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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 07:56
Homélie du dimanche 26 juillet 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13, 44-52. 

En ce temps-là, Jésus disait aux foules : 
« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle. »
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes
et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
« Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

Homélie

Le mot Royaume se trouve cinquante fois dans Saint Matthieu. C’est un mot très commun, mais il n’a pas de définition vraiment précise. A chaque fois on nous dit : le Royaume, “c’est comme…”Et les comparaisons sont diverses : c’est comme le grain et l’ivraie, un festin de noces, un filet de pêche, la graine de sénevé, le levain dans la pâte, une histoire de talents, les ouvriers de la vigne, le semeur, un roi qui pardonne, une perle, un trésor caché… 
Et puis il y a le fameux chapitre 25 de Saint Matthieu : “Recevez le Royaume car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.” En bref le Royaume, c’est un trésor inestimable qui se trouve… à portée de main. Dans les pays d’Orient circulaient autrefois beaucoup d’histoires de trésors cachés. On enfouissait souvent, dans un champ ou en tout autre lieu secret, ce que l’on avait de plus précieux pour le protéger des vols ou des guerres. Ça donnait beaucoup à rêver : qui sait si on ne trouverait pas une fortune au hasard d’un labour !
Notre parabole du trésor caché dans un champ peut aussi faire penser à la fable de La Fontaine Le laboureur et ses enfants, avec sa morale qui révélait le vrai trésor : ce que lèguent les ancêtres à leurs enfants. Ceux-ci ont labouré, creusé, fouillé, bêché… mais n’ont rien trouvé. Ils cherchaient peut-être de l’argent, mais ils découvrent bientôt que le trésor c’est le goût de la recherche et du travail. La foi non plus n’est pas un trésor que l’on possède. 
Croire c’est cultiver le goût de croire et de chercher Dieu. Transmettre la foi c’est transmettre ce goût, comme on transmet le goût de la musique : celui qui le reçoit doit travailler pour apprendre à jouer de l’instrument de son choix. “On peut aussi, disait Michel Scouarnec, comparer la foi à la pratique de la bicyclette : on ne tient sur un vélo qu’en roulant, sinon on tombe. La foi et l’amour n’existent qu’en s’exerçant, et ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas, contrairement à telle pile bien connue.”
“Le Royaume, disait un sage africain, ce n’est pas avoir beaucoup de choses, c’est être autrement.” Et c’est vrai : Le Royaume, c’est quand un visage de lumière ou un sourire de bienveillance viennent éclairer une nuit trop lourde. Le Royaume, c’est quand quelques heures ou quelques jours d’amour partagé ont un goût de paradis. Le Royaume c’est quand des hommes vont jusqu’à mourir pour que d’autres hommes vivent. 
Le Royaume vient quand des chercheurs, des artistes, tentent de déchiffrer la merveille d’une mélodie secrète : “Les savants, les artistes, les mystiques, disait Picasso, sont des hommes qui passent leur vie à chercher la cachette de Dieu.” Le Royaume, enfin, c’est quand, – on ne sait ni pourquoi ni comment – en dépit de l’énormité des détresses, une sorte de gratitude nous monte au cœur et aux lèvres. Dieu est invisible. Mais il existe, là tout près de nous, comme une perle qui justifie qu’on abandonne tout. Il est sans prix et il se choisit dans la joie. 
Noël Quesson écrivait en 1989, dans son livre Il nous parlait en chemin : “Le renoncement à tout ce que Jésus propose n’est pas dépouillement morose. Ce n’est pas un sacrifice fait à contre-cœur. Non, pour Jésus, celui qui se dépouille de tout le reste pour acquérir Dieu le fait dans la joie. Il n’y a pas de bonheur plus merveilleux que de gagner la perle fine de l’amour infini.”
On a pu connaître des communautés où tout se fait par devoir : on vit ensemble par devoir, on met quelque chose sur la table par devoir, on reçoit du monde par devoir, on prie… par devoir. Combien de chrétiens ont pu vivre comme ça, avec force examens de conscience plus déprimants les uns que les autres ! 
Si Salomon (1ère lecture) avait fait son examen de conscience, il ne serait pas allé plus loin. Non il commence par l’action de grâce, puis il prie avec humilité, non pas tristesse, mais humilité. Et dans le mot humilité il y a le mot : humus qui veut dire terreau fertile !
La recherche du Royaume est à vivre non à coup d’examens de conscience tristes, mais comme une passion joyeuse pour la recherche d’un trésor inestimable à portée de main. On a abusé des examens de conscience. Il faudrait inventer des examens de confiance.

Robert Tireau, 
Prêtre du diocèse de Rennes

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:12
Homélie du dimanche 19 juillet 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13, 24-43. 

« En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”
Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?”
Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ.
C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole,
accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ;
ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

 

Homélie

Le bon grain et l’ivraie (le bien et le mal) poussent dans le même champ. A qui la faute ? Naturellement, on se tourne vers Dieu, le Créateur, qui a fait “l’homme à son image et à sa ressemblance.” Et on lui dit : “N’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?” C’est vrai, si Dieu était bon, ou, comme disent les braves gens, “s’il y avait un Bon Dieu” pourquoi le mal ?

Réflexion 1 : le bon grain, c’est nous, et l’ivraie, c’est les autres : “Que fait donc Dieu, il faut les arracher, c’est simple”. Et comme Dieu ne répond pas, alors, on s’y met nous-mêmes, et on va extirper le mal de ce monde : quelques bonnes croisades, quelques purifications ethniques, quelques holocaustes, et tout ira mieux ! Le mal est clairement chez les autres.

