Violences et Non-violence par Dom Helder CAMARA, archevêque de Recife 1909-1999
19 oct. 2026Je vois resurgir chez nombre de jeunes manifestants – et à la suite des dégradations urbaines récentes - la justification de la violence révolutionnaire en réponse à la violence institutionnelle, violence révolutionnaire que combat la violence répressive. Cette justification s’appuie sur le témoignage de Dom Helder CAMARA, archevêque de Recife en voulant s’inspirer d’une « parole sacrée » ! J’ai tenté de ne pas en rester à une approche « caricaturale » en présentant les trois types de violences explicitées par l’archevêque mais en faisant droit aussi à la primeur qu'il donne à la « non-violence » :
Dans son ouvrage de 1970 intitulé « Spirale de violence », l'archevêque brésilien Dom Hélder Câmara formule une analyse célèbre articulée autour de trois formes de violence interconnectées et de la réponse non-violente.
1. La typologie des trois violences
Dom Hélder Câmara décrit une mécanique d'escalade où chaque violence en engendre une autre :
- La première violence : la violence institutionnelle (ou injustice) C'est la forme originelle et fondamentale. Elle correspond à l'injustice sociale, la pauvreté structurelle, la domination et l'exploitation qui écrasent silencieusement les populations. Pour lui, cette violence d'État ou de système est la « mère de toutes les autres ».
- La seconde violence : la violence révolutionnaire (ou insurrectionnelle) Elle naît en réaction directe à la première. Révoltés par l'injustice et l'absence de voies pacifiques pour se faire entendre, les opprimés ou la jeunesse choisissent la lutte armée ou la révolte pour tenter de briser l'oppression.
- La troisième violence : la violence répressive C'est la réponse du pouvoir établi et de l'État pour réprimer la révolte populaire. Cette violence répressive cherche à étouffer la seconde afin de maintenir en place les privilèges et l'ordre établi de la première.
L'hypocrisie dénoncée
Dom Hélder Câmara souligne la partialité des jugements politiques et médiatiques : il qualifie d'hypocrisie le fait de ne condamner publiquement que la seconde violence (la violence des opprimés), tout en ignorant la violence institutionnelle qui l'a engendrée ainsi que la violence répressive qui cherche à la faire taire.
2. La perspective de la non-violence
Face à cet engrenage destructeur, Dom Hélder Câmara refuse tant la violence armée que la résignation pacifiste passive. Il propose la non-violence active :
- Une force d'action et de justice : La non-violence n'est pas la passivité ou l'acceptation de l'injustice. C'est une méthode de combat fondée sur la vérité, la mobilisation des consciences et la pression morale pour briser le cercle vicieux de la violence sans en utiliser les armes.
- Les « Pèlerins de la paix » : Il appelle à la formation de réseaux de citoyens et de jeunes engagés capables de dénoncer l'injustice à la racine et de transformer les structures politiques et économiques d'une manière pacifique mais ferme.
Sa citation célèbre résume ce combat :
« Quand je donne à manger aux pauvres, on me traite de saint. Quand je demande pourquoi les pauvres n'ont pas à manger, on me traite de communiste. »
Denis Chautard
Prêtre de la Mission de France
A Vernon, le 19 octobre 2026
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