Ordination diaconale avec la Mission de France, il y a 50 ans , le 3 juillet 1976
03 mai 2026Le Journal de Saône et Loire
Lundi 5 juillet 1976
MACON.
A Mazille, au Carmel de la Paix, Mgr Jean REMOND a ordonné deux diacres de la Mission de France
La Mission de France. Évêque en tête, s'est déplacée pour s'installer quelques jours au Carmel de la Paix, à Mazille.
Créée par le cardinal Suhard, la Mission de France avait ouvert son séminaire à Lisieux et c'est le Père Augros, ancien supérieur du Grand Séminaire d'Autun, qui le dirigeait. Il y a un peu plus d'un an, le Pape nommait le cardinal Marty et le Père Jean Rémond responsables de la Mission de France en une seule charge conjointement exercée. Le Père Jean Rémond est originaire de Charolles.
Lisieux, c'est le Carmel et la spiritualité de la petite sœur Thérèse, patronne des Missions, est plus proche qu’on ne l'imagine parfois des personnes de la Mission de France.
Le choix du conseil de Mazille est ainsi parfaitement élaboré.
• ORDINATION ET ENVOI EN MISSION
Samedi soir, dans la chapelle de l'Ermitage du Carmel de Paix le premier acte et le plus spectaculaire de cette rencontre entre la Mission de France et les Carmélites a été l'ordination de deux diocèses, Denis Chautard e Guy Pasquier, et de l'engagement dans la Mission de France de Benoît Deschamps, Philippe Dupont Dominique Fontaine, Jean-Jacques Kerveillant, Georges Le Gal et Jean-Michel Verstraete. Avec la participation de nombreux prêtres et amis de la mission et des sœurs de l'Ermitage, les rites de l'ordination se sont déroulés avec simplicité, dignité et parfois émotion pendant plus de deux heures sous une chaleur lourde ponctuée des roulements du tonnerre.
Il est toujours émouvant de voir ces jeunes hommes sortir des rangs de la foule à l’appel de leur nom par le Père Rémond, répondre « Me voici ». Il y a des larmes dans les yeux des parents : père, mère, frères et sœur quand le jeune diacre revêtu de son aube blanche, vient donner le baiser de la paix puis la communion sous les deux espèces.
LA DIVERSITE DES DONS
Les deux diacres à qui il a été rappelé que « le ministère est un don que l'on ne revendique pas » (saint Paul).
Ils ont exprimé chacun à leur manière cette diversité des personnes qui est fondamentale du christianisme et de la Mission de France
Denis a insisté sur le don et en particulier celui qui peut faire problème à notre époque, l'engagement au célibat. Il conduit à l'isolement et au racornissement s'il n'est pas vécu dans sa fécondité et sa liberté créatrices. « On ne donne la vie que parce qu'on la reçoit de la communauté qui est l'Eglise ».
Guy a évoqué sa vie dans une usine de huit cents ouvriers qui viennent le faire un mois de grève pour l'amélioration de leurs salaires. L'indiscutable solidarité avec l'Eglise ne doit pas dispenser cette dernière du choc en retour, de l'expression d'une autre culture marquée par l'incroyance et d'une autre conception de la vie marquée par le marxisme. Pour lui, le célibat s'inscrit dans la pauvreté des moyens qu'il entend utiliser et de réponse de Jésus au jeune homme riche : « Va, tout ce que tu as vends-le, et puis viens, suis-moi »
Le Père Rémond a concélébré avec le Père Francis, de l'équipe centrale, et le Père Jean-Marie, de l'équipe de formation. A la fin de I'0ffice il a été annoncé publiquement que Denis Chautard irait rejoindre l'équipe de Grenoble et Guy Pasquier celle de Compiègne. D'autres membres de la mission iront à Fos sur mer, au Mirail, à Gennevilliers ou Vitry.
Dimanche a commencé une session de réflexion sur la vie spirituelle avec échanges, dans ce haut lieu de travail et de méditation que constitue le Carmel de la Paix
J.J. (Jean-Jacques de BOISSIEU ?)
Le Journal de Saône et Loire
Jean Rémond
Mgr Jean Rémond (1922-2009) a été une figure marquante de l'Église de France, particulièrement au sein de la Mission de France, dont il fut l'évêque auxiliaire pendant plus de dix ans. Son parcours illustre l'engagement de l'Église auprès du monde ouvrier au XXe siècle.