Et s’il faut des boucs émissaires, pas besoin de chercher loin : les Juifs, les Arabes, les fascistes, les Américains… bref, les mauvais feront l’affaire. Dans l’histoire, à chaque époque, chaque pays s’est dressé contre d’autres en les accusant d’empêcher le monde de tourner rond. Au nom de la vérité, ou de la justice, ou de la religion, ou de la race, on a exclu, jugé, torturé. On a voulu “arracher l’ivraie.”

Réflexion 2 : le bon grain, c’est nous (oui, bien sûr, toujours). Mais les autres sont-ils totalement mauvais ? Et si c’était plus complexe qu’on le croyait à première vue ?

Réflexion 3 : avec le temps, un brin d’honnêteté peut nous amener à convenir qu’il y a peut-être aussi du mauvais chez nous. Et que, finalement, c’est plutôt bien pour nous que Dieu n’arrache pas le mauvais trop vite.

Et voilà qu’on se met à réfléchir. Ou bien Dieu créait des robots programmés dans un monde parfait, bien huilé, mais un monde de machines. Ou bien il créait des êtres libres, avec les conséquences de la liberté humaine. Et c’est ce qu’il a fait, même si cette réponse classique n’est pas si facile à admettre quand “on voit ce qu’on voit”, comme on dit, le mal en particulier.

Réfléchissons encore : quand nous voulons libres notre mari, notre épouse, nos enfants, telle personne dont on est solidaire, ce n’est pas si simple. Et toutes les fois que quelqu’un souffre qu’on “marche sur ses plates-bandes”, ou qu’on veuille faire les choses à sa place, ça réagit : “Je ne suis plus un bébé”, dit le petit ; “Je suis capable (je suis cap)”, dit le plus grand ; “Je suis majeur”, dit le jeune ; “Je ne suis ni ta bonne, ni ton esclave”, dit le conjoint malmené.

Dieu veut l’homme libre et l’apprentissage de la liberté dure toute une vie. Cette histoire d’ivraie et de bon grain comporte une dimension de longue durée : “Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson !” L’objectivement bon ou mauvais à tel instant existe-t-il ? En tous cas l’irrécupérable n’existe pas pour Dieu et c’est tant mieux pour nous.

Saint Augustin et bien d’autres ont mal commencé et plutôt bien fini. “Laissez-les pousser jusqu’à la moisson !” On ne pourra se prononcer qu’à ce moment, lorsqu’apparaîtra ce qui était invisible auparavant. Quand le levain est dans la pâte, apparemment, rien ne se passe, mais après quelques temps, tout a changé, une réalité nouvelle est apparue.

Les paraboles que nous venons de lire disent le Royaume de Dieu en termes de croissance. Alors il faut les lire avec le regard de Dieu, un regard patient et un regard confiant :- un regard patient : Dieu fort est patient. Énervements et violences sont des signes de faiblesse. La vraie autorité est toujours indulgence.

L’autorité consiste à autoriser. - un regard confiant : avec le levain, rien de visible à l’œil nu ; et la taille de la graine est souvent minuscule ; avec l’ivraie, on ne voit que du mauvais. Mais nous croyons qu’il y a autre chose. Il y a l’autre, image de Dieu. Il y a le frère, comme le dit la fameuse parabole bien connue : Sur un sentier raide et pierreux, j’ai rencontré une petite fille qui portait sur le dos son jeune frère. – “Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau.” – Elle me regarda et dit : “Ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère.” Je restais interdit. Le mot de l’enfant s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable, que tout courage me quitte, le mot de l’enfant me rappelle : “Ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère.”

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 11:34
Homélie du dimanche 12 juillet 2020

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,1-23. 
« Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac. 
Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. 
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur est sorti pour semer. 
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. 
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. 
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. 
D’autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. 
D’autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. 
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » 
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » 
Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné. 
Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. 
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre. 
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. 
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur cœur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris ! 
Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent ! 
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. 
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. 
Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. 
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 
mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt. 
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit. 
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. » 

 

Homélie

Voilà une parabole qui dérouterait les agriculteurs d’aujourd’hui. Eux ne sèment que dans de la bonne terre, et après l’avoir préparée. Au temps de Jésus, en Palestine, on semait d’abord, on labourait après. Le labourage recouvrait la graine qui germait ensuite comme elle pouvait. Là où il y avait un chemin qui avait servi à traverser le champ avant les semailles la terre était trop tassée et c’était bonne aubaine pour les oiseaux ; là où le sol était trop pierreux, ça se desséchait ; là où les épines repoussaient plus vite que le blé, la tige était étouffée. L’interprétation qui suit la parabole est sans doute une homélie tardive. C’est le genre allégorie qui consiste à faire correspondre chaque détail de la parabole à des réalités concrètes : les terrains où tombe la semence sont alors les attitudes des uns et des autres, face à la parole.

Mais la parabole du semeur n’est sans doute pas d’abord un discours moralisant sur les mauvais terrains, mais une invitation à l’espérance. On peut par exemple la considérer comme un appel à la largesse et à la persévérance : pour récolter beaucoup, il faut semer large, sans se limiter à l’enclos de bonne terre. A l’image de Dieu qui donne la vie avec surabondance Jésus a le geste large du semeur. L’évangile, il le sème tout terrain ! Car la Bonne Nouvelle est pour les foules et personne ne peut dire qu’elle ne va pas rencontrer, chez les uns et les autres, un petit coin de bonne terre, et germer à son heure. Les semeurs parcimonieux trahissent la largesse du Père, lui que rien ne décourage comme le déclare Isaïe : “Ainsi parle le Seigneur : la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans avoir accompli sa mission.” Depuis vingt siècles, grâce à des semailles persévérantes, la semence a toujours rencontré de la bonne terre et a porté des fruits.

