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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 19:05
Assemblée Générale de la Communauté Mission de France à La Pommeraye du 13 au 16 juillet 2017

Nous étions 414 personnes (dont 14 enfants) réunies pour cette Assemblée Générale de la « Communauté Mission de France » : évêques, prêtres, diacres et baptisés. Nous avions « rendez-vous avec notre histoire ». C’était un important point d’étape après la fondation de la « Communauté » en 2002. Voici un texte « chargé de sens » pour rendre compte de notre existence et de notre mission :

  

UNE PROXIMITÉ QUI FAIT SENS, QUI FAIT SIGNE DE JÉSUS-CHRIST, QUI OUVRE LE CHEMIN VERS LE PÈRE. 

 

"Voici que le semeur est sorti pour semer..."

L'Evangile raconte un Jésus en sortie. Jésus ne sort pas de son village comme on sort de table. Il sort comme le migrant quitte sa terre natale. Jésus ne sort pas les béatitudes comme on sort des arguments. Il sort comme le semeur est sorti dans son champ pour semer. Jésus ne sort pas du temple comme on sort de l'université. Il sort comme quelqu'un franchit une frontière. Jésus ne sort pas du tombeau comme on sort du métro. Il sort comme le navire prend le large.

La mission n'est pas seulement sortie, elle est semence. Et la Mission de France a commencé en 1941 par un séminaire, autrement dit par un ensemencement. Elle a entendu l'appel à sortir pour oser la rencontre du monde dit « incroyant », pour que la Parole lève en d'autres terres. Ainsi nous sommes de sortie parce que l'amour est semence. L'amour des autres, l'amour de la vérité, l'amour de la vie. Dans la proximité que Jésus a voulu vivre avec les gens de son temps, avec les pauvres, les captifs, les aveugles et les opprimés, Dieu sort et dit quelque chose de lui-même au prix de la croix, malentendu radical et salutaire.

A l'échelle de l'histoire, la Mission de France est une réalité encore neuve. Dès 1954, année de la promulgation de sa constitution par le pape Pie XII, une première assemblée générale permit aux prêtres de s'approprier les orientations de cette prélature « originale et Intégrée » à toute la vie apostolique de l'Eglise. Originale par sa vocation à rencontrer un monde sécularisé et intégrée par la communion portée à l'ensemble de la réalité humaine. Originale dans le dialogue persévérant avec d'autres approches culturelles et religieuses, et intégrée à ce qui fait la vie de l'Eglise.

La grâce de vocation à rejoindre les hommes et les femmes dans la proximité de leur condition d'existence demeure l'intuition, originale et intégrée, de la Communauté Mission de France. Cette grâce témoigne de la permanence de l'appel de Dieu dans l'histoire qui envoie des apôtres risquer la foi en Jésus-Christ aux extrémités de la terre, aux périphéries existentielles. Des apôtres, des envoyés disponibles, pour rejoindre des mondes neufs qui émergent.

« Ne disons plus que nous sommes disciples et missionnaires mais que nous sommes disciples-missionnaires. Nous devons tous accepter que les autres nous êvangélisent constamment. » (La joie de l'Evangile n° 161 et 120), Le terme de disciple-missionnaire employé par le pape François exprime la dynamique du croyant irrigué par la joie de l'Evangile. Il est à la fois le missionnaire poussé à la rencontre et le disciple évangélisé par l'autre, croyant ou non. Lors de l'Université 2016, Jean Toussaint fit part de ces justes rencontrés qui font notre appui et notre joie.

En cette période où les institutions sont fragilisées, l'Esprit qui renouvelle toute chose nous engage à revisiter nos fondamentaux au cours de l'assemblée générale 2017, ainsi que les formes concrètes de l'appel et de l'envoi.

 

L'équipe épiscopale de la Mission de France

Mgr Hervé GIRAUD, Evêque de la Mission de France

Père Arnaud FAVART, vicaire général

Père Henri VEDRINE, Supérieur du Séminaire

Père Daniel CHOUIN, Econome Diocésain,

Paul ISRAEL, Diacre permanent

Hugues ERNOULT

Claire MARIJON-NOLIN 

Claire SALCE

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 18:45
Retour sur l’ordination Diaconale de Benoit samedi 24 juin 2017 à Pontigny

Voici la présentation de Benoit par Henri Védrine, le supérieur du Séminaire de la Mission de France, à notre évêque, le Père Hervé GIRAUD :

« Hervé, l'Eglise vous présente Benoit pour être ordonné diacre en vue d'être prêtre.

C'est un arrageois ou un atrebate - c'est comme ça qu'on appelle les personnes originaires d'Arras- de 34 ans, dernier d'une famille de cinq enfants qui manifeste sa disponibilité.

Benoit est en formation au séminaire de la Mission de France depuis 6 ans, Il termine sa 4ème année de vie communautaire à Ivry sur Seine. Il avait exercé auparavant un métier d'ingénieur en informatique aux Orphelins Apprentis d'Auteuil.

Benoit déploie des belles qualités humaines. C'est quelqu'un de bienveillant, de fraternel et chaleureux. Il cultive, depuis sa coopération à Ghardaïa en Algérie, un réel sens de l'accueil et une attention à la différence, en étant attentif et prévenant.

Benoit est aussi un homme droit pour qui l'exigence de vérité est fondamentale dans la relation. S'il ne s'impose pas dans un groupe, on sent vite la qualité de sa présence et de son écoute. Il est habité de cette humilité qui permet à chacun d'exister et qui ouvre à plus loin que lui.

Benoit a aussi un vrai charisme d'organisateur et le sens des responsabilités. Il garde de sa formation d'ingénieur d'être un homme capable de conduire des projets. Il sait mettre ses compétences au service du collectif pour réaliser les objectifs définis. Il sait gérer, planifier, prendre des initiatives dans lesquelles il se réalise. Benoît est attaché à un ministère au travail professionnel à plein temps. Il s'épanouira dans un compagnonnage au long court avec celles et ceux qui sont étrangers à la foi chrétienne et qui, pour la plupart, n'ont rien à demander à l'Église.

