout les raisons de son attachement à ce pays, il répond sobrement  à la première question:
- On est forcément attaché à l’endroit où l’on vit.
Quant à la seconde question, il ajoute cette nuance complétive :
- Ce sont les Algériens que j’aime.
Affirmer aimer les Algériens, c’est donner un visage humain à l’amour du prochain, et non pas se contenter d’une incantation à l’endroit d’un pays désincarné.
Les Algériens, il les a aimés dès le début de son sacerdoce, alors que dans la proximité du célèbre Père Scotto, curé de Hussein Dey, il intervenait avec d’autres dans les bidonvilles d’Oued Ouchayah. Né à Lyon en 1929, il arrive en Algérie à l’âge de 17 ans. Son parcours ecclésiastique épouse celui du processus de l’indépendance du peuple algérien. La rencontre sur son chemin avec des hommes d’Église comme le Père Scotto puis Monseigneur Duval, plaidera en faveur d’une conception de l’Église au service des opprimés.
À l’indépendance, lorsque les Chrétiens font partie des 650 000 personnes qui quittent en masse l’Algérie, il est au côté de Monseigneur Duval quand l’Église choisira de «ne pas être étrangère, mais algérienne».
Dans les décennies 1970-1980, évêque d’Oran, puis archevêque d’Alger, il œuvre dans le cadre de l’Église d’Algérie, au développement social en faveur des plus déshérités dans un œcuménisme qui rapproche les chrétiens des musulmans. La tâche est d’autant plus complexe que la mémoire algérienne tient l’Église sous la double suspicion d’avoir été à la fois du côté de la colonisation – le sabre et le goupillon —, et de moins  viser l’assistance aux plus faibles que l’évangélisation des musulmans. C’est dans ce climat de méfiance aggravé pour l’Église d’Algérie par l’amalgame créé par l’offensive des églises évangéliques US, que surviennent les années de la montée des fondamentalismes islamiques, puis celles du terrorisme. 19 religieux chrétiens dont Monseigneur Claverie, évêque d’Oran, et les moines de Tibhirine, sont victimes du terrorisme. Mais Monseigneur Teissier les considère comme faisant partie des 200 000 victimes algériennes de ces années de malheur. Il est de ceux qui font observer que, sans aller dans le détail d’une comptabilité macabre, il y eut plus de 100 imams algériens victimes du terrorisme.
Pendant la Décennie noire, il a dû assumer la responsabilité de l’Église d’Algérie,  naturellement placée dans le viseur des terroristes.  Mais qu’il s’agisse des moines de Tibhirine ou de tout autre membre de cette Eglise, personne ne voulait se dérober au devoir fraternel  de rester auprès de leurs amis musulmans dans la terrible souffrance qui leur était imposée. Monseigneur Teissier parle, à propos de la décennie noire, «de martyrs chrétiens et musulmans» de son pays, l’Algérie. Il dit que les chrétiens étaient visés au même titre que la population algérienne.
Monseigneur Teissier est un segment de l’histoire d’une Algérie fraternelle. Il a été en faveur de l’indépendance de l’Algérie, tout comme Monseigneur Duval qui avait gagné le prénom de Mohamed, et il a toujours eu à cœur d’aller à la rencontre de ses compatriotes musulmans. Toute sa réflexion et son action, dans l’incandescence d’un présent radical, tourne autour de l’amitié entre chrétiens et musulmans. Mais – et surtout —, ce conférencier est un véritable conteur qui vous transporte dans un survol du temps qui transforme les pires épreuves en des moments de grâce que procurent l’optimisme et la fraternité.

Arezki Metref
Le Soir d'Algerie
Dimanche 13 septembre 2020

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 11:46
Ressuscitée : Cette nouvelle vie est pour Dieu

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 11:53
Jacques Chirac salue des personnes rassemblées devant l’église de Borme-les-Mimosas (Var), le 25 août 2002. / Eric Estrade / AFP

Jacques Chirac salue des personnes rassemblées devant l’église de Borme-les-Mimosas (Var), le 25 août 2002. / Eric Estrade / AFP

Imprégné de catholicisme, Jacques Chirac a toujours montré son attachement à l’Église et son message, tout en entretenant une curiosité insatiable pour d’autres cultes et spiritualités, comme le judaïsme ou le bouddhisme.

« Je suis de ceux qui nourrissent un espoir pour après la mort. » Interrogé sur la possibilité de sa propre fin en 1987, c’est ainsi que Jacques Chirac, qui s’est éteint « paisiblement », jeudi 26 septembre au matin à l’âge de 86 ans, définissait son espérance de l’au-delà. À beaucoup d’égards, cette curiosité, cet espoir et ce doute permanent ont caractérisé toute la vie spirituelle de Jacques Chirac, qui, imprégné de culture catholique, s’est aussi intéressé à un grand nombre de spiritualités.
Jacques Chirac : discours et déclarations lors de ses rapports avec l’Église
De son enfance, Jacques Chirac a hérité d’un double ancrage : anticlérical franc-maçon du côté de son grand-père paternel, et catholique fervent du côté de sa mère Marie-Louise, qui réussira à l’envoyer chez les scouts et à lui faire servir la messe à Saint-Philippe-du-Roule (Paris) à la fin des années 1930. « Le rapport à la spiritualité de Jacques Chirac ressemble à un tableau impressionniste, explique le journaliste Marc Tronchot (1). Une hérédité plutôt radicale socialiste, quelques enseignements chrétiens dispensés côté maternel, un tropisme bouddhiste en plein développement qu’enveloppent les vapeurs d’encens oriental. »

« Fasciné par les questions religieuses »

Jacques Chirac se marie religieusement, en 1956 à Paris, avec la catholique Bernadette Chodron de Courcel. « La foi profonde de Bernadette Chirac ne le dérange aucunement et ne le dérangera d’ailleurs jamais », note encore Marc Tronchot. « Ma femme est une catholique pratiquante. J’espère qu’elle participe au salut de mon âme qui en a bien besoin. Je suis moi-même catholique et je m’efforce d’y apporter mon propre effort », avait également fait valoir Jacques Chirac, selon ce que rapportait Jean-Louis Debré dans son livre Le Monde selon Chirac : convictions, réflexions, traits d’humour et portraits (2).
Présidents « croyants, pratiquants, mystiques ou agnostiques »
Outre quelques rares occurrences comme celles-ci sur sa foi personnelle, l’ancien président a toujours été d’une extrême discrétion, laissant poindre par ailleurs une curiosité réelle pour les spiritualités orientales. « Lorsque Jacques Chirac a souhaité rencontrer le dalaï-lama, il m’a confié qu’à l’âge de vingt ans il avait songé à se convertir au bouddhisme. La manière dont Jacques Chirac a reçu, en 1976, le dalaï-lama – je pense à une photo où il lui tient la main – montrait qu’il était attiré par le bouddhisme », relate Bernard Billaud, son ancien directeur de cabinet à la mairie de Paris, dans un entretien à l’hebdomadaire protestant Réforme. Ce dernier décrit l’ancien président comme « fasciné par les questions religieuses ».

