Jean-François BERJONNEAU (photo Denis CHAUTARD)

Jean-François BERJONNEAU (photo Denis CHAUTARD)

Cathédrale d’Evreux 13 août 2025

Frères et sœurs chers amis cet amour-là, cette charité qui surpasse tout nous voulons la vivre en imitant Jésus et c’est ce qu’a voulu faire aussi Jean-François et qu'il a fait si bien.
Cet amour, cette charité non seulement nous l’exerçons ou cherchons à l’exercer en imitant Dieu qui aime tous les hommes, mais cet évangile vient nous rappeler que c'est dans celui que nous aimons, c'est dans le pauvre et le petit que nous rencontrons aussi Dieu. Ainsi nous voyons que Dieu est à la fois la source de notre amour et le terme de notre amour, le but et toute notre vie est tendu entre cet amour qui nous a créé qui nous a fait naître et cet amour qui nous attend au-delà même de la mort.
Le nombre que nous sommes aujourd'hui dans cette cathédrale sans doute remplirait Jean-François de confusion et il dirait « Oh c’est trop ». Mais ce grand nombre que nous sommes signifie beaucoup pour moi comme évêque et pour nous tous. Il est le signe que Dieu agit dans le cœur de Jean-François et dans sa vie d'une manière magnifique.
Je remercie tous ceux qui sont présents qui se sont déplacés parfois de loin et qui remplissent cette cathédrale jusqu'au dernières places tout au fond et je salue ceux qui sont justement au fond peut-être pas simplement de façon spatiale, ceux qui sont dans les derniers rangs mais ceux qui dans notre assemblée se sentiraient en périphérie de l'Eglise ou en dehors. Il me semble que Jean-François commence déjà à intercéder et qui me dit c'est pour eux que tu célèbres aussi et peut-être d'abord. Je rends grâce à Dieu pour votre présence à tous pour notre présence ici cet après-midi pour tous ceux qu'il avait connus et aimés, qui avaient bénéficié de son attention, de son écoute, de sa charité ou tout simplement de son ministère de prêtre et j'ose le dire ainsi : « de ce quasi-sacrement de l'amitié ».
Je rends grâce à Dieu pour votre présence à tous pour la présence de si nombreux prêtres du diocèse d’Evreux bien sûr, mais aussi de Rouen et d’ailleurs, pour vous les religieux religieuses, pour tous les consacrés, pour vous tous les baptisés et pour tous les hommes et femmes qui sont ici et qui peut-être ne partagent pas tous notre foi mais qui sont les bienvenus. Je rends grâce à Dieu aussi pour la présence à mes côtés de Monseigneur Jean Luc Brunin, évêque du diocèse du Havre qui a bien connu Jean François notamment ici en Normandie mais aussi à Paris dans le Conseil épiscopal pour les migrations.
Je rends grâce à Dieu pour la prière aussi de ceux qui n'ont pas pu venir à commencer bien sûr par Monseigneur Christian Nourrichard qui m'a dit et redit de vous dire qu'il était en communion de prière avec nous et je l'ai assuré bien sûr que cette communion comme toute communion était réciproque.
Alors Jean François comme Saint Paul tu as continué ta course jusqu'au bout tendu vers l'avant pour rester au service.
A 80 ans tu m'as demandé un semestre sabbatique pour prendre davantage encore le temps de prier. Je me suis dit quand tu me l'as demandé - vu ce que je vois comme évêque - j'ai l'impression que tu es un homme de prière. Alors si tu me demandes encore plus de temps pour prier quelle proximité avec Dieu le temps pour prier davantage et puis le temps pour rédiger ce fameux livre sur ce que Dieu t’a fait vivre pendant toutes ces années ce livre dont il manque je crois un ou deux chapitres peut-être que j'espère que nous pourrons le publier et je compte bien m'appuyer dessus car à chaque fois comme je l’ai dit dans l’annonce du décès de Jean François chaque fois que je le rencontrais je ressortais de cette rencontre avec le désir d’être plus proche de Jésus plus proche de l’évangile mais vraiment pas en parole pas en discours vraiment. Quelle vie bien remplie impossible de la résumer en quelques mots et je ne ferai pas. Je ne prendrai pas le risque d'essayer de citer tous les aspects bien sûr de cette existence si riche mais je voudrais rendre grâce à Dieu avec vous et devant vous pour au moins trois traits de l’existence de Jean-François qui sont à vrai dire ces trois aspects inséparables.
Je rends grâce à Dieu pour le joyeux et l’humble serviteur de l’église pour l’amoureux de Jésus et de l’évangile et pour le frère universel.

