Homélie du dimanche 5 octobre 2025
28 sept. 2025Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 5-10
« En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi.
Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,
lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite prendre place à table’ ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir,
le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ?
Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,
dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »
Homélie
Jésus, c’est souvent le choc des mots et le poids des images ! Sacrée imagination que la sienne, signe de son talent de pédagogue. Comme souvent, il va prendre au sérieux la demande de ses interlocuteurs – cette fois-ci ce sont les Apôtres qui lui demandent : « Augmente en nous la foi !» - et comme toujours il va les surprendre, nous surprendre. Une graine de foi capable de déraciner un arbre pour le planter dans la mer ! Et pourquoi dans la mer ? Pour ce peuple pas du tout marin, la mer est le symbole du danger, de l’insécurité et c’est d’ailleurs bien sur la mer que Jésus a marché pour éloigner de nous la peur, contraire de la foi. Et si nous osions apprendre à marcher avec lui sur les eaux, et si nous osions planter des arbres dans la mer. Le monde en a besoin ! L’arbre, symbole de vie par excellence et la mer symbole de mort.
Les juifs, en effet, considéraient la mer comme le lieu des puissances du mal. La foi au Dieu Amour peut donc faire surgir la vie là où tout semble perdu. Vous n’en connaissez pas de ces chrétiens qui ouvrent une espérance là où tout le monde désespère ? Et ces femmes musulmanes, en Iran, qui osent bruler leur voile au péril de leur vie ? La foi c’est croire à l’impossible ! Vous ne verrez jamais des arbres se déraciner pour aller se planter dans la mer, mais vous verrez des enfants, des jeunes, des adultes, des personnes âgés retrouver le sourire, la confiance parce que vous les aurez visités, écoutés, encouragés.
Comme les apôtres nous aimerions bien que Jésus augmente notre foi. Comme eux nous avons souvent tellement de mal à croire ! Dans la première lecture, nous avons entendu le cri du prophète Habacuc: «Combien de temps, Seigneur, vais-je t'appeler au secours, et tu n'entends pas… crier contre la violence et tu ne délivres pas ». C'est un cri de détresse, d'appel au secours, devant le déchaînement de la violence. Mais aussi et surtout le cri de la détresse suprême, celle du silence de Dieu. Ce cri-là est toujours d'actualité.
Comment peut-on concilier l'existence d'un Dieu bon et tout puissant avec le spectacle de tant de violences, de tant d'injustices de par le monde ? L'épreuve du mal, toujours lui, se dresse comme un massif infranchissable. Que fait Dieu face au mal ? Il ne fait pas ce que nous attendrions et que souhaite si fort la prière d'Habacuc.
Nous souhaitons que, du haut de son trône, Dieu décrète la paix et nous l'impose. Mais Dieu ne le fait pas parce qu'il fait infiniment mieux. Dieu préfère quitter son trône. « S'étant fait homme, il s'anéantit plus encore jusqu'à mourir et mourir sur une croix ».
Oui, Dieu se range lui-même parmi toutes les victimes de l'injustice, de la violence, de l'indifférence. Le mal, il ne l'explique pas comme on expliquerait un problème théorique. Il y entre. Il se donne un corps d'homme, un cœur d'homme, pour l'affronter à son tour corps à corps, cœur à cœur. Il connaît sa part de désespérance : « Père, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Mais dans un second temps, pétri de confiance dans la nuit, il prie ainsi : « Père, entre tes mains, je remets ma vie. « Le juste vivra par sa fidélité », ou, pour le dire autrement, c'est la confiance en Dieu qui nous fait vivre. Jésus, le juste par excellence, ajusté au désir de Dieu, en aimant jusqu'au bout, nous ouvre un avenir où les forces du mal et de la mort n'ont plus le dernier mot. Il a introduit une brèche dans le mur du mal. Elle est ici la foi chrétienne.
Et si nous revenons à la réponse étonnante de Jésus aux apôtres, nous découvrons qu’il n’y a pas besoin d’augmenter la foi ; Il suffit d’un petit rien : une graine de foi, une graine de confiance. La comparaison avec la graine de moutarde nous rappelle que notre peu de foi peut faire des merveilles. On comprend pourquoi Paul demande à Timothée de réveiller le don de Dieu. En dépit de tout, la vie est plus forte que toutes les forces de la mort. Alors, demandons au Seigneur, avec l'humilité du simple serviteur, l'esprit d'amour, l'esprit de confiance, qui chasse toutes nos peurs. « Réveille en toi le don de Dieu ». Formule étonnante : c'est donc que les dons de Dieu peuvent dormir en nous ! Ailleurs Paul dit « N'éteignez pas l'Esprit ».
Là encore, nous pouvons entendre un appel très fort ! Aujourd'hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur : chaque jour est un jour neuf où nous pouvons laisser jaillir en nous l'Esprit que nous avons reçu, Chaque jour nous pouvons ranimer, raviver la flamme. Pas besoin d'avoir beaucoup de foi, rien qu'une graine de moutarde, minuscule, suffit pour faire des choses apparemment impossibles. Nous sommes de simples serviteurs, mais avec notre petit travail quelconque, Dieu nous associe à son œuvre. Il nous suffit d’un peu de foi…Le Seigneur fera le reste.
Louis DURET
Prêtre du Diocèse de Chambéry
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