Israël contraint le Père Louis Salman à quitter la Palestine
11 mai 2026Dans une décision qui a suscité une profonde tristesse parmi de nombreux chrétiens palestiniens, le Père Louis Salman, prêtre du Patriarcat latin et curé de la paroisse latine de Beit Sahour, a été contraint de quitter les territoires palestiniens pour retourner en Jordanie après le refus des autorités israéliennes de renouveler son permis de résidence.
Dimanche dernier, le Père Louis a célébré sa dernière messe à Beit Sahour devant une assemblée nombreuse et émue de fidèles, de jeunes et de familles qui ont exprimé leur affection et leur gratitude envers un prêtre fortement lié au service pastoral, à l’accompagnement des jeunes et à la proximité avec les familles et la communauté locale.
Selon des sources ecclésiales, la décision de ne pas renouveler sa résidence est intervenue après de longues procédures sécuritaires et des interrogatoires inhabituels, dans un contexte marqué par les prises de position publiques du Père Louis en faveur de la justice et de la paix, son attachement à la dignité et à la liberté du peuple palestinien, ainsi que son refus de la violence et de tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine.
Le Père Louis Salman est né en Jordanie en 1989. Après des études en infographie et animation numérique à l’Université Princess Sumaya for Technology, il est entré au Grand Séminaire de Beit Jala en 2014, où il a poursuivi des études de philosophie et de théologie avant de consacrer sa vie au ministère sacerdotal en Terre Sainte.
Le Père Louis s’est particulièrement fait connaître ces dernières années, notamment après la mort de la journaliste palestino-américaine Shireen Abu Akleh, lorsqu’il participa aux prières funéraires et aux cérémonies d’adieu à Jénine, dans un moment qui a profondément marqué de nombreux Palestiniens par sa dimension à la fois humaine, nationale et spirituelle. Il était également reconnu pour sa proximité avec la jeunesse chrétienne palestinienne et pour sa présence active dans de nombreuses initiatives pastorales, humanitaires et communautaires.
Ces derniers jours, Beit Sahour est devenue un lieu d’adieux et de reconnaissance pour un prêtre dont le nom est étroitement associé au ministère auprès des jeunes, au service pastoral et à la proximité avec les gens simples. Les jeunes chrétiens ont organisé une rencontre d’hommage réunissant de nombreux participants venus de différentes villes palestiniennes, tandis que sa dernière messe dominicale a rassemblé une foule importante de fidèles de la région de Bethléem, venus lui dire au revoir avec un mélange de tristesse, de fierté et de gratitude.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de difficultés croissantes auxquelles sont confrontées les Églises et les institutions chrétiennes en Terre Sainte, notamment en ce qui concerne les permis de résidence et les visas des prêtres, religieux et religieuses arabes, mais aussi face aux défis permanents qui touchent la présence chrétienne palestinienne dans sa patrie historique. Elle intervient également dans un climat marqué par des attaques répétées contre des propriétés ecclésiastiques et des membres du clergé, ainsi que par des pressions croissantes affectant la vie religieuse et nationale des fidèles.
Beaucoup considèrent que ce qui est arrivé au Père Louis dépasse le cadre d’un cas individuel et touche plus largement la réalité de l’Église locale ainsi que les défis auxquels sont confrontées sa mission, sa présence et son témoignage en Terre Sainte.
Alors que les fidèles disent au revoir au Père Louis dans la prière et l’affection, l’Église demeure fidèle à sa mission spirituelle et humaine : témoigner de la vérité, de la justice et de la paix, tout en affirmant que la présence des chrétiens palestiniens sur cette terre n’est ni passagère ni accidentelle, mais constitue une part essentielle de son histoire, de son identité et de sa vocation vivante.
Adapté d’un article du Père Firas Abedrabbo, prêtre du Patriarcat latin de Jérusalem.
/image%2F0933224%2F20260511%2Fob_2170e0_pere-firas.jpg)