Voici les points clés de sa biographie :
Jeunesse et vocation
Naissance : Le 9 juillet 1922 à Charolles (Saône-et-Loire).
Formation : Il entre au séminaire et est ordonné prêtre pour le diocèse d'Autun le 25 mars 1950.
Prêtre-ouvrier : Fidèle à l'esprit de l'époque et à sa fibre sociale, il choisit de devenir prêtre-ouvrier, partageant le quotidien et le travail des salariés en usine.
Épiscopat à la Mission de France
La Mission de France est une structure particulière (une prélature territoriale) destinée à l'évangélisation des milieux éloignés de l'Église, notamment le monde du travail.
Nomination : Le 6 mai 1975, le pape Paul VI le nomme **évêque auxiliaire de la Mission de France** (avec le titre d'évêque titulaire d'Utimma).
Consécration : Il est consacré évêque le 14 juin 1975 par le cardinal François Marty.
Mission : Aux côtés du prélat de la Mission de France (successivement Mgr Roger Etchegaray puis Mgr Albert Decourtray), il joue un rôle moteur dans l'animation des prêtres et laïcs engagés dans les réalités sociales et professionnelles. Il est reconnu pour sa proximité avec le terrain et son souci de la formation des laïcs.
Retraite : En 1987, il demande à être déchargé de ses fonctions pour laisser la place à une génération plus jeune. Sa démission est acceptée le 21 décembre 1987.
Dernières années : Il s'installe ensuite dans le diocèse de Valence en 1988, où il continue de se consacrer à la formation avant de se retirer à la maison de retraite des prêtres à Autun en 1997.
Il meurt le 20 février 2009 à Autun, à l'âge de 86 ans.
D’après Gemini (IA de Google)
Sœur Marie-Thérèse (1928-2016)
Sœur Marie-Thérèse (Maria del Carmen Aragon) est entrée à 19 ans au Carmel de San Sebastian, sa ville natale. Le 6 septembre 1959, elle arrive au Carmel de Chalon sur Saône, rue de la Motte, à l'instigation du Père Hypolite, un Carme basque qui connaît les deux communautés et sait que le Carmel de Chalon cherche du renfort.
Il s'avère assez rapidement que la belle personnalité de la jeune Carmélite trouve un tandem en celle de Sœur Marie-Jeanne, jeune professe de Chalon dotée des qualités d'intelligence et d'équilibre de notre Bourgogne (elle est originaire de Saint Denis de Vaux). A elles deux –elles seront Prieures tour à tour -, elles redonnent un tel souffle à la Communauté que dès 1962 les novices commencent à arriver, jusqu'à constituer bientôt un… bataillon! (La mémoire communautaire parle des «sept dragons»!)
C'est l'époque de Vatican II qui invite les familles religieuses à revisiter leurs fondements. Sœur Marie-Thérèse connaît parfaitement les écrits de Sainte Thérèse d'Avila, elles les commente avec passion, avec l'intuition très juste de leur actualisation nécessaire.
A son école, le «bataillon» s'enflamme et cherche comment incarner le souci d'une vie vraie, l'écoute des appels de notre temps; à allier tout à la fois liberté, rigueur et joie… Comment trouver en particulier dans une étroite clôture des moyens de travail qui permettent de subvenir à nos besoins (l'édition d'images et cartes dont avait vécu jusqu'alors la Communauté s'essouffle). Le déclic va venir de l'extérieur, Monseigneur Le Bourgeois et Frère Roger manifestent l'un et l'autre leur souhait de voir s'implanter un monastère féminin catholique à proximité de Taizé. Quand le Père Le Bourgeois émet l'idée que le Carmel de Chalon, plus central au diocèse que son grand évêché d'Autun, pourrait lui servir de pied à terre… qu'Anne de la Moussaye, de son côté, propose sa ferme de Chaumont… une piste providentielle s'ouvre que la Communauté mûrit… démocratiquement. Ce n'est que lorsque la doyenne, accompagnée sur les lieux par Mère Marie-Thérèse, aura tapé d'un coup de canne approbateur le sol de la colline de Chaumont, que le mouvement s'enclenchera.
