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  • : Journal de Denis Chautard
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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 08:50
Homélie du dimanche 2 février 2020

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,22-40

« Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse
pour la purification,
les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
pour le présenter au Seigneur,
selon ce qui est écrit dans la Loi :
Tout premier-né de sexe masculin
sera consacré au Seigneur.
Ils venaient aussi offrir
le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :
un couple de tourterelles
ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.
C’était un homme juste et religieux,
qui attendait la Consolation d’Israël,
et l’Esprit Saint était sur lui.
Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
qu’il ne verrait pas la mort
avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,
Syméon reçut l’enfant dans ses bras,
et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »

Le père et la mère de l’enfant
s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit,
puis il dit à Marie sa mère :
« Voici que cet enfant
provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
Il sera un signe de contradiction
– et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :
ainsi seront dévoilées
les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Il y avait aussi une femme prophète,
Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
Elle était très avancée en âge ;
après sept ans de mariage,
demeurée veuve,
elle était arrivée à l’âge de 84 ans.
Elle ne s’éloignait pas du Temple,
servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
Survenant à cette heure même,
elle proclamait les louanges de Dieu
et parlait de l’enfant
à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Lorsqu’ils eurent achevé
tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,
ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
rempli de sagesse,
et la grâce de Dieu était sur lui. »

 

Homélie

Le 2 février, c’est la Chandeleur, la fête des chandelles. À l’époque des Romains, c’était une fête en l’honneur du dieu Pan. Toute la nuit, les dévots de cette divinité païenne parcouraient les rues de Rome en agitant des flambeaux. Au cours de ces farandoles, on mangeait des galettes de céréales en l’honneur de Proserpine pour obtenir d’elle la fertilité de la terre. Cette pratique s’est maintenue jusqu’à nos jours dans la tradition des crêpes de la Chandeleur !

En 472, le pape Gélase 1er décida de christianiser cette fête en la faisant coïncider avec la célébration de la Présentation de Jésus au Temple, fête de la lumière en raison de la parole du vieillard Siméon, qui voit dans l’Enfant « la lumière qui éclaire les nations »

Le 2 février, nous célébrons la présentation de Jésus au Temple. Joseph et Marie, fidèles observateurs de la Loi, viennent au Temple pour offrir à Dieu leur fils premier né. Au moment de la naissance, on déposait le bébé sur les genoux du père qui le reconnaissait alors comme son enfant. En présentant Jésus à Dieu dans le Temple, c’est comme si ses parents le déposaient sur les genoux de Dieu pour qu’Il le reconnaisse comme son Fils.

Fête de la lumière, fête du fils de Marie et de Joseph et fête du Fils de Dieu qui dira quelques années plus tard. ‘’Je suis la lumière du monde : celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie’’. Jn 8/12

Le Livre du prophète Malachie, d’où est tirée la première lecture de ce dimanche jette un regard très critique sur les prêtres de l'époque qui exerçaient dans le Temple de Jérusalem. Il dénonce les magouilles, les fraudes, les injustices. Il dit que tout cela ne va pas durer, que le mal n’aura pas le dernier mot. Dieu enverra un messager pour mettre fin à ce scandale. Évidemment, Malachie se limitait à une restauration du culte dans le Temple.

Plus tard, Jésus, homme et Dieu, Lumière du monde, annoncera, lui, la destruction du Temple. Et ses disciples comprendront que le nouveau temple que Jésus veut purifier et édifier, c'est chacun de nous, hommes et femmes devenus fils et filles de Dieu. La lettre aux Hébreux (2ème lecture) insiste avec force, elle aussi, sur le mystère de Jésus qui a voulu partager avec nous "la condition humaine". Il a voulu être solidaire de nous jusqu'à l'extrême. Il n'a pas échappé à la mort qui fait partie de notre condition. Mais cette destinée ne s'est pas arrêtée à la mort. Jésus appartient pleinement à la famille humaine et pleinement à la famille de Dieu ; de ce fait, il est celui qui ouvre les portes du temple céleste. Désormais avec lui et en lui, les frères de Jésus ont accès à Dieu lui-même.

 Jésus "lumière des nations". Nous vivons dans un monde qui perd ses repères. Chaque jour, les médias nous en donnent de tristes exemples. Nous avons bien mieux à faire que de nous lamenter : comme le vieillard Siméon, nous sommes appelés à montrer Jésus au monde. Nous avons une obligation de témoignage. Comme le dit notre pape François : ‘’La joie dans l’Évangile’’ (n°259), Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu’’

Le principal travail c'est Dieu qui le fait dans le cœur de chacun. Nous ne sommes jamais causes des conversions dont nous sommes témoins. Tout au plus des occasions.   C’est Jésus, Lumière du monde et l’Esprit qui travaillent au cœur des hommes et les rend libres. Alors, nous pouvons dire comme Siméon : "Mes yeux ont vu ton salut que tu préparais à la face des peuples." L'Ancien Testament nous a révélé un Dieu qui a fait alliance avec un peuple, le peuple choisi. Avec Jésus, cette alliance s'élargit : elle n'est pas offerte au seul peuple élu mais à tous les peuples du monde. Grâce au Christ, c’est avec l'humanité tout entière que Dieu fait alliance.

Nous avons tous à témoigner de cette bonne nouvelle. En ce jour de fête, que naisse et grandisse en nous le désir de rencontrer Jésus et de nous laisser transformer par la Lumière qui est en lui. Nous le rencontrons dans la liturgie qui nous fait parcourir les étapes de sa vie. Nous Le rencontrons aussi dans les sacrements : le baptême, le sacrement du pardon. Mais surtout, dans l'Eucharistie : "source et sommet de toute vie chrétienne" (Concile Vatican II) "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi, je demeure en lui." (Jn 6. 56)

Nous sommes tous invités à prendre l'enfant Jésus dans nos bras pour l’adorer et le faire connaître autour de nous. Le Salut n'est une simple théorie mais quelqu'un qui nous révèle la tendresse de Dieu pour les hommes. Il compte sur nous. A la fin de chaque messe, nous sommes envoyés pour le montrer et le faire connaître.

Cette mission nous concerne tous, quel que soit notre âge. Mais la rencontre de Siméon et d’Anne nous montre l'importance des "seniors" dans la transmission de la foi. Beaucoup d'enfants, de nos jours, n'ont entendu parler de Jésus que par leurs grands-parents. Le renouveau de l’Église dépend aussi des plus âgés de ses membres. Ils peuvent être prophètes de l’Espérance comme le vieux Siméon et Anne, la veuve de quatre-vingt-quatre ans.

