Homélie du dimanche 30 août 2026
23 août 2026Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,21-27.
Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.
Homélie
Le vrai Messie d’Israël sera surtout un « agneau immolé »
« Celui que le Monde attend » ne sera pas seulement le Messie d’Israël. Il devra aussi et surtout être un « Agneau sans défaut, immolé pour le salut de tous les hommes ».
Voilà ce que nous enseigne cet épisode et ce à quoi les enfants d’Israël étaient bien loin de pouvoir s’attendre. Même si Jean-Baptiste le leur avait clairement donné à entendre, lorsque - désignant son Cousin au milieu de la foule - il avait fait résonner cette phrase prophétique : « Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui prend sur Lui le péché du monde »[1].
Pour les juifs pieux qui assistaient alors à la scène, le mot « agneau » était à l’évidence fortement connoté. Il ne pouvait pas ne pas évoquer l’idée d‘un sacrifice, et d’un de ces sacrifices sanglants que les prêtres d’Israël avaient coutume de pratiquer sur les autels et dans le Temple de Jérusalem. Mais à l’époque, personne dans la foule qui se pressait à Betharaba[2] n’avait compris cette allusion pourtant limpide, et c’est dans un désert d’incompréhension que les paroles du Précurseur avaient retenti.
L’attente d’un Messie triomphant
Tous ces fidèles descendants d’Abraham n’avaient eu aucun mal à admettre que Jésus fût le Messie. Cette idée était pour eux d’autant plus séduisante qu’elle laissait espérer la venue d’un prince triomphant qui restaurerait la liberté d’Israël et ramènerait la dynastie de David sur son trône. En revanche, ils étaient à mille lieues de pouvoir imaginer le sort qui attendait le Fils de Marie et de Joseph, et l’idée qu’aussitôt après l’épisode des Rameaux et l’entrée triomphale à Jérusalem, s’ouvriraient pour Jésus les affres d’une douloureuse Passion, avec le chemin du Calvaire et une mort ignominieuse sur une Croix.
C’est donc très progressivement et avec pédagogie que Jésus leur a expliqué la chose ; par trois annonces de Sa Passion et de Sa Résurrection, et en interdisant à ses fidèles les plus proches d’aller dire à quiconque qu’Il était le Messie. Crainte sans doute que cette idée ne vînt focaliser et exaspérer les enthousiasmes et qu’elle n’obérât, du même coup, la douloureuse perspective du Calvaire et la nécessité d’une rédemption par la Croix.
Tous se réjouissent à l’idée de venir acclamer le Messie, Fils de David. Mais il n’en est toutefois pas un seul qui s’attende à Le voir sujet à la souffrance et à l’échec et vaincu par la mort. Pierre qui allait devenir le chef de l’Église et qui a été réellement inspiré par l’Esprit Saint le jour où il a désigné Jésus comme le Messie d’Israël, n’a, comme les autres, pas alors compris immédiatement l’essentiel du message.
Pierre se fait tirer l’oreille
C’est à tel point que, pour aider le futur chef de son Église à franchir l’ultime obstacle de son parcours de compréhension du Mystère, Jésus doit vigoureusement l’admonester. Il veut impérativement lui faire comprendre que l’important pour l’Église n’est pas la gloire apparente d’un Messie dont le charisme soulèverait l’enthousiasme bruyant des foules, mais la Miséricorde dont elle devra vivre, et ce « plus grand amour » qui fait qu’un homme peut se sacrifier et « donner sa vie pour ses amis »[3].
Le futur chef de l’Église ne peut pas imaginer que le Christ soit supplicié et mis à mort comme un vulgaire brigand. Et que de surcroît Il le soit, non par un peuple naïf et versatile, mais par des grands prêtres et des savants qui connaissent sur le bout des doigts la Loi et les Prophètes et qui ont, comme il l’aura plus tard lui-même, la charge de diriger le Peuple de Dieu.
Les juifs de son temps rêvent d’un peuple de Dieu paisible et triomphant de ses ennemis alors que Jésus veut absolument faire comprendre à Pierre qu’il n’en sera pas ainsi dans l’Église dont Il va lui confier la gouvernance. Avant toutes choses et à l’imitation de Son Divin Maître, elle devra pratiquer la miséricorde. Et cette miséricorde ne vaudra rien si elle n’est pas ancrée dans le sacrifice ; dans ce sacrifice de soi que, d’une manière ou d’une autre, chacun de ses membres devra apprendre à pratiquer à son tour, dans le secret de son cœur comme dans tous les aspects de sa vie.
Il est un vocable de la langue araméenne qui exprime bien ces exigences ultimes de sacrifice et de renoncement à soi-même qui sont les conditions « sine qua non » de la miséricorde. Il se prononce « napshâ », se traduit habituellement par le mot français « âme » et au sens propre, il désigne la gorge, cet organe qui peut être celui d’un agneau et que le sacrificateur tranche d’un coup de couteau, sur l’autel des holocaustes. Sa fonction analogique est celle d’un connecteur qui permet les échanges entre l’extériorité du monde et l’intériorité de la vie spirituelle, c’est-à-dire de notre esprit.
Une vie spirituelle dans laquelle l’homme ne saurait ni entrer ni demeurer sans faire préalablement le sacrifice de tout ce qu’il est et de tout ce qu’il possède.
Annoncer la Bonne Nouvelle... nous concerne tous
Académicien
le 22 août 2026
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