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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 07:40
Arcabas : La Passion du Christ

Arcabas : La Passion du Christ

Ce dimanche porte deux noms. Il rappelle et célèbre deux événements rapportés par les quatre évangiles : l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et sa Passion. Deux événements contrastés. L’un, joyeux, festif, triomphal, et l’autre, tragique. L’un, verdoyant avec ces rameaux que cueille et porte la foule, – rappel du triomphe de la vie en ce nouveau printemps dont la terre est gratifiée -. L’autre aux couleurs du drame et du deuil, qui rapporte comment la folie meurtrière de la même foule peut-être a jugé et condamné l’innocent, a fait condamner lâchement à mort le prince de la vie.

Un contraste saisissant entre l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem et sa mort scandaleuse hors de la ville sainte, et cependant un même et unique regard de l’Evangéliste Matthieu sur la manière dont le Messie, l’envoyé, le Fils de Dieu se présente au milieu de son peuple, dans l’histoire humaine. Elle est touchante et dérisoire l’entrée de ce prophète galiléen dans la ville de David, accomplissant ce qu’avait annoncé avant lui Zacharie, un autre prophète :

« Dites à Jérusalem : Voici ton roi qui vient vers toi,
humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. »
Les disciples […] amenèrent l’ânesse et son petit, 
disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. 
Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ;
d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient :
" Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Hosanna au plus haut des cieux ! »

Ce roi qui vient au nom du Seigneur délaisse le cheval, monture de guerrier et d’homme fort, et il choisit pour son entrée triomphale une ânesse et son petit, symboles de paix et de simplicité. Glorification jusqu’au bout de la petitesse dans le récit de l’évangéliste Matthieu. C’est un roi sans arme, ni armure, ni armée, doux et humble de cœur. Il s’offre à l’accueil ou au refus de la ville de Dieu, à l’accueil ou au refus du monde des hommes. Un roi qui ne règne pas par la violence, l’intimidation, l’apparat, l’arrogance et ne dispose d’aucun soldat. Monté sur une bête de somme, lui dont la mission est de porter sur ses épaules la brebis perdue, de se charger des péchés de la multitude des humains qu’il vient arracher à leurs pulsions de haine et de cupidité.

L’agitation gagne tout Jérusalem : on (sans doute les citadins sceptiques) se demandait : « Qui est cet homme ? » Et les foules (sans doute les pèlerins enthousiastes venus des provinces ou des nations pour la Pâque) répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ». Des foules versatiles (peut-être de citadins et de pèlerins) qui changeront de ton au moment de la Passion, poussées par les chefs des prêtres et les anciens, et crieront « A mort ! » après avoir crié « Hosanna ! ».

Ce dimanche, au mime liturgique de la procession des rameaux succède le long récit de la Passion en St Matthieu. Son caractère vivant et concret est tel qu’il touche le cœur par lui-même et n’a guère besoin de commentaires. L’auteur adopte, pour raconter la Passion, le point de vue de la foi chrétienne, un point de vue qu’on pourrait qualifier de « dépassionné ». Un point de vue qui n’exclut pas des détails violents et outranciers, mais qui ne cherche ni à juger ni à condamner ceux qui sont responsables de la mort de Jésus, ceux qui l’ont abandonné, trahi, crucifié.

Gardons-nous donc en écoutant ce récit de nous mettre en position de jugement de ceux qui livrent Jésus, comme l’Eglise a pu le faire, et dont elle a fait repentance depuis Jean XXIII et le concile Vatican 2. Le récit de la Passion nous invite à une conversion sur le plan de notre foi et de notre vie. Que chacun se demande comment ce récit l’interpelle et le juge, comment il peut se reconnaître en chacun des protagonistes, en son comportement quotidien. Qu’il se demande à quelle conversion personnelle il est appelé face à ce procès fait à Jésus dans lequel il se trouve forcément impliqué lui aussi.

Que chacun de nous se demande surtout comment il aurait reconnu et reconnaît encore aujourd’hui en ce prophète galiléen l’envoyé, le Fils de Dieu. Cette « re-connaissance » est le fondement de notre propre foi, de notre propre représentation de Dieu, du Christ sauveur. Arrêté par la milice mobilisée par les chefs des prêtres et des anciens, torturé, injustement condamné à la peine de mort ce Jésus nous interroge tous et nous juge : « Quand j’étais arrêté, jugé injustement, condamné plus injustement encore, crucifié comme un malfaiteur, n’as-tu pas détourné ton visage, ne m’as-tu pas livré, renié, ou abandonné ? Ne m’as-tu pas craché au visage, couronné d’épine, crucifié en pensant rendre gloire à Dieu ou obéir à ton César ? As-tu reconnu en moi le Fils de Dieu ? Si tu es vraiment mon disciple, surtout ne dis pas : Je ne savais pas que c’était toi ! »

Les passants l’injuriaient en hochant la tête :
« Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui
avec les scribes et les anciens, en disant :
« Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
C’est le roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime !
Car il a dit : « Je suis Fils de Dieu ». »

Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.

Passants, chefs des prêtres, scribes, anciens, bandits, juifs et romains, ou encore les disciples qui ont fui, trahi ou renié, il est trop facile de les considérer seulement comme des gens haineux, sadiques, ou lâches. Ce qu’ils ont peut-être en commun, c’est leur fausse image de Dieu. Cet homme Jésus ne leur a rien fait de mal mais il dérange de manière radicale leur image de la toute-puissance de Dieu.

L’image d’abord d’un Dieu grand mage et manipulateur ou d’un architecte géant qui regarde de bien loin et de très haut nos chemins d’hommes et de femmes sur cette terre et qui décide de tout, de manière arbitraire, on ne sait pas trop ni comment, ni pourquoi : « C’est le destin, la fatalité, c’était écrit, dit-on », ce qui justifie que l’on se soumette, et que l’on reste inerte et passif et irresponsable face aux événements. Cette représentation n’a rien à voir avec la Révélation d’un Dieu Créateur qui nous veut libres, responsables face aux événements de notre vie et de celle des autres. La manière dont le Fils de Dieu conduit son existence humaine, assume son procès, vit sa passion et sa mort, nous montre ce qu’est la volonté du Père. C’est librement, par amour du Père qu’il affronte ses adversaires, qu’il résiste face à la haine et l’injustice, qu’il donne sa vie. Personne ne la lui enlève, c’est lui qui en fait don.