Commencent alors des années d'intense mobilisation, au cours desquelles Mère Marie-Thérèse aidée de Mère Marie-Jeanne, donnent le meilleur de leurs forces –jusqu'à leur santé. (Mère Marie-Jeanne va nous quitter brutalement en Novembre 1975 victime d'une crise cardiaque.) Jose Luis Sert, architecte espagnol, a été retenu, André Malraux alors Ministre de la Culture a signé le permis de construire, et les entreprises se succèdent pour un chantier mené à pas de course, non sans maintes péripéties (Voir à ce sujet le livret écrit par Thomas Héritier du CAUE de Saône et Loire).
Les sœurs viennent travailler sur le chantier en camionnette bâchée (elles sont en bure !) depuis Chalon, et Mère Marie-Thérèse mène le jeu des discussions avec les différents corps de métier, car Sert est alors aux Etats-Unis ! Années mémorables qui malgré l'intensité de travail et la précarité des moyens, laissent un goût inoubliable de re-fondation. L'inauguration a lieu le 17 Octobre 1971, en présence de nombreux officiels (Ph. Malaud, Dr Pleindoux, J. Martinot…). Le caractère œcuménique de l'implantation marqué par la présence de Frère Roger, et de Mgr Emilianos, représentant du Patriarche Athénagoras à Genève. D'abord un peu méfiante devant les blocs de béton brut et un peloton de femmes s'improvisant agricultrices…, la population locale nous accueille avec générosité, et l'entraide est là, qui nous offre la joie de solides amitiés durables.
Avec le décès de Mère Marie-Jeanne, Mère Marie-Thérèse doit reprendre la charge pour de longues années et pourvoir à la gouvernance d'une communauté nombreuse et jeune –chaque année, ou presque, une nouvelle sœur entre au Carmel. Elle le fera avec sa grande intelligence, son grand cœur aussi. Elle a le don des relations, s'attire de nombreuses sympathies par son ouverture d'esprit, sa fine sensibilité, son humour et ce lumineux sourire qui «booste» l'espérance au travers de toutes les difficultés ! Par contre, quand l'orage gronde, les yeux noirs peuvent darder des éclairs qui liquéfient, et elle sait tenir la barre d'une main inflexible !
Très vite, l'Accueil ouvre largement nos portes, groupes de jeunes, adultes, croyants ou non croyants, Français, Allemands, Suisses, Catholiques ou Réformés, amis Juifs ou Musulmans… L'horizon de la colline lui doit beaucoup de son ouverture et de son dynamisme. Mais elle serait la première à minimiser: «Même la meilleure Prieure ne peut rien dans une mauvaise Communauté»!
Et c'est vrai que sa seule «preuve», le seul titre de gloire dont elle se réclamait, était la Communauté, à laquelle elle donnait toutes ses forces, nous appelant toujours à la simplicité, au courage, à une vie fraternelle forte. La liturgie bénéficie de son sens théologique et esthétique sûr, elle nous pousse à chercher une expression de la prière qui traduise notre foi en langage accessible, le plus juste possible. Par ses qualités de musicienne elle nous aidera puissamment à l'exigence d'un chant choral à la fois digne et dépouillé de prétention. Les dernières années de sa vie vont être marquées par une maladie d'Alzheimer qui nous la «dérobe», dans le mystère de cette déperdition de certaines facultés, et tout à la fois nous la «rende» en ce qu'elle avait de plus intime et profond: sa grande capacité d'amour et de bonté, son intuition des êtres et des situations, son exquise politesse aussi, qui se déploiera jusqu'au bout, par exemple dès qu'un invité à la Communauté est là… Et toujours sa joie, redevenue enfantine, libérée, et qui la fait danser au milieu de nous avec bonheur… encore ce soir de Pâques, quelques jours avant de nous quitter. Une infection l'emporte très rapidement et elle s'envole au ciel le 9 Avril 2016, après que nous ayons, toutes, pu l'entourer, lui redire notre amour et notre gratitude à travers nos larmes. Nous savons que sa fidélité nous accompagnera encore, avec la grâce de Dieu !