Mais Benoît est d'abord un homme spirituel. Son attachement au Christ est profond et sincère. Il sait en témoigner de manière humble et ajustée à ses interlocuteurs. Son goût pour la Parole de Dieu, le désir qu'il porte de la partager avec d'autres croyants ou non est et sera une richesse pour l'Église et pour le monde. Il sait se mettre au service de la vie spirituelle des personnes et des groupes dans lesquels il est. Il a développé un vrai sens pastoral avec une belle intelligence des situations. La justesse de son discernement est reconnue.

Sur le plan intellectuel, Benoît a effectué de belles études à la Faculté Jésuite de Paris. Dans ce domaine il s'y est aussi investi avec rigueur et sérieux. Il obtiendra son baccalauréat canonique avec brio. Ses facultés intellectuelles sont unanimement soulignées par ses enseignants. Ils reconnaissent combien Benoît a les capacités pour développer une pensée propre. Malgré une saturation compréhensible pour les études académiques et une impatience légitime de vivre une expérience ministérielle, il faudra compter sur Benoît pour l'avenir de la Recherche commune à la Mission de France.

Benoît a réalisé pendant ses 6 années de formation une réelle conversion au ministère. Il n'a pas beaucoup grossi au séminaire mais il y a gagné en « épaisseur » dans sa relation au Christ et à l'Eglise, ainsi qu'en liberté dans son choix de la Mission de France. Il a les qualités humaines et spirituelles et les aptitudes pour prendre sa part du ministère apostolique engagé dans la Mission. Il saura être un bon compagnon d'équipe fraternel et exigeant.

Aussi, les personnes qui ont été consultées, les chrétiens qui le connaissent, le Conseil de la formation et moi-même nous attestons unanimement que Benoit est prêt pour être ordonné diacre en vue d'être prêtre. »

Retour sur l’ordination Diaconale de Benoit samedi 24 juin 2017 à Pontigny

Homélie du Père Hervé GIRAUD, Evêque de la Mission de France :

         « S’il y a à la Mission de France un désir fondamental de « vivre à la Jésus », mais aussi à la manière apostolique de saint Paul, nous gardons toutefois quelque chose du caractère de Pierre ! Nous venons d’entendre la vive réaction du prince des apôtres face à Jésus : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Cela me rappelle cette remarque de l’Université d’été où j’avais entendu qu’à la Mission de France « on râle d’abord, et on rend grâce ensuite ». Bienheureux râleur qu’est Pierre… et qui nous vaut cette réplique de Jésus : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Et il est vrai que Pierre semble retourné et prêt à rendre grâce quand il ajoute : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » La Mission de France aurait-elle donc aussi un caractère pétrinien ? Elle a au moins du caractère…

         Cette bienheureuse réaction de Pierre avait pourtant commencé par un étonnement : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? ». Pour avoir part à un service du Christ et pour prendre part à la mission de l’Église, il faut d’abord consentir à se laisser servir par le Christ lui-même. Et commencer, comme Pierre, par s’en étonner. Toute mission débute par cette attitude d’accueil : se laisser laver, purifier et servir par le Christ. Cette attitude rejoint notre attitude apostolique où il s’agit de recevoir pour être envoyé. Si nous n’acceptons pas d’être servis par le Christ, nous ne saurons pas servir les autres. Bien plus, si nous n’acceptons pas de recevoir du Christ une attitude, nous ne recevrons pas non plus des autres, de tous ceux vers qui nous sommes envoyés. Il n’est pas évident de recevoir et de se sentir envoyé. Cela demande un travail, et travailler le « nouveau » qui apparaît fait partie de notre mission.

         Quand on relit les dialogues de l’ordination, il est intéressant de noter que l’engagement au célibat est fait « pour signifier le don de soi au Christ Seigneur ». Avant de parler de « servir Dieu et le prochain », il faut d’abord s’engager soi-même, « engager », dirions-nous à la Mission de France, engager non pas quelque chose, mais tout son être envers le Christ. Nous ne sommes pas loin de la question du ressuscité à Pierre : «  Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? ». Le don de soi se réalise comme service car l’amour ne peut rayonner directement comme amour. Le sacrement de l’ordre trouve son fondement ultime non pas dans le service, mais dans l'amour. 

         Une ordination diaconale vient donc nous rappeler opportunément que nous ne sommes pas d’abord au service de l’Église, ni même au service de la Mission de France, ni au service de la communauté Mission de France, ni au service du Corps, ni même, au risque de surprendre, au service du monde ou des pauvres. La question qui sera posée à Benoît est celle-ci : « Veux-tu être consacré à la diaconie de l’Église… ? » Il ne s’agit pas de servir l’Église, mais la mission de l’Église, la mission de service de l’Église, ou mieux encore d’entrer dans le service que le Christ, par l’Église, veut rendre en ce monde.

         Et c’est peut-être pour cette raison que Jean relève ce geste majestueux et solennel de Jésus avant toute autre parole. Le geste commence déjà à nous parler… c’est Jésus qui sert et purifie ce monde. Et il nous invite à faire de même : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

         Le diaconat de Benoît nous rappelle bien qu’il y a toujours au cœur de nos gestes le devoir d’imiter le Christ, de Le signifier. Le concile Vatican II ne commence-t-il pas par cette phrase célèbre, et parfois tronquée : « Le Christ est la lumière des peuples… L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain… ». N’oublions jamais ce « dans le Christ », par le Christ, comme le Christ. Toutes nos paroles s’envoleront si nous n’accomplissons pas des gestes exprimant notre foi dans le Christ, notre espérance dans le Christ ou notre charité dans le Christ. Certes la Mission de France a un souci, rare, de relecture théologique. Son retour de mission est une force spirituelle. Mais cela ne doit pas faire oublier que nos gestes sont conduisent à Dieu. Nous avons l’habitude de dire que nous avons les pieds quelque part, les mains dans le cambouis, le sens de l’histoire… et que tout ne se dit pas en un tweet, un oui, un non, mais dans un compagnonnage et dans des "gestes samaritains". Car lorsque nous entrons dans une mission, « nous ne cherchons pas à faire en sorte que tous deviennent chrétiens, mais que tous puissent bénéficier du mystère du Christ ». Nous cherchons à ce qu’il soit possible que tous puissent bénéficier du service du Christ, de l’amour du Christ pour le monde.