Mais une autre image, tout aussi répandue, habite aussi les esprits, c’est l’image de la Toute-Puissance de Dieu. On a du mal à comprendre son silence et sa passivité devant les événements du monde et les drames qui nous touchent, les drames des morts douloureuses ou brutales, un Dieu dont on se demande à quel jeu il joue avec nous. Comment se fait-il que lui, le tout puissant, n’intervienne pas pour sauver son Fils, pensent les passants, les scribes, les grands prêtres, les soldats et sans doute aussi les disciples ? Combien de réactions de ce type en nous et autour de nous ? Qui est-il ce Dieu qui n’intervient pas en faveur du juste et de l’innocent, qui garde le silence, nous laisse à nous-mêmes, à nos misères, à nos drames ! Il faut tout le retournement intérieur de la foi pour réaliser qu’il est avec son Fils crucifié. « Qui me voit a vu le Père » avait dit Jésus. Dieu n’est donc pas ce Père courroucé par les péchés des hommes dont la colère se calme enfin en voyant couler le sang de son Fils. Il est avec son Fils en croix. Dans la crucifixion et la mort de Jésus c’est une fausse image de lui qui meurt, et une image toute neuve qui surgit. Aux philosophes qui proclamaient : « Dieu est mort », a dit le Père Moingt, les chrétiens auraient dû répliquer : « Il y a 20 siècles que nous le savons ! » Comme saint Polycarpe avant sa mort l’avait crié à foule, nous sommes athées de votre Dieu.

Sur la croix, comme au jour de la tentation au désert, Jésus refuse de mettre Dieu à l’épreuve en le suppliant de venir à son secours pour le défendre ou lui éviter de mourir. Il croit que le Père l’accompagne et le soutient dans son épreuve. Cette manière de mourir que le Christ assume est une merveilleuse victoire, celle de l’amour, alors que la manière dont les responsables religieux l’assassinent lui, le juste innocent, est pour eux la pire et la plus honteuse des défaites, et signe la mort de leur fausse image de la toute-puissance de Dieu. L’image qu’ils portent en eux d’un dieu potentat, haineux et exterminateur, Jésus la cloue sur la croix. La toute-puissance de Dieu est toute puissance d’aimer jusqu’à mourir pour ses ennemis et ses bourreaux. Il ne se pose pas en rival des pouvoirs religieux et politiques qui jouent leur survie en faisant mourir ceux qui ne pensent pas comme eux. Il choisit ainsi de se comporter à l’opposé des puissants de ce monde. Sa toute-puissance à lui n’est pas celle de la magie, du pouvoir dominateur, mais celle de la totale humilité, du service et de l’amour jusqu’à mourir pour les humains, qu’ils soient ses amis ou ses ennemis. (Mc 10, 42)

C’est ce que Paul proclame dans sa lettre aux Philippiens : une des premières hymnes chrétiennes sans doute.

« Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu,
il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ;
mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur.
Devenu semblable aux hommes
et reconnu comme un homme à son comportement,
il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir,
et à mourir sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ;
il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms,
afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme,
tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père. »

Pour conclure, une louange au Christ dans la Liturgie Maronite

« Nous t’adorons, toi le Très-Haut.
Tu t’es abaissé, et tu nous as élevés,
tu t’es humilié, et tu nous as honorés,
tu t’es fait pauvre, et nous as enrichis.
Tu es né, et tu nous as fait naître,
tu as reçu le baptême, et tu nous as purifiés,
tu as jeûné dans le désert, et tu nous as rassasiés,
tu as combattu contre le mal, et tu nous as donné la force.
Tu es monté sur un âne, et tu nous as pris dans ton cortège,
tu t’es présenté au tribunal, et tu nous as offerts,
tu as été conduit prisonnier chez le grand prêtre, et tu nous as libérés,
tu as été soumis à l’interrogatoire, et tu nous as fait siéger en juges,
tu as gardé le silence, et tu nous as instruits.
Tu as été souffleté comme un esclave, et tu nous as affranchis.
Tu as été dépouillé de tes vêtements, et tu nous as revêtus.
Tu as été attaché à une colonne, et tu as détaché nos liens,
tu as été crucifié, et tu nous as sauvés.
Tu as goûté le vinaigre, et tu nous as abreuvés de douceur,
tu as été couronné d’épines, et tu as fait de nous des rois,
tu es mort, et tu nous as fait vivre.
tu as été mis au tombeau, et tu nous as réveillés.
Tu es ressuscité dans la gloire, et tu nous as donné la joie,
tu t’es revêtu de gloire, et tu nous as remplis d’admiration.
Tu t’es élevé au ciel, et tu nous y as emportés,
tu y sièges dans la gloire, et tu nous as élevés,
tu nous envoyas l’Esprit Paraclet, et tu nous as sanctifiés.
Sois béni, toi qui viens, tout rayonnant de bonté ! »

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 09:07
Homélie du dimanche 29 mars 2020 aux jours de confinement et du corona virus !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 11, 1-45. 

« En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »
Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort,
et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,
beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;
quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »
Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. »

 

Homélie du dimanche 29 mars 2020 aux jours de confinement et du corona virus !

Devant la mort de son ami Lazare, Jésus se montre résolument impuissant. Devant sa propre mort qui s’annonce, il fera de même : il n’empêchera ses ennemis ni de le condamner ni de le tuer. Il ne choisira pas d’échapper à la mort, à la condition mortelle commune, il empêchera même ses amis de tirer l’épée pour le défendre. Le nouvel Adam mourra comme le premier, mais de la libre acceptation de sa condition humaine et de sa mort, Dieu fera surgir une vie nouvelle.