« Ce n’est pas un homme sans Dieu »

Grand admirateur du pape Jean-Paul II, Jacques Chirac l’a reçu sur le parvis de l’hôtel de ville en tant que maire de Paris (1977-1995), puis en tant que président de la République en 1996. C’est à cette occasion qu’il déclarera : « Fille aînée de l’Église, la France l’a été par sa fidélité catholique et son dynamisme missionnaire », réaffirmant, par là même, les racines chrétiennes de la France. Lui-même fréquentait, accompagné de son épouse, la paroisse de Bormes-les-Mimosas (Var), commune où se trouve le fort de Brégançon, résidence officielle des présidents de la République. « Jacques et Bernadette Chirac se rendaient très souvent à la messe. Je me souviens qu’après l’office, il restait souvent une heure à serrer des mains et signer des autographes. Il aimait les gens, c’est vraiment ce que je retiens de lui », témoigne le père Didier Hascoët, ancien curé de la paroisse varoise. « Il était attentif à chacun, dans une grande proximité. Jamais il ne passait devant quelqu’un sans lui tendre la main », se souvient Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque émérite de Gap et Embrun,
Son éclectisme a également poussé Jacques Chirac à s’intéresser au judaïsme et nouer une amitié avec le grand rabbin de France Haïm Korsia. « Je garderai précieusement en mémoire sa curiosité pour le monde, sa connaissance du judaïsme et son goût pour les arts, a réagi ce dernier auprès de l’AFP, saluant également « son incroyable courage (..) notamment lorsqu’il a reconnu la responsabilité de la rafle du Vel d’Hiv ou quand il a rendu aux Justes la place qu’ils méritaient, dans la crypte du Panthéon. »
« Chirac est un humaniste, plus que religieux », résume le journaliste Marc Tronchot, qui cite l’ami de l’ancien président Denis Tilliniac. « Ce n’est pas un homme sans Dieu mais ce n’est pas un homme porté par le monothéisme stricto sensu. »

Héloïse de Neuville, avec Arnaud Bevilacqua et Claire Lesegretain

(1) Auteur des Présidents face à Dieu, Calmann-Lévy, 2015.
(2) Tallandier, 2017.

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 06:37
Frère Luke Barder, dominicain américain au couvent du Caire  © R.ANIS

Frère Luke Barder, dominicain américain au couvent du Caire © R.ANIS

MAGAZINE – Ce jeune Frère américain est au couvent du Caire pour apprendre l’arabe et comprendre l’islam. 

Timbre de voix percutant, regard profond et bienveillant, gestes amples faisant danser son habit blanc de dominicain : Luke Barder est un vrai Frère prêcheur.

À 34 ans, ce natif de la banlieue de Chicago a été envoyé au couvent du Caire pour cinq ans d’études intensives. Comment en est-il arrivé là ? Le 11 septembre 2001, les images de l’attentat du World Trade Center sont pour lui un électrochoc. « J’étais en première année d’université et j’ai compris soudainement qu’il allait falloir étudier l’islam pour comprendre ce qu’il venait de se passer. Or, à ce moment-là, il n’y avait quasiment aucun chrétien spécialiste de cette religion aux États-Unis. » Durant son séminaire, le jeune homme travaille comme assistant à la Conférence des évêques catholiques de son pays, notamment sur les questions liées à l’islam. En 2009, il découvre le couvent des dominicains du Caire. C’est le coup de cœur. Il y reviendra, une fois ordonné prêtre.

« Ici, j’étudie l’arabe et l’islamologie pour qu’une fois rentré aux USA, je puisse échanger en vérité avec les musulmans. » Ce dialogue, il le vit déjà. « Ce matin, par exemple, mon professeur d’arabe, une mu­sulmane, m’a posé beaucoup de questions sur Jésus. “Pourquoi avait-Il besoin de mourir et de ressusciter ?”, rapporte-t-il. Vivre au milieu des musulmans nous donne des dizaines de fois l’occasion de parler de notre foi, très simplement, sans étalage. » Luke Barder reconnaît qu’il s’agit d’une vocation particulière. « Dieu nous donnera peut-être la grâce d’entrevoir le fruit de ce travail lent et silencieux… »

Une vocation qui n’est pas toujours comprise par ses compatriotes. « Quand je rentre aux USA, certains chrétiens m’assurent que je suis manipulé par les musulmans ! Bien souvent, je remarque que ces personnes n’ont aucune expérience concrète avec l’islam. Elles n’ont jamais parlé avec un musulman, hormis peut-être un chauffeur de taxi… Un livre et un documentaire ne permettront jamais de saisir l’islam dans sa complexité. Et puis, n’oublions pas que le christianisme, c’est l’incarnation ! Nous ne pouvons pas faire l’économie d’aller à la rencontre de la personne. »

Hugues LEFEVRE

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 08:52
Funérailles de Roland Chesne ce vendredi 7 septembre à l'église de Vernonnet

Notre frère et ami Roland Chesne avait enregistré deux textes : l’un de Jacques Leclercq et l’autre de Charles Wagner en vue de ses funérailles qui ont eu lieu vendredi 7 septembre à 15 heures à l’église Saint Nicolas de Vernonnet (Vernon). Les textes se trouvent ci-dessous et le podcast (enregistrement sonore) en bas de page :

 

« Quand Je dormirai du sommeil qu'on nomme la mort, c'est dans ton sein que j'aurai ma couchette.

Tes bras me tiendront comme ceux des mères leurs enfants endormis.

Et tu veilleras, sur ceux que j'aime et que j'aurai laissés, sur ceux qui me chercheront et ne me trouveront plus, sur les champs que j'ai labourés. Tu veilleras.

Ta main aimante réparera mes fautes. Tu feras neiger des flocons tout blancs sur les empreintes de mes pas égarés : tu mettras ta paix sur les jours évanouis passés dans l'angoisse ; tu purifieras ce qui est impur.

Et de ce que j'aurai été, moi, pauvre apparence ignorée de moi-même et réelle en toi seul, tu feras ce que tu voudras.