         Cher Benoît, tu t’es présenté devant moi pour me « faire part de ton désir d’engager ta vie à la suite du Christ ». Tu as dit ta disponibilité pour un envoi. Tu as exprimé tes remerciements envers tous ceux qui t’ont accompagné, et que je salue aussi. Tu as appris une posture de « disciple-missionnaire ». Tu allies vocation et mission. Tu cherches avec d’autres « la pertinence de la foi pour aujourd'hui ». Tu m’as dit que « ce ministère diaconal est premier. Pas premier dans le temps mais dans l’importance car il ordonne tous les autres ministères à cette figure fondamentale du Christ », de Celui qui est au milieu de nous comme Celui qui sert. Enfin, tu as compris l’importance de l’équipe « qui permet de discerner la trace de l’Esprit », tout en étant « ancré dans une communauté chrétienne locale ». Alors, aujourd'hui, je ne te promets pas une vie facile… mais un beau chemin de vie. »

 

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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 22:23
Ordination de diacre de Benoit BLIN à l'Abbatiale de Pontigny (Yonne)

Nous avons accompagné Benoit (34 ans) durant 3 années avec l'équipe Mission de France d'Evreux et nous étions 4 membres de l'équipe ce samedi pour vivre avec lui ce moment unique de son ordination de diacre par Hervé GIRAUD, évêque de la Mission de France et archevêque de Sens et d'Auxerre. Benoit - le schti - est envoyé dans l'équipe Mission de France à Sainte Marthe dans les quartiers Nord de Marseille !

Voici une définition de la Mission :

« Le but de la mission, ce n'est pas l’embrigadement dans nos églises, dans nos groupes, dans nos pratiques (ou bien la mission n’est qu’une forme nouvelle de colonisation et je ne vois là aucune Bonne Nouvelle). Le but n'est pas d'être plus nombreux que les évangélistes ou Les bouddhistes. La mission s'enracine dans L’amour et elle doit se dépouiller de toute volonté de puissance. Aux foules qui le suivent Jésus dit avec sévérité : « vous me suivez parce que je vous ai donné à manger » mais devant la conversion de Zachée, il rend grâce : « Aujourd'hui la lumière est entrée dans cette maison », c'est cela qui réjouit Jésus, c'est cela qui doit nous réjouir : quand la vie, la lumière, la liberté, la joie entrent dans une maison. Dis-moi ce qui te réjouit et je te dirai quel missionnaire tu es !

J'ai toujours trouvé risible cette expression, « Le missionnaire est celui qui porte Dieu aux autres » comme si Dieu, n’y était pas déjà chez les autres, y compris chez ceux qui ne croient pas en Lui. « L'Esprit souffle où il veut ». La mission, c'est plutôt cette injonction, de la part de Dieu : « va voir là-bas si j'y suis ! » et nous découvrons qu'effectivement il y est ! J'aime cette « définition » de la vocation de la Mission de France : révéler à l'église le visage de Dieu que nous révèlent ceux à qui nous sommes envoyés (y compris de ceux, qui ne croient pas.) »

Extrait de l'article de Serge BAQUÉ, prêtre de la Mission de France en Guyane, dans la Lettre aux communautés n°289, mars-avril 2017, p. 8

Hervé GIRAUD, Arnaud FAVART, vicaire général et Yves PATENOTRE (ancien évêque de la Mission de France)

Hervé GIRAUD, Arnaud FAVART, vicaire général et Yves PATENOTRE (ancien évêque de la Mission de France)

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 19:14
La Mission de France recherche un animateur salarié en CDI pour son "Service Jeunes"

La Mission de France recherche un animateur salarié en CDI pour son "Service Jeunes"

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 19:34
LA MISSION DE FRANCE EN 2017 – RELECTURE ET PERSPECTIVES par Hervé GIRAUD, Prélat de la Mission de France

Présenté par Mgr Hervé GIRAUD, Archevêque de Sens-Auxerre, Prélat de la Mission de France lors de la Conférence des Evêques de France à Lourdes mardi 28 mars 2017

« Dieu a envoyé son Fils dans le monde (…) pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3,17)

Introduction

L’histoire de la Mission de France s’écrit au fil des envois, des intuitions, des joies, des crises et des approfondissements. De nombreuses dates jalonnent ce parcours original, assez unique dans l’Église de France comme dans l’Église universelle. Quelques mois avant sa prochaine Assemblée générale (juillet 2017), il m’a paru important de faire un point sur la Prélature et la Communauté Mission de France. Peu de gens, peu de catholiques, voire peu d’évêques, connaissent vraiment la Mission de France et ce qu’elle est devenue. Un des Documents Épiscopat de 2014 en avait proposé un bilan. Ces quelques pages le résument, l’actualisent et le prolongent. L’initiative de créer la Mission de France étant venue de l’épiscopat, l’aspect apostolique demande d’être sans cesse remis au cœur de cette « invention missionnaire » voulue par le cardinal Emmanuel Suhard.