La mission du Christ n’est pas d’empêcher les gens de souffrir et de mourir. Il vient souffrir avec eux, souffrir et mourir comme eux, traverser avec eux ces épreuves redoutables de la condition humaine. Même son ami Lazare, il ne l’a pas empêché de mourir. Marthe et Marie ne le comprennent pas. Beaucoup réagissent comme elles et leur entourage, devant la question du mal et de la mort ou aussi devant certaines catastrophes – météorologiques, nucléaires, sanitaires ou autres – et cela peut faire en eux obstacle à la foi. Beaucoup ont du mal à quitter une vision magique de Dieu. Cependant, si la toute-puissance de Dieu se manifestait en intervenant sans cesse pour empêcher tous les malheurs, ne pourraient-ils pas tout autant lui faire d’autres reproches : notamment celui d’avoir créé des humains semblables à des marionnettes béates et passives reliées par des multitudes de fils invisibles à un Dieu grand magicien et manipulateur, guérisseur infaillible, ou monnayant ses grâces à qui peut les payer ou les mériter ?

« Jésus cria d´une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d´un suaire.

C’est un cri prononcé d’une voix forte, dit le texte. Un cri qui vient des profondeurs de la détresse humaine. Un cri de protestation devant ce qui paraît pour chacun insupportable, la mort. La mort des autres, des proches. La mort inéluctable aussi de chacun. Lazare représente ici le premier Adam et l’humanité première que Jésus vient délivrer des enfers de la mort. Jésus pousse deux fois un grand cri dans les évangiles : devant la mort de son ami et au moment de sa propre mort sur la croix. Jésus porte dans son cri tous les cris de ses frères et sœurs en humanité. Un cri qui s’adresse à Lazare. Un cri que Dieu adresse à chacun par la voix du Christ. Un cri de résurrection qu’il a adressé à tant de personnes rencontrées, enfermées dans les tombeaux de leur malheur : lève-toi, relève-toi, prends ton grabat et marche, étends ta main malade, confiance, n’aie pas peur, va en paix, sois guéri de ton mal, ouvre-toi, parle, suis-moi…

Quelle est donc cette autre vie, ou plutôt cette vie autre qui attend l’homme ? Où est cet ailleurs qui l’appelle à vivre au-delà du suaire qui l’enveloppe comme une chrysalide, qui entrave sa marche, qui ligote ses mains ? Quelle est cette vie éternelle où la mort est définitivement vaincue ? Et de quelle mort s’agit-il ?

Il s’agit de toutes ces morts dont le Christ est venu délier l’humanité. Ces morts déjà vaincues chaque fois qu’un aveugle se met à voir, qu’un pauvre se met à espérer, chaque fois que ceux qui pleurent sont consolés – ce mot qui veut dire en hébreu « aidés à accepter ce qui est arrivé » –, ceux qui tombent sont relevés, cette mort qui recule lorsque la vie de Dieu s’épanouit dans la vie des hommes.

Denis CHAUTARD

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 17:09
Homélie du dimanche 22 mars 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 9,1-41. 

« En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.
Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.
Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.
Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »

 

Homélie

Dans le train Nantes-Paris – c’est Jean Corbineau qui raconte – un homme est assis en face de son fils. Le petit garçon se gifle sans arrêt. Toutes les trois minutes, il pousse un long cri d’angoisse difficile à supporter. Le père s’occupe de son fils, handicapé mental profond, avec grande tendresse ; mais, dans son regard, on peut lire la douleur et la lassitude. Arrêt du train… Quatre marins montent et s’installent. Le petit garçon, un instant calmé, recommence sa plainte gémissante. Un des marins se lève et vient s’asseoir en face du petit. Il prend ses mains dans les siennes et le regarde dans les yeux. Aussitôt, un échange s’établit. Jusqu’à Paris, il restera près du petit, prenant la relève du père qui le regarde avec gratitude. A Montparnasse, les deux hommes se serrent longuement la main, toujours sans parler, puis le marin reprend son sac et disparaît dans la foule.

Quelles paroles ont été prononcées ? Aucune. Et pourtant, qui oserait dire qu’ils ne se sont rien dit ? Il y a donc un autre langage que celui des mots. Ce récit est tout entier dans les regards : le marin a vu l’enfant, il a vu la douleur de son père, il a regardé l’enfant dans les yeux ; et en se quittant, les deux hommes ont échangé un regard qui en disait long.

Voir ou ne pas voir, c’est aimer ou ne pas aimer. Pas étonnant que Jésus se soit souvent manifesté comme celui qui rend la vue aux aveugles. Pas étonnant qu’aujourd’hui il dise aux Pharisiens et aux Docteurs de la Loi : vous prétendez guider les autres, mais vous êtes des aveugles. Votre savoir orgueilleux vous bouche la vue. Que d’aveuglements devant la misère  et les injustices ! Heureusement, ils sont nombreux aussi ceux qui ont appris à regarder leurs frères et le monde à la manière du Christ. Des catéchumènes – des adultes qui se préparent au baptême – ont appris, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon nouvelle sur l’évangile et sur leurs frères. A Pâques ils célébreront le sacrement qu’on appelait autrefois sacrement de l’illumination. Comme si le miracle de la guérison de l’aveugle-né continuait.

Tous ceux qui ont reçu le sacrement de l’illumination, avez-vous pensé à faire de temps en temps un examen de contrôle de votre vue ? Le carême est un bon moment pour ça.

- Car si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. Maladie subtile que la distraction qui rapetisse notre cœur : “Excusez-moi, je n’ai pas fait attention.” Il en est souvent question dans l’évangile : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, avoir froid ?” (Mt 25) Et ce riche que Jésus dénonce, non pas parce qu’il a fait du mal à Lazare, mais parce qu’il ne l’a pas vu (Jean 11). Décider d’aimer, c’est décider de faire attention à ceux que l’on rencontre.

- Et si ton œil est sévère, tu ne peux pas aimer. Un regard qui classe ou qui condamne, c’est un regard qui tue. On dit même parfois: “il m’a fusillé du regard”.

