À Vernon, pourquoi l'avenue de l'Ardèche s'appelle-t-elle ainsi ?
21 déc. 2025En témoignage de sa reconnaissance envers le capitaine Rouveure, né en Ardèche, la ville de Vernon nomma l’avenue allant vers la forêt de Bizy, avenue de l’Ardèche. ©DR
Lors de la guerre de Prusse en 1870, des Ardéchois ont sacrifié leur vie pour défendre Vernon (Eure). Parmi eux, le capitaine Rouveure de la garde mobile de l’Ardèche, tué près de Vernon. Voici son histoire.
Marius Régis Rouveure est né à Annonay (Ardèche) le 27 octobre 1847. Ses parents, François Régis Rouveure (1809-1889) et Antoinette Meyssat (1817-1876), ont déjà quatre enfants quand ce petit dernier vient au monde.
Son père est mégissier à Annonay, c’est-à-dire qu’il tanne les peaux d’ovins, en cuir fin et souple, pour la ganterie et la chaussure.
À 18 ans, Régis quitte la maison familiale pour entrer à l’École polytechnique. Se destinant à une carrière industrielle, il y reste jusqu’en 1869.
Suite à l’appel de la mobilisation lors de la guerre de Prusse, il s’engage en septembre 1870, et est nommé capitaine au 3e bataillon (6e Compagnie) des gardes mobiles commandés par Alphonse de Montgolfier.
Capitaine en 1870
La Garde mobile de l’Ardèche est convoquée vers la fin du mois d’août 1870. Dans le courant du mois de septembre, le ministre de la Guerre, connaissant l’état de l’instruction des bataillons de la Mobile de l’Ardèche, ordonne qu’ils soient dirigés aussitôt que possible sur le département de l’Eure, pour concourir à la défense de la Normandie.
Pour comprendre la tragédie qui s’est déroulée à Vernon et comment ce jeune Annonéen y a trouvé la mort, il convient de reprendre quelques moments clés de cette guerre oubliée.
Juillet 1870 : la guerre est déclarée
Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Le 2 septembre, Napoléon III est capturé à Sedan (Ardennes), et l’essentiel de l’armée est encerclée à Metz (Moselle). Le 4 septembre, le gouvernement de Défense nationale, appuyé par les députés de Paris, dont Gambetta, refuse la défaite et prône la mobilisation de l’ensemble des forces sur le territoire.
Les Prussiens arrivent à Pacy-sur-Eure
Le 4 octobre, un escadron de Prussiens arrive à Pacy-sur-Eure pour tenter d’atteindre Vernon. Ils se présentent à Vernonnet le 22 octobre, mais le pont ayant sauté, ils dirigent une batterie de deux canons vers Vernon.
Les autorités départementales d’Évreux prennent peur et mobilisent 800 hommes à Conches.
Sont sélectionnés les hommes, célibataires ou veufs sans enfants, de plus de 21 ans et de moins de 40 ans.
Mais à cette époque, toutes les troupes sont encore armées de l’ancien fusil à percussion. Les hommes n’ont ni matériel de campement ni vêtements d’hiver. L’état des chaussures est déplorable. Le temps est très pluvieux et les hommes souffrent beaucoup.
De plus, le service des vivres d’Évreux est mal assuré, comme ceux des transports et des ambulances. On en est à donner seulement 17 cartouches à chaque combattant.
Bombardement dans le Vexin normand
Le 7 novembre 1870, des Uhlans prussiens essuient des coups de feu tirés par des habitants de Forêt-la-Folie et des Francs-Tireurs rouennais.
En répression, 300 Prussiens bombardent Guitry et Forêt-la-Folie. Le 24 novembre, un train spécial transporte près de Vernon des Mobiles de l’Ardèche, et notamment le 3e bataillon du capitaine Rouveure. Ce train part, à petite vitesse et tous feux éteints, de Saint-Pierre-Louviers, à 23h, pour Vernon.
« À la baïonnette, mes enfants ! »
À 9h du matin, les Prussiens arrivent en nombre considérable, après une première attaque du village de Mollu près de Blaru. Des renforts sont envoyés à Vernon. Les Mobiles réussissent à refouler l’ennemi. À bout de munitions, le jeune capitaine Rouveure s’élance à découvert en criant à ses troupes « À la baïonnette, mes enfants ! ».
C’est alors qu’il est mortellement blessé le 26 novembre 1870. Le 28 novembre, M. Lefort, curé de Vernon, part à Cravent (Yvelines) pour récupérer le corps de Régis. Sa dépouille est échangée contre celle du Comte von Kleist Bornstoedt capitaine au Xe Hussards qui avait été tué quatre jours plus tôt, lors des combats du château de Bizy. L’échange de cercueils se fait en présence du prince de Saxe et officier supérieur de cavalerie.
Son cercueil couronné de lauriers parvient, le 30 novembre, à l’hôpital de Vernon où il est embaumé. Son père, son oncle, député de l’Ardèche, et son frère escortent le corps jusqu’à Annonay, où des obsèques solennelles ont lieu le 8 décembre 1870.
En témoignage de sa reconnaissance, la Ville de Vernon nomma l’avenue allant vers la forêt de Bizy : avenue de l’Ardèche.
En février 1905, la commission chargée de la dénomination des rues de Vernon a décidé d’appeler rue du Capitaine Rouveure, la rue de l’Églantier. Un monument lui est dédié dans la forêt de Bizy.
Source : Mémorial Gen Web « Pierre Nozières » d’Anatole France. La Gazette d’Annonay – 16 sept 1911. BnF – Site institutionnel
Le Démocrate Vernonnais
/image%2F0933224%2F20251221%2Fob_e81f8d_capitaine-rouveure.jpg)