Ta volonté est mon espérance, mon lendemain, mon au-delà, mon repos et ma sécurité.

Car elle est vaste comme les cieux et profonde comme les mers ; les soleils n'en sont qu'un pâle reflet, et les plus hautes pensées des hommes n'en sont qu'une lointaine image. En Toi, je me confie.

À Toi, je remets tout. »

Charles Wagner

 

« Je crois, oui je crois qu'un Jour, Ton jour, ô mon Dieu, je m'avancerai vers Toi avec mes pas titubants, avec toutes mes larmes dans mes mains, et ce cœur merveilleux que tu nous as donné, ce cœur trop grand pour nous puisqu'il est fait pour Toi.

Un jour je viendrai et tu liras sur mon visage toute la détresse, tous les combats, tous les échecs des chemins de la liberté. Et tu verras tout mon péché.

Mais je sais, ô mon Dieu, que ce n'est pas grave le péché, quand on est devant toi. Car c'est devant les hommes que l'on est humilié. Mais devant Toi, c'est merveilleux d'être si pauvre puisqu'on est tant aimé

Un jour, ton jour, ô mon Dieu je viendrai vers Toi. Et dans la véritable explosion de ma résurrection, je saurai enfin que la tendresse, c'est Toi, que ma liberté c'est encore Toi.

Je viendrai vers Toi, ô mon Dieu et tu me donneras ton visage. Je viendrai vers Toi avec mon rêve le plus fou : t'apporter le monde dans mes bras. Je viendrai vers Toi, et je te crierai, à pleine voix toute la vérité de la vie sur la terre. Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges : Père, j'ai tenté d'être un Homme, et Je suis ton enfant ».

Jacques Leclercq

 

Cliquez sur le « podcast » ci-dessous pour écouter ces deux enregistrements sonores sur votre ordinateur

 

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9 septembre 2018 7 09 /09 /septembre /2018 20:58
JACQUES MOURAD : FACE A LA BARBARIE, CHOISIR L’AMOUR

Le père Jacques Mourad, détenu par les djihadistes pendant cinq mois en Syrie, en 2015, doit à des amis musulmans d’être encore en vie.

Le 21 mai 2015, un groupe d’hommes masqués envahit le monastère Saint-Julien (mar Elian), à Qaryatayn (Syrie), dont je suis le responsable. Depuis l’an 2000, je suis aussi en charge de la paroisse syrocatholique et au service de tous les habitants de cette ville, où musulmans et catholiques vivent en paix. Ces hommes masqués me prennent en otage avec Boutros, alors postulant au monastère. Détenus pendant quatre jours en plein désert dans une voiture, on nous emmène ensuite à Raqqa où l’on nous enferme dans une salle de bains de six mètres sur trois d’où une odeur pestilentielle se dégage. Le lendemain de notre arrivée, les tortures verbales ou physiques commencent. Souvent ils entrent sans même nous saluer, nous insultent, menacent de nous couper la tête si l’on ne se convertit pas à l’islam. Un jour, même, ils nous flagellent.

Le huitième jour, un homme entièrement vêtu de noir et masqué entre avec trois hommes armés. Je pense que c’est la fin. À ma grande surprise, il nous demande notre nom et nous adresse le salut : « La paix soit avec vous. » Puis il ordonne à ceux qui l’accompagnent de partir et s’engage dans un long entretien avec nous. Lorsque j’ai le courage de l’interroger sur les raisons de notre captivité, il me répond : « Considère ce temps en prison comme une retraite spirituelle ! » Sa réponse me stupéfie. À son départ, nous sommes dans une grande paix. Après cela, je ne vis plus ma captivité de la même manière. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit du chef de l’organisation de l’État islamique pour la région de Raqqa…
Nous restons emprisonnés dans cette salle de bains pendant 84 jours. Je vis chaque jour comme s’il était le dernier. Au cœur de cette épreuve, je vis cette parole de Jésus dans l’Évangile : « Aimez vos ennemis. Bénissez ceux qui vous maudissent. Faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent. »

Le 4 août 2015, l’État islamique prend le contrôle de la ville de Qaryatayn. Le lendemain 250 chrétiens sont pris en otage et conduits dans la région de Palmyre. Boutros et moi-même nous ne sommes au courant de rien. Le 11 août, un homme vient nous chercher. Nous roulons dans le désert pendant quatre heures jusqu’au lieu où les chrétiens de Qaryatayn sont détenus. C’est un grand moment de souffrance pour moi de découvrir ce qui leur est arrivé, mais aussi de joie de les retrouver. Là, notre captivité est ponctuée de tortures psychologiques. Ils cherchent à nous faire craquer par tous les moyens. Une nuit, ils nous réveillent et nous ordonnent de nous mettre devant un mur. Nous pensons une nouvelle fois notre dernière heure arrivée. Mais 30 minutes après, ils nous laissent retourner nous coucher. Puis, le 1er septembre, après une ultime menace de mort, on nous ramène à Qaryatayn, libres, mais avec interdiction de quitter la ville. Quel miracle ! Je suis émerveillé. Nous avons même le droit de nous retrouver pour prier à condition que l’on ne nous voie ni ne nous entende. Nous célébrons la messe dans le sous-sol d’un bâtiment abandonné. Cela fait quatre mois que je n’ai pas célébré l’eucharistie.

La guerre continue. La nuit, les bombes pleuvent, faisant des morts y compris dans nos rangs. Le soir du 9 octobre, je sens que c’est le moment de partir. Le lendemain, grâce à un ami musulman qui risque sa vie pour moi, je réussis à m’enfuir. Si cet homme a pris un tel risque, et d’autres avec lui, c’est grâce à nos relations d’amitié profonde nouées entre catholiques et musulmans, au temps de la paix. C’est l’une des missions de notre monastère.

 

L’1 visible, « Le journal qui vous veut du bien »

N°95 Septembre 2018 page 10

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 21:44
Le livre témoignage de Michel ROURE : "Brèves de Police"

Le livre témoignage de Michel ROURE : "Brèves de Police"

MERCI à Michel ROURE pour ce témoignage unique et exceptionnel !

J’ai dévoré son livre (qu’il ma dédicacé hier soir à 20h) en une journée ce mardi 13 juin 2017. J’écris ces lignes il est 22 heures !

Ce témoignage est unique : Michel a travaillé aux Renseignements Généraux, à la Brigade des Mineurs, à la Brigade Mondaine, à la Brigade des Stupéfiants, à la Brigade Criminelle, au Centre de Formation de la Police Nationale et pour finir au Bureau de Psychologie Appliquée.

