« Si cette violence explose ainsi, c’est qu’il existe une forme de violence sous-jacente chez une partie de cette génération », analyse Mgr Olivier de Cagny. Diocèse d’Évreux

« Si cette violence explose ainsi, c’est qu’il existe une forme de violence sous-jacente chez une partie de cette génération », analyse Mgr Olivier de Cagny. Diocèse d’Évreux

Face à la mobilisation des lycéens et aux violences qui ont marqué ces derniers jours, l’évêque d’Évreux, Mgr Olivier de Cagny, appelle les jeunes à choisir la voie du dialogue. Il voit dans ces tensions le signe d’un malaise plus profond et insiste sur le rôle de l’éducation et de la foi.

La Croix : Ces derniers jours, plusieurs mobilisations de lycéens ont eu lieu en France, notamment à Évreux. Une nouvelle journée d’action est annoncée mardi 6 octobre. Quel regard portez-vous sur ce mouvement ?

Ce qui ressort de mes échanges avec les enseignants et les étudiants, c’est qu’il y a beaucoup d’incompréhension. On ne peut pas nier que le monde dans lequel évoluent les jeunes puisse leur paraître inquiétant. Leur avenir peut sembler bouché, le changement climatique est une source d’angoisse, tout comme les perspectives de chômage. Ils sont confrontés à un monde qu’ils perçoivent comme violent et incertain, et ils se révoltent contre cette situation. Mais, paradoxalement, ils ne se rendent pas compte qu’ils ont eux-mêmes recours à la violence.

Pour faire remonter des problèmes qui sont parfaitement légitimes – la qualité du bâti des bâtiments scolaires, le manque de personnel, ou encore l’absence de remplaçants pour les enseignants –, la violence n’est pas nécessaire. Or, il y en a eu, notamment dans deux lycées d’Évreux où la situation a été tendue, avec des poubelles incendiées et l’intervention rapide des CRS. Le blocus peut être un moyen d’action intéressant s’il permet d’ouvrir un dialogue. Mais, dans la situation actuelle, personne ne semble vraiment comprendre ce qui est en train de se passer.

Comment expliquez-vous que la contestation en soit venue à ces formes de violence ?

Cela me fait réfléchir à des questions plus profondes et plus larges autour de l’éducation. Si cette violence explose ainsi, c’est qu’il existe une forme de violence sous-jacente chez une partie de cette génération. J’y vois plusieurs raisons. Les lycéens d’aujourd’hui étaient entre le CM1 et la sixième pendant le début de la crise du Covid-19. Ils ont été confinés chez eux, sans toujours bien comprendre ce qui se passait, et beaucoup se sont réfugiés sur les réseaux sociaux. Ce à quoi se sont ajoutées les guerres et les inquiétudes liées aux problèmes écologiques. Tout cela est très anxiogène.

Or, on laisse très souvent les jeunes seuls face à leurs angoisses. Cette violence intérieure peut bouillonner, ne pas s’exprimer, et, lorsqu’un exutoire se présente, comme c’est le cas avec cette mobilisation, certains s’y engouffrent, avec une forme de fascination pour la violence, sans toujours en mesurer les conséquences.

L’éducation pourrait remédier à cela. Mais les familles sont parfois elles-mêmes fragilisées par les crises, le manque de communication et l’omniprésence des écrans. Les jeunes peuvent alors avoir du mal à croire que le dialogue soit réellement efficace pour résoudre les conflits. Cela révèle aussi, plus largement, un manque d’investissement de la société dans l’éducation et les jeunes.

Devant ces tensions et les inquiétudes exprimées par les jeunes, quel rôle l’Église peut-elle jouer ?

Un jeune étudiant en BTS avec qui j’ai échangé l’a lui-même noté : quel contraste entre ces scènes et celles observées lors de la venue du pape Léon XIV ! Nous qui sommes chrétiens voyons bien qu’il existe une voie de la paix. Face à la violence, les jeunes ont justement besoin de retrouver ce chemin du dialogue. Il faut prier pour que ces violences cessent.

Ce jeune en question est orphelin, très pauvre, obligé de travailler tous les week-ends en plus de ses études. Il aurait bien des raisons de se révolter. Pourtant, sa foi l’aide à refuser la violence et à choisir le dialogue. Il le dit : c’est Dieu qui peut nous aider à avancer dans la vie, une vie, qui, contrairement à l’illusion entretenue par le monde virtuel, n’est jamais exempte d’épreuves ou de crises. Il faut écouter des voix qui nous invitent à avancer, à dialoguer, et à faire en sorte que la société travaille collectivement à construire ce chemin.

Esther Serrajordia

La Croix

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