« Seigneur, envoie ton Esprit Saint : qu’il fasse de nous des témoins de la Lumière, des apôtres de Jésus auprès de tous ceux qui, dans les pays de l’ombre et de la mort attendent de devenir libres à la Lumière de ton Jour. »

 +Roland Chesne

Prêtre du Diocèse d’Evreux

1926 - 2018

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 08:39
Homélie du dimanche 26 janvier 2020

Evangile : Mathieu 4,12-23
« Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.

C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. »

 

Homélie

Jésus vient d’apprendre l’arrestation de Jean Baptiste. Mauvais temps pour les prédicateurs : ceux qui osent dire la vérité, on les fait taire. Ce serait donc le moment de ne pas faire de vagues, de rester tranquillement charpentier dans son village. C’est au contraire comme un signal pour Jésus et il décide de prendre la suite de son cousin qu’on emprisonne. Il quitte Nazareth-des-collines pour Capharnaüm-sur-Mer. Contrairement à Jean-Baptiste, il ne va pas au désert mais en pleine ville, à Capharnaüm ; il ne va pas comme Jean en Judée mais au cœur de la Galilée ; il ne rejoint pas la terre sainte du Temple mais la terre des païens. C’est une vraie rupture : ce ne sont pas des prêtres que Jésus appelle mais des pêcheurs du lac, des pauvres et non plus des docteurs. Jésus n’annonce plus d’abord la pénitence mais la Bonne Nouvelle.

Capharnaüm est le carrefour des païens : Jésus va pouvoir, dans ce nœud de communications, porter la Bonne Nouvelle à toutes sortes de gens. Prophète de la lumière, il vient pour éclairer le pays de l’ombre ; médecin des âmes, il va là où se trouvent les malades. Il vient se mettre au plus près de ceux qui sont le plus loin de Dieu.

Son attitude nous renvoie évidemment à nous-mêmes. On est tellement souvent repliés sur nos milieux chrétiens. Comme si on était atteints du virus de la communion avant celui de la mission. Quelqu’un disait joliment un jour qu’on est très occupés dans l’Église à canaliser, à mettre des tuyaux et des robinets, alors que le Seigneur nous invite à faire couler des sources. La piscine peut être luxueuse, mais s’il n’y a pas d’eau !

Jésus reprend tout de même la prédication du Baptiste : “Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est proche.” Changez vos cœurs, transformez vos manières d’agir. Laissez Dieu guider votre vie. Sans doute parce que, spontanément, nous ne sommes pas tournés vers Dieu ni vers les autres, mais centrés sur nous-mêmes. La société ne s’améliorera en profondeur que si je commence à me changer moi-même. C’est d’ailleurs au cœur de leur vie professionnelle que Jésus va appeler les premiers apôtres : Pierre, André, Jacques et Jean. Et nous voyons déjà, en eux, la conversion commencer. Jésus a quitté la tranquillité de son Nazareth. Ces quatre marins pêcheurs aussi vont laisser barques, filets et père pour oser suivre ce Jésus surprenant.

Et Jésus nous montre ce qu’est évangéliser. Prenons le temps de le contempler longuement. Il proclame une Bonne Nouvelle : le Royaume de Dieu est arrivé ! Il enseigne longuement, surtout en paraboles. Enfin il guérit, il se laisse émouvoir par toutes les souffrances rencontrées sur son chemin. Il sait que le constructeur de l’avenir, c’est l’homme. Dans notre société avec sa crise, sa morosité, sa peur de l’avenir, on fait des statistiques, on parle économie, on scrute les prix. Souvent on oublie l’énergie première : celle des humains, celle de l’homme.

“Cet être nu, écrit Gérard Bessière, ne s’est jamais arrêté. Aucune civilisation n’a satisfait et figé son désir. Il a toujours cherché plus loin. Ce n’est pas aujourd’hui, ni demain, qu’il renoncera. Le Royaume ignoré qui l’attire ne figure sur aucune carte. Il n’a ni frontières, ni armée… Rêve, direz-vous, fumée, mirages… Mais ceux qui s’efforcent de créer – ou de recréer – la bonté, la justice, la liberté sont des rêveurs efficaces. S’ils écoutent en eux le murmure obstiné de l’espérance, c’est pour changer le monde. Ces hommes et ces femmes refusent les fatalismes de la violence ou de l’apathie. Ils veulent que demain connaisse l’aube. Ainsi les brumes de novembre accompagnent les semailles, mais le grain enfoui sera moisson. L’arbre dépouillé par l’hiver prépare sa ramure. L’enfant, dès qu’il est là, transfigure la vie.”

Ces hommes et ces femmes qui refusent tous les fatalismes et qui veulent que demain soit meilleur, nous croyons que c’est le Christ ressuscité qui les réveille et change complètement leur vie. Et quelquefois ça commence très tôt, ce réveil et cette audace : je pense à Bénédicte, 9 ans, qui venait d’entendre parler pour la première fois, au caté, de la résurrection de Jésus. Ses yeux brillaient de surprise et, à son retour, elle s’est plantée devant sa maman : “Maman, la dame nous a dit que Jésus est ressuscité après sa mort. Comment se fait-il que tu ne me l’avais jamais dit ?

 Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 08:10
Homélie du dimanche 19 janvier 2020

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 29-34

« En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara :
Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;
c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi,
car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ;
mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe
et il demeura sur lui.
Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
« Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. »
Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

 

Homélie

Trois formules « choc » retiennent mon attention dans cet Evangile :

- « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »

- « Et moi je ne le connaissais pas » (par deux fois)

- « C’est lui le Fils de Dieu »

1°) « L’Agneau de Dieu » : cette proclamation du prêtre au moment de la communion lors de la messe nous dit une réalité « révolutionnaire » que nous oublions très souvent derrière ces expressions doucereuses et convenues. C’est ce que nous rappelle le répons du psaume 102 : « Dieu ne peut que donner son Amour, notre Dieu est tendresse ! ». Cette réalité a été parfaitement exprimée par le jésuite François VARILLON dans deux ouvrages exceptionnels : « l’humilité de Dieu » (1974) et « La souffrance de Dieu » (1975). Dieu se donne à l’homme sans s’imposer dans un Amour totalement gratuit.

« L’Agneau de Dieu » est venu « extirper » le péché du monde. Ce péché, celui d’Adam, mais aussi celui de Prométhée, celui de l’homme qui veut faire de dieu son « objet », la réponse à ses problèmes et à ses angoisses. L’homme qui fait de Dieu une « idole ».

2°) « Et moi je ne le connaissais pas » !

Quel incroyable constat de la part de Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, pourtant si proche de lui et qui a tressailli de joie dans le sein d’Elisabeth lorsque Marie enceinte de Jésus est venue lui rendre visite. Jean-Baptiste lui-même est totalement bouleversé par la rencontre de Jésus, le Christ. La rencontre de Jésus bouleverse totalement chacun d’entre nous !