Dans la 1ère lecture, au tiercé des candidats au trône, le petit roux aux yeux bleus n’avait aucune chance. Samuel, le prophète, ne songeait même pas à lui. Mais c’est pourtant David qui fut choisi ! Un bien mauvais choix aurait dit les spécialistes ou les frères écartés, une imprudence et une folie ! Mais Dieu ne juge pas selon les apparences humaines. Le Seigneur regarde le cœur. 

Et l’évangile d’aujourd’hui, relisez-le donc en observant le regard que Jésus pose sur les personnes. Le Père Decourtray l’a fait. Il écrit : “Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n’a pas vu en elle qu’une femme légère, il lui demande un verre d’eau et il engage la conversation ; quand il a vu Zachée, il n’a pas vu en lui qu’un fonctionnaire véreux, il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut ; quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit Tu seras toujours un traître, il l’embrasse et lui dit mon ami.” Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c’est la contagion de l’amour. Et puis, si nous avons accepté cet examen de notre vue et son diagnostic, il nous faudra accepter l’ordonnance : ce sera tourner nos yeux vers le Seigneur et lui demander souvent : “Seigneur, fais que je voie.” Car c’est Jésus qui guérit les yeux. Que ce soit notre prière… et le miracle de la guérison de l’aveugle continuera.  Que cette liturgie nous invite à quelques petits pas qui feront reverdir nos arbres de carême. Pourquoi pas dans le sens d’un élargissement de nos relations ? Le Christ nous invite toujours à nous bouger. Comme l’écrit Gabriel Ringlet : A l’aveugle de naissance, Jésus ne dit pas : “Vois ! Ta foi t’a sauvé.” Il dit : “Va ! Ta foi t’a sauvé.” Et c’est parce qu’il va qu’il voit.

 Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 20:57

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 07:50
Homélie du dimanche 15 mars 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 4, 5-42. 

« En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.
Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
– En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?
Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :
des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »
À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.
Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,
le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.
Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”
Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,
et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

 

Homélie

Jésus est en conversation avec une femme de Samarie. Il fallait être Dieu pour inventer cette rencontre impossible. D’abord, comme disait Jean Debruynne, “parce que personne en Palestine ne met le nez dehors à cette heure-là sauf les touristes” ! Et pour beaucoup d’autres raisons. Pour mieux comprendre, je vous propose une lecture

historique : un détour par le passé pour nous conduire au cœur du présent.

symbolique : un détour par le symbole pour nous conduire au cœur du mystère.

pratique : un détour par la vie actuelle pour nous conduire au cœur du réel

1/ Une lecture historique qui aidera à mesurer combien cette rencontre était scandaleuse.

Les Juifs détestaient les Samaritains. C’était pour eux un peuple de bâtards. Et un peuple d’hérétiques puisqu’ils ne fréquentaient pas le temple de Jérusalem mais le mont Garizim. Traiter quelqu’un de Samaritain était une injure ! Et de Samaritaine encore plus car la religion juive, fascinée par la sexualité et le sang, considérait les femmes comme impures. Et ça ne se faisait pas, pour un homme, de parler en public à une femme. D’où la grande surprise des disciples : leur rabbi parle à une divorcée remariée cinq fois ! Et provocante, par-dessus le marché, quand elle se défend de façon sarcastique : car on ne le lui fait pas, à elle, le coup du verre d’eau !

Voilà donc où Jésus met les pieds. Il va demeurer là deux jours et aborder cette femme  impure parce qu’elle est de Samarie, impure parce qu’elle est femme, et impure parce qu’elle est légère avec des maris vrais ou faux qui se succèdent chez elle. En face de cette femme trois fois impure, Jésus pulvérise la triple barrière : pour Dieu, il n’y a pas d’ennemis, pas d’exclus, et pas d’impardonnables ! Tous ont droit à l’eau vive de la Parole et de l’Amour. La résistance de la femme va s’écrouler parce que Jésus a vraiment soif. Voilà que Dieu dépend d’une fille publique pour un verre d’eau.

2/ Une lecture symbolique

Pour les nomades, un puits, c’est plus qu’un puits. Pour les hommes du désert un point d’eau est aussi un lieu de rencontre, un endroit où l’étranger devient l’ami. Dans la Bible c’est souvent le lieu où les mariages se nouent. Jésus rencontre la Samaritaine près d’un puits. L’eau rare en ces lieux, c’est maintenant la Parole de cet homme mystérieux : 

- une parole merveilleuse, profonde comme le puits et qui rejoint et la vérité d’une vie. “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait.” 

- une parole précieuse, plus vitale qu’une source dans le désert. 

- une parole définitive : la Samaritaine peut laisser là sa cruche. Elle n’a plus soif de cette eau-là, ni de ces amours-là. Les mots de Dieu ont comblé sa soif.

Enfin, le puits où se nouent les mariages est devenu le lieu où se déclare la nouvelle alliance entre le Christ et l’humanité. Jésus fait entrevoir l’adoration du Père en esprit et en vérité, au-delà des querelles de religions. Ce ne sera ni à Jérusalem, ni sur le mont Garizim, ce sera chaque fois que des hommes se tourneront vers Dieu avec un cœur droit.

3/ Enfin, une lecture pratique.

Aujourd’hui comme hier Jésus fait jaillir l’eau vive de sa Parole en pleine Samarie des hérétiques et des impurs. Ces gens que l’Evangile nous demande d’accueillir, qui sont-ils ? Cherchons bien : 

- c’est peut-être cette personne divorcée que sa famille rejette ; 

- c’est peut-être ce collègue de travail dont on n’ose pas soutenir le regard ; 

- ou bien le croyant d’une autre religion ; 

- ou cet homme suspecté à cause de ses idées, de sa race, ou simplement de son look ? Pas difficile d’identifier le Samaritain qu’on n’aime pas ! Et puis, la Samarie, elle est parfois en nous. Il y a des gens qui désespèrent d’eux-mêmes : “Ma vie est trop en désordre, Dieu ne peut pas m’aimer”.

N’oublions pas la Bonne Nouvelle de cet évangile : Jésus propose l’eau vive de sa Parole à tous, à commencer par les Samaritains et les Samaritaines ! Les portes de l’église vont s’ouvrir, tout à l’heure sur notre Samarie à nous. Vous le savez, Jésus y est déjà. Il y est arrivé avant nous. Ne passez pas près du puits sans vous y arrêter !

