Homélie du dimanche 7 septembre 2025
31 août 2025Evangile de Luc 14, 25-33
« En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’
Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.
Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Homélie
Nous venons d’entendre des paroles de Jésus qui nous dérangent, nous provoquent, voire nous inquiètent. Voilà qui mérite de s’asseoir et de réfléchir, en demandant le secours de l’Esprit Saint.
D’abord, rassurez-vous, l’évangile ne demande pas de quitter parents et enfants, de les abandonner, mais de les aimer à la manière du Christ, c’est-à-dire de façon non possessive. Rappelez-vous, au moment du baptême le cercle familial s’élargit et les parents viennent présenter leur enfant en disant : « notre enfant entre aujourd’hui dans la grande famille des chrétiens. » Ils disent aussi : « Notre enfant, c’est ton enfant Seigneur ! »
Une famille où personne n’est étranger, frères et sœurs les uns des autres.
Si le Christ est notre trésor, alors nous allons tout faire pour mieux le connaitre, mieux l’aimer et le suivre. Pour mieux comprendre ce que Jésus veut nous dire aujourd’hui, il faut se souvenir que ce passage se situe dans le récit de la marche vers Jérusalem, vers la crucifixion. Là, Jésus va devoir renoncer à tout, accepter de tout perdre. Il nous “préférera” à tout ce que la création peut lui donner ; il nous fera passer avant sa vie même.
Dans l’évangile de ce jour, de grandes foules marchent derrière Jésus dans sa montée vers Jérusalem. Cette foule attendait des signes, des guérisons, de la nourriture miraculeuse. Jésus craint les emballements provisoires, les enthousiasmes émotionnels. Il ne veut pas d’un engagement aveugle. Il n’essaye pas de gonfler les effectifs, d’attirer le plus grand nombre en promettant la facilité. C’est pour cela qu’il nous demande de nous asseoir, nous aussi, pour laisser retentir en nos cœurs sa Parole. La forte parole de Jésus aujourd’hui ne doit pas être isolée. Elle doit en évoquer d’autres. Celle-ci par exemple : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. ». Son message est un message de paix et de bonheur. Mais il ne doit pas être pris à la légère.
Lorsque Paul demande à son ami Philémon d’accueillir Onésime non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé, on voit cette manière toute nouvelle de vivre les réalités humaines. Philémon était un personnage important converti à la foi chrétienne. Il avait un esclave du nom d’Onésime. Un beau jour, Onésime s’est enfui de chez son maître, ce qui était totalement interdit en droit romain. Au cours de son escapade, Onésime a rencontré Paul ; il s’est converti au Christ et s’est mis au service de Paul. Paul renvoie Onésime à son maître, muni d’une lettre de demande de pardon. Mais il lui reste à convaincre Philémon. C’est une véritable conversion qu’il sollicite : désormais, puisqu’Onésime est baptisé, il est un frère pour son ancien maître. Pour finir, Paul va encore plus loin : “Si tu penses être en communion avec moi, accueille-le comme si c’était moi”. Il y a dans cette petite lettre de Paul à Philémon un enseignement très fort sur le baptême : la robe blanche du baptisé est là pour nous rappeler cette transformation intime ; désormais le baptisé n’est pas d’abord noir ou blanc, français ou étranger, patron ou employé, homme ou femme... il est d’abord un frère, un autre membre du Corps du Christ. Cette lettre est l’exemple type de la manière dont les chrétiens des origines pouvaient affronter un problème sociopolitique comme celui de l’esclavage, en prenant en compte à la fois l’évangile du Christ et le contexte social dans lequel ils vivaient.
Aimer Dieu plus que tout, c’est accueillir la nouveauté de l’Évangile pour qu’elle pénètre toute notre vie. Cette aventure passe par la croix. Elle risque de susciter l’incompréhension, la moquerie, parfois la haine. Porter sa croix avec Jésus c’est ouvrir un chemin, une issue, là où tout semble fermé. C’est faire tomber tous les murs qui séparent les hommes.
Et pour reprendre quelques paroles récentes de notre pape François : « Le grand courant de nouveauté et de vie qu’est l’évangile ne doit pas tomber dans le formalisme et l’habitude…une religion de cérémonies et de dévotions, d’ornements. Un christianisme clérical, éteint et endurci... Le pape souhaite une Eglise sans chaines ni murs, dans laquelle chacun peut se sentir accueilli et accompagné, où l’écoute, le dialogue et la participation se cultivent sous la seule autorité de l’Esprit Saint…. Une Eglise qui ne s’attarde pas dans son enceinte sacrée, mais qui se laisse animer par la passion de l’annonce de l’évangile et du désir d’atteindre tout le monde et d’accueillir tout le monde……
Tous participent, personne à la place des autres ni au-dessus des autres. Il n’y a pas de chrétiens de première ou de seconde classe ; Tout le monde a été appelé. C’est ce que signifie une Eglise synodale explique François.
En bref, conclut le pape, « être une Eglise qui promeut la culture du soin, de la caresse, de la compassion et la lutte contre toutes les formes de dégradation, y compris celle de nos villes et des lieux que nous fréquentons, afin que la joie de l’évangile puisse resplendir dans la vie de chacun, c’est notre combat, c’est le défi »
Voilà une belle feuille de route pour vivre cette année nouvelle !
Nous avons tant de choses à vivre ensemble, de mille manières, au plus près du Christ, et des chemins nouveaux à ouvrir ! Bonne rentrée !
Louis Duret
Prêtre du Diocèse de Chambéry
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