3°) « C’est lui le Fils de Dieu » !

Nous cherchons un dieu qui comble nos manques et règle nos problèmes, un dieu forcément très riche, très puissant et très fort…

Mais que fait Dieu : il nous donne Jésus « l’Agneau de Dieu » et se donne totalement en lui.

Jésus est non seulement le chemin vers Dieu, Il est Dieu lui-même !

Je laisse le dernier mot à mon frère et ami Yves Patenotre, évêque émérite de la Mission de France : « Tu veux imiter Dieu ? Fais comme lui : deviens Homme ! »

Denis Chautard

 

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 07:36
Homélie du dimanche 12 janvier 2020

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (3, 13-17)

« Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire. Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »

 

Homélie

À l'époque du récit de Matthieu, le climat est sombre, occupation, impôts, chômage, pauvreté, religion sclérosée. Le peuple attend avec impatience la venue du messie sauveur annoncée par les prophètes. Même s'il n'en est pas l'initiateur, une partie du peuple hébreu rejoint Jean Le Baptiste pour recevoir son baptême de purification, car Jean fait partie de cette communauté juive qui croit au Dieu créateur qui accorde sa miséricorde pour le pardon des péchés, et le baptême dans l'eau en est le signe. Les personnes viennent donc à Jean pour être plongés dans le Jourdain, le fleuve de vie qui irrigue toute la Palestine du Nord au sud. Un baptême dans l'eau et uniquement dans l'eau pour le seul pardon des péchés avec l'engagement de chaque personne de changer sa vie et de ne plus s'écarter des commandements.
        Et Jésus vient, lui aussi, se faire baptiser par Jean, son cousin, pour vivre son humanité pleinement. Jésus partage leur vie, il a besoin de ce baptême pour être reconnu l'un des leurs. Homme né d'une femme, Jésus croit lui aussi à ce Dieu qui aime et accorde son pardon à tous ceux qui le lui demandent. Alors il s'approche, et même si Jean lui dit ne pas être digne de le baptiser car il sait au fond de lui, et depuis toujours – souvenons-nous de la rencontre des mamans enceintes : Marie et Élisabeth –  Jean sait que Jésus est l'envoyé de Dieu. Depuis des lustres les prophètes l'annoncent ! Le livre d'Isaïe est suffisamment évocateur: "mon élu, mon alliance avec le peuple, lumière des nations...". Mais Jésus insiste "Jean, laisse-toi faire, il le faut, il faut que tu remplisses toute ta mission pour que la Parole s'accomplisse, que la Révélation se dévoile." Mais, après le baptême, au moment où Jésus ressort du Jourdain, Dieu se révèle. Les nuages s'écartent, laissant passer la lumière, lumière divine, Dieu envoie son Esprit, symbolisé par cette colombe, pour que toute personne comprenne. Il officialise sa paternité et son amour en disant : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour" Par ces manifestations, Jésus, homme né de Marie, est officiellement reconnu Fils du Dieu vivant, dépositaire de son Esprit Saint en qui tout l'amour du Père s'incarne.

        Dès lors chaque baptême célébré en son nom, par l'Esprit que Jésus lui-même a laissé, révèle à chaque personne cet Esprit Saint signe de notre vie en Dieu, de notre vie de famille avec nos frères et notre Père !
        Par ce sacrement, vécu dans la foi qui le fonde, le reconnait et l'anime, chaque baptisé devient enfant de se ce Dieu de tendresse qui aime chacun d'un amour infini quel qu'il soit. St Pierre l'annonce aux païens et aux soldats de Rome "Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui font ce qui est juste." Il en est de même aujourd'hui, jeune ou vieux, pauvre ou riche, homme ou femme, tous reçoivent le même Esprit, tous reçoivent le même amour qui font d'eux des frères de Jésus le Christ, tous sont appelés à s'aimer comme Dieu aime chacun de ses enfants, comme le Christ nous le montre en offrant sa vie. Et nous nous inscrivons dans cette lignée des croyants en ce Dieu qui fait confiance à chaque personne car il l'aime. Nous sommes et nous resterons différents, mais dans le cœur de Dieu chacun est aimé comme son enfant, entièrement, totalement, si fort qu'il nous donne sa vie, sa vie divine, sa vie éternelle.
        Le baptême dans l'eau et l'Esprit annoncé par Jean Baptiste, se référant à Jésus et à l'Esprit qui l'habite, c'est celui que chaque Chrétien reçoit. Un baptême dans l'eau et dans l'Esprit symboles de mort et de re-naissance avec le Christ, de notre filiation et de notre famille chrétienne, l'Église. Un baptême trinitaire reçu dans l'amour du Père dans la vie et la mort du Fils, dans l'Esprit qui redonne Vie. Ne sommes-nous pas baptisé : au nom du Père… qui est amour, et du Fils… qui est Sauveur et du Saint Esprit… qui est lien de Vie ?
        À l'image de Jésus qui inaugure sa mission dès son baptême, annoncer au monde la Bonne Nouvelle du Salut pour tous les hommes, notre baptême, s'il nous identifie comme enfant bien-aimé de Dieu, nous envoie, nous aussi, en mission. Une mission triple "prêtre, prophète et roi" dit le rituel.
-  Comme prêtre : la mission de célébrer… Célébrer l'amour de Dieu, l'amour fraternel et prier pour remercier, demander, glorifier ce Père qui aime, ce fils qui s'offre et cet Esprit qui anime.
- Comme prophète : la mission d'annoncer... Annoncer la Parole et la Bonne Nouvelle, et oser dire les merveilles que Dieu fait pour nous.
- Comme roi : la mission de servir… Servir dans la charité, servir par amour son frère car c'est un besoin de savoir l'autre heureux pour pouvoir l'être entièrement.
        Envoyé pour célébrer, envoyé pour annoncer, envoyé pour servir ! Le baptême n'est pas le sauf-conduit qui ouvre les portes du Paradis mais une Grâce. La grâce de savoir que notre Père nous aime, que notre frère marche à nos côtés sur notre chemin de vie, que l'Esprit qui les unit habite en nous pour nous aider à vivre ensemble en frères heureux et joyeux d'appartenir à une grande famille qui s'entraide.
        Dans les moments de joie ou de peine, dans nos relations heureuses ou difficiles, dans nos fragilités ou dans nos talents… rappelons-nous la grâce de notre baptême, la confiance, la liberté et l'amour qui nous ont été donnés, pour le vivre en plénitude chaque jour, dans la joie et la paix de l'enfant aimé… car c'est à chacun de nous que Dieu dit : " Tu es mon enfant bien-aimé ; en toi je mets tout mon amour !"


