Un patriarche face à la guerre
10 mai 2026Vivant en Israël depuis trente-cinq ans et patriarche latin de Jérusalem depuis 2020, le cardinal Pierbattista Pizzaballa a publié le 25 avril, pour la première fois, une lettre pastorale d’une trentaine de pages. Celle-ci, rédigée dans la lignée de la pensée développée par le pape, a été particulièrement remarquée.
Grande voix actuelle de l’Église catholique, le cardinal Pierbattista Pizzaballa est inquiet. Inquiet des guerres en cours, du choc inédit que les massacres du 7-Octobre ont provoqué, de la fin d’un certain ordre international, de la violence dans laquelle le monde a basculé. Écrit sur un ton très personnel, le texte porte un regard lucide sur la situation au Proche-Orient. « Nous avons été précipités dans un “après” que nous avons du mal à comprendre », explique ainsi le cardinal Pizzaballa à propos de l’attaque terroriste menée par le Hamas et ses alliés le 7 octobre 2023. « Pour les Palestiniens, cela représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes. Pour les Israéliens, en revanche, quelque chose d’inédit : des violences qui ont faire revivre les horreurs survenues en Europe il y a quatre-vingts ans », remarque-t-il.
Dans la vision de Pizzaballa, l’événement constitue les prémices d’un basculement généralisé. Au début de la guerre à Gaza, il s’était proposé comme otage en échange des enfants israéliens enlevés et retenus dans l’enclave palestinienne. Ce n’est pas seulement un « conflit local […] C’est le symptôme d’une crise bien plus profonde, d’un changement de paradigme à l’échelle mondiale. Pendant des décennies la communauté internationale, et en particulier le monde occidental, a cru en un ordre international basé sur les règles, les traités et le multilatéralisme ». L’analyse du patriarche latin se situe clairement dans la lignée de la pensée que Léon XIV distille depuis le début de 2026, à la suite de l’intervention américaine au Venezuela et du déclenchement de la guerre contre l’Iran.
Le cardinal Pizzaballa pourfend le recours à la force comme instrument « jugé décisif pour la résolution des conflits ». « La guerre, écrit-il, est devenue l’objet d’un culte idolâtre. » Des paroles qui vont aussi résonner aux oreilles du gouvernement israélien, avec lequel le patriarche latin a déjà eu maille à partir. Le dimanche des Rameaux, il avait été empêché par la police israélienne de se rendre à l’église du Saint-Sépulcre pour y célébrer, officiellement pour des raisons de sécurité. L’incident, qualifié de « grave précédent » par le patriarche, avait eu un retentissement international et l’attitude des autorités israéliennes avait été unanimement condamnée.
Dans le contexte international et au regard des engagements de Léon XIV, la lettre pastorale du patriarche latin arrive à point nommé. Déplorant les tentations identitaires et les pièges d’une « mémoire toxique », Pizzaballa tente de donner un sens à la présence chrétienne, qui se raréfie dans la région. « Les chrétiens de Terre sainte ne sont pas un tiers indésirable, ni un tampon neutre entre Israéliens et Palestiniens », écrit-il. « Il n’y a pas de lieux à posséder mais des relations à construire », plaide-t-il encore, donnant comme exemple les écoles et les hôpitaux, fréquentés par toutes les communautés confessionnelles.
Bernadette Sauvaget
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