Eh bien ! Quand on a semé avec largesse et annoncé la Parole “à temps et à contretemps, avec patience, persévérance et souci d’enseigner” (2 Ti 4), on ne pleure pas parce que les trois quarts de ce qu’on avait investi s’est perdu, mais on se réjouit parce que le quart a trouvé une bonne terre où le rendement a dépassé les espérances. Cent pour un, trente pour un, c’était un rendement inouï pour l’antique agriculture de la Palestine. Les semeurs d’évangile qui connaissent le sentiment d’échec doivent se souvenir qu’ils ne sont pas au-dessus de leur maître. Fidèle à son Père plein d’amour, Jésus a continué de semer alors que son taux de rendement n’était pas très brillant.

En effet, quand Jésus racontait son histoire de semeur, les foules étaient encore nombreuses autour de lui. Mais il dérangeait tellement qu’on l’a vite rejeté, arrêté et mis à mort. Et un peu plus tard, quand Matthieu écrit son Évangile, les chrétiens aussi se demandent pourquoi ça n’avance pas plus vite, et pourquoi ils sont si peu nombreux. Et saint Paul les encourage à la patience avec l’image de l’enfantement : “Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.” (Rm 8, 22)

Tout ça reste vrai encore aujourd’hui et Jésus continue de nous dire qu’il ne faut pas s’étonner : le Royaume est là, au milieu de vous, mais vous n’avez rien vu. Car il est commencé, mais discret, mais il ne cessera jamais de grandir, comme une petite graine. Romano Guardini a écrit que ce qui vient de Dieu n’est pas chose achevée mais commencement, et que le grain peut avoir des formes diverses : une phrase, un événement, une rencontre. Non pas des résultats achevés, mais des commencements pleins de vie et qui vont se développer. Notre problème, c’est qu’on est pressé. On espère tout le temps que sa Parole soit efficace vite. On cherche une moisson alors que c’est le temps de l’attente, de la croissance lente, le temps de la graine, le temps du jardinier patient.

Avez-vous remarqué : quand votre enfant va  chez la tante qui ne l’avait pas vu depuis longtemps : “Oh, comme il a grandi !” Vous, les parents, sauf si le pantalon était devenu trop court, vous n’aviez rien vu. Notre problème avec la Parole, c’est que nous sommes pressés du résultat, alors que la bonne attitude est celle du jardinier patient !

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 07:24
Homélie du dimanche 5 juillet 2020

Il y a dans les récits évangéliques quelques rares prières de Jésus. Saint Matthieu nous en présente deux : le Notre Père que Jésus recommande à ses disciples, et puis cette autre prière plus personnelle qu’il adresse à son Père.

« En ce temps-là Jésus prit la parole et dit :
« Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
D’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père,
et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.
Chargez-vous de mon joug et suivez mon exemple, car je suis doux et humble de cœur,
et vous trouverez soulagement et repos pour vos âmes.
Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. »

Une prière brève : trois phrases. Jésus s’inspire peut-être d’un passage du psaume 8. « Jusqu’aux cieux, ta grandeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits ». Dans la traduction littérale les tout-petits désignent « les nourrissons encore à la mamelle », pas encore sevrés, qui ne parlent pas encore, mais dont l’existence est déjà une parole de louange. Cette prière de Jésus rappelle le Magnificat de Marie. Lui aussi a été tout petit, fruit de ses entrailles, nourri de son lait, éduqué par elle et Joseph. Lui aussi proclame comme elle l’amour privilégié de son Père pour les humbles, les petits, et invite à comprendre la grandeur de Dieu comme la plus grande humilité qui soit, et sa toute puissance comme une infinie capacité d’aimer et de servir.

Ce ne sont pas forcément les grands, les puissants, les sages qui savent le mieux bénir, mais plutôt ceux qui ne mettent pas leur confiance dans leur grandeur, leur pouvoir, leur science. Ce sont les modestes qui se contentent de leur humble place et ne revendiquent pas d’être assis sur des trônes. Ils sont les plus proches de l’humilité du Dieu-Père que Jésus a révélé, se rendant lui-même proche des pauvres et des petits. Bernadette de Lourdes répondait à une sœur qui lui demandait ce qu’on fait d’un balai lorsqu’on a fini de balayer : « Sa place est dans un petit coin derrière la porte. J’ai servi de manche à balai à la Sainte Vierge. Lorsqu’elle n’a plus eu besoin de moi, elle m’a mise à ma place qui est derrière la porte. » Et en frappant dans ses mains elle ajoutait : « J’en suis très contente et j’y reste. »

Jésus fait ensuite une révélation à propos de sa mission : C’est en lui, son Fils, que Dieu s’est fait connaître. En saint Matthieu (18 1-6) Jésus fait de l’accueil des tout-petits une exigence majeure pour ses disciples. Dans un passage précédent, Jésus a dit de Jean Baptiste qu’il était le plus grand parmi les enfants des hommes, et cependant que le plus petit était plus grand que lui dans le royaume. Mais les petits, qui sont-ils ? Dans son Évangile, saint Matthieu parlent d’eux très souvent. On pourrait les qualifier de plusieurs manières.