Patrick DOUEZ, diacre permanent
Diocèse de Nantes

 

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 17:58
Le Sommeil de l'Enfant Jésus de Giovanni Battista Salvi, dit SASSOFERRATO (1609-1685) Musée du Louvre

Le Sommeil de l'Enfant Jésus de Giovanni Battista Salvi, dit SASSOFERRATO (1609-1685) Musée du Louvre

 Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21.

« En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. »

 Homélie

Sainte Marie, Mère de Dieu – 1er janvier (vœux) – Journée mondiale de la paix. Alors ce sont forcément des vœux de paix. A commencer par un extrait du message du pape François : « Si les droits de l’être humain sont sauvegardés, de même que l’égale dignité de tous sans discriminations ni distinctions, la non-violence comme méthode politique peut alors devenir une voie réaliste pour le dépassement des conflits armés. Dans cette perspective, il est important que l’on reconnaisse toujours davantage la force du droit au lieu du droit de la force. »

Aujourd’hui, en célébrant Marie, nous célébrons l’Église qui porte en elle le Christ, comme Marie a porté Jésus. Si l’Église porte en elle le Christ, elle doit témoigner du Dieu de Paix que le Christ a fait connaître. Les premiers annonceurs furent les bergers, ceux que souvent on marginalisait : “Après avoir vu l’enfant…, les bergers racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant” (Luc 2, 17). Et ils furent tellement convaincants que saint Luc ajoute : “Tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que racontaient les bergers” (Luc 2, 18). Alors je vous propose trois questions pour nous : Qui sont les bergers d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’ils annoncent ? Quels vœux formuler en ce premier jour de l’année 2020 ?

Qui sont les bergers d’aujourd’hui ? Au temps de saint Luc, les bergers étaient considérés comme de pauvres marginaux. C’est pourtant à eux que l’ange annonce en premier la naissance de Jésus : (texte de noël) “Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle… : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur” (Luc 2, 10-11). Ça veut dire une fois de plus que Dieu a un faible pour les petits et les mal aimés.

Quelle Bonne Nouvelle annoncent les bergers ? Ils annoncent quelque chose de neuf. C’est pour ça que tout le monde est étonné. En effet, pour que le message soit bonne nouvelle, il doit être neuf pour parler à un monde qui change. Saint Paul dit que la Bonne Nouvelle est chaque jour neuve, comme chaque matin est tout neuf pour l’enfant qui court dire bonjour à son papa. Nous sommes, dit-il, fils et filles de Dieu, habités de l’Esprit de Christ qui nous invite à appeler Dieu : “Abba !” (Ga 4, 6), c’est à dire Papa.

Quels vœux formuler aujourd’hui ? Pourquoi ne pas utiliser la belle formule de bénédiction du livre des Nombres (1ère lecture d’aujourd’hui) :

- “Que le Seigneur te bénisse et te garde !” (Nombres 6, 24) Le dominicain Léon Paillot dit que Bénir, en latin, signifie dire du bien. Mais que le mot bénédiction a une origine arabe qui se réfère à la force vitale de la fécondité. Ça veut donc dire qu’en bénissant quelqu’un, nous sommes responsables de la qualité de sa vie, de sa dignité. Sinon, la bénédiction de Dieu reste sans effet. Dieu a besoin de nous pour bénir.

- “Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage !” (Nombres 6, 25). Il s’agit d’être visage de Dieu pour les autres, visage souriant qui fait du bien et qui donne à espérer un avenir meilleur.

- “Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” (Nombres 6, 26). La paix biblique, le shalom, c’est l’harmonie avec soi et les autres. Dieu ne peut la faire sans nous. Alors faisons-la… Et nous aurons de belles surprises, si l’on en croit François Varillon dans son livre La parole est mon Royaume : “Quand je fais mon travail d’homme qui est d’humaniser les relations entre les personnes, le Christ fait son travail de Dieu : il divinise ce que moi j’humanise.”

“Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage !” C’est possible parce que chaque humain a quelque chose de beau en lui. Ecoutez cette petite parabole : Il y avait un énorme bloc de pierre informe qui défigurait la place du village. On ne savait même plus d’où il venait. Ce fut décidé : il faut l’enlever. Un sculpteur passa par là et apprit la nouvelle. Il proposa : « Je peux faire de ce rocher une œuvre d’art dont vous serez fiers. » Marché conclu. Pendant des semaines, derrière la palissade qui entourait le bloc, on l’entendit travailler. Enfin on put dévoiler la sculpture et l’on découvrit un magnifique cheval. Applaudissements… Un enfant interrogea le sculpteur : “Comment savais-tu qu’il y avait un cheval dans ce bloc de pierre ? »

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 07:58
Homélie du dimanche 5 janvier 2020, Fête de l'Epiphanie

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2, 1-12

« Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem     et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
    En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.
    Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.
    Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
    Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »
    Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;     puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
    Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.
    Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

    Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

 

Homélie

La foi commence toujours par une expérience « intime ». Regardez à Noël : les bergers sont les premiers à venir adorer l’enfant de la crèche. Ce sont les plus proches et les premiers touchés ! Aucun des grands de ce monde n’est prévenu et Hérode n’en croit pas ses oreilles ! Regardez au matin de Pâques : quelques femmes venues embaumer le corps de Jésus découvrent le tombeau vide et l’ange qui leur dit : « il n’est pas ici, il vous précède en Galilée ! ». Mais après la naissance comme après la résurrection il y a une manifestation « aux nations » : l’évènement prend une portée « universelle ». Après Noël c’est « l’Epiphanie » : les mages venus des extrémités du monde connu de l’époque ! Après Pâques c’est la « Pentecôte » : l’annonce de la résurrection de Jésus à Jérusalem dans toutes les langues connues de l’époque ! Il y a un parallèle plein de sens entre Noël et l’Epiphanie, Pâques et la Pentecôte : on passe de la rencontre intime, personnelle avec le Christ, sans laquelle la foi n’existe pas, à une manifestation publique et universelle sans laquelle la foi disparaît.

Ces mages représentent les peuples « païens », tous ces hommes de bonne volonté, l’humanité en recherche de sens, en quête du salut !

Intéressons-nous un instant aux « présents » qu’ils déposent aux pieds de l’enfant de la crèche : « l’or, l’encens et la myrrhe » !

