Crédit : Aleteia

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Notre chroniqueur, le journaliste et écrivain Michel Cool, s’adresse au pape Léon XIV pour lui parler de la France, celle qui l’accueillera mais aussi celle qu’il ne verra pas, et à qui les paroles pourront redonner l’espérance.

Cher pape Léon, qui suis-je pour vous écrire cette lettre ? Un Français ordinaire parmi d’autres ; un catholique honoré comme beaucoup par votre venue dans son pays. Quelqu'un aussi de votre génération se disant que le reste du chemin à faire sur cette terre, il le fera peut-être avec vous, à distance certes, mais en communion de pensée ; en tout cas, pour moi.

Une communauté de souvenirs

Nous sommes tous deux fils d'anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale. Votre élection un 8 mai, jour anniversaire de la victoire en 1945 de la liberté sur la tyrannie ressemble fort à un clin d'œil du Ciel. Nous sommes aussi des petits-fils du concile Vatican II : nous avions 10 ans lors de sa clôture à Rome. Par de touchantes indiscrétions de vos frères, nous pouvons imaginer l'enthousiasme de votre enfance à Chicago : vous disiez la messe sur la planche à repasser de votre maman ! Confidence pour confidence, moi aussi… Mais vous, vous avez sérieusement confirmé l'essai en devenant prêtre, religieux, missionnaire, évêque, et puis maintenant Pape !

Nous avons aussi en commun des images en noir et blanc de jeunes téléspectateurs attentifs à l'actualité du monde : l'assassinat du président John Kennedy à Dallas en 1963, le pèlerinage historique de Paul VI en Terre sainte en 1964, les premiers pas de l'homme sur la lune en 1969... Ces événements extraordinaires nous relient par des ondes mystérieuses et invisibles. Cette communauté de souvenirs m'a enhardi à vous écrire.

La France que vous allez visiter

Et puis, est également entré en jeu l'amour de mon pays. La France que vous allez visiter est un pays de contrastes à couper le souffle. D'un côté, il y a l’allégresse et la fierté des catholiques qui vont vous accueillir chaleureusement à Paris, à Lourdes et à Metz. Des foules denses manifestant autour de vous leur foi et leur liesse. Et puis de l'autre, il y a un visage de la France que vous ne verrez pas, que vous n'entendrez pas : la France anxieuse, amère et broyant du noir loin des projecteurs braqués sur votre voyage...

Nous sommes ce pays capable de sauver des flammes la cathédrale Notre-Dame de Paris et de la rebâtir en cinq ans, comme pour prouver au monde qu'impossible n'est pas français. Mais nous sommes en même temps, selon des enquêtes mondiales, l'un des pays les plus pessimistes d'Europe et de la planète. Un pays doutant de lui-même, craignant pour ses enfants, se sentant déclassé, nostalgique de ses gloires passées, comme si le vent de l'Histoire l'avait déserté et laissé sur le bord du chemin.

Un sentiment de vulnérabilité

Les catholiques français ne vivent pas, comme dans une bulle, à l’écart de cette dépression collective. Ils éprouvent eux aussi ce sentiment de vulnérabilité. Certains se sentent même hors-jeu, pas seulement à cause de l’évolution des mœurs et des lois, mais aussi parce qu’ils peinent à trouver les mots, les gestes, l'esprit persuasif pour annoncer l’Évangile autour d'eux. La société pluraliste où ils vivent s'est distanciée de la religion mais, paradoxalement, elle n’a peut-être jamais eu autant soif de sens, de spiritualité, de profondeur. Ce décalage entre ce que vivent les croyants et les autres nourrit un sentiment d'incompréhension mutuelle et souvent, hélas, d'indifférence.

Dans la spiritualité des temps nouveaux dans lesquels vivront mes petits-enfants, quelle sera la part du christianisme ?

André Malraux, grand écrivain français disparu il y a cinquante ans, croyait cependant que le XXIe siècle connaîtrait "un événement spirituel à l'échelle planétaire". Des signes de cette "annonciation" sont déjà perceptibles et palpables ici-même en France : l'essor des baptêmes d'adultes, des conversions inattendues, l'engouement des jeunes pour le silence et la beauté liturgiques... Mais d'autres phénomènes suscitent l'inquiétude : je pense, par exemple, aux imaginaires véhiculés par les écrans tactiles à mes petits-enfants. Ils sont le plus souvent étrangers la sagesse évangélique et à la poésie chrétienne. Votre encyclique Magnifique humanité m'encourage à exercer mon discernement et mon espérance face au déploiement inachevé de l'intelligence artificielle. Merci pour cette balise dans la houle ! Toutefois une question me taraude : dans la spiritualité des temps nouveaux dans lesquels vivront mes petits-enfants, quelle sera la part du christianisme ?

Une parole au plus grand nombre

Vous voyez, cher pape Léon, je ne suis pas non plus indemne de la sourde appréhension qui parasite tant l'esprit français. C'est pourquoi je vous confie précisément ce vœu : que votre voyage en France ne soit pas seulement un moment festif réservé aux croyants, aux convaincus, mais une parole adressée au plus grand nombre, aux absents de la fête, aux lointains qui cherchent vaille que vaille à accrocher une étoile au ciel de leur vie. Une messe sur les Champs-Élysées, la plus célèbre avenue du monde, vaut bien un appel Urbi et Orbi à l'Espérance ! Cette "toute petite-fille de rien du tout" qui pourtant, écrit le poète Charles Péguy, "traversera les mondes" et portera ses deux grandes sœurs, la Foi et la Charité. Depuis le début de votre pontificat, vous encouragez les catholiques à "aller de l'avant". Puissent mes compatriotes vous entendre et relever leur tête et leur courage face aux aléas du monde et de la vie !

J'ai lu que La vie est belle de Frank Capra figurait parmi vos films préférés. Un point commun de plus entre nous ! On y voit un généreux prêteur immobilier, George Bailey, qui, rattrapé par la faillite, est tenté de se jeter d'un pont. Son ange gardien l'en empêche en lui révélant que son existence, malgré les apparences, en avait sauvé des dizaines d'autres. N'est-ce pas une parabole pour nos contemporains désemparés ? La France qui vous attend est peuplée de George Bailey, d'hommes et de femmes s'estimant inutiles et ne voyant pas que leur vie en a porté tellement d'autres.

Une lumière au fond de toi

Je ne vous demande pas de résoudre les crises de mon pays. Je ne vous demande ni miracles ni conversions. Je ne vous demande rien au fond. Je souhaite simplement que les invisibles, les absents, ceux qui ne viendront pas vous applaudir sur votre passage en France, se sentent eux aussi concernés par votre présence, par votre message. Je souhaite que les jeunes ayant perdu leurs repères, les aînés ayant perdu leurs illusions, les pauvres ayant perdu leur dignité, entendent à travers vous une voix confiante et exigeante leur murmurant à l'oreille : "Tu n'es pas seul. Il y a au fond de toi une lumière qui attend d'être ravivée." Recevez, cher pape Léon, tout le respect et toute l’affection d’un Français catholique.

Michel COOL

Le 29 août 2026

Aleteia.org

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