30 ans de vie de Policier (1965-1995) et 76 ans de vie d’homme (Michel est né en 1940 et il a « bouclé » son récit en 2016) !

Il aura accompagné ce tournant exceptionnel de la fin du vingtième siècle : une police confrontée à de plus en plus de violences (incivilités, délinquance, drogue, terrorisme… ). Des policiers de plus en plus en difficulté avec leurs missions : fatigue, burn-out, suicides… Mais aussi la révolution  des moyens nouveaux : la police scientifique et technique, l’informatique, Internet, l’appui des psychologues…

Je suis touché par son honnêté, sa sincérité et son humanisme, même si le nombre d’homicides (tous plus horribles les uns que les autres) rapportés dans son témoignage est impressionnant (il doit approcher la cinquantaine) ! La mort est présente à toutes les pages – tout particulièrement dans période 1975-1983 où il était inspecteur à la Brigade Criminelle (pages 84-158).

Michel est avant tout un « humaniste ».

Page 165 : « le policier est au centre des choses, l’homme est son quotidien, comme le bois l’est pour le menuisier et la farine pour le boulanger ».

Il aura toujours cherché, tout en faisant avec rigueur son travail d’enquêteur de Police Judiciaire, de chercher l’homme derrière le délinquant, le malfaiteur ou le criminel ! Il n’a jamais enfermé l’homme malfaiteur dans ses délits ou dans ses crimes ! Durant la période où il était Responsable de Formation il a invité Guy GILBERT (le curé des loubards) à venir parler aux policiers en formation afin de leur donner des conseils de psychologie lors des interpellations des jeunes délinquants (page 179) !

Toute sa vie professionnelle il aura cherché à « désenclaver la police », à travailler en partenariat avec l’éducation nationale, les éducateurs de justice, les travailleurs sociaux, le Père Jaouen qui accueillait sur son voilier des jeunes sortants de prison…

« La médiation a toute sa place dans le travail du policier qui doit recréer du lien social » (page 194)

Le dernier mot de son livre apparaît une seule fois : « Dieu ».

C’est la dédicace de l’église de Baltimore que cite Michel : « Soyez en paix avec Dieu, quelle que soit votre conception de Lui, et quels que soient vos travaux et vos rêves. Gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de l’âme ».

Michel est un chrétien et sa foi est la source de son humanisme. Il aime l’homme et il porte sur celui-ci le regard d’Amour de Dieu.

Je ne peux que vous recommander son témoignage.

Vous ne le trouverez pas en librairie. Michel l’a édité à « compte d’auteur ».

Pour le commander (coût : 15 euros + frais de port) cliquez sur le lien ci-dessous :

Ecrire à Michel ROURE

 

Denis CHAUTARD

Vernon, le 13 juin 2016

Prêtre de la Mission de France

Aumônier de la Communauté Chrétienne « Police et Humanisme » d’Ile de France

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 08:44
Confidences exclusives des rescapés de Saint-Étienne-du-Rouvray

Guy Coponet, grièvement blessé lors de l'attentat, son épouse Janine, et sœur Danielle. Tous les trois assistaient à la messe du Père Hamel, le 26 juillet.

Le 26 juillet 2016, deux djihadistes interrompent la messe matinale célébrée quotidiennement en l'église Saint-Étienne, à Saint-Étienne du Rouvray, dans la banlieue de Rouen. Y participent trois religieuses et trois laïcs, dont un couple, Guy et Janine Coponet. Après une macabre mise en scène, ils égorgent le célébrant, l’abbé Jacques Hamel, puis tentent de tuer Guy Coponet. Ils sont abattus en sortant de l’église.

«Vous voyez les vaches ?, interroge la dame au téléphone. – Oui, répond le journaliste parisien. J’aperçois six vaches, on dirait même qu’elles broutent – Ça fait plus de vingt ans qu’elles broutent, ajoute Madame Coponet : elles sont en plastique. Bon, vous prenez à droite des vaches, puis la deuxième à gauche. On vous attend. » Sur ce dialogue surréaliste, on enfile une ruelle de pavillons en briques rouges et silex qui va cogner contre la ligne de chemin de fer Paris-Le Havre. Le « rond-point des vaches » est l’un des nombrils de Saint-Étienne-du-Rouvray, commune ouvrière de la banlieue sud de Rouen. En face, les falaises de la Seine. S’y juchent la basilique de Bonsecours et le cimetière, à flanc de coteau, où repose la dépouille du Père Jacques Hamel, assassiné par deux jeunes djihadistes le 26 juillet alors qu’il célébrait la messe dans l’église Saint-Étienne.

Guy et Janine Coponet accueillent dans leur jardinet. Ce couple qui fête ses 63 ans de mariage n’a jamais voulu répondre aux questions des journalistes Guy n’est mentionné dans la presse que comme Monsieur C. Ils ont néanmoins accepté de recevoir Famille Chrétienne. Dans leur salon, devant le buffet normand, à côté de la pendule dont le tintinnabulement égrènera les deux heures de l’entretien, nous rejoint Danielle Delafosse, qui assistait elle aussi, avec deux de ses sœurs religieuses, à la messe ce mardi-là, en la Sainte-Anne. C’est elle qui donna l’alerte. Ensemble, Danielle, Janine et Guy partagent ce qu’ils n’ont jamais dit.

Guy Coponet, vous devriez être mort ?

Guy Coponet – Oui. Ils m’ont frappé de trois coups de couteau, au bras, au dos et à la gorge. L’urgentiste qui m’a soigné m’a dit : « Il y avait une main divine sur vous car aucun des coups n’a touché un organe vital. Or, ce n’était vraiment pas loin… C’est comme un miracle ! »

Ce « miracle », vous le voyez comme un signe ?

Guy – Le Seigneur a permis que je survive pour témoigner de sa miséricorde. Cela m’est pénible : je n’aime pas paraître. Je suis un ouvrier à la retraite, j’aime la vie cachée de Nazareth. Me retrouver sous les feux des projecteurs me fait horreur.

Quel fut le plus dur pour vous dans cette épreuve ?