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 07:58
La Transfiguration, vitrail de Taizé

La Transfiguration, vitrail de Taizé

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 17, 1-9. 

« En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

 

Homélie

Beaucoup de gens disent : “je suis chrétien non pratiquant”. Si on s’étonne, ils disent : “Mais je crois en Dieu !” Ont-ils réalisé que ce Je crois en Dieu ne dit pas chrétien à lui seul ? Juifs, musulmans et d’autres croient en Dieu et ne sont pas chrétiens. Dans notre Credo où deux lignes suffisent à dire notre croyance en Dieu, notre foi chrétienne occupe seize lignes. C’est la foi au Christ qui fait le chrétien ; c’est Jésus, Dieu devenu homme, qui remplit notre Credo. Il était homme comme nous, avec de vraies mains et de vrais yeux qui savaient pleurer. Quelques temps avant sa mort épouvantable, il avait prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et, sur la montagne, on avait vu transparaître, dans son corps, la lumière de sa divinité. La foi chrétienne, ce n’est pas seulement penser que Dieu existe, mais c’est oser affirmer que la gloire du Dieu unique est sur le visage d’un homme en chair et en os !

La transfiguration éclaire la question la plus importante pour nous : la vie a-t-elle un sens ? Beaucoup de réalités humaines ont un sens évident : l’amitié, l’amour, la culture, la justice et tant de valeurs reconnues. Mais il y a aussi beaucoup de non-sens : cet enfant qui souffre et qui va mourir, ces massacres de populations, cet ouragan et ces avalanches. Alors on se demande qui va l’emporter du sens ou du non-sens ? De la mort ou de la vie ? Notre foi chrétienne répond : l’être humain n’est pas fait pour finir dans un trou. L’homme est destiné à être transfiguré en Dieu. Dans son évangile, saint Matthieu ose utiliser le même mot pour nous dire : “Le visage de Jésus resplendit comme le soleil” (Mt 17, 2) et “Les justes resplendiront comme le soleil” (Mt 13, 43). Voilà la densité d’éternité que prend chacun de nos actes humains.

Je me rappelle des jeunes qui, à l’occasion d’une confirmation, disaient avoir vu une transfigurée. Et ils ne parlaient pas de chirurgie esthétique. Ils parlaient d’une jeune en grande difficulté pour qui, d’un jour à l’autre, il y avait eu changement visible. Or, ses problèmes n’étaient pas réglés, mais elle avait reçu assez de force pour les affronter. Dieu continue de susciter des êtres radieux qui embellissent et transfigurent la vie. Car il a donné aux hommes mission de transfigurer le monde. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, mais, au nom même de leur foi en l’amour que Dieu donne, ils doivent être capables de créer la lumière. 

Qui n’a jamais entendu : “Ce jour-là, tu as été lumière pour moi.” ou bien : “Ta présence a ensoleillé notre dimanche.”  Ça veut dire qu’il y avait de la transfiguration dans l’air. La transfiguration, c’est comme une éclaircie. Ça ne supprime pas la nuit, mais ça l’éclaire. A Nantes une équipe accueille les familles qui viennent rendre visite à l’un des leurs en prison. Leur lieu d’accueil s’appelle… l’Eclaircie.

La transfiguration a eu lieu peu de temps avant la Passion. Dans un autre contexte elle aurait pu signifier puissance et éclat. Mais là, non ! Jésus est transfiguré… très peu de temps avant d’être défiguré ! Comme pour répondre par avance à l’ébranlement de la foi de ses amis : Pierre, Jacques et Jean seront tellement désemparés quand ils verront Jésus défiguré et mourant sur une croix dans le silence de Dieu ! Moment bref que la transfiguration. Ils sont toujours brefs ces moments-là, et il faudra bientôt redescendre dans le quotidien. Gérard Naslin le dit dans un raccourci saisissant : Jésus invite ses disciples à s’élever pour une ascension. Il faut prendre de la hauteur pour rencontrer Celui qui vient éclairer nos vies. Il leur demande de s’asseoir pour une contemplation, pour admirer,  pour entrer dans le mystère. Il les prie de redescendre pour résister à une tentation. Ils voudraient tellement que la lumière brille sans cesse, mais il leur faudra connaître les ténèbres du Vendredi Saint avant de connaître la lumière du matin de Pâques.” Jésus fait donc entrevoir sa résurrection à ses apôtres, les laissant deviner à quelle lumière conduit sa vie droite et sa fidélité à Dieu. Il mourra en croix, mais sa mort se changera en lumière. La mort n’a jamais le dernier mot sur ce qui est partagé par amour dans une vie. 

Le récit de la Transfiguration montre que Jésus est l’homme qui prie. Quand on entre dans la prière, Dieu est là, et sa réponse immédiate est de laisser sur le visage de la personne qui prie le rayonnement de sa présence.

 

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 09:41
Homélie du dimanche 1er mars 2020

Evangile de Matthieu 4,1-11

« Jésus fut alors conduit par l'Esprit au désert pour y être tenté par le diable. Il resta quarante jours et quarante nuits sans manger, après quoi il eut faim. Le tentateur s'approche donc et lui dit : «Si tu es Fils de Dieu, dis à ces pierres qu'elles deviennent des pains. » Mais Jésus lui répond : «Il est écrit que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l'emmène à la Ville Sainte et le dépose sur le rempart du Temple. Et il lui dit: « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il a donné pour toi un ordre à ses anges; de leurs mains ils te tiendront, de peur que ton pied ne heurte quelque pierre. » Mais Jésus lui répond : «Il est écrit aussi: Tu ne mettras pas au défi le Seigneur ton Dieu. » Une fois encore le diable l'emmène à une très haute montagne et lui montre toutes les nations du monde, dans toute leur splendeur. Et il lui dit: «Je te donnerai tout cela si tu tombes à mes pieds pour m'adorer. » Mais Jésus Iui dit : « Retire-toi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, c'est lui seul que tu serviras. » Alors le diable le laisse. Aussitôt des anges s'approchent, et ils le servent. »

Homélie

Cet Évangile s'appelle habituellement le récit des Tentations. Il serait préférable de l'appeler l'Évangile des victoires de Jésus. En effet, là où, dans le désert, le peuple hébreu avait succombé, Jésus, lui, sort vainqueur. Commencer le Carême par la contemplation d'une victoire est intéressant pour nous car nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que, dans la Personne de Jésus, le mal est vaincu, le mal a trouvé son maître, le mal s'est comme brisé. Toute la vie du Christ est une victoire sur le mal, toute sa vie est un non à la mort, au mensonge, à l'idolâtrie, à la haine, au péché.