Sœurs Carmélites de Mazille
Soeur Marie-Thérèse et Mazille
Bien que de nature plus citadine, Mère Marie-Thérèse s'était d'emblée prise d'affection pour Mazille, ses habitants, ses paysages, son histoire (Anne de la Moussaye y a sûrement contribué). Elle avait opté pour une petite exploitation agricole qui puisse nous mettre en solidarité avec la vie de nos voisins et entrepris avec passion le défrichage et dépierrage de cette colline, petit écrin de verdure. Elle souhaitait qu'à notre mesure, nous sachions rendre service et était dans l'émerveillement et la gratitude pour toute aide ou moindre conseil reçu. Combien de fois a-t-elle pris la voiture pour se rendre chez l'un ou l'autre dans l'épreuve de la maladie ou le deuil. Elle avait souhaité ardemment que les habitants de la région puissent continuer à se rendre le 15 Août en pèlerinage à Notre Dame de Chaumont et le portail du monastère chaque année reste ouvert toute la journée, à cette date. Sachant que Madame Barraud avait l'habitude de monter prier Notre Dame, et qu'avec nos clôtures cela devenait compliqué, elle nous avait fait aménager une petite barrière tout exprès pour cette maman âgée pour laquelle elle avait beaucoup d'estime et d'affection.
Vivre à Mazille n°121 septembre 2016 pages 86-87
Lien à la Source
Témoignage de Denis lors de son ordination diaconale le 3 juillet 1976
Le choix d’aujourd’hui est un choix où l’on se retrouve seul et « petit garçon en culottes courtes ». Il engage la vérité d’une vie et cette vérité on ne la possède pas. C’est un saut dans l’inconnu. Le bonhomme est fragile : il est fait de pulsions, de peurs et d’insécurité.
Ce choix, en particulier celui du célibat, peut conduire à l’isolement, à un racornissement de l’affectivité, comme il peut provoquer au contraire fécondité et liberté créatrice.
Rien n’est joué au départ : ce choix est un germe qui aura besoin de l’épaisseur du temps, des évènements de la vie pour grandir et donner sa mesure.
Ce choix est abandon. Je ne peux rien prévoir de l’avenir. Je n’ai aucune certitude. La rencontre de Jésus-Christ a ce caractère total : elle veut tout pour elle, tout le bonhomme !
C’est toute la richesse de l’expérience de foi : découvrir que ce que l’on donne, c’est aussi ce que l’on reçoit et on le reçoit parce qu’on le donne.
On donne sa vie, on donne la vie parce qu’on la reçoit.
La vie, je la reçois aujourd’hui en Eglise, dans une Eglise faite de visages ici présents, d’hommes et de femmes en chair et en os :
- Ce sont ces amis incroyants qui m’ont appris le respect et qui sont pour moi l’espérance d’une conversion toujours à faire de l’Eglise.
- Ce sont des groupes de chrétiens avec lesquels j’ai cheminé, ce sont mes parents, frères, sœur et amis qui sont les visages du Christ vivant.
- Ce sont les prêtres de la Mission de France dont j’ai pu découvrir un peu la fidélité et la vitalité spirituelle dans les situations où ils sont quotidiennement enfouis, dans une histoire où leur foi a été mise à rude épreuve. Même si quelques-uns sont essoufflés, le témoignage de leur foi ne peut laisser indifférent.
- Ce sont les copains des groupes de formation qui travaillent – avec les ratés et les difficultés que cela représente – à la recherche de nouveaux visages du ministère dans l’Eglise.
- C’est le groupe des jeunes de la Mission de France où nous avons grandi ensemble cette année en maturité et en apprentissage de la liberté des choix. Le témoignage des copains qui ont choisi la voie du mariage et de ceux qui ont choisi celle de « la disponibilité au ministère » en est pour moi un signe.
Ce choix d’aujourd’hui est un don que je reçois de tous ceux que je viens d’évoquer. C’est un don que nous accueillons en Eglise.
Mais il ne faudrait pas s’y tromper : cette réunion n’est pas une remise de décorations ou bien une distribution des prix. Christ nous rassemble pour nous mettre face à la tâche de l’Eglise aujourd’hui.
La charge d’annoncer la Bonne Nouvelle est confiée à tous même si quelques-uns y sont plus spécialement « ordonnés ».
Je crois qu’il nous appartient de vivre aujourd’hui l’actualité de cette intuition qu’a toujours porté – avec d’autres – le groupe de la Mission de France :
- Solidarité et vie partagée avec les pauvres, les exploités,
- Rendre – par notre vie – Jésus-Christ crédible auprès de ceux qui ne le connaissent pas ou le refusent.
Peut-être voici le moment où l’engagement devient prière et la prière engagement.
Denis CHAUTARD
Ordination au diaconat pour la Mission de France
Carmel de la Paix, Mazille
3 juillet 1976
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