Guy – Filmer. Les deux jeunes tueurs m’ont attrapé par le « colbach », m’ont mis une caméra dans les mains et m’ont dit : « Papy, tu filmes. » Ils venaient même vérifier la qualité des images et constater que je ne tremblais pas trop. J’ai dû filmer l’assassinat de mon ami le Père Jacques ! Je ne m’en remets pas. Car c’est du théâtre leur sale « truc », de la mise en scène. Ils voulaient faire une vidéo destinée à faire le tour du monde sur les réseaux sociaux, ce qui leur permettrait de mériter leur titre de gloire de « martyr » d’Allah. Ils ont même pris le temps de se ceinturer de scotch pour faire croire qu’ils allaient se faire exploser, alors qu’il n’y avait que du scotch. Mais nous ne l’avons appris qu’ensuite…

Après avoir filmé l’horreur, l’un des tueurs se saisit de vous. Vous avez croisé son regard ?

Guy – Oui. Et je lui ai demandé s’il avait des enfants. J’ai ajouté : « Pense à tes parents, tu es sur une fausse route, tu vas les tuer de chagrin. » Il m’a poignardé, puis m’a traîné en bas des marches de l’autel. C’était tout rouge, mais je ne me rendais pas compte que c’était mon sang qui coulait. Je n’ai pas souffert sur le moment. Je me suis serré la gorge parce que ça jaillissait.

Janine Coponet, vous fêtiez ce jour-là les 87 ans de Guy, et vous voyez votre époux se faire égorger sous vos yeux… Que se passe-t-il en vous ?

Janine – J’étais sous le choc, terrifiée. Je me souviens avoir confié mon Guy à sainte Thérèse et au Père Marie-Eugène. On voit passer toute sa vie en quelques secondes. J’ai pensé : « Guy ne va pas voir le dernier de nos arrière-petits-enfants – nous avons cinq enfants –, âgé d’1 mois ; on ne pourra pas non plus fêter notre anniversaire de mariage… »

Vous pensiez que Guy était mort ?

Janine – Évidemment ! Après trois coups de couteau… L’un des tueurs me colle un pistolet dans le cou – j’apprendrai après que c’était un faux – et me pousse vers la sortie de l’église. Je me retourne quand même pour lancer un dernier regard vers mon Guy, et j’aperçois l’une de ses jambes qui bouge ! Je me suis dit : « Il est vivant. Oh Seigneur, merci ! »

Sœur Danielle – Moi, je me suis échappée durant la tuerie. Kermiche s’acharnait sur Jacques, qui est tombé face contre ciel ; Petitjean [l’autre tueur, Ndlr] tailladait Guy. « Il faut bouger, me suis-je dit, on ne va pas quand même pas se faire égorger sans rien faire ! » Je ne suis pas une grande sportive, mais j’ai eu à cet instant une fusée dans le dos Une voisine m’a accueillie. J’ai appelé les secours. Ils sont arrivés dare-dare.

Guy – J’ai cru que j’étais mort. Alors ça ne m’a pas été très difficile de faire semblant (sourire) Cela dit, le sang continuait de pisser. J’ai prié comme je n’ai jamais prié de ma vie. Tous les saints y sont passés. Et d’abord le petit Frère Charles, lui aussi mort par une main musulmane dans le désert.

Vous étiez vous-même dans un grand désert ?

Guy – C’est le moins qu’on puisse dire (rires) ! Dans mon for intérieur, j’ai récité ma prière chérie : « Mon Père je m’abandonne à Toi, fais de moi ce qu’il Te plaira… Je remets mon âme entre tes mains. » J’y étais, entre ses mains. Surtout après une messe !

Juste avant d’être égorgé, le Père Jacques crie à deux reprises : « Va-t’en Satan. » Il voit le mal en action ?

Sr Danielle – Sans doute. Cela ne veut pas dire que Kermiche était possédé, mais que Satan était à l’œuvre, de façon puissante. Le Père Jacques a voulu exorciser ce mal. Ce sont ses dernières paroles. Satan n’aime pas l’eucharistie…

Dans l’église, que se passe-t-il pendant ce temps ?

Sr Danielle – Les tueurs semblent se calmer un peu, après avoir tapé sur les bancs avec leurs faux revolvers – ils n’avaient, en fait, comme armes que des couteaux. Là s’est engagé un dialogue incroyable entre Kermiche et Hélène, l’une de mes sœurs religieuses. Ils venaient de l’asseoir de force à côté de Janine : « Avez-vous peur de mourir ?, lance Kermiche à Hélène. – Non, répond-elle. Il s’étonne : – Pourquoi pas peur ? – Parce que je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse. »

Vous pensez que ces mots ont pu le toucher ?

Sr Danielle – Comment le savoir ? Il murmure : « Moi aussi je crois en Dieu et je n’ai pas peur de la mort. » Puis il clame : « Jésus est un homme, pas Dieu ! »

Janine – Cette conversation pseudo « théologique » était surréaliste, devant deux corps étendus, baignant dans leur sang…

Guy – Moi, je continuais à faire le mort. Ils sont sortis, ça a pétaradé. Il y a eu un immense silence. J’ai essayé de crier : « Y’a quelqu’un ? », mais aucun son ne sortait de ma gorge. J’ai essayé encore : « Y’ a vraiment pas quelqu’un ? » Rien. Je me suis senti abandonné. À ce moment-là, j’entends : « Ouvrez la porte ! » Comme si je pouvais ouvrir la porte dans l’état où j’étais… [En fait la BRI s’apprête à donner l’assaut, ne sachant pas s’il y a d’autres terroristes à l’intérieur, Ndlr]. Tout d’un coup, plein de gens ont déboulé. Un médecin s’est penché sur moi alors que je récitais la dernière phrase de mon Ave « …et à l’heure de notre mort. Amen ». Il a dit : « On s’occupe de vous, ne vous souciez de rien. »

Guy, vous parvenez à prier, alors que vous vous videz de votre sang ?

Guy – J’étais convaincu que j’allais mourir, mais je priais Je contemplais ma vie, et j’étais tranquille. Je n’ai jamais été aussi serein. Complètement en paix. Je n’avais aucun remords, seulement l’amour en moi. En fait, c’était un moment de grand bonheur.

Vous allez faire des envieux ! Vous avez un « mode d ’emploi » pour bien mourir ?

Guy – L’abandon. L’abandon total… À l’exemple de Frère Charles et de la Vierge Marie. Je l’ai priée comme jamais. Je savais que j’étais en de bonnes mains. Avec elle, j’étais prêt à dire : « Amen ».

Janine – Pendant ce temps, les deux djihadistes continuaient à discuter. L’un des deux demande à Sœur Hélène : « Connaissez-vous le Coran ? – Oui j’ai lu le Coran, répond-elle. Ce qui me frappe, ce sont les sourates qui parlent de la paix. » Kermiche réagit : « La paix ? Quand vous serez à la télé, vous direz aux autorités : tant qu’il y aura des bombardements en Syrie, il y aura des attentats en France. Tous les jours. » Je pense surtout que c’était un prétexte… Ils n’avaient dans la tête que de la propagande reçue par Internet.