Tout d’abord ce sont les gens dont on dit tantôt avec respect qu’ils sont simples, et tantôt avec commisération qu’ils sont simplets. Jésus les oppose tous aux sages et aux savants. Ce sont les gens sans prétention qui n’ont pas la « grosse tête ». Ils n’ont pas toujours « zéro faute » en tout, ne mènent pas forcément une vie rangée, sans accrocs, ne marchent pas toujours dans les clous, et n’usent pas de tout avec modération. Ils sont peu enclins à condamner ceux qui ne respectent pas scrupuleusement toutes les règles morales. Ils ne se présentent pas non plus comme des « messieurs qui savent tout », qui ont longuement étudié et sont des puits de connaissances. Ils se reconnaissent pécheurs mais ils ont bon cœur et s’entraident dans leurs difficultés.

Les petits sont aussi les gens démunis, dépendants, en situation de précarité, car ils ne possèdent pas grand-chose et ne sont pas toujours chanceux dans la vie. Ils n’ont souvent ni biens, ni travail, ni santé. Ils sont petits face aux possédants qui ne manquent ni de choses matérielles ni d’argent, et dont l’avenir paraît garanti, assuré.

Les petits ce sont enfin les accablés de lourds fardeaux, de jougs pesants. Sur le plan social, ce sont les gens soumis et exploités, mal rétribués, mal considérés, bons pour les travaux les plus durs, voire les plus forcés. Sur le plan politique, ils sont soumis à l’arbitraire de ceux qui les gouvernent et les commandent. Sur le plan judiciaire, ce sont des petites gens sur qui pèse plus que sur les autres la dureté des lois, civiles ou religieuses, insolvables et jamais en règle devant des prescriptions qui leur paraissent impraticables. Petites gens souvent abstentionnistes en tous domaines, puisque leur avis ne compte guère. Sur le plan religieux ils sont considérés comme pécheurs et objets de mépris. Quand Jésus parle de ceux qui peinent et ploient sous le fardeau, Jésus pense sans doute à tous ces frères humains qu’il est venu sauver.

Dans sa prière, Jésus déclare que les petits sont plus aptes à être ses disciples et à connaître Dieu, car leur cœur est plus ouvert que celui des grands et puissants auxquels Dieu ne peut se révéler. Ils sont en grand danger car leurs richesses et leur perfection légaliste peuvent constituer comme des écrans opaques qui les empêchent d’être lucides devant la condition humaine, devant Dieu. Face à la personne du Christ et à l’écoute de sa parole, ils ont comme des boules ‘Quies’ qui leur bouchent les oreilles et les rendent sourds à son message.

Comprise ainsi, cette prière subversive de Jésus rejoint celle de Marie. Elle remet en cause les ennemis qui veulent sa perte : grands prêtres, scribes ou pharisiens, qui parlent sans cesse de Dieu, qui se font appeler maîtres, qui s’estiment plus grands que les autres. Jésus ose se lamenter sur eux et même les affronter car ils imposent aux gens simples des fardeaux pesants qu’eux-mêmes se refusent à remuer du doigt, des exigences tellement strictes qu’elles barrent aux petits l’entrée du Royaume. Contrairement à eux, il se déclare lui-même doux et humble de cœur, et il invite à venir à lui ceux qui ploient sous le fardeau, car son joug est facile à porter et son fardeau léger. Soucieux d’accomplir la volonté de son Père, il se présente comme dépossédé de tout. « Lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de nous, pour que nous devenions riches par sa pauvreté » (2 Co 8,9). Maître et Seigneur, il se présente comme serviteur de la miséricorde de son Père, avec un cœur empli de douceur et d’humilité.

Jésus ne promet pas aux petits de vivre sans fardeau. Lui-même n’a pas refusé de porter le sien, de porter sa croix. Il leur parle de soulagement et de repos. Contrairement au fardeau de l’enseignement des pharisiens qui pèse lourd sur les petites gens, le sien est léger et se porte avec joie, car il est allégé par l’amour du Père et sa miséricorde infinie pour les pécheurs. Les jougs que portaient les bœufs étaient d’une seule pièce, mais comportaient deux places. Celui de Jésus aussi. A celui qui est seul à porter le sien, Jésus propose de le porter avec lui, de prendre près de lui la place vide de son joug pour qu’il soit moins pesant.

Les deux autres textes de ce dimanche sont en harmonie avec le message de l’Évangile. Jésus est un Messie qui ne vient pas comme un chef militaire avec des chars de guerre et des chevaux de combat. Il vient comme un roi d’humilité monté sur un âne jeune, annonciateur de paix et de tendresse, comme l’annonce le prophète Zacharie dans la première lecture.

« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion. Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux,
humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.
Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ;
il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. »

Et saint Paul invite les croyants à rechercher la vraie grandeur :

« Vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair,
mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. »

La vraie grandeur n’est pas celle du monde, que propose « la chair », ce mot qui désigne la fragilité de la condition humaine. Les puissants se fourvoient quand ils rêvent d’une fausse grandeur. La vraie grandeur est celle de l’Esprit de Dieu qui habite les disciples du Christ quand à l’exemple de leur maître ils sont doux et humbles de cœur.

