Violences sexuelles : l’Église lance sa nouvelle instance de réparation
31 août 2026De gauche à droite : Myriam Dubois, référente de l’Inirr, Marie Derain de Vaucresson, présidente de l’Inirr, et Gilles Tillet, victime d’abus, lors d’une conférence de presse à Paris, le 25 mars 2025. Stéphane de Sakutin / AFP
Un nouvel organe de réparation des violences sexuelles dans l’Église succède à l’Inirr, mardi 1er septembre 2026, sur fond d’inquiétude des victimes. La Conférence des évêques de France promet une « continuité » entre les deux instances. Le nom annoncé du dispositif, Renaître, pourrait changer.
C’est un nouveau chapitre qui s’ouvre dans la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église. Mardi 1er septembre 2026, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), organe de réparation créé par l’épiscopat français en 2021, cède la place à une nouvelle instance, pérenne, mais regardée avec méfiance par de nombreuses victimes.
« Nous avons reçu 1 924 demandes depuis mars 2022 », résume Marie Derain de Vaucresson, la présidente de l’Inirr depuis sa fondation, qui se dit « très fière du travail réalisé ». Cette instance avait été créée par les évêques de France en 2021 à la suite du rapport de la Ciase, qui estimait à 330 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles dans l’Église depuis 1950. L’Inirr a été pensée pour les faits commis dans les diocèses – une autre instance toujours active, la CRR, concerne les congrégations et instituts religieux.
L’idée était de mettre en place une démarche restaurative d’écoute et de reconnaissance menant à une réparation symbolique (pose d’une plaque, demande de pardon…) mais aussi financière (les victimes pouvant recevoir jusqu’à 60 000 €). « L’Inirr a été créée pour apporter une réponse quand aucune autre n’était possible », notamment judiciaire, résume Marie Derain de Vaucresson, se félicitant « qu’on ait placé la personne victime au cœur du fonctionnement de l’instance ». « Pour que ça fonctionne, il fallait un bon niveau de confiance », ajoute-t-elle.
La CEF veut une nouvelle instance « indépendante »
Après un fort afflux initial, le rythme a ralenti en 2024 avant de repartir à la hausse, en écho à la médiatisation de certaines affaires touchant l’Église – abbé Pierre, révélations dans l’enseignement catholique à la suite de Bétharram… Son activité avait augmenté de 35 % l’an dernier, et l’Inirr a encore reçu 45 demandes au cours du mois d’août. L’approche de la fin du mandat a-t-elle poussé certaines victimes à lancer des démarches de dernière minute ? Il semble surtout que « l’Inirr est mieux repérée », explique sa présidente.
Créée pour trois ans, puis prolongée, l’Inirr voit son mandat arriver à échéance, lundi 31 août. Elle n’acceptera plus ensuite de nouvelles saisines, même si elle finira d’accompagner les dossiers en cours, sur une période de dix-huit mois. « On a aujourd’hui environ 200 personnes à accompagner », précise Marie Derain de Vaucresson à La Croix.
Les personnes victimes qui voudraient obtenir réparation pourront s’adresser à partir du 1er septembre à une nouvelle structure, présentée en mars par les évêques de France à l’issue de leur Assemblée plénière de printemps, et provisoirement intitulée Renaître. « Une nouvelle équipe se met en place pour poursuivre l’accompagnement des victimes, y compris le volet financier », promet-on à la Conférence des évêques de France (CEF), qui insiste sur « l’indépendance » de la nouvelle instance.
La nouvelle architecture prévoit une double porte d’entrée pour les personnes victimes. Celles-ci pourront saisir des cellules d’écoute dans les diocèses, qui les orienteront ensuite vers un organisme national indépendant, constitué, entre autres, d’un réseau local d’accompagnants. Elles pourront aussi saisir directement l’instance nationale, dont les coordonnées et l’organigramme seront communiqués le 1er septembre. « Ce n’est en rien une rupture, mais une continuité », insiste-t-on à la CEF.
« C’est un organe compétent qui disparaît »
Mais beaucoup de personnes victimes et d’associations regardent cette évolution avec méfiance, et les critiques ont été nombreuses dès la présentation du nouveau dispositif. Celui-ci est « une coquille vide », affirme Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, qui voit dans la fin de l’Inirr « une catastrophe ». « C’est un organe indépendant et compétent qui disparaît », déplore-t-elle.
Elle s’inquiète notamment des dispositifs « très inégaux » actuellement en place dans les diocèses. Le nom annoncé, Renaître, paraît aussi très mal choisi à beaucoup de collectifs. Plusieurs sources interrogées par La Croix indiquent cependant que celui-ci pourrait changer. Les critiques « sont intégrées dans la réflexion de la nouvelle équipe », assure-t-on à la CEF.
La Croix (avec AFP)
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