Sr Danielle – Ce sont des jeunes qui n’ont aucun bagage culturel ni religieux. Dans une tête vide, on peut faire rentrer n’importe quoi…

Janine, c’est à ce moment-là que vous demandez à Kermiche la permission de vous asseoir ?

Janine – Je n’en pouvais plus. Il me répond sans hésitation, avec politesse : « Oui, asseyez-vous Madame ». À ce moment-là Sœur Hélène, qui était épuisée elle aussi, lui demande sa canne restée à sa place. Kermiche se déplace, prend la canne et la lui tend.

Que se passe-t-il ensuite ?

Janine – La cloche sonne 10 h 30. Mon Guy fait le mort depuis quarante-cinq minutes… Ils nous poussent dehors. Les sirènes hurlent. On franchit la porte. Des policiers se saisissent de nous. Les tueurs sortent en criant « Allahou akbar ». Les policiers tirent. Les deux jeunes meurent sur le coup. Une femme policière me cache derrière une voiture. Elle est en larmes. C’est bizarre : elle pleure et moi je n’arrive plus à pleurer depuis la mort de mon père…

Sr Danielle – C’est un suicide. Ils voulaient mourir. J’ai hâte de pouvoir leur demander au Ciel : « Pourquoi, tout cela ? » Afin d’essayer de comprendre.

Peut-on pardonner ?

Guy – Je ne pourrai le faire pleinement que face à Dieu, avec sa grâce.

Janine – Pour l’instant, on prie surtout pour leurs familles. J’ai une pensée spéciale pour leurs mamans qui doivent se lamenter : « Mon fils est devenu fou ! » Elles ne vont pas se relever de sitôt. On se dit, avec Guy, qu’on aimerait les rencontrer pour essayer de comprendre et les apaiser.

Janine, lorsqu’ils vous poussent hors de l’église, vous ne savez pas si votre mari est encore en vie ?

Janine – Non. Nous, les otages, on nous met à l’abri dans l’épicerie du coin, réquisitionnée comme centre de première aide. C’est là que j’apprends, une heure plus tard, que mon mari est vivant, bien soigné, et qu’il devrait s’en sortir grâce aux transfusions permises par des donneurs de sang. Je me dis : « Chic, on va quand même pouvoir fêter nos 65 ans de mariage. »

Vous êtes des « miraculés ». Mais pas le Père Jacques : il y a laissé sa vie. Comment expliquez -vous cette « injustice » ?

Sr Danielle – Ce n’est pas une histoire de justice. Disons que ce n’est pas le même miracle. Jacques était prêtre depuis cinquante-huit ans. Il venait de célébrer le sacrifice du Christ quand il a été immolé comme l’Agneau qu’il avait servi et célébré toute sa vie. Il est mort sur le coup. C’est le premier prêtre tué de la main d’un djihadiste sur le sol européen, en ce XXIe siècle. C’est un nouveau martyr.

Sœur Danielle, vous accueillez beaucoup de familles musulmanes dans votre dispensaire. Vous connaissiez la famille Kermiche ?

Sr Danielle – Oui. Elle est totalement « perdue ». Les parents n’arrivent pas à comprendre comment un de leurs enfants a pu commettre cet acte barbare. Adel était en suivi psychiatrique. Car nous sommes là dans des cas complexes où se mêlent fragilité psychologique, vide existentiel, ignorance religieuse et culturelle… C’est un cocktail Molotov prêt à exploser : la flamme qui met le feu aux poudres, ce peut être le prêche d’un imam fou écouté sur Internet.

Vous voulez dire qu’il y a une panne de transmission familiale ?

Sr Danielle – La panne est totale ! Hier, j’accueillais cinq jeunes âgés de 5 à 12 ans. Ils étaient incontrôlables. J’étais en colère, mais comment leur en vouloir ?

Vous arrivez à prier pour vos tueurs ?

Guy et Janine – On arrive juste à dire : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Cela vous donne envie de retourner à la messe ?

Guy et Janine – Oui ! On est au cœur d’un immense mystère : celui du Christ qui donne sa vie pour chacun de nous. Il l’a donnée pour nos tueurs. L’eucharistie nous éclaire sur le drame que nous venons de vivre. Nous n’avons jamais été aussi heureux.

« Martyr »

« Nous devons le prier, car c’est un martyr », a lancé le pape François le 14 septembre en évoquant le Père Jacques Hamel lors d’une messe célébrée en présence de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, et de quatre-vingts fidèles du diocèse, en insistant : « Faites le vénérer ! ».

« Martyr. » C’est aussi le titre d’un livre publié au Cerf sur La Vie et la mort du Père Jacques Hamel. Touché par l’émotion planétaire qui suit l’assassinat du prêtre rouennais, l’historien belge Jan De Volder enquête sur les circonstances de cette tragédie. Il recueille les confidences des proches sur la vocation et l’engagement de cet humble curé qui aura toujours choisi d’être aux périphéries. « Qu’un prêtre vive pour son peuple et pour l’Évangile, qu’il croie à la liturgie au point de la célébrer pour un petit nombre de personnes, avec toute la foi et la dignité requises, est tout sauf banal, écrit Andréa Riccardi dans sa préface. […] L’Église de France, certes minoritaire dans un pays laïc, parfois critiquée par les tradi- tionalistes sur ses terres, comme il lui arrive de l’être au sein de la Curie romaine, est tout sauf une survivance insignifiante. C’est une réalité pauvre en ressources et en influence politique, mais non pas en signification, y compris pour les Français d’autres sensibilités. » N’est-ce pas ce « symbole » que les tueurs ont voulu poignarder ?

Luc Adrian

Famille Chrétienne

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 19:27
« Un corps pour la Mission » : témoignage de Denis Chautard, prêtre de la Mission de France, à Evreux dimanche 8 mai 2016

Ce témoignage a été donné ce dimanche à Evreux lors de la rencontre régionale de Normandie de la Communauté Mission de France

« La Mission de France est à son origine, lors de sa fondation : « UN CORPS DE PRÊTRES POUR LA MISSION » !

Mais ce CORPS – chacun d’entre nous l’est également – s’il fait l’expérience de la mission dans sa propre chair, dans son propre corps.

  1. Un corps pour la « Mission » :

Quoi de plus éloquent, quoi de plus « parlant » - pour évoquer la Mission que notre propre corps !