En conclusion une belle réflexion de saint Augustin : « Celui à qui le Père a tout donné et que personne ne connaît si ce n’est le Père, celui qui seul connaît le Père, avec celui à qui il lui a plu de le révéler, celui-là n’a pas dit : « Apprenez de moi à construire le monde ou à ressusciter les morts », mais : Je suis doux et humble de cœur (Mt 11,29). Salutaire doctrine ! Voilà-donc à quoi se réduisent tous les trésors de sagesse et de science cachés en toi (Col 2,3) : à apprendre de toi cette leçon capitale, que tu es doux et humble de cœur ! Est-ce donc chose si grande d’être petit que, si ce n’était à ton école, à toi si grand, on ne pourrait absolument pas l’apprendre ? Qu’ils t’écoutent, qu’ils viennent à toi, qu’ils apprennent de toi à être doux et humbles, ceux qui recherchent ta miséricorde et ta vérité, en vivant pour toi, non pour eux. Qu’il entende cela, celui qui peine, qui est chargé, qui ploie sous son fardeau jusqu’à ne point oser lever les yeux au ciel, le pécheur qui se frappe la poitrine et n’approche que de loin ». (cf, Lc 18, 13)

 

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

 

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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 20:46
Mosaïque de la cathédrale de Cefalu

Mosaïque de la cathédrale de Cefalu

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,37-42. 
« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; 
celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. 
Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. 
Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. 
Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. 
Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

 

Homélie

Être saisi par le Christ

A dire vrai, ces paroles de Jésus nous dérangent, même si le temps les a arrondies, polies.

' 'Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ' '. Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain; ce serait nouveau ! Mais on est dans un contexte de persécution, aussi bien quand Jésus parle -puisqu'il en mourra-, que lorsque Matthieu écrit son évangile. Prendre le chemin de Jésus, c'était courir le risque d'être incompris de ses parents, de ses amis et de son entourage, et d'être même rejeté par eux.

Même en dehors d'un contexte de persécutions violentes, on sait bien que c'est en famille qu'il est souvent le plus difficile de témoigner de sa foi. Et parfois de véritables déchirures peuvent se produire dans le tissu familial.

L'attachement à Jésus est plus fondamental encore que les liens du sang.

Il établit des liens nouveaux ente disciples. L'Evangile devient une école de la fraternité. Et la source de cette fraternité nouvelle jaillit de la prière du Notre Père : Tous enfants du même Père, frères et sœurs les uns des autres.

C'est dans cette nouveauté de l'Evangile que les évêques du Rwanda ont pu écrire après l'horrible tragédie qui a décimé leur pays : ''Notre appartenance au Christ est-elle plus forte que notre appartenance ethnique ?''

Et nous qui depuis notre baptême portons le nom du Christ, qu'en est-il ? Avons-nous vraiment conscience de constituer une famille nouvelle composée de ceux qui font le choix de suivre Jésus : ''Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c'est lui mon frère, ma sœur, ma mère''.

Prendre sa croix ne doit pas être compris dans la résignation et le dolorisme. Il s'agit de prendre la croix du Christ comme on prend un chemin qui conduit à la vraie vie. Suivre le Christ dans sa rencontre avec les exclus, le suivre sur le chemin de la non-violence et du refus de la haine. Prendre sa croix, c'est porter une bonne nouvelle, car la croix du Christ est devenue l'arbre de vie. La mort a été vaincue, Christ est ressuscité. Il y a un chemin même à travers la mort.

Prendre sa croix, c'est la planter dans toutes les situations qui paraissent sans issue, c'est la planter dans tous les lieux où il n'y a plus d'espérance et de joie de vivre. Prendre sa croix, c'est prendre avec le Christ la décision de vivre. Ce que Dieu attend de nous, ce n'est pas la souffrance, c'est l'amour. Ce sont des choix de vie inspirés par l'amour. La croix du Chrétien, c'est la conséquence de sa fidélité au message d'amour du Christ.

Aimer le Christ nous apprend à aimer les autres. Aimer le Christ, c'est entendre sans cesse : ''Aimez-vous les uns les autres''.

''Quiconque donnera rien qu'un verre d'eau fraiche'', celui-là accomplit tout l'Evangile.

Le Christ ne nous appelle pas à l'héroïsme, mais à l'acte le plus simple, le plus facile, le plus naturel : donner un verre d'eau. Oui, toute la perfection chrétienne, tout le Royaume est contenu dans cet acte d'amour à la portée de tout homme, quel qu'il soit.

C'est dans les petites choses du quotidien (accueil, service, écoute, partage) que se joue la sincérité de notre témoignage. Gardons en mémoire cette parole de Saint Augustin : ''La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure''.

 

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 06:10
Homélie du dimanche 21 juin 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10, 26-33. 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

 Homélie

Craignez, mais n'ayez pas peur !

L'Évangile de Matthieu 10:26-33 soulève plusieurs points mais ils se résument tous dans cette phrase apparemment contradictoire : « Craignez, mais n'ayez pas peur ». Jésus dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l'âme aussi bien que le corps ». Nous ne devons ni craindre les hommes ni avoir peur d'eux. Nous devons en revanche craindre Dieu mais nous ne devons pas avoir peur de lui.

Il y a donc une différence entre peur et crainte, et nous allons essayer ici de comprendre pourquoi, et en quoi elle consiste. La peur est une manifestation de notre instinct fondamental de conservation. C'est une réaction à une menace contre notre vie, la réponse à un danger réel ou présumé : du danger le plus grand qui est celui de la mort aux dangers particuliers qui menacent notre tranquillité, notre sécurité physique ou notre monde affectif.