Toute la vie du Christ est un oui à la vie, à la vérité, à la justice, à la bonté, au pardon. Toute sa vie est une victoire et la croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu'elle est victoire de l'amour et du pardon qui vont jusqu'au bout. Cette victoire nous révèle que La Trinité s'offre à nous par la Parole faite chair pour que nos vies, notre humanité, notre histoire, soient sauvées en Elle, définitivement. Est introduite ainsi, dans notre monde, pour tous les temps, pour aujourd'hui, pour hier et pour demain, la semence de sa victoire. Toutes nos vies étant marquées d'une manière ou d'une autre par une souffrance, un échec, une faute, il nous est bon de regarder cette victoire du Christ, gage de cette victoire définitive. Elle nous est promise ; elle est semence qui travaille le monde à la manière d'un ferment. Venu habiter de sa présence le désert de nos vies, Il est donc là, avec nous, à côté de nous, d'une présence définitive. Il nous rejoint jusque dans les recoins les plus désertiques de nos vies. Que nous reste-t-il à faire? La seule chose, c'est de croire et de nous laisser aimer par lui, s'offrir à son amour, au cœur même des déserts de nos vies : nos pauvretés, nos fragilités, nos blessures, nos souffrances, nos choix tordus, nos cœurs étriqués... Et même notre péché ! Accepter sa présence au cœur même de notre misère, ce n'est pas facile, car notre réaction spontanée c'est de penser que nous serons dignes de Dieu quand nous serons impeccables. Non ! Dieu nous veut tout de suite et il nous prend dans ses bras. Une pauvreté habitée par sa présence est toujours une pauvreté mais cela devient un lieu de rencontre avec l'Amour qui est Dieu, un lieu d'ouverture à la Grâce, une brèche où Dieu peut enfin laisser couler sa vie. Voilà notre lieu de conversion, une attitude qui va permettre à Dieu d'agir et de faire du neuf dans nos vies. Pour cela, il nous confie trois paroles : «L'homme vivra de la Parole de Dieu»: un appel à écouter l'Evangile « Tu ne mettras pas à l'épreuve, le Seigneur ton Dieu»: un appel à la confiance en Dieu. « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c'est à lui seul que tu rendras un culte» : un appel à nous libérer des idoles qui pourrissent notre vie. Ces trois paroles sont le secret de la victoire du Christ pendant ces 40 jours au désert et durant toute sa vie. Ce sont les paroles de notre victoire et de notre bonheur.

 

Sœur Michèle JEUNET, Religieuse du Cénacle.

 

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 07:08
Homélie du dimanche 23 février 2020

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 38-48. 

« En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Œil pour œil, et dent pour dent’.
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

 

Homélie

Une société à organiser

Période d’élections : des programmes de vie en société, à l’échelon d’une ville nous sont proposés. Il faut réagir contre la délinquance ; on ne peut pas laisser les personnes âgées en risque d’être agressées. Ne nous résignons pas à laisser les jeunes continuer à commettre impunément leurs forfaits. La justice se doit d’être ferme : peines planchers, doubles peines pour les récidivistes sont peut-être, aux yeux de certains, des sanctions trop cruelles. Reste - personne n’en doute - qu’il faut trouver les moyens efficaces de réagir. Réforme de la justice, aménagement des procès et des prisons, présence de la police : des propositions contradictoires sont avancées mais personne ne niera qu’il faut faire preuve de prudence et de sage fermeté.

Ne nions pas non plus que la violence déchire le monde. Depuis la guerre d’Irak, le mot « terrorisme » a pris une importance considérable. Les chrétiens d’Orient font les frais de certains groupes djihadistes qui persécutent les communautés ; que d’églises brûlées en Egypte ! Que de méfiance, de la part de certains groupes islamistes à l’égard des familles chrétiennes dont pourtant elles n’ont rien à craindre ! « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent ! ». Quelle étrange façon de manifester notre solidarité à l’égard de nos frères éprouvés !

Devant des situations de ce genre, comment entendre les paroles de Jésus rapportées aujourd’hui par Matthieu ? Le comportement qu’il propose ne peut qu’entraîner des ravages. Sans des structures fortes et ajustées aux situations des peuples, les hommes s’entredévoreront.

Innocents et coupables

C’est vrai. Le but des chrétiens aujourd’hui n’est pas d’ajouter un programme évangélique à ceux des partis en concurrence. Néanmoins, les propos de Jésus sont à prendre au sérieux. S’il est vrai qu’il faut réagir à celui qui vous frappe (« œil pour œil, dent pour dent » !), se protéger de ceux qui vous dépouillent et dérobent nos tuniques et nos manteaux, c’est que la bonté de Dieu n’habite pas encore vraiment notre cœur. Avouons d’ailleurs que si nous sommes du côté des victimes, si nous sommes en droit de faire un procès à qui nous a lésés, nous ne sommes pas pour autant des innocents. Le pape François a su montrer que, d’une certaine façon, la délinquance est un appel d’amour. Y aurait-il de la délinquance si nous savions faire régner la justice que l’Eglise prêche. Les biens du monde ont une destination universelle ; ceux qui en sont mis à l’écart appellent inconsciemment un monde où justice leur serait faite et où, recevant ce à quoi ils ont droit, ils n’auraient plus à chaparder.