1°) Oui merci Seigneur pour le joyeux et humble serviteur de l'Eglise. Son large sourire nous manquera et surtout ce qui allait avec, tout ce que signifiait ce large sourire évoqué tout à l’heure par le père Christophe, cette disponibilité pour la mission quelle qu'elle soit. Il en a accompli des missions très diverses toujours soucieux d'unité et de fraternité. Il a toujours dit oui. Il savait qu'il avait du mal à dire non et j'ai constaté en parcourant les documents qui sont dans les archives au séminaire. Déjà on lui avait dit oui. Oui il peut être ordonné. Il n’y a pas de problème mais juste il faudra qu’il apprenne à dire non. Il avait une disponibilité totale pour servir l'Eglise. Oh il avait bien conscience et lui plus que tout autre ou que beaucoup d'autres qu’en servant l'Eglise il servait le monde, mais c’était moins question d'idées ou encore moins d'idéologie partisane ou autre mais d’être serviteurs des personnes et en particulier des pauvres : depuis les copains travailleurs lorsqu'il exerçait le métier de maçon jusqu’aux personnes blessées spirituellement ou psychologiquement et recourant aux services de l’exorcisme en passant par tous ces autres ministères de curé, de fondateurs de paroisse, de cofondateurs, d’animateur du carrefour des cités, artisan du dialogue entre musulmans et chrétiens, vicaire-général où il a été appelé par Monseigneur Gaillot en 1983. Jean François avait alors 39 ans jusqu’en 1992. Il a été secrétaire du comité épiscopal des migrations de 92 et 98, prédicateur de retraites, prédicateur de messe télévisée, aumônier de prison, aumônier des personnes handicapées de foi et lumière, missionnaire de la miséricorde et j'en passe. Il avait une vive conscience de ce qu’est l’Eglise il aimait beaucoup citer cette phrase du concile Vatican 2 : « l’Eglise étant dans le Christ en quelque sorte le sacrement c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ». voilà ce qui habitait le cœur de Jean-François quand il servait l’Eglise toujours soucieux de comprendre et de faire comprendre. J'aime beaucoup ces écrits toujours bien précis qui vont droit au but mais avec beaucoup de délicatesse, toujours soucieux de comprendre, de faire comprendre, de travailler en équipe pour que tous se sentent concernés et acteurs au cœur du monde au nom de la fidélité à la fois au nom de l’amour infini et universel de Jésus. Cette force du Christ agissant dans son Eglise malgré nos faiblesses et même dans nos faiblesses à travers nos faiblesses il en avait beaucoup conscience si l'on parlait souvent des faiblesses dans lesquelles Dieu pouvait se glisser et agir il référait toujours cela au mystère Pascal mystère de Pâques de la mort et de la résurrection de Jésus, audace apostolique aussi de Jean-François qui comme les apôtres voulaient aller au bout de ce que le pape François a appelé « les périphéries existentielles », là encore c'est pas seulement géographique, c'est tous ceux qui se sentent loin, exclus rejetés opprimés, méprisés.

2°) Justement c'est le 2e trait de son existence et de sa personne c'est cette fraternité universelle qui est missionnaire aussi fraternité universelle. Son jugement mais avec service de la miséricorde de Dieu lui-même qui s’approche de tout homme qui connaît tout homme qu’il a créé et qu’il aime. Rencontre gratuite avec tous sens de l'écoute exceptionnelle oui il était proche de tous pas d'une manière simplement sociologique mais en étant le plus proche possible de Jésus qui lui est proche de tous et il faisait souvent allusion à cette fraternité de Jésus qui lui tenait tellement à cœur qu'il était entré dans cette dans ce courant, dans cette famille, dans cette fraternité de « Jésus Caritas ». Il avait cette passion enracinée dans l’esprit du Christ pour le service de la rencontre entre les hommes, dans la diversité des cultures et des appartenances. Il a été dit plusieurs fois dans les témoignages et il référait cela encore et toujours à Jésus comme il l’écrivait en l’an 2000. Je le cite « rien n’est compréhensible de la mission de Jésus en dehors de cette expérience du dialogue de la tendresse filiale qui l’unit au Père dans l’Esprit et c’est parce que la proximité de Dieu s’est manifestée en lui que Jésus sait que le Royaume s’est approché de tout homme qui met en marche Jésus inlassablement vers les pauvres les exclus les pêcheurs. Tous ceux qu'il appelle les brebis perdues pour leur signifier cet amour libérateur du Père ». Ce qui comptait pour Jean-François c’était la personne qu’il rencontrait et en qui et avec qui il voulait rencontrer Dieu. Il portait le souci de chaque personne humaine et de la dignité de chacun avec cette empathie si forte et si douce envers les petits, les blessés de la vie, les migrants, les opprimés, les personnes porteuses de handicap et lorsqu'il a reçu cette mission d'exorciste diocésain il écrivait ceci « cette responsabilité me semble dans la continuité avec mes ministères antérieurs en particulier le ministère d'aumôniers de prison le ministère d'écoute dans l'accompagnement spirituel au sein de l'équipe diocésaine de la vie spirituelle et aussi le ministère de missionnaire de la miséricorde d'exorciste » écrivait il encore. « Cela correspond aussi à ce que je souhaite vivre avec l'âge qui s'avance » il avait à ce moment-là 76 ans 77 ans « ce que je souhaite vivre avec l'âge qui s'avance un temps plus ample réservé à la prière au combat spirituel avec la grâce du seigneur disponibilité pour l'écoute des personnes tourmentées par le mal sous toutes ses formes malheur mal-être maladie mentale et bien sûr le malin ». verset qu'il avait dû chanter en latin dans sa jeunesse « circuit cum devoret » : « le lion qui cherche à dévorer ». Le malin, le malin : ministère de consommation de pacification intérieure, de délivrance.
Je me rends compte que c'est un ministère à la fois profondément enraciné dans la force du Christ et en même temps confronté à ce que Paul Ricœur appelle « le surgissement énigmatique du mal ».