1°) La « TÊTE » :

La « Tête » c’est le Christ. L’ordination nous configure au Christ. Par notre baptême, notre confirmation et notre ordination nous sommes « liés et re-liés » au Christ !

Savez-vous pourquoi mon patron, Denis, qui est d’abord le patron du Diocèse de Paris, après avoir subi son martyre a continué de marcher (selon la légende) avec sa tête sous son bras ?

Pour ne jamais être séparé du Christ… même pas dans la mort !

La tête c’est ce qui « commande » ! Mais pour le bien du corps tout entier !

2°) Les « PIEDS » : Le corps cela s’entend « de la tête aux pieds » !

Pourquoi les pieds juste après la tête ? Rappelez-vous ce proverbe : « Ils sont beaux les pieds des messagers ! ». Et puis à la Mission de France on aime à dire : « Là où on a les pieds, on a aussi la tête » !

Le prêtre c’est d’abord un messager de la Bonne Nouvelle, de l’Evangile, de la Parole de Dieu. Nous sommes ordonnés prêtres par les pieds à l’instar de Jésus qui, la veille de sa passion ; a lavé les pieds de ses apôtres. Les « missionnaires » sont d’abord des marcheurs et des pèlerins.

La Mission c’est nous déplacer, aller à la rencontre des autres, en terre païenne, aux carrefours des hommes, aux lieux de fractures et de blessures !

3°) Les « YEUX et les OREILLES » : le missionnaire c’est celui qui regarde et qui écoute. Ce n’est pas le regard du voyeur, ce n’est pas l’écoute de celui qui a des « arrière-pensées » pour conquérir l’autre, pour le « convertir » !

Non, le regard, c’est le regard du cœur, la compassion : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ! »

L’écoute c’est faire place en soi pour l’autre, c’est se laisser « atteindre » au plus profond de soi !

L’écoute et le regard c’est « connaître » (con-naître = naitre avec) l’autre. Du lieu de notre misère, de notre pauvreté nous en faisons le lieu de notre naissance. Le Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Il les aide à mettre bas, à accoucher de leurs agneaux.

Le Pasteur est un « accoucheur » et non un fossoyeur même s’il accompagne chacun dans ce mystère de la souffrance et de la mort. Il est témoin de la naissance de cette humanité nouvelle promise par le Christ.

4°) Les « MAINS ». Dieu si –dans la spiritualité traditionnelle – les mains du prêtre ont été un sujet de méditation privilégié. Ce sont les mains pour offrir le pain et le vin des offrandes. Ce sont les mains pour le partage du pain Eucharistique. Ce sont les mains pour guérir, réconforter, bénir…

Les prêtres imposent les mains lors des confirmations ou des ordinations. Ils appellent et transmettent l’Esprit de Jésus. Les mains sont le symbole du pouvoir et du service, de l’autorité et de la transmission.

5°) La « BOUCHE » : C’est avec sa parole que le prêtre transmet et actualise la Parole du Christ. Il parle et il enseigne, il porte témoignage. Mais attention à ne pas se méprendre « le doigt montrait la lumière et l’imbécile regardait le doigt ! ».

Avec le Christ nous aimons dire « mes paroles sont Esprit et Vie » (Jean 6/62). Le mot Grec pour nommer l’Esprit est ici « pneuma », c’est-à dire « souffle ».

C’est l’Esprit qui donne « Vie ». Nous sommes porteurs de Vie jusqu’à notre dernier « souffle ».

Nous sommes « missionnaires » lorsque la Parole que nous proclamons est « Souffle de Vie », lorsqu’elle est Bonheur pour les pauvres, lorsqu’elle console et restaure dans leur dignité d’hommes et de femmes les « cabossés de la Vie » ! Attention à ne pas l’enfermer dans un code, dans des règles auquel cas elle deviendrait rapidement « lettre morte ».

De « la tête aux pieds » nous sommes ordonnés – c'est-à-dire – donnés tout entier avec nos faiblesses, nos fragilités, nos blessures – nous sommes « ordonnés » c’est-à dire complètement orientés par le service de la parole et de nos frères.

  1. « Corps du Christ pour la multitude » :

C’est le thème de l’Université d’été 2016 de la Mission de France.

Le prêtre est « ministre de l’Eucharistie ». Ce sont les paroles de Jésus lors de la Cène que le prêtre prononce en son nom : « Prenez et mangez en tous », « Prenez et buvez en tous ». Le Christ est –de manière cachée mais bien réelle - pour chaque femme, pour chaque homme – au plus profond de son être – sa raison de vivre, sa quête existentielle…

A nous de rencontrer l’Esprit de Jésus agissant au cœur de nos frères !

Le prêtre est ordonné pour ouvrir la communauté réunie dans l’Eglise à « tous les invités au banquet du Royaume » : la multitude, c’est-à-dire bien au-delà de ceux qui constituent la communauté rassemblée !

Comment cette mission peut-elle être « opérationnelle », c’est-à-dire tout le contraire d’un « vœu pieux » ?

C’est justement dans ce que le pape François appelle une « sortie vers les périphéries », ce que nous appelons – nous - les lieux de fractures et de blessures de l’humanité, les lieux où l’humanité est en « naissance ». C’est mon quotidien avec l’accueil et l’accompagnement des Migrants. En particulier de ceux qui se sentent perdus après avoir quitté leur pays où ils étaient en situation de détresse extrême à cause des violences, de la guerre et de la misère et parce qu’ils sont désormais sans papiers, sans ressources, sans logement … alors qu’ils ne sont pas « sans droits » ! Toute la difficulté est là : reconnaître leur dignité humaine et faire reconnaître leurs droits !

Lorsqu’on accueille les derniers c’est une manière d’ouvrir la porte vers « la multitude » !

Ces femmes, ces hommes, ces enfants sont les « invités » du Seigneur. Comment pourrions-nous les accueillir à la table Eucharistique si nous ne leur faisons pas de place à la table de notre humanité commune ? »

A Evreux le 8 mai 2016

Denis CHAUTARD

Prêtre de la Mission de France

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 16:53
Livre Témoignage : « J’ai été SDF pendant 15 ans »

Elle s’appelle Anne Lorient. Elle a 48 ans, deux fils de 12 et 15 ans. Elle a passé 15 ans dans la rue. Elle publie son témoignage (poignant) dans un livre coécrit avec Minou Azoulai : « Mes années barbares » (Editions de La Martinière). Nous l’avons rencontrée. Entretien

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Pour montrer qu’on peut s’en sortir et pour donner la parole aux victimes. Elles ont peur de parler.