Selon qu'il s'agisse de dangers réels ou imaginaires on parle de peurs justifiées et de peurs injustifiées ou pathologiques. Les peurs, comme les maladies, peuvent être aiguës ou chroniques. Les peurs aiguës ont été déterminées par une situation de danger extraordinaire. Si je suis sur le point d'être renversé par une voiture ou si je commence à sentir la terre trembler sous mes pieds à cause d'un tremblement de terre, ce sont des peurs aiguës. Ces frayeurs disparaissent comme elles sont apparues, à l'improviste et sans préavis, lorsque le danger disparaît, en laissant au pire un mauvais souvenir. Les peurs chroniques sont celles qui cohabitent avec nous, que nous traînons depuis notre naissance ou notre enfance, qui grandissent avec nous, qui deviennent partie intégrante de notre être, et auxquelles nous finissons même parfois par nous attacher. Nous les appelons les complexes ou phobies : claustrophobie, agoraphobie, etc.

L'évangile nous aide à nous libérer de toutes ces peurs en révélant le caractère relatif et non absolu des dangers qui les provoquent. Il y a une partie de nous que rien ni personne au monde ne peut vraiment nous ôter ou abîmer : pour les croyants c'est l'âme immortelle, pour tous, le témoignage de notre propre conscience.

La crainte de Dieu est très différente de la peur. La crainte de Dieu est une chose que l'on doit apprendre : « Venez, mes fils, écoutez-moi, dit un psaume, que je vous enseigne la crainte du Seigneur » Psaumes 33:12. Il n'est pas nécessaire en revanche d'apprendre la peur à l'école ; elle apparaît à l'improviste face au danger ; les choses se chargent elles-mêmes de nous inspirer la peur.

Mais c'est le sens même de la crainte de Dieu qui est différent de la peur. C'est une composante de la foi : elle naît du fait de savoir qui est Dieu. C'est le sentiment qui nous saisit devant le spectacle grandiose et solennel de la nature. C'est le fait de se sentir petits face à quelque chose d'immensément plus grand que nous ; c'est l'étonnement, l'émerveillement mêlés d'admiration. Devant le miracle du paralytique qui se lève et se met à marcher, on lit dans l'évangile que « Tous furent saisis de stupeur et... rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : 'Aujourd'hui nous avons vu des choses extraordinaires' ! » Luc 5:26. La crainte est ici tout simplement un autre nom de la stupeur et de la louange.

Ce type de crainte est un compagnon et un allié de l'amour : c'est la peur de déplaire à la personne aimée que l'on retrouve chez toute personne réellement amoureuse, même dans l'expérience humaine. Il est souvent appelé « principe de la sagesse » car il conduit à faire les bons choix dans la vie. C'est même un des sept dons de l'Esprit Saint Esaïe 11: 2 !

Comme toujours, l'évangile ne fait pas qu'éclairer notre foi. Il nous aide également à comprendre la réalité de tous les jours. Notre époque a été définie comme une époque d'angoisse (W. H. Auden). L'angoisse, fille de la peur, est devenue la maladie du siècle et on dit qu'elle est devenue l'une des causes principales de l'augmentation des infarctus. Comment expliquer cela si nous avons aujourd'hui tellement plus de sécurités économiques que par le passé, d'assurances sur la vie, de moyens pour lutter contre les maladies et retarder la mort ?

C'est parce que dans notre société, la sainte crainte de Dieu a diminué, pour ne pas dire complètement disparu. « Il n'y a plus aucune crainte de Dieu ! ». Nous le disons parfois un peu à la légère mais cette affirmation contient une vérité tragique. Plus la crainte de Dieu diminue, plus la peur des hommes augmente ! Ceci n'est pas difficile à expliquer. Lorsque nous oublions Dieu, nous replaçons toute notre confiance dans les choses d'ici-bas, c'est-à-dire dans les choses que, selon le Christ « le voleur peut approcher et la mite peut ronger ». Des choses aléatoires qui peuvent nous manquer d'un moment à l'autre, que le temps (la mite) ronge inexorablement. Des choses que tout le monde ambitionne et qui déchaînent donc la concurrence et la rivalité (le fameux « désir mimétique » dont parle René Girard), des choses qu'il faut défendre les dents serrées et parfois le fusil à la main.

Au lieu de nous libérer de la peur, la perte de la crainte de Dieu nous a pétris de ces peurs. Regardons ce qui se passe dans la relation entre parents et enfants dans notre société. Les parents ont perdu la crainte de Dieu et les enfants ont perdu la crainte des parents ! Le reflet et l'équivalent sur la terre de la crainte de Dieu est la crainte révérencielle des enfants envers leurs parents. La Bible associe continuellement les deux choses. Mais le fait de ne plus craindre et respecter leurs parents, rend-il les enfants et les adolescents d'aujourd'hui plus libres et plus sûrs d'eux-mêmes ? Nous savons que c'est tout le contraire.

Le moyen de sortir de la crise est de redécouvrir la nécessité et la beauté de la sainte crainte de Dieu. Jésus nous explique justement dans l'évangile de Matthieu que la confiance en Dieu est une compagne inséparable de la crainte. « Est-ce qu'on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde ! » Dieu ne veut pas nous inspirer la crainte mais la confiance. Le contraire de cet empereur romain qui disait : « Oderint dum metuant », qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent ! C'est aussi ce que devraient faire les parents sur terre : ne pas inspirer la crainte mais la confiance. C'est précisément de cette manière qu'on encourage le respect, l'admiration, la confiance, tout ce qui correspond à la « sainte crainte ».

 

Raniero Cantalamessa, né le 22 juillet 1934 à Colli del Tronto, est un prêtre capucin, théologien, historien et animateur de télévision italien, prédicateur de la Maison pontificale depuis 1980, soit durant les pontificats de Jean-Paul II, Benoît XVI et François.