-                      L’or : c’est l’attribut du ROI. Le roi qui est dépositaire de la Sagesse, de la Justice et de l’Amour de ses sujets. Regardez Salomon qui est le prototype du Roi en Israël : c’est sur lui que repose la Sagesse. C’est lui qui pratique la Justice et qui aime son peuple. En venant déposer l’OR aux pieds de Jésus, le mage indique que l’humanité qui recherche un roi, qui recherche l’amour et qui l’a trouvé. Désormais ce ROI c’est le Christ ! La vertu cardinale que représente l’OR, c’est l’AMOUR !

-                      L’encens c’est l’attribut du PRÊTRE. Le prêtre qui préside à la prière, lui qui transmet à Dieu les demandes des hommes, lui qui remet aux hommes le pardon de la part de Dieu. Dans la première alliance, c’est lui l’intermédiaire entre Dieu et les hommes. En déposant l’encens aux pieds de Jésus, le mage indique que l’humanité qui recherche la foi et qui recherche un prêtre et qui l’a trouvé. Désormais ce Prêtre, le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes, c’est lui, c’est le Christ ! La vertu cardinale que représente l’encens c’est la FOI !

-                      La myrrhe est le parfum avec lequel on embaumait les morts afin qu’ils soient accueillis dans l’autre Vie, en vue de la résurrection. La myrrhe est le symbole de « l’ESPÉRANCE ». L’ESPÉRANCE est l’attribut du PROPHETE : celui qui vient réveiller le peuple dans les pires moments de son histoire, alors qu’il croit que Dieu l’a abandonné et qu’il est voué à la disparition et à la mort. En déposant la myrrhe aux pieds de l’enfant de la crèche, le mage indique que l’humanité en quête d’espérance, qui cherche un Prophète et qui l’a trouvé. Désormais ce prophète c’est le Christ ! La vertu cardinale que représente la myrrhe, c’est l’ESPÉRANCE !

L’or, l’encens et la myrrhe sont les symboles de cette double trilogie :

La première trilogie : « La Foi, l’Espérance et l’Amour »,  les trois vertus « théologales » !

La deuxième trilogie : « Prêtre, Prophète et Roi » : l’onction d’huile sainte, le saint Chrême que chaque chrétien reçoit au jour de son baptême et de sa confirmation.

Désormais, dans la nouvelle alliance, le seul Prêtre, Prophète et Roi, c’est lui : le Christ, et à sa suite tous les Chrétiens !

 

Denis CHAUTARD

Prêtre de la Mission de France à Vernon (Eure)

 

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 10:12
"La Fuite en Egypte " : Fresque de Gabriel Chabrat, Eglise de Sous-Parsat (Creuse)

"La Fuite en Egypte " : Fresque de Gabriel Chabrat, Eglise de Sous-Parsat (Creuse)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,13-15, 19-23

« Après le départ des mages,
voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph
et lui dit :
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère,
et fuis en Égypte.
Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse,
car Hérode va rechercher l’enfant
pour le faire périr. »
    Joseph se leva ;
dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère,
et se retira en Égypte,
    où il resta jusqu’à la mort d’Hérode,
pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :

D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

    Après la mort d’Hérode,
voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte
    et lui dit :
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère,
et pars pour le pays d’Israël,
car ils sont morts,
ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »
    Joseph se leva,
prit l’enfant et sa mère,
et il entra dans le pays d’Israël.
    Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée
à la place de son père Hérode,
il eut peur de s’y rendre.
Averti en songe,
il se retira dans la région de Galilée
    et vint habiter dans une ville appelée Nazareth,
pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes :

Il sera appelé Nazaréen. »

 

Homélie

Famille, terre de libération...

 

Quel beau mystère ! Le fils de Dieu a choisi de naître dans une famille humaine, dans les bras humains d’un homme et d’une femme. Lui, le Christ de l’univers, n’a pas trouvé d’écrin plus noble que le modeste foyer d’un couple de galiléens pour s’incarner…

Comme l’Eglise a raison de nous faire fêter aujourd’hui la « sainte famille » !

Une famille qu’il faut cependant bien nous garder d’idéaliser ! Certaines images « pieuses » écrasent plus qu’elles n’aident à vivre… A certaines heures  - l’épisode de la « fugue » lors du pèlerinage familial au Temple de Jérusalem nous le rappelle  (Luc, 3, 41-52)- , la relation entre Jésus et ses parents n’a pas toujours été évidente. Voici qui, pour nous, est plutôt rassurant : la « sainteté », ce n’est pas une perfection inaccessible. La « famille chrétienne », ce n’est pas une famille idéale. C’est une famille qui, malgré ses limites, ses difficultés, ses crises accepte de toujours se remettre en marche. Ce n’est sans doute pas un hasard si Matthieu évoque - dans un curieux parallèle avec l’histoire du peuple hébreu  - le retour d’Egypte vers Israël de la « sainte famille ».

Comme si toute famille humaine devait, à  son tour vivre l’Exode : sortir de ses esclavages et marcher vers la terre promise de sa libération. Avec pour tout bagage ce conseil de Paul : « Revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement… » Une expression que nous pourrions presque entendre de manière « sportive » : soyons, dans nos familles, les « supporters » les uns des autres ! Aidons-nous mutuellement, par un pardon toujours renouvelé, à grandir dans l’amour. « Ta miséricorde (…) relèvera ta maison » nous promet Ben Sirac le Sage.

 

Bertrand REVILLION

Diacre permanent, écrivain, journaliste et éditeur

 

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 20:42
L'annonce à Joseph de Georges De La Tour (1593-1652) Musée des Beaux Arts de Nantes

L'annonce à Joseph de Georges De La Tour (1593-1652) Musée des Beaux Arts de Nantes

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 1, 18-24. 

« Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. »

 

Homélie

Joseph et Marie. Un couple bien plus proche de nos situations humaines qu’une lecture superficielle de l’évangile ne pourrait le laisser croire. Au départ, deux jeunes qui ont fait ensemble le beau projet de devenir époux. Ils connaissent ce temps de bonheur que sont les fiançailles. Marie est “accordée” à Joseph… accordée comme un instrument de musique qui sonne juste. Les accordailles, en ce temps-là, engagent autant que le mariage. En droit hébraïque, le contrat est signé le jour des accordailles. Marie est donc légalement la femme de Joseph, mais la coutume juive prévoit un délai avant la cohabitation.

Or, voici que Joseph connaît l’affreuse souffrance d’apprendre que sa fiancée est enceinte. Et il décide de ne pas épouser Marie. Décision d’un homme juste, nous dit l’évangile. Cette histoire est parfois la nôtre. Nous nous trouvons dans des contraintes que nous sommes invités à dépasser, pour trouver une solution… en Dieu. Couples stériles, enfants inattendus, enfants malades, grands adolescents qui donnent du souci, enfants adultes qui suivent un chemin qui nous est douloureux… dans toutes ces situations, nous sommes tentés de nous passer de Dieu. Or, la solution dernière de nos problèmes humains, comme pour Joseph, ne se trouve qu’en Dieu !