Que faites-vous aujourd’hui ? Comment vivez-vous ?

Je reçois une allocation handicapé de 800 € par mois. Je fais partie des 30 victimes de viols reconnues par la MDPH, la Maison des Handicapés. Ça ne me suffit pas pour vivre et pour nourrir mes enfants, alors j’essaye de faire des petits boulots : des ménages, des cours de français aux étrangers, des aides aux personnes âgées, etc.

Vous venez d’un milieu bourgeois. Que vous est-il arrivé ?

Mes parents étaient libraires en province. J’ai été violée par mon frère à 6 ans. Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Il a continué jusqu’à mes 14 ans, parfois avec ses copains. Il se faisait payer en bonbons. Il m’avait menacée et j’avais très peur. Je n’en ai parlé qu’à des voisins qui ont été très choqués mais n’ont rien fait parce que mes parents avaient du pouvoir. A 18 ans, j’ai quitté la maison pour aller à Paris. J’ai essayé de trouver des points d’attache mais je n’ai pas réussi. Je me suis retrouvée à la rue.

Comment avez-vous fait pour survivre dans la rue ?

Comment fait-on pour survivre dans la rue ? On se bat, on essaye de garder le moral. Toute la journée, on cherche des solutions pour manger, pour trouver un coin chaud où dormir. Actuellement, vous voyez, c’est l’hiver et il y a des SDF partout. Il faut se battre. On a un instinct de survie qui se met en route. On va dans un supermarché pour faire la manche. On se lave dans les squares à six heures du matin, dès qu’ils ouvrent et avant que les enfants viennent jouer. Il vaut mieux éviter les douches municipales qui sont pleines de microbes. J’ai accouché de mon premier enfant dans la rue. Il a passé ses trois premières années collé à moi. J’avais très peur qu’on me l’enlève et qu’on le place. Je me suis battue pour le garder. Quand je me suis retrouvée enceinte la deuxième fois, j’ai rencontré dans une association une assistante sociale qui nous a trouvé un HLM.

Vous avez été confrontée à une très grande violence dans la rue ?

Il faut savoir que toutes les femmes SDF sans exception sont violées. J’ai fait ce que j’ai pu, mais les hommes de la rue et les « cols blancs » comme on les appelle sont trop nombreux. Ce qui m’a le plus choquée, je m’en souviendrai toute ma vie, c’est un homme qui m’a dit que j’étais moins chère qu’une pute. Parce qu’une pute, il est obligé de la payer alors qu’une femme SDF, il peut la violer comme il veut. J’ai été violée plus de 40 fois.

Vous vous êtes fait aider par des psys pour vous reconstruire ?

Psychologiquement, je suis très abîmée. J’ai rencontré une multitude de psys avant de trouver celle qui a réussi à mettre des mots sur mes malaises et à me déculpabiliser. Je me sentais coupable d’avoir été violée, je me disais que je ne servais qu’à ça. Muriel Salmona, c’est son nom, a réussi à me faire comprendre que ce n’était pas de ma faute. Ça a été une révélation, une énorme bouffée d’oxygène. Je continue à être suivie mais je me sens beaucoup plus forte.

Vous avez gardé des liens avec votre famille ?

Oui, mais ils ne savent pas que j’ai écrit mon histoire. Ils ne se sont jamais intéressés à moi plus que ça. Anne Lorient est un pseudonyme. Je les vois de temps en temps. A Noël, à Pacques. Ils ne savent pas que j’ai été SDF. Je les protège, surtout ma mère qui est alcoolique. Je croise mon frère, celui qui m’a violée, mais on s’évite. Je veux protéger ma jeune sœur qui a aussi été sa victime. Elle est dans le déni et je sais qu’un jour ça va exploser et je préfère être là. Elle a 41 ans et une vie « normale » avec un mari adorable, deux enfants et un travail dans lequel elle se noie. J’essaye d’être proche d’elle mais elle me rejette un peu.

Que doit-on faire quand on croise une femme SDF dans la rue ?

Déjà, essayer de créer le dialogue, ce qui n’est pas facile. Il faut avoir le temps et le courage de s’assoir à côté d’elle, croiser son regard pour qu’elle ait confiance. Ensuite, s’assurer qu’elle va bien, lui demander si elle a besoin de quelque chose. On peut lui apporter de l’aide même hygiénique, par exemple des tampons, des lingettes. La gentillesse, c’est important. Il y a tellement de gens qui ignorent les gens dans la rue. Ce sont des invisibles. Leur dire bonjour, leur souhaiter une bonne journée ça les rend visibles. Il vaut mieux éviter de leur donner de l’argent, il y a des SDF qui exploitent les autres et qui ramassent tous les soirs l’argent qu’ils ont obtenu en faisant la manche. Demandez-lui de quoi elle a besoin, un shampoing, un morceau de pain ou un café chaud. Ce sera beaucoup plus efficace et elle n’aura pas peur de le prendre. Vous pouvez aussi l’emmener manger un sandwich, mais surtout ne la laissez pas seule. Essayez de créer le lien. C’est difficile, mais tellement important.

Et vous, vous avez créé des liens ?

Bien sûr ! Entre femmes il peut y avoir beaucoup d’amitié. On se donne des tuyaux sur les endroits où on peut se réfugier, se laver. Il y a des associations plus sympas que d’autres, etc. Et le fait de vivre la même chose, ça crée des vraies amitiés. Encore maintenant, je suis sortie d’affaire mais je retourne dans la rue voir mes copines. La rue n’est pas que souffrance, on peut rire aussi. Il faut avoir le sens de la dérision et un peu de distance parce que si on prend tout au premier degré, on ne survit pas. Il n’y a pas assez de place dans les hôpitaux psychiatriques et dans les prisons et on peut se retrouver face à des gens très dangereux dans la rue. Il y a aussi beaucoup d’alcooliques. Ce n’est pas facile de se protéger. Ma mère est alcoolique, alors j’ai eu cet instinct de ne jamais boire d’alcool ni de prendre de drogue. C’est ce qui m’a sauvée. Je revis mais c’est une renaissance.

Qu’attendez-vous désormais de la vie ?

Je voudrais trouver un travail à mi-temps. J’ai envie de rencontrer des gens. J’ai soif de liens, de culture. J’ai envie que les gens m’appellent et communiquent avec moi. J’ai envie de connaître des gens parce que je ne connais pas beaucoup de monde à part des SDF. On peut me contacter par Facebook.

Propos recueillis par Danièle Laufer, Femme actuelle

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