En ce qui concerne le terrorisme qui fait fureur depuis septembre 2001, reconnaissons que la source du drame est aussi chez les Occidentaux qui ont voulu en d’autres siècles dominer l’Orient et qui aujourd’hui ne connaissent d’autres lois que celles de l’argent. Je cite encore le Pape François : « Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure...qui impose ses lois et ses règles....La disparité sociale est la racine des maux de la société ».

Trois évidences

En lisant cet Evangile, trois évidences devraient s’imposer à nous. Devant la difficulté de faire une société où règnent justice et paix, ne cédons pas à la tentation de classer l’humanité en deux catégories : les justes et les coupables. Rappelons-nous la parabole du publicain et du Pharisien qui priaient ensemble. L’un faisait l’inventaire de ses mérites qui n’étaient pas nuls ; l’autre reconnaissait ses faiblesses (« Prends pitié du pécheur que je suis »). Etre solidaire de l’humanité c’est reconnaître la communion du pécheur et du saint ; nul d’entre nous n’osera affirmer qu’il n’est pas du côté des pécheurs. Qu’il se rassure. Le camp du pécheur est le même que le camp du saint : sur l’un comme sur l’autre, tombent le même soleil et la même pluie qui fécondent la vie.

La deuxième évidence à souligner tient dans le fait que chacun de nous est pris dans un réseau d’appel et de demandes. Vivre en société consiste à être sans cesse sollicité : « Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter ». Qu’est-ce que vivre en société ? Qu’est-ce que vivre humainement ? C’est sans cesse recevoir le jour qui vient, l’air que l’on respire, l’eau qui désaltère et le pain qui assouvit. Si le monde entier entrait dans cette cohérence, si les ressources des pays pauvres n’étaient pas la proie des pays riches mais l’occasion de se tourner les uns vers les autres, la face du monde serait changée. Nos possibilités sont réduites mais si chacun, là où il est, tente d’entrer dans ce mouvement, la parabole du semeur est vécue. Une graine est lancée qui risque de produire du fruit.

Dernière évidence : nous pouvons, sans quitter notre humanité, pénétrer sans attendre dans le domaine de celui que Jésus appelle « Père ». Si nous quittons le domaine de l’équivalence, de l’ « œil pour œil et dent pour dent », si de l’ennemi qui nous persécute nous faisons un frère, si nous cessons de nous demander dans quelle mesure autrui a droit à notre considération, nous entrons dans la perfection inaccessible de Dieu : « Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

+Michel Jondot

Prêtre du Diocèse de Nanterre

(28 juin 1932 - 7 juin 2019)

 

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 10:12
Homélie du dimanche 16 février 2020

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 17-37

« Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux.
Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal.
Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu'un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.
Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.
Il a été dit encore : Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »

 

Homélie

Un écrivain très catholique, François Mauriac, a écrit au siècle dernier un roman (« La Pharisienne ») qui fait apparaître que le souci de perfection est dangereux. L’auteur met en scène une femme dont tous les actes sont inspirés par une morale chrétienne rigoureuse. Mais, en se soumettant aux impératifs de la loi, elle ne peut entendre les désirs de ceux sur lesquels elle se penche. Au nom de la charité évangélique elle soumet à sa volonté ceux que, dans sa famille comme dans son entourage, elle prétend aider ; ce faisant, elle les entraîne au malheur. Nous avons sans doute côtoyé ce genre de personnes dont la rigueur morale étouffe l’entourage.

Un discours étrange

Le discours de Jésus dont la liturgie nous fait lire quelques extraits, se termine par un impératif étrange : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Devant pareille exigence, il y a de quoi trembler. Qui peut atteindre pareille perfection ? On est tenté de poser la question que, dans un autre contexte, se posaient ses amis : « Mais qui donc peut être sauvé ? »

En réalité, ce passage du « discours sur la montagne » intrigue. « Tu ne commettras pas de meurtre » disait la loi. Obéir parfaitement à ce commandement, selon Jésus, c’est s’interdire de se fâcher ou d’insulter qui que ce soit. Lui-même pourtant n’hésite pas à traiter d’hypocrites ses contradicteurs ; il insulte, avec une certaine violence, Pierre qui ne comprend pas son message : « arrière de moi Satan ! »

« Tu ne commettras pas d’adultère », disait la Loi. Tout regard un peu concupiscent entraîne à la géhenne, précise Jésus. Pourtant à la Samaritaine en situation conjugale irrégulière il n’adresse aucun reproche et lorsqu’on soumet à son jugement une femme surprise en plein délit d’adultère, il refuse de la condamner et il la laisse aller.

« Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’ si c’est ‘non’. » Pourtant lorsqu’après le repas de la Cène, il parle à ses disciples, il tient compte de ce qu’ils peuvent recevoir. Il sait bien qu’on ne peut jamais dire toute la vérité à ses interlocuteurs : « J’aurais beaucoup à vous dire mais vous ne pouvez pas le recevoir ! »

La grâce et la loi

Comment expliquer ces contradictions ? Il faut, pour comprendre, se référer aux réactions de Jésus devant la prière de ceux qui prétendaient « accomplir » parfaitement la Loi. Il faut se souvenir de la parabole : un Pharisien se présentait à Dieu en se prévalant de sa perfection. ( « Je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont rapaces, injustes, adultères ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers ») A côté de lui, dans le Temple, un publicain prenait conscience de ses lacunes : « Prends pitié du pécheur que je suis. » En réalité, Jésus fait apparaître que le plus juste des deux n’est pas celui qu’on pense. Le publicain « descendit chez lui justifié, l’autre non ».