Car voici que Dieu demande à Joseph de revenir sur sa décision. Et il lui confie une double mission : prendre Marie chez lui comme épouse et donner un nom à l’enfant, c’est-à-dire assumer la paternité légale de cet enfant. Pour des parents, adopter un enfant c’est l’accueillir comme s’il était né de leur chair, c’est prendre un enfant pour le sien, comme le chante Yves Duteil. Au temps biblique l’adoption avait beaucoup plus de valeur encore qu’aujourd’hui. Les liens adoptifs étaient même plus forts que ceux du sang. En adoptant le fils de Marie, Joseph devient son vrai père, mais par une sorte de don de Dieu. Oser accepter que Dieu modifie nos projets pour nous les rendre purifiés et transformés !

En quatre étapes, le temps de l’Avent nous fait revivre la longue attente de l’homme dans l’histoire et l’attente de chacun de nous dans sa vie de tous les jours. Des visages nous ont été présentés par la Bible pour nous apprendre à espérer. Le passage de l’évangile d’aujourd’hui fait suite à une longue liste de noms, liés les uns aux autres à la même lignée issue d’Abraham pour s’arrêter à Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus. La Bible est un livre qui nous fournit tout plein de noms propres. Quarante cinq noms précèdent le passage d’aujourd’hui. Chacune de ces personnes a son histoire, et une histoire à ne pas mettre dans toutes les mains. Et notre espérance c’est qu’avec ces hommes et ces femmes Dieu a écrit une histoire sainte. Il a fait, comme dit l’évangile de Matthieu, la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham.

Le Dieu de la Bible s’appelle Emmanuel, Dieu-avec-nous, Dieu qui ne doute pas de l’homme. Il s’incarne dans sa chair, il se donne à voir sur son visage.  L’Evangile de ce dimanche nous fait rencontrer deux personnes : Joseph et son épouse Marie. Aujourd’hui, avec Saint Matthieu, c’est l’Annonciation faite à Joseph, alors que dans Saint Luc, c’est l’Annonciation faite à Marie. La seule différence, c’est le silence de Joseph. “Il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : Il prit chez lui son épouse.” Il ne dit rien. Mais il a déjà un nom à donner à l’enfant, un nom qui en dit long sur l’avenir de l’enfant. Donner un nom à l’enfant, c’est assumer sa paternité légale. Joseph représente, pour cet enfant-Dieu-avec-nous, la terre d’accueil qui lui donne un père, une mère, un nom, un pays, un métier. La vie que Marie porte en elle a déjà le nom d’Emmanuel. Marie le sait. Joseph le sait. En silence, ils attendent de voir le visage du Dieu-avec-nous. C’est dans cette attente que ce dimanche nous invite à entrer, à vivre intensément un temps de désir.

Pour nous y aider, cette prière de Hyacinthe Vulliez : Emmanuel, c’est ton nom, Dieu avec nous. Certains sont partis en guerre pour tuer leurs frères avec ce nom inscrit sur le ceinturon. Et combien ont massacré et massacrent encore en ton nom sans l’avoir inscrit sur le ceinturon ! Dieu, tu es avec nous pour nous tirer du mal et non pour servir d’alibi à nos justifications. Dieu, tu es avec nous pour nous faire franchir les obstacles qui barrent la route à la justice et à la fraternité. Dieu Emmanuel, tu es chaque jour avec nous. Avec nous d’une présence qui ne cesse de venir.

 

Robert TIREAU

Prêtre du Diocèse de Rennes

 

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 19:04
Funérailles de Michel PINCHON samedi 14 décembre 2019 en l’église de Breteuil sur Iton

Homélie de Jean-François Berjonneau

Frères et sœurs,

La maison de Gouville où habitait Michel était ouverte à tous :

Laïcs et prêtres, croyants et incroyants, personnes en galère ou en recherche, hommes et femmes de culture ou de convictions différentes, jeunes ou personnes avancées  en âge, habitants de Gouville ou venus des 4 coins du monde…

C’était un carrefour incroyable de rencontres et de dialogues de toutes sortes !

Mais tous se sentaient en famille car c’était la grande famille de Michel Pinchon.

Aujourd’hui sa maison est trop petite pour nous accueillir tous.

Mais cette église de Breteuil veut être à son image : La maison de « la fraternité » (comme son maître spirituel Charles de Foucauld appelait sa propre maison), une maison ouverte à tous 

Nous voici rassemblés dans une même peine autour de celui qui a été pour chacun(e) de nous un grand frère, un ami, parfois un confident…quelqu’un qui nous a écouté avec cette « justesse d’écoute » dont parlait un de ses amis de toujours,

Quelqu’un qui nous a accueilli, soutenu, conseillé et qui va certainement nous manquer dans les jours qui viennent.

Je le ressens moi-même en essayant de trouver les mots pour accompagner dans ce grand passage celui qui a été pour moi un grand frère dans le sacerdoce, un compagnon de route durant tant d’années.

Oui, même si nous avons des vocations et des parcours différents, même si nous n’avons pas le même  caractère ni la même manière de nous situer en Eglise, même si les chemins spirituels que nous empruntons sont divers, c’est une communion fraternelle profonde qui nous rassemble autour de lui  par-delà même la mort. Et la source de cette communion fraternelle c’est le Christ ressuscité en qui Michel avait placé toute sa confiance et auquel, comme prêtre, il avait donné toute sa vie.

 

C’est assez paradoxal :

Au moment où la tristesse emplit nos cœurs, au moment où les larmes embuent nos regards, l’Evangile des béatitudes nous parle de bonheur ! Heureux, bien heureux neuf fois répétés par Jésus lui-même.

Et ce n’est pas seulement un appel au bonheur…

C’est le constat d’un bonheur possible au cœur de nos peines et de nos chagrins.

Et c’est peut-être le défi de cette célébration qui nous rassemble autour de Michel aujourd’hui !

Michel nous a laissé un goût prononcé du bonheur !

La troisième béatitude ne nous dit-elle pas : « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! » ?

Oui, au cœur de cette peine qui nous étreint, il ya pourtant de la place pour la joie, car la consolation nous est donnée !

Mais d’où nous vient cette consolation ?

Précisément de ce chemin des béatitudes qui nous a été ouvert par le Christ dans l’Evangile et qui introduit dès maintenant, dans notre vie terrestre, une lumière d’éternité.

Car vous l’avez remarqué, la première béatitude nous parle au présent :

« Bienheureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux »…Dès aujourd’hui, pas seulement pour demain ou après la mort !