 

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 19:57

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 05:57
Arcabas : la "rencontre" des disciples d'Emmaüs

Arcabas : la "rencontre" des disciples d'Emmaüs

Fête du Corps et du Sang du Christ

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,51-58.
« En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

 

Homélie

“Manger la chair” de Jésus, “boire son sang” ! Le réalisme de Saint Jean pourrait nous faire passer pour des anthropophages. En réalité l’expression chair et sang, dans la mentalité hébraïque, désigne l’homme concret. Et il est probable que Jean ait voulu insister sur l’humanité de Jésus parce que, dès la fin du premier siècle, beaucoup le considéraient déjà comme un être céleste désincarné. D’autres passages de l’Ecriture parlent de l’eucharistie : “Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupeVoici mon corps, voici mon sang …” La clé pour comprendre ce langage sacramentel, c’est le mot symbolique. Non pas au sens minimum qu’on lui donne quelquefois : “Oh ! Il a fait une offrande seulement symbolique,” c’est à dire pas grand chose. Non le symbole, en langage sacramentel, a le sens fort et dit une réalité plus grande que ce qu’on voit, bien plus profonde que les apparences.

Je me rappelle comment, un jour, avec des enfants, le beau stylo de François nous avait aidés à comprendre le mot symbole : car ce n’était pas un stylo, c’était un cadeau ; ce n’était pas de l’utile, c’était du gratuit ; ce n’était pas du fonctionnel, c’était du relationnel. En bref, il y avait quelqu’un derrière. Par chance, ce stylo écrivait. Mais combien de ces objets sont seulement du relationnel : tel merveilleux coupe-papier qui ne coupe rien du tout, telle superbe lampe de chevet qui n’éclaire rien, tel instrument de musique dont personne ne pourrait sortir une seule note : mais c’est peut-être le stradivarius de l’arrière grand-Père !

Le stylo de François était le stylo de la mémoire. Il y avait quelqu’un derrière. L’Eucharistie est le pain de la mémoire : “Faites cela en mémoire de moi”. Mémoire d’une vie brisée, d’une vie donnée. Il y a quelqu’un derrière. Un jour, notre évêque a dit : “Ceux qui s’ennuient à la messe, c’est parce qu’ils n’y apportent rien de leur vie. Finalement, ils ne sont pas tellement présents.” Le pain offert à la messe symbolise ce que nous appelons notre pain quotidien. Il nous faut apporter quelque chose de notre vie à chaque messe, sinon, il n’y a personne derrière le pain. Pour que Dieu transforme le pain en sa propre vie il faut qu’il y ait du pain. “Nous te présentons ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie.” À la communion, Dieu nous redonne ce pain, habité de la présence réelle du Christ. Et nous repartons avec une énergie divine pour continuer de vivre avec la force de l’Esprit de Jésus.

La messe, c’est la rencontre de deux présences réelles : la présence réelle du Christ, qui ne fait aucun doute, et notre présence réelle, qui, elle, est parfois moins sûre. Nous communions à la présence réelle du Christ pendant la messe pour devenir nous-mêmes une présence réelle du Christ après la messe. Saint Jean Chrysostome (4ème siècle) a quelques mots très forts pour dire la mission que l’eucharistie nous donne : “Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.” J’aime beaucoup cette phrase qui dit bien de quelle manière l’Eucharistie est sacrée.

 Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 07:01
Homélie du dimanche 7 juin 2020, Fête de la Sainte Trinité

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3, 16-18. 

« En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. »

 

Homélie :

Maurice Zundel a écrit des pages émouvantes sur le coeur humain, cet espace où la conscience qui s'éveille accède au sens de sa dignité de son inviolabilité, et qui se révèle, derrière le moi préfabriqué et conditionné qui le recouvre, comme un espace de pur accueil de l'autre, un espace qui ne peut être violé par des principes autoritaires, même divins, mais qui vit de l'ouverture et de la communion à l'Autre, à l'image du Dieu de Pauvreté qui se dépossède perpétuellement de lui-même dans la relation d'offrande qu'entretiennent entre elles les trois Personnes de la Trinité. 

«(...) la Trinité est la délivrance d’un cauchemar où l’humanité se débat quand elle se situe en face d’une divinité dont elle dépend et à laquelle elle est assujettie: pourquoi Lui plutôt que moi? Pourquoi suis-je la créature, et Lui le Créateur? Pourquoi, s’il est mon créateur, m’a-t-il mis dans cette situation de savoir que je suis son esclave? Pourquoi m’a-t-il donné juste assez d’intelligence pour comprendre que je dépends de Lui? Il y a une révolte sourde et implacable qui monte du coeur de l’homme dans cette confrontation de son esprit avec cette espèce de Dieu qui lui apparaît comme le rouleau compresseur de l’esprit! 

Dans l’ouverture du Coeur de Dieu à travers le Coeur du Christ, il y a justement cette manifestation incroyable et merveilleuse que Dieu est Dieu parce qu’il se communique, qu’il est Dieu parce qu’il se donne tout, parce qu’il est la désappropriation infinie et éternelle, parce qu’il a la transparence d’un enfant, une transparence où toute espèce d’appropriation est impossible, où le regard est toujours dirigé vers un l’Autre, où la personnalité, où le moi, n’est qu’un pur et infini altruisme. C’est là la grande confidence qui resplendit dans l’Évangile du Christ! La perle du royaume, c’est que Dieu soit ce Dieu-là! 

