Daoui Mustapha et Boubakar Niakaté défendent la création de carrés musulmans dans les cimetières de Vernon (Eure) afin de respecter les dernières volontés des habitants de confession musulmane. ©Le Démocrate Vernonnais

Daoui Mustapha et Boubakar Niakaté défendent la création de carrés musulmans dans les cimetières de Vernon (Eure) afin de respecter les dernières volontés des habitants de confession musulmane. ©Le Démocrate Vernonnais

Problématique soulevée en 2020, les cimetières de Vernon (Eure) ne disposent pas de carrés musulmans. Boubakar Niakaté, champion de MMA, a décidé d'interpeller les élus. 

Comme un air de déjà-vu. En 2020, le champion de MMA, Boubakar Niakaté, avait profité de la campagne des municipales pour interpeller les élus de Vernon (Eure) quant à la création de carrés musulmans dans les cimetières de la ville.

Année marquée par l’épidémie de Covid-19, les Vernonnais de confession musulmane n’avaient d’autre choix que d’enterrer leurs proches à Vernon, en raison de la fermeture des frontières.

Or, dans la deuxième plus grande ville de l’Eure, il n’y avait pas de carrés musulmans. Six ans plus tard, la municipalité est restée ferme sur ses positions :

« Il n’y a pas de différenciation dans les cimetières de notre pays. Seule une centaine de communes en France sur plus de 36 000 aurait mis en place des carrés musulmans. »

François Ouzilleau, maire

Parmi ces communes, Bonnières-sur-Seine, Mantes-la-Jolie, Évreux et Val-de-Reuil. « Autrement dit, partout sauf à Vernon », constate, de son côté, Boubakar Niakaté. 

« Je suis né ici, je veux y être enterré »

En mars, alors que la campagne pour les municipales battait son plein, notamment dans les quartiers qui ont vu débouler les candidats, le champion de MMA a décidé d’exposer de nouveau cette problématique qui touche les Vernonnais de confession musulmane.

« Lorsque je suis en compétition à l’étranger, Vernon me manque. Je suis né ici, à l’hôpital Saint-Louis. Je veux que ma dernière demeure soit ici également et je ne suis pas le seul. Les nouvelles générations qui ont vécu toute leur vie en France veulent être enterrées ici, dans leur ville.»

Boubakar Niakaté, champion de MMA

En l’absence de carré musulman, la solution semble donc d’être enterré comme tout le monde, comme le préconise la municipalité :

« Les cimetières sont des lieux multiconfessionnels. Il n’y a pas de distinction à faire entre les habitants de la commune. Tout le monde est donc à la même enseigne et c’est aussi cela qui fait la beauté de notre Nation.

François Ouzilleau,maire

Le carré musulman permettrait de gagner de la place et de préserver l’organisation du cimetière : « Selon les rites musulmans, le corps doit être inhumé sur le côté droit, la tête en direction de la Mecque. Les tombes sont donc installées en biais. Or, dans les cimetières, elles sont parallèles les unes aux autres. Avec un carré musulman, on gagne de l’espace », indique Daoui Mustapha, lui aussi mobilisé pour cette cause.

Une démarche apolitique

Les deux amis précisent qu’il ne s’agit pas de créer un cimetière musulman, à l’écart des habitants :

« Nous voulons être enterrés avec tout le monde mais dans un espace pouvant respecter nos rites. On ne cherche pas à se séparer des autres.»

Daoui Musapha, un habitant de Vernon

Leur démarche se veut apolitique et libre de toute influence.

« On ne demande pas du halal à la cantine »

Par ailleurs, lorsqu’on leur parle de laïcité, les deux amis affirment :

« Il n’y a pas de volonté de séparatisme. Nous sommes d’accord sur le principe que la religion doit être pratiquée chez soi. On ne demande pas du halal à la cantine. On ne milite pas pour le port du voile à l’école. Nous voulons juste que nos dernières volontés soient respectées. »

Boubakar Niakaté, champion de MMA

Une autre solution se présente alors aux Vernonnais de confession musulmane : être enterrés en dehors de Vernon. N’étant pas administrés, il est plus compliqué de trouver un emplacement. Ils sont donc balottés de ville en ville, parfois séparés de leurs proches.

Nous ne voulons pas mendier des places dans les cimetières voisins. Il y a des familles qui se trouvent éparpillées.

Boubakar Niakaté, champion de MMA

Le père Denis Chautard prend la parole

Suite à cette initiative lancée en 2020, le champion de MMA avait lancé une cagnotte qui devait servir à d’éventuels frais de justice dans le cas où une procédure était lancée.

Cette dernière a recueilli plus de 6 000 euros et est désormais suspendue. De son côté, le père Denis Chautard avait, en 2020, écrit une lettre ouverte au maire de Vernon afin de faciliter l’inhumation des personnes de confessions musulmanes dans la ville.

« Les vols internationaux étaient suspendus. Il était pratiquement impossible de rapatrier les corps à l’étranger. Je n’étais pas spécialement pour la création d’un carré musulman. Je voulais apporter mon soutien pour que les musulmans puissent respecter leurs rites funéraires »

Père Denis Chautard

Si sa lettre ouverte était motivée par une problématique « humanitaire et salutaire », il estime que le contexte est aujourd’hui différent. « J’ai découvert que certaines listes en ont fait un argument politique, or, je pense que cette problématique ne doit pas intervenir dans le débat politique. »

Le père Chautard défend le respect des dernières volontés de chacun tout en veillant à ne pas faire de séparatisme :

« Je pense qu’il faut trouver un équilibre. Il ne s’agit pas de faire du communautarisme absolu en opposant les musulmans et les non-musulmans, mais je maintiens qu’il devrait y avoir une réflexion sur le sujet.»

Père Denis Chautard

De son côté, la municipalité affirme qu’il est « hors de questions d’abandonner les familles ».

« Les pompes funèbres respectent les volontés des défunts : ce sont des professionnels. Jusqu’à présent, toutes les familles, quelle que soit leur religion, ont trouvé des réponses adaptées. »

Mairie de Vernon

De son côté, Boubakar Niakaté estime que la solution la plus simple serait de créer un carré musulman :

« C’est un sujet que l’on met sur la table depuis 20 ans. Faut-il se présenter aux municipales pour pouvoir répondre à ce besoin ? », plaisante Boubakar Niakaté.

Il conclut : « Si on veut être enterré ici, c’est qu’on aime notre ville ». Au point de s’engager en politique ?

Arielle Bossuyt

Le Démocrate Vernonnais

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