Histoire

Dès les années 1930, et plus particulièrement durant la Deuxième Guerre mondiale avec les prisonniers de guerre et le STO en Allemagne, l’Église prend conscience de la sécularisation de la société occidentale, de la déchristianisation des milieux ouvriers, de la désertification sacerdotale dans le monde rural en France, d’une grande différence du nombre de prêtres d’un diocèse à l’autre. Le cardinal Suhard, archevêque de Paris, établit alors un constat et une proposition pour la Mission en France : « Il y a un mur qui sépare l’Église de la masse. Ce mur il faut l’abattre pour rendre au Christ les foules qui l’ont perdu. (…) La Mission de France doit commencer par un Séminaire. (…) Les prêtres de la Mission de France seront sous la dépendance directe de l’évêque, dans chacun des diocèses où ils seront envoyés. » Sous son impulsion, le 24 juillet 1941, la Mission de France (consociato cleri saecularis) est fondée par l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques. « La Mission de France n’aura pas de limites tracées d’avance ». Les prêtres devront être des hommes de la mission par le dialogue. Le Séminaire est créé le 5 octobre 1942. Les prêtres formés relèveront du clergé diocésain avec un esprit plus missionnaire que pastoral. Le contexte est celui de l’Action catholique, de l’engagement des laïcs dans la mission. C’est aussi l’époque de Témoignage Chrétien, des Frères Missionnaires des campagnes, de Madeleine Delbrêl, du Père Voillaume, de Frère Roger de Taizé, des Fils de la Charité, de Jacques Loew, de l’Abbé Godin, du Chanoine Boulard…etc. La Mission de France doit alors porter l’évangile au cœur d’une relation avec ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne. Elle est mise sous le patronage missionnaire de sainte Thérèse de Lisieux (nuit de la foi), puis de Charles de Foucauld (présence enfouie, frère universel). Dès le départ, des femmes proches de la spiritualité de Madeleine Delbrêl se joignent à ce courant missionnaire (Équipes féminines de la Mission de France, Équipes de Recherche et d’Engagement Missionnaire).

Le 1er mars 1954, Rome met fin à l’expérience des prêtres-ouvriers travaillant à temps plein. Mais, le 15 août 1954, Pie XII signe la Constitution apostolique Omnium ecclesiarum sollicitudo et crée, non pas un diocèse, mais une prélature territoriale nullius (ne relevant d’aucun diocèse), ayant donc son propre territoire et son prélat ordinaire. Ce territoire est celui de Pontigny, près d’Auxerre ; son abbatiale cistercienne en devient la cathédrale ; la Mission de France est aussi désignée comme la prélature territoriale de la Mission de France ou de Pontigny. Elle compte déjà 50 équipes dont trois en Algérie et Tunisie. L’Assemblée générale de septembre 1955 regroupe 200 prêtres. Une Loi propre est approuvée le 19 novembre 1955 et promulguée par le cardinal Achille Liénart. De jeunes « apôtres », sensibles à ce monde d’incroyance et soucieux du dialogue et de la rencontre, se mettent résolument au service du monde rural et du milieu ouvrier (dans les usines, les cuisines, les laboratoires). La période est celle de l’enfouissement et de « l’incarnation » (M.-D. Chenu). En 1959, Rome interdit les prêtres-ouvriers… avant d’autoriser leur redémarrage après Vatican II.

En 1969, le conseil de la Mission de France démissionne à la suite de conflits de perspectives idéologiques avec la Mission ouvrière. Le Séminaire est fermé ; il ne rouvrira qu’en 1972 après une nouvelle Assemblée générale. Dès 1976, la dimension internationale s’élargit : Cameroun, Tanzanie, Égypte, Chine…etc. Des équipes spécialisées sont envoyées dans les milieux de la mer, des BTP, parmi les saisonniers (tourisme, agriculture). Le Service Jeunes se développe. En 1986, des équipes ouvertes aux laïcs se créent.

Le 18 juin 1988, les évêques de France votent une nouvelle Loi propre conforme au nouveau code de droit canonique : « La Mission de France a pour but de fournir aux ordinaires qui en manifestent le désir une contribution à l’effort missionnaire dans leur diocèse, en particulier pour faire face à des situations missionnaires auxquelles le clergé local ne peut répondre seul (…) : elle constitue un corps missionnaire spécifique de ministres ordonnés au service de l’annonce de l’Évangile. Elle est un des signes par lesquels l’Église réalise une présence originale dans les milieux sociaux et culturels les plus étrangers à la foi en Jésus Christ. » La Commission épiscopale assiste le prélat dans le gouvernement de la Mission de France, au nom de la Conférence des évêques de France (article 9). L’article 18 précise : « Seuls les ministres ordonnés sont membres de la Mission de France. » L’article 29 ouvre la porte aux « laïcs nommément acceptés par l’évêque du diocèse ». Et c’est ainsi que, le 2 décembre 1989, sous l’impulsion du cardinal Albert Decourtray, une association privée de fidèles, Galilée, est créée. Des laïcs veulent être, avec les prêtres, collaborateurs de l’apostolat confié à la Mission de France. En 1993 a lieu l’ordination du premier diacre marié.

Entre 1996 et 2004, Mgr Georges Gilson donne une nouvelle impulsion à la Mission de France. Après le transfert du Secrétariat général de Fontenay-sous-Bois au Perreux-sur Marne, en 1997, une Ecole pour la Mission est créée en août 1999 afin de former ensemble prêtres, diacres et laïcs. S’ensuit en 2000 la rédaction du Manifeste pour la Mission qui ouvre la voie en 2002 à la naissance de la Communauté Mission de France. Cette « communauté » est ouverte à tous ceux et celles qui se reconnaissent dans ce Manifeste : chaque membre doit « s’engager avec la Mission de France, dans une équipe de la Communauté Mission de France ». Chaque engagé doit participer à la réflexion collective : « la recherche commune ». La Communauté Mission de France est composée d’équipes de mission (prêtres, diacres, laïcs) : une convention doit être signée entre la prélature et chaque diocèse particulier. La lettre de mission met en lumière un envoi. L’équipe de mission engage, pour sa part, le ministère apostolique.

Entre 2004 et 2015, Mgr Yves Patenôtre conduit deux Assemblées générales (2007 et 2012) qui votent des orientations missionnaires dirigées vers les pauvres, l’international, les familles, l’écologie, la coresponsabilité, avec le souci de porter la question de Dieu et celle du salut en Jésus-Christ dans un monde qui n’est plus structuré pour l’entendre.

En 2016, à Lyon, l’Université d’été sur « Corps du Christ pour la multitude » s’attache à clarifier les questions ecclésiologiques liées à la Communauté Mission de France pour mieux préparer une nouvelle Assemblée générale qui aura lieu en juillet 2017. Cette dernière, qui s’appuiera sur quinze Assemblées régionales, cherchera à proposer, dans un esprit de collaboration avec les évêques et sous leur impulsion attendue, des champs et des défis missionnaires, ainsi que des appels.