Il est bon, sans doute, d’être en règle avec la loi. Elle indique une route qui nous permet de vivre en société ; le monde musulman l’a compris : le sens du mot Sharia auquel il se réfère signifie « chemin ». Mais la loi de Moïse – pas plus que celle que promulgue l’Eglise catholique – ne peut procurer le salut. Humainement on peut récompenser un bon comportement : la société française a inventé des décorations pour les citoyens méritants. Mais dans la cohérence chrétienne les efforts ne sont d’aucun prix ; ce ne sont pas eux qui nous sauvent : le publicain de la parabole l’a bien compris. Le salut nous vient de la bonté de Dieu : implorons-le. C’est avec beaucoup d’humour que Jésus parle de la loi ; il montre qu’elle est trop rigoureuse pour que personne puisse vraiment la respecter. De toute manière, elle ne peut nous sauver ; elle ne réussit guère qu’à faire des pécheurs et entraîner à la condamnation. Le salut est donné gratuitement à quiconque le demande, indépendamment de ses mérites ; Jésus reconnaît que le publicain est sauvé parce que sa prière le détourne de lui-même et l’oriente vers Celui à qui il dit « Prends pitié ».

Une encyclique du Pape François illustre parfaitement cela. En rappelant les préceptes catholiques de la morale conjugale, il met en garde. Il n’y a pas d’un côté ceux qui sont en règle avec la loi et qui peuvent communier et d’autre part les divorcés qui seraient exclus des sacrements. Les uns et les autres sont sur le même chemin, en attente. Nul ne peut prétendre être en règle avec la loi mais tous sont invités à se tourner vers Dieu, à entrer dans son désir. Qu’ils en soient conscients ou non tous sont pécheurs aux yeux de la loi. Autrement dit, tous nous sommes à même enseigne et c’est heureux. Par-delà nos mérites ou nos fautes, la grâce est promise.

+Michel Jondot

Prêtre du Diocèse de Nanterre

(28 juin 1932 - 7 juin 2019)

 

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 07:54
Homélie du dimanche 9 février 2020

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (5, 13-16)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

 

Homélie

Il y aura bientôt des élections municipales. La première lecture de ce dimanche, tirée du prophète Isaïe – 400 à 600 ans avant Jésus Christ ! - est certainement l'un des textes les plus percutants de l'Ancien Testament. Ce pourrait être un excellent programme à suggérer aux candidats, sans nous dispenser de l’appliquer nous-mêmes ! De plus, il bouscule peut-être nos idées sur Dieu et sur la religion. En tout cas, nous avons là la réponse à l'une de nos grandes questions : ‘’Qu'est-ce que Dieu attend de nous ?’’. Et, en fait de réponse, on ne peut pas être plus clair ! En quelques lignes, tout est dit. ‘’Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable ‘’.

Dieu ne nous demande pas d'abord de faire de grands pèlerinages, de chanter de beaux cantiques, de faire de belles prières, - bien qu’il n’ait sûrement rien contre .... Mais à ses yeux, tout geste qui vise à libérer nos frères, à leur rendre toute leur dignité, à respecter le plus petit, vaut mieux que le jeûne le plus courageux. À bon entendeur, salut ! ou, comme dit Mathieu (13/9) Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende’’,

Venons-en à l’évangile pour tenter de dissiper un malentendu, au sens premier du terme. Le sel de la terre – on devrait dire, le sel de terre – c’est le sel gemme, extrait du sol, dans les mines de sel précisément, alors que le sel marin vient de la mer par évaporation, comme à Guérande par exemple. Le symbole est que les disciples du Christ sont issus de la terre, des ‘’terreux’’, des gens dans le monde, pas des extra-terrestres évaporés.

Vous êtes du sel de terre. En lui-même, le sel n’est pas bon. En grande quantité, il rend la terre stérile, la Mer Morte en est un exemple spectaculaire.

Dans la Palestine du premier siècle, le paysan qui voulait augmenter le rendement de sa terre mélangeait du sel au fumier pour engraisser la terre, en quantité raisonnable : trop de sel, et rien ne poussait ; pas assez de sel, et aucune amélioration. Il fallait trouver la juste dose. Doser en homme sage, en cultivateur avisé. Sel de terre, sel de la sagesse.

Le sel n'est pas bon en lui-même, donc, mais il rend savoureux ce qu'il assaisonne. Beaucoup trop de gens trouvent que leur vie est fade. Je pense notamment aux personnes âgées qui n’ont plus d’avenir ou qui sont seules des journées entières. Mais comme disait le serpent au Petit Prince, perdu dans le désert, ‘’On est seul aussi chez les hommes’’. À nous de proposer à tous ceux et celles qui se sentent seuls au milieu du désert de leur vie, le sel de notre présence fraternelle, de notre parole apaisante, de notre écoute attentive, de notre amitié respectueuse. Demandez aux ‘’petits frères des Pauvres’’ comment ils s’y prennent. Beaucoup de nos frères en humanité attendent l’humble sel de notre existence pour retrouver le goût de vivre, le goût de croire, le goût d’aimer.

Il ne faut pas non plus que nous nous prenions pour des lumières. Il ne s'agit pas de se faire voir, de briller aux yeux des autres. La lumière n'attire pas le regard sur elle, mais sur ce qu'elle éclaire et illumine. Nous sommes chargés par le Christ de mettre en lumière tout ce qu'il y a de beau, de bon, de vrai en tout être humain.

L'actualité n’est pas faite que de ce que nous font voir les journaux télévisés. Elle ne regorge pas que de sang, de larmes et de haine. Des peuples se libèrent de l’oppression, ‘’des ennemis se parlent et font ensemble un bout du chemin’’ (prière eucharistique pour la réconciliation (2). Partout des femmes, des hommes luttent pour faire passer un peu de lumière dans les obscurités apparemment les plus profondes. Toutes celles et tous ceux qui font preuve d’amour, de générosité, de compassion sont dans le cœur de Dieu qui est la source d’une vie pleine de lumière. Être lumière pour ce monde, c'est, à la suite de Jésus, faire voir que l’Esprit travaille au cœur des hommes (prière eucharistique pour la réconciliation (2), faire naître les lueurs de l’aurore, de l’Espérance au cœur de la nuit.

Nous sommes des ‘’terreux’’ qui croient au Ciel, nous pouvons donner du goût à la vie de nos compagnons de route, nous pouvons faire éclore la lumière dans l’obscurité de vies sans espoir.

Seigneur, donne-nous le goût et la force d’aimer et de Te faire aimer.

 

+ Roland Chesne, prêtre du Diocèse d’Evreux (1926-2018)

 

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