3°) Jean François joyeux et humble serviteur de l’église frère universel était enfin un amoureux de Jésus et de l’évangile à la suite de Charles de Foucauld dont nous chanterons tout à l’heure la prière d’abandon, prière redoutable dans sa radicalité et qui nous rappelle que la fraternité vient d'un unique Père à qui nous abandonnons, à qui nous donnons avec confiance notre propre vie et cette fraternité avec Jésus et à travers lui avec tout homme avec Jésus qui a connu toutes nos misères et qui est mort et ressuscité pour nous lui l'unique sauveur de tous les hommes tout l’homme
Sa familiarité avec la parole de Dieu était étonnante. A chaque fois que je le rencontrais en équipe ou en individuel j'étais ébloui - le mot n'est pas trop fort - par le fait que les paroles de l'évangile étaient sur ses lèvres mais avec une espèce de naturel comme si il portait l'évangile dans sa peau. Une de nos dernières discussions ça consistait à : On va nous demander si on pouvait choisir un nom pour le service de l'exorcisme et on était en silence tous les deux puis presque ensemble on a dit « Jean Baptiste ». Ce nom de Jean Baptiste s’est comme imposé à nous. Nous l’avons reçu comme une évidence et je ne doute pas qu’une des figures qui l’accueille au paradis soit ce prophète tout entier tourné vers le Christ et les pauvres.
Ce prophète qui s'efface totalement devant son Seigneur et qui dit « voici l’agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde » Alors j’imagine Saint-Jean-Baptiste disant cela à Jean-François - pardonnez-moi de terminer par cette manière de songe - Jean Baptiste qui dit à Jef - bon j’étoffe un peu le texte de l’évangile – « Heureux les invités à son repas de noces » Jeff toi qui as donné ta vie pour manifester cette alliance entre Dieu et tous les hommes, toi qui a célébré ce repas de l'alliance chaque jour, toi qui as tant aimé ce Dieu livré pour les péchés, pour pardonner ». Alors Jef se tourne vers Jésus et lui dit avec l’humilité que nous lui connaissions : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir mais dit seulement une parole et je serai guéri ». alors j’aime à imaginer Jésus se concertant avec Jean Baptiste avec Paul, avec Mathieu qui leur apportent leur concours et puis Paul disant, soufflant à Jef : « Si je n'ai pas la  charité je ne suis rien ». Mais toi tu sais ce que c'est la charité et puis Mathieu qui rappelle alors à Jef ce que Jésus a dit à ceux qui auront pratiqué la charité en son nom : « Venez les bénis de mon Père. Reçois le Royaume préparé pour toi depuis la fondation du monde. Alors j'avais faim et toi Jean-François tu es venu me nourrir En Algérie au travail en paroisse en prison dans les bas-fonds des attaques du démon dans tous les services de l'Eglise au carrefour des cités dans les relations avec les musulmans ou avec les instances civiles tu as cherché à être un authentique témoin de la charité du Christ et quand tu l'as fait à l'un de ces petits qui sont les miens c'est à moi que tu l'as fait alors viens béni de mon père viens recevoir le Royaume ».
Il y a encore du boulot : il faut que tu pries pour ceux que tu as laissés. Alors le livre n'est pas terminé. Non seulement parce qu'il n'a pas pu mettre le mot final matériellement à ce livre mais le livre continue de s'écrire. Il continue de s'écrire par ce que nous allons recueillir et je souhaite qu'on recueille certains textes majeurs qu'il a écrit au cours de son ministère et qu'on nous fasse peut-être un deuxième livre et puis un troisième livre : celui que nous allons écrire avec l'encre et le stylo que nous a laissés Jean-François le service du monde et de l'église la fraternité universelle l’amour de Jésus et de de l’évangile merci Jean François et surtout merci Seigneur. Accueille le dans ton ciel dans ton paradis qu'il soit pour nous maintenant un intercesseur.

Olivier de Cagny

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