État des lieux

La Mission de France est présente dans 60 diocèses de France, et principalement dans trois autres pays : Algérie, Maroc et Chine. La Prélature dénombre 116 prêtres et 17 diacres incardinés. Seize prêtres exercent une activité professionnelle : facteur, maçon, agriculteur, éducateur, enseignant, chercheurs, aide à la personne…etc.

La Communauté Mission de France regroupe 90 équipes, 622 engagés ; environ 60 prêtres et 24 diacres diocésains participent aux équipes de mission. Elle est présente dans la recherche, dans le journalisme, dans l’éducation nationale, dans le monde portuaire, dans le monde de la santé…etc. La Mission de France ne crée pas d’« œuvres » mais elle s’engage avec d’autres, ouvriers, migrants ou précaires, en participant à ce qui se vit déjà. La Prélature est aussi sollicitée pour des aumôneries nationales (MRJC, CMR, SGDF, Secours catholique, Prisons, Police et Humanisme, relations avec les musulmans…etc.).

Le Séminaire accueille 6 séminaristes qui vivent soit un premier temps de formation en alternance (travail, vie d’équipe, cours), soit, après l’arrêt de leur travail professionnel, une vie en communauté à Ivry-sur-Seine (terre de Madeleine Delbrêl) tout en prenant des cours dans les facultés de théologie parisiennes.

La Mission de France a aussi développé des Réseaux où la réflexion théologique est déterminée par le terrain sociologique : santé, migrations, justice, « science et foi », divorcés- remariés…etc.

Un « Pôle jeune » coordonne une plateforme de dialogue avec le Service Jeunes, les Jeunes Professionnels, une « Association Mission de France Jeunes » et le Service des vocations. Pour des sessions ou les JMJ, ce Pôle promeut des partenariats avec la JOC, les SGDF, le MRJC ou Fondacio.

Originalité de la posture « Mission de France »

La Mission de France est connue pour sa culture missionnaire singulière, notamment pour le service des Églises locales. La priorité n’est pas d’abord le service des communautés déjà rassemblées ou des mouvements, mais le service de ceux qui sont loin de l’Église ou ceux dont l’Église est loin. Cette singularité est caractérisée par trois objectifs décrits dans le Manifeste pour la Mission : « travailler à la justesse de l’attitude chrétienne, vivre en Église aux lieux de la rencontre et du dialogue, interpréter la foi chrétienne pour aujourd’hui ».

Il n’est pas anodin que le premier objectif soit la « justesse de l’attitude chrétienne » : elle se manifeste dans une manière d’être présent dans les milieux de travail et dans la vie ordinaire. Les membres de la Mission de France « vivent, travaillent, prient et célèbrent la foi au milieu de réalités où le mur symbolique de séparation tient toujours, parfois bien loin de l’Église rassemblée. » La Mission de France risque une parole de foi, la Parole de Dieu, à partir des paroles de vie reçues des autres. D’où sa pratique de la relecture et du retour de mission. Quelques attitudes évangéliques sont privilégiées : la rencontre, le dialogue, la présence fidèle, la réciprocité, l’écoute, l’altérité, la gratuité, la prière ordinaire, la fraternité universelle (l’autre est toujours perçu, d’abord, comme un frère). Celles-ci peuvent paraître communes mais l’analyse des pratiques réelles vérifie qu’elles sont vraiment vécues à la Mission de France. Elle a la passion de vivre l’Évangile dans la même proximité que Jésus a vécue avec les gens de son temps.

Le deuxième objectif consiste à « vivre en Église aux lieux de la rencontre et du dialogue ». La Mission de France porte la question de la foi en Jésus-Christ de l’intérieur même de son rapport au monde. Elle a une manière de vivre la foi là où on ne l’attend pas, en étant non seulement consciente que l’Esprit nous précède et travaille déjà en ce monde, mais que les autres peuvent nous révéler quelque chose du mystère de Dieu. Elle est loin de tout repli identitaire. Il s’agit de porter « un ministère d’inquiétude missionnaire », de « donner le signe qu’il manquera toujours quelqu’un à la table eucharistique pour partager la faim du vrai pain et la soif du bon vin des noces », pour reprendre des expressions de Mgr Pontier.

Le troisième objectif, « interpréter la foi chrétienne pour aujourd’hui », puise son originalité dans une réelle mise en œuvre collective d’une relecture théologique de la mission vécue. Les « retours de mission » favorisent une réflexion inductive, nourrie par les Écritures et la Tradition. La Mission de France pratique la théologie d’une manière particulière : l’endroit où on est enraciné est notre lieu théologique. Pour penser l’avenir, alors que nos outils théologiques peinent à analyser la complexité imprévisible du monde actuel, la Mission de France met en œuvre des Universités d’été qui manifestent l’importance de la « recherche commune » : il s’agit bien de comprendre ce que l’Esprit dit à l’Église pour notre temps.

Évolutions de la Mission de France

La Mission de France est née d’une volonté épiscopale. Elle n’est ni un diocèse de plus, ni une Église parallèle, ni une Église alternative offerte aux déçus d’un évêque ou d’un curé. Elle n’est pas un mouvement de plus. Elle n’est ni le Secours catholique, ni le Prado, ni un institut religieux, ni une association publique de fidèles, ni une communauté charismatique, ni une association d’inspiration chrétienne comme ATD Quart Monde, ni une association mixte comme Coexister. Elle n’est pas d’abord et directement au service des pauvres, des migrants, des précaires, mais elle relaie la question de Dieu et du salut en Jésus-Christ en s’associant avec des lointains, à partir des sans voix, des pauvres…

Les prêtres ont approfondi une conscience missionnaire par une présence au monde, par un travail au milieu de gens très différents, par un regard au-delà des frontières, vers « les plus étrangers », en acceptant de se mettre en insécurité. Les prêtres ne sont pas envoyés pour « combler des trous » dans des déserts ruraux : ils vont vers des lieux missionnaires. Autrefois très nombreux dans le travail professionnel, ils n’y sont plus actuellement qu’une vingtaine. Avec de nouvelles générations de prêtres et de séminaristes, les perspectives sont en train de changer. Tout en restant dans le registre de la gratuité, les prêtres deviennent une force de pointe et non une force d’appoint. Ils engagent l’Église et sa recherche spirituelle. La Mission de France développe de belles figures de prêtres : ils essaient d’être apôtres autant que pasteurs, sans qu’il soit effectivement besoin de les opposer ! Depuis la création de la Communauté Mission de France, en 2002, treize prêtres ont été ordonnés.

