Les rencontres de Taizé, antidote aux nationalismes

À Paris, du 28 décembre 2025 au 1er janvier 2026, 15 000 jeunes Européens âgés de 18 à 35 ans ont répondu à l’appel de la communauté religieuse de Taizé, fondée au sortir de la Seconde Guerre mondiale par frère Roger.

Au jeu des sept différences entre les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) et les rencontres européennes de Taizé, il y a, bien sûr, le nombre des jeunes à y assister. Ils étaient un million et demi pour les JMJ qui ont eu lieu à Lisbonne en 2023, les dernières auxquelles a assisté le pape François. Mais, au-delà du comptage, il y a surtout une culture – un patrimoine en quelque sorte – et un esprit différents. À l’œil, cela apparaît vite. Les petits groupes qui déambulent dans les rues de Paris sont discrets. À la demande des frères, ils n’arborent pas de drapeau national. Tout est dit, en somme…

Les jeunes Européens qui ont fait au bout de l’an le déplacement dans la capitale française « ont soif de prières et de paix », selon les mots de frère Matthew, le prieur de Taizé. « Nous avons besoin de reconstruire la grande famille européenne », insiste-t-il. La 48e édition des rencontres européennes qui ont inspiré à Jean Paul II, dans les années 1980, la création des JMJ a été particulièrement marquée par la présence de 1 200 jeunes Ukrainiens, venus de Lviv, Kiev, Odessa ou encore Kharkiv. La communauté de Taizé, qui a contribué à la réconciliation franco-allemande et qui fut un point de ralliement important pour les jeunes chrétiens des pays de l’Est pendant la période soviétique, a des liens forts avec l’Ukraine, où frère Matthew est allé passer Noël.

Âgée de vingt ans, Sofia, étudiante de Lviv, ville située dans l’ouest de l’Ukraine, encadrait à Paris la troupe de théâtre d’étudiants de son université catholique, venue présenter dans une paroisse parisienne une adaptation contemporaine des mystères de Noël. « Ce que nous voulons, c’est montrer l’absurdité de la guerre. Elle tue des jeunes, détruit des familles. Pour mener à quoi ? » Selon la jeune étudiante, « la paix viendra mais pas dans l’immédiat ». À l’église Saint-Sulpice, chaque midi, une chorale ukrainienne animait la prière. La journée des « pèlerins », qui étaient accueillis dans des familles, était rythmée par trois temps spirituels et des ateliers débats. Avec deux moments forts, les deux soirées du 30 et 31 décembre à l’Accor Arena de Bercy, dont la location (400 000 euros) a été réglée par les huit diocèses franciliens. Fidèle de Taizé, l’archevêque de Paris, Laurent Ulrich, a beaucoup œuvré pour que ces rencontres aient lieu en France.

L’aura de Taizé et la permanence de son attrait auprès des jeunes reposent essentiellement sur cette liturgie simple, propice à la quête d’intériorité des nouvelles générations. Ces rencontres européennes sont aussi une sorte d’antidote à la montée des identitarismes. « Taizé, c’est l’apprentissage des différences », plaide Ludovic, un bénévole du diocèse de Pontoise.

Ces rencontres européennes dans la capitale française signent un début de renaissance. Dans les années 1990, la manifestation avait connu un immense succès. Quelque 100 000 jeunes avaient participé à l’édition de 1994 à Paris. « C’était juste après la chute du Mur », pointe l’un des frères. À cette époque, 30 000 jeunes Polonais avaient fait le déplacement, une grande partie d’entre eux sans doute plus motivés par des raisons touristiques que spirituelles. L’édition 2025-2026 a vu le retour de contingents plus fournis, notamment en provenance d’Italie (environ 2 000 jeunes) et de Pologne.

C’est dans ce dernier pays qu’auront d’ailleurs lieu les prochaines rencontres européennes de Taizé, à Łódź. Une figure de l’Église polonaise a pesé sur ce choix. Il s’agit du cardinal Grzegorz Ryś, l’ancien archevêque de cette ville de l’ouest du pays, qui vient d’être muté à Cracovie. « C’était mon rêve d’accueillir Taizé à Łódź », a-t-il déclaré lors de son passage à Paris pendant les rencontres. Rare figure progressiste de l’épiscopat polonais, promu cardinal en 2023 par le prédécesseur de Léon XIV, Ryś est très investi dans le dialogue œcuménique et interreligieux et partage les axes fondamentaux de Taizé.

Le choix de la Pologne est également marqué par l’investissement de la communauté de Taizé en faveur de la paix. Aux avant-postes de la guerre russo-ukrainienne, le pays compte plus de 500 kilomètres de frontière commune avec l’Ukraine. La communauté promet ainsi d’organiser à Kiev, dès que la paix reviendra, un grand rassemblement de jeunes Européens.

Bernadette Sauvaget

Témoignage Chrétien

Photo Photo www.taize.fr

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