Au point que Maurice Zundel a pu écrire :

« Le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort.

Si nous étions vivants avant la mort, en effet, s’il y avait en nous cette grandeur, cette puissance de rayonnement, où s’atteste une valeur, s’il y avait en nous une source jaillissante, si notre vie portait partout la lumière, la mort en nous serait progressivement vaincue ! »

Pour nous Michel a été ce vivant qui a élargi nos horizons et qui nous a introduits dans cet amour du Christ sans limite qui est déjà victoire sur la mort. Et il demeure ce vivant !

Et c’est ce chemin des béatitudes qui a été comme sa boussole et qui l’a enraciné de son vivant dans cette éternité bienheureuse…

 

En fait, vous l’avez tous remarqué, ce chemin des béatitudes va à contre courant du chemin que nous trace cette société dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Car la conception du bonheur qui habite beaucoup de gens dans ce monde où nous vivons pourrait se décliner ainsi :

Bienheureux ceux qui peuvent jouir de leurs richesses et assurer leur avenir sans problème

Bienheureux ceux qui ont du pouvoir et qui sont remarqués pour leurs compétences

Bienheureux ceux qui entrent dans la compétition et qui ont du battant,

Bienheureux ceux qui pensent que « charité bien ordonnée commence par soi-même »

Bienheureux ceux qui ont matière à rire et à profiter de la vie…

Mais comme le dit la chanson : « Qui parle de ce type de bonheur a souvent les yeux tristes… »

Eh bien, Michel s’est toujours situé à contre courant de cette manière de mener sa vie. Car il est resté toute sa vie un homme libre ! Libre pour aimer !

 

Le chemin si paradoxal des béatitudes et qui introduit l’éternité au cœur de notre présent si souvent obscur et incertain  c’est celui du Christ qui place l’amour au cœur de notre vie.

Car quand on aime, on ne peut qu’être pauvre de cœur et murmurer à celui que l’on aime « que serais-je sans toi ? »

Quand on aime à la manière du Christ, on ne peut qu’être doux et bannir toute contrainte ou domination sur l’autre…

Quand on aime vraiment, on ne peut que pleurer vis-à-vis de la souffrance des pauvres et des exclus et s’engager à leurs côtés pour une vraie solidarité

Quand on aime on ne peut qu’être saisi par la soif de justice pour que chacun soit reconnu dans sa dignité et ait sa part de pain.

Quand on aime, on est porté par la compassion du Christ, on ne peut qu’être empreint de cette miséricorde qui donne toujours le dernier mot à l’amour en réponse au mal et au péché.

Et même, même… cette puissance de l’amour du Christ peut maintenir en nous cette petite flamme de joie insolente, persistante et résistante, au milieu des contradictions et des oppositions que nous rencontrons immanquablement sur un tel chemin !

C’est cette lumière de l’amour du Christ qui a éclairé ce parcours de la vie de Michel, à sa manière, avec ses hauts et ses bas, ses élans et sa fragilité, ce sentiment si fort de la fraternité mêlé à ce désir farouche de sauvegarder sa liberté…

Lors de notre dernière rencontre de fraternité sacerdotale, il y a environ un mois et demi, Michel avait voulu faire brièvement la relecture de sa vie depuis son enfance jusqu’à ces dernières années marquées par sa fragilité. Etait-ce le pressentiment qu’il avait d’arriver au bout du chemin de son existence ?  Et il concluait cette relecture par ces mots : « J’ai eu la chance de pouvoir rester un homme libre. Et il ajoutait : «  Je n’ai jamais aimé qu’on ait la main mise sur moi… » Et ce disant, il était lucide sur lui-même car cela le caractérisait bien !

Quand on écoute la relecture de sa vie, telle que Jean-Louis nous l’a faite au début de cette célébration, on ne peut qu’être frappé par la richesse et la diversité de son ministère qui a fait de lui « un prêtre des périphéries » comme nous y appelle sans cesse notre Pape François.

Libre il l’a été dans sa capacité à rebondir et à transformer la blessure qu’il avait ressentie dans l’Eglise en un chemin ouvert pour une plus grande proximité et une vraie solidarité avec les pauvres et les blessés de la vie ici et dans tous des tiers mondes de notre planète..

Libre aussi dans cette pratique de la fraternité sans frontière qui l’a conduit à rejoindre  dans leur langue maternelle tant de prêtres de la fraternité sacerdotale Jesus caritas, dans tous les continents, solidaires de leurs peuples de pauvres.

Libre dans son long accompagnement de l’équipe diocésaine du CCFD pour que cette solidarité vienne rejoindre les pauvres de toute les parties du monde dans la prise en main de leur destin.

Libre dans sa volonté de participer à la vie publique de sa commune dans cette responsabilité qu’il a assumée au sein du Conseil municipal de Gouville dans une grande amitié avec son Maire

Libre dans ce regard de miséricorde et d’espérance qu’il a porté sur un frère prêtre en prison dont il a accueilli le corps dans son caveau funéraire et qu’il rejoint maintenant

Libre dans sa recherche intellectuelle et dans son goût et son assiduité pour la lecture  pour tenter de comprendre ce monde complexe et en crise dans lequel nous vivons

Libre dans sa passion de faire partager cet amour du Christ et de l’Evangile dans les innombrables groupes bibliques qu’il a animés  et dans les groupes d’action catholique qu’il a accompagnés dans toutes les parties du diocèse.

Libre dans cette proximité de la terre et de la culture de son jardin qui l’a toujours tenu dans la patience et dans l’humilité en bon rural qu’il était…

 

Mais il faut chercher la source de cette liberté.

Et cette source cachée, intime et rayonnante, c’était chaque matin ce cœur à cœur dans la prière avec son bien-aimé Seigneur et frère Jésus de Nazareth dans le sillage du bienheureux frère Charles de Foucauld, son maître spirituel.    

Tôt levé, il prenait ces longs temps de silence et de solitude tantôt dans son église de Gouville, tantôt chez lui…

« J’essaie de prier » nous disait-il avec simplicité « Je passe du temps à entrer dans une relation toujours plus profonde avec Jésus »

Et c’est à partir de ce foyer d’amour qui l’unissait au Christ et qui le façonnait dans la prière et dans l’Eucharistie qu’il a pu déployer à sa manière cet « apostolat de la bonté » avec toute personne rencontrée et dans tous ces domaines si variés de sa vie que Jean-Louis a rappelés en commençant

 

En guise de conclusion, je vous livre un dernier mot de lui qu’il a prononcé lors de ce Sacrement des malades qui nous a rassemblés autour de lui, avec quelques amis à l’hôpital de Verneuil le 11 Novembre dernier. Temps très fort d’amitié et de prière, où nous sentions tous au seuil du grand mystère…

A la fin de cette célébration, nous l’avons entendu s’exclamer  « Dehors ! »

J’ai tout d’abord pensé qu’il nous appelait à sortir de nos communautés trop closes, avec cette sorte de connivence avec le Pape François qui nous appelle toujours à être une Eglise en sortie.. ;

Mais ses amis proches ont vu dans ce mot l’expression de son désir de sortir lui-même de l’hôpital pour rejoindre sa chère maison de Gouville où il avait toujours voulu finir ses jours.