Mais la grande évolution post-conciliaire de la Mission de France est celle du passage de clercs diocésains missionnaires à des équipes de mission. On est passé d’un « corps missionnaire spécifique de ministres ordonnés » à une « Communauté Mission de France » (2002) et donc un « corps différencié ». En créant ainsi une « Communauté » – appellation qui ne fait toujours pas aujourd’hui l’unanimité – la structure du signe a été modifiée. La question ne porte pas sur le statut des fidèles ou sur le rapport prêtres/laïcs mais sur le positionnement missionnaire, sur le fait d’être envoyés, engagés pour participer ensemble à l’apostolat. La Mission de France ne cherche pas d’abord à illustrer la réciprocité hommes/femmes ou clercs/non-clercs, mais la participation originale des « équipes de mission » au ministère apostolique de l’Église. Ce ne sont plus les prêtres qui disent seuls l’apostolicité mais des équipes de mission : elles « engagent » le ministère apostolique de la Prélature. La Mission de France veut signifier que l’Église est non seulement « une, sainte, catholique » mais aussi « apostolique ». Elle porte l’apostolicité non seulement parce qu’elle est reliée aux successeurs des apôtres mais aussi parce que tout « disciple missionnaire » doit vivre en se sachant envoyé, à l’image de Jésus, l’unique Envoyé du Père : « Au cœur de la Communauté Mission de France, les équipes de mission et les incardinés à la Mission de France portent de façon spécifique la responsabilité apostolique confiée à la Mission de France. » (Extrait du Manifeste de la Mission de France). La Mission de France, qui allie de manière originale un envoi hiérarchique et une culture participative – par les Assemblées générales et diverses consultations – rappelle qu’un chrétien doit effectivement devenir « disciple missionnaire », mais qu’il n’est pas à son compte, que tout ne vient pas de la base ou d’un vote démocratique, que chacun est envoyé par l’Esprit. La question fondamentale est donc celle de l’apostolicité. En ce sens, elle interroge les évêques. Les lettres de mission données aux équipes de mission et la convention – toutes deux signées par le prélat et l’évêque diocésain – manifestent cette originalité apostolique. En lien avec des évêques diocésains, le prélat de la Mission de France envoie liturgiquement des ministres et des équipes de mission qui s’engagent avec un monde qui ne les attend pas forcément et qui partagent leur foi auprès des non-croyants. La Prélature Mission de France est donc devenue, de fait sinon de droit, la Communauté Mission de France, Église particulière, « laboratoire », Église singulière gardant une inquiétude missionnaire.

Quelques questions aux évêques avant l’Assemblée générale 2017

La prochaine Assemblée générale de la Mission de France aura donc lieu du 13 au 16 juillet 2017, près d’Angers. Elle sera l’occasion de réaffirmer que la Communauté Mission de France est envoyée par la Conférence des évêques, avec une responsabilité apostolique dans le sens initié par Vatican II : « Les laïcs peuvent, de diverses manières, être appelés à coopérer plus immédiatement avec l’apostolat de la hiérarchie… » (LG 33). Les champs missionnaires pour témoigner du Christ sont nombreux : monde du travail, familles, jeunesse, éducation, précarités, quartiers populaires, migrations, civilisation numérique, sauvegarde de la création, culture, quêtes spirituelles ou d’espérance… Mais il ne s’agit pas tant de désigner des champs missionnaires que des défis apostoliques, et surtout de faire sentir ce souffle originel et spirituel. Si nous souhaitons que demeure l’intuition première, il ne suffira pas de dire : « Nous vous faisons confiance. Allez vers les périphéries existentielles. » ! Il faut que nous le signifions pour que tous perçoivent que l’esprit apostolique est structurant de la Mission de France.

La question des ministères demeure une forte préoccupation dans l’Église en France (ministres de la Parole, « ministère des femmes » …etc.). La Communauté Mission de France est convaincue que les prêtres sont nécessaires, qu’elle n’existe pas sans un appel constant au ministère de prêtres et que des ministres au travail sont eux aussi nécessaires. Si nous voulons continuer à donner une impulsion apostolique, pouvons-nous exprimer ce qu’apporte la Communauté Mission de France à l’Église ? Ce que nous attendons d’elle ? Où est-elle d’abord attendue ? Comment conjuguer besoins diocésains et transversalité ? Quels accents mettriez-vous pour sa mission : présence « hors les murs », intelligence de la foi, souffle évangélique, culture de l’appel… ?

Vos réponses sont très attendues par la Prélature et la Communauté Mission de France.

Mgr Hervé GIRAUD, Archevêque de Sens-Auxerre, Prélat de la Mission de France

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 09:00
Invitation à la journée "Portes Ouvertes" de la Mission de France Région Normandie

Pour vous inscrire :

Cliquer ici

(organisation de covoiturage pour les personnes qui en feront la demande avec celles qui se proposeront)

Possibilité de parkings autour de la maison diocésaine

Libre participation aux frais

Prévoir son pique-nique

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 22:24
Prêtre et… manutentionnaire chez Carrefour

La Mission ouvrière nationale, qui fête ces 60 ans ce 14 mars, forme et accompagne des prêtres qui troquent le col romain pour le bleu de travail.

Lorsqu’il a postulé pour un emploi de manutentionnaire dans la grande distribution, le père Bruno Régis a dû nettoyer son Curriculum Vitae. Ancien professeur, passionné de musique et jeune prêtre, il n’a pas fait mention de sa vocation peu commune. La théologie n’était pas une des compétences requises pour travailler dans les entrepôts des supermarchés. Pourtant, c’est là qu’il a choisi de travailler, et trouve, avec ses collègues, un lieu de rencontres et d’accomplissement de sa vocation.

