Père Joseph Wresinski (1917 -1988)

Père Joseph Wresinski (1917 -1988)

Né à Angers en 1917 dans une famille très pauvre d’origine immigrée, le prêtre Joseph Wresinski consacra sa vie à la lutte contre la misère et à la défense de la dignité des plus exclus. Fondateur du mouvement ATD Quart Monde et initiateur de la Journée mondiale du refus de la misère, il a profondément marqué l’Église et la société. Retour sur le parcours et l’héritage spirituel de cette figure angevine avec Claude Cosnard, diacre du diocèse du Mans et membre de la Fraternité de la Pierre d’Angle.

L’enfance de Joseph Wresinski se déroule dans le quartier de la Doutre, à Angers, dans des conditions très précaires. Sa famille d’origine polonaise et espagnole vit dans une grande pauvreté.

« Il avait quatre ans quand il devait déjà s’occuper d’une chèvre qui permettait de nourrir la famille », raconte Claude Cosnard. « Ils vivaient dans des maisons abandonnées, dans un quartier très pauvre qui n’avait rien à voir avec la Doutre d’aujourd’hui ».

Très tôt confronté aux difficultés matérielles et aux humiliations liées à la misère, Joseph Wresinski restera marqué toute sa vie par cette expérience.

Une vocation enracinée dans l’Évangile

Sa vocation sacerdotale se révèle progressivement au contact de l’Église. Enfant, il fréquente les sœurs du Bon Pasteur à Angers et commence à servir la messe dans leur chapelle.

« C’est avec les sœurs du Bon Pasteur qu’il a commencé à rencontrer la présence du Christ », explique Claude Cosnard. « Il se levait très tôt pour aller servir la messe. En échange, on lui donnait un petit déjeuner et quelques pièces qui permettaient d’aider sa famille. »

Plus tard, sa rencontre avec la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) confirme son désir de devenir prêtre.

Pour Claude Cosnard, l’engagement du futur fondateur d’ATD Quart Monde ne peut être compris qu’à la lumière de sa foi.

« Tout est né d’une vie partagée, jamais d’une théorie », souligne-t-il. « Il habitait avec les plus pauvres. Sa spiritualité vient de là. »

Pour le prêtre angevin, la lutte contre la misère ne pouvait être séparée de l’Évangile.

« Il n’imaginait pas que l’Église puisse se faire sans les pauvres, parce que tout l’Évangile est fait à partir d’eux », ajoute le diacre.

Le choc du camp de Noisy-le-Grand

En 1957, l’évêque de Soissons lui confie une mission dans le camp de relogement de Noisy-le-Grand, en région parisienne. Dans ces baraquements de fortune vivent alors des familles plongées dans une grande misère.

Joseph Wresinski choisit de partager leur quotidien.

« Quand il arrive au camp, il retrouve ce qu’il a connu dans son enfance : la boue, la précarité, la vie difficile des familles », raconte Claude Cosnard.

C’est dans ce contexte qu’il fonde le mouvement ATD Quart Monde avec les familles du camp. « Il refusait l’assistanat », insiste Claude Cosnard. « Il disait aux gens : “Levez-vous, vous êtes capables de travailler, capables de parler, capables de dire des choses.” Le mouvement n’est pas né de lui seul, mais avec les familles du camp. »

L’appel historique du Trocadéro

Le 17 octobre 1987 marque un moment décisif dans le combat de Joseph Wresinski. Ce jour-là, près de 100 000 personnes se rassemblent sur le parvis des droits de l’homme, au Trocadéro à Paris, pour répondre à son appel contre la misère. Devant la foule, le prêtre prononce des mots qui resteront célèbres : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Cette mobilisation donnera naissance à la Journée mondiale du refus de la misère, célébrée chaque 17 octobre et officiellement reconnue quelques années plus tard par les Nations unies.

Partir des plus pauvres

Au cœur de la pensée de Joseph Wresinski se trouve une conviction simple : les plus pauvres doivent être écoutés et reconnus comme des acteurs à part entière de la société.

« Quand on part des plus pauvres, on est sûr de servir tout le monde », résume Claude Cosnard.

Selon lui, cette intuition concerne aussi l’Église. « Si on veut avancer ensemble, il faut adopter le rythme des plus petits », explique-t-il. « Comme dans une famille qui part en randonnée : on marche au rythme du plus petit pour que tout le monde arrive ensemble. »

Un héritage toujours vivant

Plus de trente ans après sa mort en 1988, la pensée du père Wresinski continue d’inspirer de nombreuses initiatives, notamment au sein de la Fraternité de la Pierre d’Angle, qui rassemble des groupes de partage d’Évangile avec des personnes en situation de pauvreté.

« On part toujours de ce que disent les plus pauvres », explique Claude Cosnard, engagé depuis près de quarante ans dans cette démarche. « C’est à partir de leur parole que l’on peut construire quelque chose pour demain. »

Une cause de béatification du père Wresinski est actuellement à l’étude à Rome.

« Le dossier a été transmis au Vatican et suit son chemin », précise Claude Cosnard. « Mais ce qui compte surtout, c’est de garder de Joseph Wresinski cette simplicité et cette humilité qui mettaient toujours les plus pauvres avant lui. »

Car pour ceux qui poursuivent aujourd’hui son œuvre, l’héritage du prêtre angevin reste avant tout un appel : reconnaître la dignité et la parole des plus pauvres au cœur de la société comme de l’Église.

 

THOMAS CAUCHEBRAIS - RCF Anjou, le 12 mars 2026 

 

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