Or cette maison que nous avons évoquée en commençant restera  toujours pour ceux qui y ont été accueillis le signe de cette fraternité universelle que Michel a voulu vivre dans les pas du frère Charles : par son ouverture à tous sans exclusive, par cette hospitalité inconditionnelle, elle était peut-être comme un avant-goût de ce Royaume que Michel a voulu servir de son vivant et vers lequel il s’achemine maintenant..

Un verset du psaume 26 me revient en pensant à cette maison :

« J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche :

Habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie ! »

Michel, notre frère, que le Seigneur t’accueille dans sa maison ouverte à tous, comme un bon serviteur que tu as été.

Que tu y retrouves tous tes frères et sœurs que tu as aimés et qui t’ont précédé ainsi que tous ces pauvres qui ont vécu les béatitudes sans le savoir.

Que tu participes enfin à ce festin des noces de l’Agneau que tu as anticipé en tant d’Eucharistie que tu as célébrées et en tant de repas partagés où les pauvres, les aveugles, les estropiés trouvaient leur place.

Et qu’à ta suite, nous ayons à cœur d’ouvrir de nouveaux chemins d’Evangile et d’Eglise avec tous dans cette liberté que nous donne le Christ et qui consiste à donner notre vie au jour le jour pour tous ces frères et soeurs qu’il nous est donné de rencontrer et d’aimer.    Amen

Jean-François BERJONNEAU

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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 17:55
Homélie du dimanche 15 décembre 2019

Lectures du Troisième Dimanche de l’Avent

Première lecture (Is 35, 1-6a.10)

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient. – Parole du Seigneur. 

Psaume (Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a)

Le Seigneur fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés. Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes. Le Seigneur protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin. D’âge en âge, le Seigneur régnera. 

Deuxième lecture (Jc 5, 7-10)

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. – Parole du Seigneur. 

Évangile (Mt 11, 2-11)

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » – Acclamons la Parole de Dieu. 

Homélie

Joie, Patience et Voir.

La semaine dernière Jean le Baptiste nous invitait à la conversion et à produire du fruit. Cette semaine, les textes de ce 3ème dimanche de l’Avent nous invitent à voir le fruit le plus beau que doit produire en nous le mystère de Noël, le mystère de Dieu avec nous : la joie.

I/ La joie ?

Se réjouir, exulter, crier de joie, être dans l’allégresse, le texte d’Is 35 ne manque pas d’insister lourdement sur l’appel à la joie que doit susciter en nous la venue du Sauveur, du rédempteur, de Dieu avec nous, l’Emmanuel. Mais, a-t-on tant de motifs de se réjouir ? Tout va mal, entend on partout en ce moment. C’est la crise et pas de sauveur à l’horizon ! Quand le prophète Isaïe écrit, la situation n’est guère meilleure : temps de guerre et d’incertitudes, interrogations sur ce qu’il faut faire pour éviter le chaos, injustice sociale et perte de repères. Le prophète ne s’adresse pas à des gens pour qui tout va bien, mais plutôt à des gens qui s’affolent. Pourtant il leur dit au nom de Dieu : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu… Il vient lui-même et vient vous sauver. » Il ne faut pas s’étonner que le message des prophètes ait été mal reçu, il va à l’encontre de tout bon sens et de toute logique, il est utopique et certains pensent qu’il trompe les gens par des promesses illusoires. La foi dans le sauveur n’est-elle pas qu’une illusion ? Tant de voix continuent de nous le dire aujourd’hui.

II/ La patience !

Saint Jacques donne une première réponse à ces critiques : « ayez de la patience. » Ce mot résonne étrangement dans un monde où l’on va vite et où l’on veut tout et tout de suite. Le moindre évènement insignifiant se transforme en buzz et suscite indignation et critique. La moindre proposition est aussitôt rejetée et vilipendée. Nous ne sommes pas un monde où la patience est reine, nous sommes dans l’instantané et l’immédiat. Pourtant saint Jacques n’a pas tort de dire qu’il faut le temps des semailles, le temps de la pousse, le temps des récoltes. Pour que la terre produise son fruit, il faut du temps : Rome ne s’est pas bâtie en un jour, le royaume de Dieu non plus. Les prophètes, dit Jacques, ont parlé pendant 5 siècles à un peuple qui n’écoutait pas et qui ne voyait pas, pourtant ils ont eu la patience et l’endurance de continuer à prêcher la bonne nouvelle du salut envers et contre tout. Nous aussi, nous avons besoin d’être patient et dans la joie.

III/ La vision.

La joie vient de la vision de ce monde en devenir, de ce royaume en construction, de cette foi que Dieu est à l’œuvre en ce monde et que le salut est déjà là, même si il échappe à nos yeux. Comme le cultivateur qui voit dans les petites pousses de l’hiver la promesse d’une future récolte, nous aussi nous avons des signes qui nous sont donnés. Les signes, un homme mal habillé dans le désert, un enfant dans une crèche, des aveugles qui voient, des sourds qui entendent, des morts qui ressuscitent. Tout cela est autour de nous mais nous ne le voyons pas, nous ne le comprenons pas, nous préférons gémir et nous lamenter. Les signes sont là encore aujourd’hui et le monde va mieux aujourd’hui qu’hier, mais pour cela il faut ouvrir ses yeux et son cœur. Il faut sortir de soi-même et s’ouvrir à l’autre, non pas pour juger et condamner comme nous le rappelle saint Jacques, mais pour nous réjouir de ce qui est beau et magnifique autour de nous. C’était la démarche de Diaconia en 2013, cela devrait être la démarche de chacun de nous en ce temps de l’Avent pour accueillir la joie de Noël et réaliser pleinement ce qui se passe quand Dieu vient à nous en se faisant homme et en partageant avec nous notre condition humaine. C’est une merveille qui devrait nous emplir de joie et d’exultation. Est-ce le cas ?

 

Damien STAMPERS

Prêtre du Diocèse de Blois

Enseignant à l’Institut d’Etudes Religieuses de Paris

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