Envoyé en mission

Avant d’être envoyé en mission dans la grande distribution, à la demande de son évêque, Bruno Régis était instituteur. La découverte de la Mission de France le conduit à entrer au séminaire tout en menant son travail dans une école.

« Au bout de deux ans, la Mission de France nous demande de choisir entre reprendre notre ancienne activité ou reprendre notre emploi ». Bruno Régis choisit de démissionner et s’interroge sur son emploi. Dans la musique, sa passion ? Voire dans l’éducation, ce qui aurait été cohérent avec son parcours… Mais l’expression de « prêtre ouvrier » le frappe : « Cela a résonné en moi », se souvient-il.

Trouver un job

Il est envoyé à Nîmes, dans une HLM : « Je voulais me soumettre à la réalité. Avec un autre prêtre, nous avions la mission de vivre au milieu de la société ». Il connaît donc le parcours des travailleurs, le passage par une agence d’intérim, pour un premier job, puis les tracas du quotidien. En intérim chez Auchan, il passe en CDD, à la demande de la direction qui lui fait miroiter un CDI. Mais au dernier jour de son contrat, il apprend que son contrat ne sera pas renouvelé. Les explications sont vagues – « il y a un problème administratif » –il n’est jamais repris. Une collègue, qui est dans la même situation que lui, est une jeune mariée, qui n’avait pas encore d’enfant, et la direction n’a pas voulu « se charger » d’une maman potentielle… Quant à lui, c’est son statut de prêtre qui a manifestement fini par être connu, et qui a fait peur : trop atypique.

Un prêtre manie les palettes

Le père Bruno Régis trouve un nouvel emploi chez Carrefour où il réceptionne les marchandises. Comme dans son travail précédent, son sacerdoce ne demeure pas longtemps méconnu. Il connaît alors toutes sortes de réactions, jamais négatives. « Certains s’en fichent », explique-t-il, « mais les musulmans se montrent respectueux. Ils font attention à ne pas jurer devant moi, et ils reprennent leurs collègues : ne jure pas devant lui ! C’est un homme de Dieu ! »

Mais ceux qui sont le plus étonnés par son engagement sont les chrétiens non-pratiquants. À son contact, certains retrouvent la pratique religieuse, demandent à faire baptiser leurs enfants, voire fréquentent la paroisse. De nombreux collègues qui viennent d’Outre-Mer, d’Amérique latine ou d’Afrique le font venir pour qu’il bénisse leur maison. Et parfois, ils engagent des discussions existentielles.

La vertu de patience dans l’arrière-boutique

Bien intégré dans son équipe, on fait appel à lui pour les missions délicates, qui réclament des hommes calmes, ayant le sens de la diplomatie. Dans l’énorme Carrefour où il travaillait, il était de coutume que les camionneurs déchargent eux-mêmes leurs palettes, alors que ce n’était pas prévu par le contrat des chauffeurs, ce qui les faisait râler ! « On recevait 50 camions de livraisons par jour, alors la taille du magasin permettait à la direction d’imposer ses conditions aux prestataires », se souvient le prêtre. L’un des chauffeurs, en particulier, était connu pour s’énerver, et on lui envoyait le père Bruno Régis comme interlocuteur : on savait qu’avec lui, l’affaire ne tournerait pas au vinaigre !

Discussion sur la prière dans l’entrepôt

Un jour, un collègue sur son chariot élévateur s’est arrêté à la hauteur du prêtre, et lui a demandé tout de go : « C’est quoi la prière ? » « On a peu de temps pour rassembler ses mots, assure le prêtre, j’ai répondu que c’était un temps gratuit pour la relation à Dieu et au Christ, où je peux dire les choses qui m’habitent mais surtout écouter… » Un autre de ses interlocuteurs, baptisé mais non pratiquant, a par la suite intégré la paroisse et a fait baptiser ses enfants.

Être l’Église dans le monde

Au-delà de cet aspect d’évangélisation des prêtres ouvriers, le père Bruno Régis voit sa vocation comme un signe de la présence de l’Église dans le monde. « Nous sommes quelques prêtres ouvriers qui manifestent que la Foi a sa place dans le travail. Nous sommes le corps du Christ, là où nous sommes. »

Sylvain Dorient

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 06:00
Vendredi 11 novembre : célébration de l'engagement de Serge Rondreux avec la Mission de France

Les équipes Mission de France de Normandie et le Diocèse d’Evreux vous invitent à participer ou à vous unir par la prière à la célébration de l’engagement de

Serge RONDREUX avec la Communauté Mission de France

Vendredi 11 novembre 2016

10h30 Messe à l’église Notre Dame de Guichainville (27930)

La célébration sera suivie du verre de l’amitié dans les salles paroissiales de Guichainville

Serge, 53 ans, est père de trois filles de 24, 26 et 28 ans. Il est ingénieur, chargé de mission à l’international chez PARKER, société industrielle implantée à Evreux. Il est président de REPART, association qui soutient des entreprises ou chantiers d’insertion comme ECOTRI, ENVIE ou l’Arbre aux Légumes. Il est aussi président bénévole d’ECOTRI qui a employé jusqu’à 50 salariés en insertion avant de perdre le renouvellement du marché du tri sélectif.  Trésorier et actif dans la paroisse Notre Dame du Grand Sud d’Evreux, il est aussi présent dans l’association sportive La Cible d’Evreux, comme compétiteur et bénévole.

Son engagement avec la Communauté Mission de France, au sein de l’équipe d’Evreux qui a pour lettre de mission l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des mondes de la « précarité », est dans le droit fil de son projet d’inscrire sa foi dans le monde professionnel et social.

Le répondant d’équipe de la Communauté Mission de France d’Evreux,

Denis CHAUTARD

« La Mission de France est née en 1941 de l’intuition du cardinal SUHARD : sortir des prêtres de leur sacristie et les envoyer pour être mêlés à l’existence ordinaire des milieux déchristianisés et témoigner de la tendresse manifestée par le Christ pour tous, croyants ou non.

En 1954, le pape lui donne le statut de prélature et une cathédrale, à Pontigny dans l’Yonne.