Jésus, en nous révélant la Trinité, nous a délivrés de Dieu! Il nous a délivré de ce Dieu cauchemar, extérieur à nous, limite et menace pour nous: il nous a délivrés de ce Dieu-là! Il nous a délivrés de nous-mêmes qui étions nécessairement, et sourdement, même si nous n’osions l’avouer, en révolte contre ce Dieu-là. 

Avec la Trinité, nous entrons dans le monde de la relation. (...) 

Subsister en forme de don, subsister comme une relation à autrui, subsister dans une pure respiration d’amour, nous avons là le Dieu qui transparaît et se révèle personnellement en Jésus Christ.(...) 

Ce qui est justement si pathétique, et ce qui nous rend sensible la différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et le passage transcendant qu’il faut opérer de l’un à l’autre, c’est que, tandis que dans l’Ancien Testament le péché suprême, le péché originel, c’est de vouloir être comme Dieu, dans le Nouveau, c’est cela même qui est l’unique nécessaire.(...) 

Il s’agit d’être comme Dieu! Et, au fond, cette intuition nietzschéenne, cette volonté d’être Dieu, de ne supporter aucun Dieu en dehors de soi, est l’ébauche d’une vocation authentique. Mais attention! Oui, être comme Dieu, mais après avoir reconnu en Dieu justement la désappropriation infinie, la pauvreté suprême, le dépouillement translucide! 
Si Dieu est ce Dieu-là, s’il est dans notre coeur une attente infinie, être comme Dieu, maintenant cela veut dire nous désapproprier fondamentalement de nous-mêmes pour que notre vie s’accomplisse comme la sienne dans un don sans réserve.»


Maurice Zundel, "Le Problème que nous sommes", Le Sarment, Fayard, 2000, pp 39-42

 

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 21:30
Vitrail de Taizé

Vitrail de Taizé

A la Pentecôte l’Esprit nous conduit « dehors » à la rencontre des « autres » !

Les disciples sont enfermés, verrouillés. Ils ont peur. Et voilà qu’un grand coup de vent pénètre la pièce où ils sont réunis et du feu apparaît sur chacun. Le vent et le feu les pousse dehors.

Eux qui étaient paralysés se mettent à marcher : ils sortent de la maison à la rencontre du tout-venant. Eux qui étaient muets se mettent à parler et tout le monde les comprend, chacun dans sa propre langue.

L’Esprit Saint est donné alors que Jésus est parti, retourné vers le Père.

L’Esprit ne remplace pas Jésus. Son absence est bien réelle. Mais l’Esprit révèle la flamme du divin que chacun porte en lui. L’Esprit se manifeste chaque fois que la communion, la charité, la paix et la justice grandissent entre les hommes. L’absence du Christ n’est pas un vide, un néant. L’absence du Christ est un appel, une invitation, une vocation pour l’homme et pour l’humanité ; réussir ce que Jésus est venu commencer : la fraternité universelle ; Nous sommes tous frères, enfants d’un même Père. C’est à la Pentecôte que cette universalité du message de l’Evangile prend toute sa dimension. C’est là l’œuvre de l’Esprit.

 ~L’Esprit est souffle : la respiration de chaque être vivant. L’air que nous respirons est invisible, imperceptible, mais sans lui pas de vie. Il nous invite à connaître le plus intime de nous-mêmes qui est toujours comme inconnu, étranger. L’Esprit c’est le vent, il est force, puissance, invitation au voyage, au changement. Il nous pousse à partir, à découvrir le monde jusqu’aux extrémités de la terre. Plus nous découvrons, plus encore il nous reste à découvrir. La vie est une immense aventure où chaque nouvelle conquête ouvre à un nouveau mystère qui nous remplit d’émerveillement.

~L’Esprit est feu : C’est le souffle qui fait rougir la braise. C’est le vent qui propage le feu. C’est le feu qui donne chaleur, énergie, force et courage. Le feu de la foi c’est le feu de l’Amour. Le désir de vivre parce que la vie a un sens. La force de vivre mais pas n’importe comment. L’amour qui nous fait vivre peut aussi nous brûler. L’Esprit de Dieu nous remplit de la violence des doux, de la miséricorde des pauvres et de la patience des saints.

~L’Esprit de Pentecôte nous conduit dehors. La Pentecôte se passe dans la rue et non dans le Temple. On n’enferme pas l’Esprit, ni dans des livres, ni dans des dogmes, ni dans des certitudes. L’Esprit traverse les barrières et les frontières. Notre Dieu est « le Dieu des grands espaces et des larges horizons ». « Le vent souffle où il veut : nul ne sait ni d’où il vient, ni où il va. Mais tu entends sa voix. » Le souffle de la Pentecôte nous libère de nos peurs, de nos angoisses et de nos résistances. Il nous fait oser nous rencontrer, nous écouter et nous parler. Grâce à l’Esprit nous pouvons croire à l’Amour, croire à la Vie : nous pouvons construire alors même que la vie nous paraît si fragile : construire une famille, construire une communauté, créer des associations de fraternité ou de solidarité entre les hommes. Grâce à l’Esprit nous pouvons fonder amour et amitié.

~Poussés par l’Esprit qui fait de nous des fils, qui fait de nous des frères, nous crions vers Dieu : « Abba, Père ». Nous sommes héritiers de Dieu avec le Christ. Tout ce qu’il y a de meilleur, tout ce qu’il y a de plus grand, de plus fort en lui, Dieu l’a mis en nous : le vent et le feu !

Denis Chautard

Prêtre de la Mission de France à Vernon (Eure)

 

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