Zeynab Alami © Le Démocrate Vernonnais

Zeynab Alami © Le Démocrate Vernonnais

Arrivée à Vernon en 2017 sans parler français, Zeynab Alami, 25 ans, est en passe d’entamer un doctorat après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur. Un parcours inspirant pour celle qui est née en Afghanistan et a grandi en Iran.

C’est l’histoire d’une jeune fille de 16 ans qui arrive en France avec tout à apprendre. Le 5 juin 2017 Zeynab Alami arrive à Vernon avec sa mère et ses deux petits frères pour rejoindre son père, déjà installé dans la commune. « J’ai bénéficié du regroupement familial parce que mon père était déjà en France », explique la jeune femme, aujourd’hui âgée de 25 ans.

Née en Afghanistan et après avoir grandi en Iran, elle découvre sa nouvelle vie en France. « Dès l’été, j’ai commencé à prendre des cours de français avec les bénévoles du Secours catholique de Vernon », se souvient-elle. C’est notamment là qu’elle fait la rencontre de Marie-Françoise, professeure de français de l’association. En septembre de la même année, elle intègre une classe de français langue de scolarisation (FLS) à Évreux, dans l’objectif de rejoindre ensuite un parcours académique « classique ». « En parallèle, j’étais stagiaire au lycée Dumézil deux jours par semaine », poursuit Zeynab Alami, qui parle aujourd’hui un français parfait et dont le parcours pourrait en inspirer plus d’un.

À la rentrée de 2018, elle intègre une Première générale scientifique et passe le baccalauréat de français un an seulement après être arrivée à Vernon. L’année suivante, en 2020, elle obtient son baccalauréat scientifique et intègre une classe préparatoire BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre) à Rouen (Seine-Maritime). « Au lycée j’étais déjà très intéressée par les sciences. C’est un langage universel, j’ai appris les mêmes choses que dans ma langue maternelle », confie Zeynab Alami. Après deux ans de « prépa », elle quitte Vernon pour rejoindre Strasbourg (Bas-Rhin) : « J’ai intégré un cycle de trois ans en biotechnologie dans une école d’ingénieurs. »

Diplômée en novembre 2025, Zeynab Alami ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En septembre 2026, elle retournera à Strasbourg pour entamer un doctorat de trois ans à l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IMBC), rattaché au CNRS. « La première année sera consacrée à la recherche pour ma thèse, et la deuxième je donnerai des cours », explique la future doctorante. Le sujet de sa thèse ? La réplication des virus de Zyka.

Si à l’obtention de son diplôme d’ingénieur, Zeynab Alami aurait pu se tourner vers le privé pour entrer dans le monde du travail, son choix d’opter pour le monde académique n’est pas un hasard. « L’école m’a donné confiance », témoigne-t-elle. De cette professeure d’allemand du lycée Dumézil qui l’a épaulée, à ses amies rencontrées à l’internat en prépa à Rouen : son entourage a joué un rôle clé dans son avenir.

« Mes parents n’ont pas fait d’études donc je réalise un peu leur rêve. Ça a pu être parfois difficile pour eux de comprendre mes besoins mais ils admirent ma volonté. Au lycée, j’étais un peu timide mais j’ai eu un très bon accueil des professeurs. Ensuite, à l’internat, je partageais le quotidien de deux autres filles de ma chambre et aujourd’hui on a gardé contact », souligne Zeynab Alami.

Son parcours impressionnant, elle le doit aussi à sa pugnacité et son sérieux dans le travail : « Pour apprendre le vocabulaire, j’avais toujours un carnet dans lequel je notais des mots. Quand je discutais ou que j’écoutais des conversations j’essayais de trouver qui avait parlé avec du passé composé par exemple. »

Depuis plusieurs mois, elle donne des cours de français par visioconférence à des jeunes filles afghanes qui n’ont plus accès à l’école. Elle a aussi proposé son aide au Secours catholique pour les cours de français par lesquels elle et sa famille sont eux-mêmes passés. « J’ai bénéficié du bénévolat alors j’y tiens : quand je peux je transmets », conclut Zeynab Alami.

Melissa Priou
Le Démocrate Vernonnais jeudi 28 mai 2026 page 16

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