Aujourd’hui la communauté Mission de France est une institution, signe pour une Eglise plus fraternelle. Son évêque est le père Hervé GIRAUD. Prêtres, diacres et laïcs partagent en équipe leurs rencontres et leurs dialogues à la lumière de l’évangile. Par leur engagement à travailler à la justesse de l’attitude chrétienne, à vivre l’Eglise aux lieux de la rencontre et du dialogue, à exprimer la foi avec les paroles de vie qu’ils reçoivent de tous, ces envoyés participent à la construction d’un monde plus juste, où personne ne doit être laissé au bord du chemin. »

« Malheur à moi si je ne porte pas l’Evangile… » Paul

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 15:29
Introduction au texte des évêques sur la politique par Hervé Giraud, Évêque de la Mission de France

Texte du Père Hervé Giraud, Prélat de la Mission de France en introduction à la publication Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique par le conseil permanent de la Conférence des évêques de France.

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France vient de publier un texte de fond pour « retrouver le sens du politique ». Il s’agit de revenir à la vraie nature du politique pour mieux considérer combien il est essentiel au fonctionnement de la société. Partant du constat de la crise profonde du politique, les évêques invitent à sortir de la sinistrose pour entrer dans une logique d’avenir valorisant la parole et la réflexion comme seules capables de créer les conditions d’un vrai débat. « Les catholiques, citoyens à part entière, ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, la dignité et l’avenir de l’homme » et nous sommes donc invités à élever ce débat… sans le perdre de vue, et sans nous ériger en contre-culture « en dehors du monde, en position de surplomb ».

Le tableau brossé en premier lieu est malheureusement connu : sur fond de grands changements dans le monde et de projet européen en berne se développe un climat d’incertitude, de lassitude, de frustrations, de peurs, de colère, de précarité, d’exclusion. Cette ambiance occulte les initiatives de solidarité qui contribuent à mieux vivre ensemble dans une société plurielle et fracturée. Aussi, les évêques de France invitent à « voir tout ce qui, le plus souvent silencieusement, fait de manière bonne et heureuse la vie de ce pays : le travail bien fait, la disponibilité auprès de ceux qui souffrent, la vie de famille... ».

A partir de ceux qui sont « au bord du monde » (les exclus du système, les chômeurs en fin de droit, les sans domicile fixe et personnes vivant dans la précarité…) le texte cherche à sortir d’une logique de simple assistance, invitant à passer du « faire pour » au « faire avec ». Face à la grande injustice que constitue le chômage, les évêques demandent à chacun de se sentir responsable de l’état du tissu social. Il s’agit de promouvoir une manière d’être ensemble qui fasse sens malgré l’inflation des sentiments d’insécurité et d’injustice : « plus que d’armure, c’est de charpente que nos contemporains ont besoin pour vivre dans le monde d’aujourd’hui. »

Car la politique a privilégié les problèmes de gestion à celui du sens. En voulant redonner un souffle au politique, les évêques apparaissent d’autant plus dans leur responsabilité qu’ils se placent du côté des plus faibles, du temps long et des débats de fond où chacun est responsable de ce que sa parole produit. A une société qui réagit et sur-réagit, l’Église souhaite ainsi proposer sa propre réflexion profondément enracinée dans l’histoire et le sens du prochain.

            Rendre un sens au politique implique également de relancer la parole en société. Il existe de véritables désirs de parole et il est nécessaire de relégitimer la parole, notamment une parole publique qui soit respectueuse de toute opinion contraire. Constatant que « tout ce qui pervertit la parole, le mensonge, les promesses non-tenues ont des conséquences très lourdes », les évêques invitent à privilégier « les espaces de dialogue plus que jamais nécessaires et urgents… » pour « échanger avec d’autres, y compris non-chrétiens, sur les enjeux de notre vie en société par une écoute personnelle et collective des besoins profonds de l’homme ». Il s’agit donc « d’entrer dans un vrai dialogue où on ne cherche pas à prendre le dessus mais à construire ensemble quelque chose d’autre, où personne ne se renie, mais qui conduit forcément à quelque chose de différent des positions du départ. »

Au final, l’enjeu est bien d’inviter à repenser nos modes de vie en société, à inventer de nouvelles manières de vivre : « chacun, à son niveau, est responsable de la vie et de l’avenir de notre société… L’espérance chrétienne n’est pas seulement individuelle, elle est aussi collective. »

 

+ Hervé Giraud, Prélat de la Mission de France et Archevêque de Sens-Auxerre

 

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 17:03
Communiqué de la Mission de France suite aux événements survenus à Saint-Etienne du Rouvray le 26 juillet 2016

Jour après jour la violence meurtrière s'installe dans le paysage national : attaque de masse ou cible symbolique (jeunes, policiers, prêtre…). L’effroyable le dispute à l'ignoble. Nos pensées et nos prières vont d'abord aux victimes et à leurs familles.


Mais comment sortir de la sidération ? Quelle attitude adopter et quelle parole ajuster lorsque le trouble gagne l’ensemble de la société avec de tels événements ? La paix sociale est en danger et le risque de basculer dans des règlements de comptes irrationnels est élevé, surtout en ces temps de grandes frustrations économiques et sociales. Les acteurs économiques et politiques doivent prendre conscience de leur immense responsabilité. Une politique principalement sécuritaire est une réponse insuffisante. Il n’y a pas de paix possible sans justice.

Quant à nous, membres de la Communauté Mission de France, luttons avec nos armes, celle de la coopération, notamment avec tous ceux qui œuvrent déjà pour la justice sociale. N’entrons pas dans le cercle sans fin de la vengeance mais répondons avec les armes de la non-violence et de la main tendue, notamment en œuvrant pour la fraternité dans les quartiers difficiles et les cités délaissées. Puisons dans la sagesse et dans l’Évangile les ressources pour le dialogue, l'estime des autres et l’éducation à la responsabilité.

+ Hervé Giraud, Prélat de la Mission de la Mission de France et Archevêque de Sens-Auxerre
Arnaud Favart, Vicaire général de la Mission de la Mission de France

http://missiondefrance.fr/

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