Méditer avec… Paul Huet (1803-1869)
17 juin 2026VUE GÉNÉRALE DE ROUEN, PRISE DU MONT-AUX-MALADES (1831). Huile sur toile, 195 x 229 cm. À VOIR au sein de l'exposition « Face au ciel. Paul Huet en son temps », au musée de la Vie romantique, à Paris. Jusqu'au 30 août.
Lutte et Contemplation
Du haut de cette petite colline, la vue est imprenable. Prairies et forêts s'étendent jusqu'à l'horizon. Une masse sombre hérissée de quelques pics émerge en contraste des blanches falaises de calcaire pour évoquer Rouen (Seine-Maritime)), qu'en cette année 1831 Victor Hugo surnommera « la ville aux cent clochers » Au-dessus, un ciel gigantesque où courent de lourds nuages, ventripotents et moqueurs, dont les ombres immenses viennent jouer avec les quelques humains, minuscules, qui s'avancent bien bas, sur le chemin terreux. L'heure est ici à la contemplation romantique. Et qui de mieux que le peintre Paul Huet pour se prêter à l'exercice ? Après avoir réalisé, quelque temps auparavant, une immense fresque paysagère de treize mètres de long sur le même thème (disparue dans un incendie), ce tableau, plus modeste, est devenu une référence pour ce siècle tourmenté. Il se déroule là comme un drame dont chacun est invité à prendre la mesure, celui d'une nature extrême dans laquelle se joue notre destin. L'artiste avait-il la mémoire ancienne du lieu ? Car, depuis le XII e siècle, ce Mont-aux-Malades,
d'où est peint le tableau, accueillait une maladrerie où étaient
placées en quarantaine, et soignées par des religieux augustins dévoués, des personnes atteintes de la lèpre. A eux aussi, cette contemplation était offerte. Comme une dernière consolation. Un ultime appel à accueillir la vie comme un don.
• Dominique Lang
Le Pèlerin n° 7490 18 juin 2026
/image%2F0933224%2F20260617%2Fob_a40557_paul-huet.png)