Manifestation à Vernon de « Alliance Vita » concernant la « LOI SUR L’AIDE À MOURIR »
25 juin 2026L’association Alliance Vita s’est mobilisée contre le projet de loi sur l’aide à mourir lundi 22 juin 2026 à Vernon (Eure), en même temps que 53 autres villes en France. ©Le Démocrate vernonnais
« Nos mourants ne sont pas des encombrants »
Lundi 22 juin, l’antenne locale de l’association Alliance Vita a organisé une manifestation sur le parvis de la mairie pour contester le projet de loi sur la fin de vie.
« Nos mourants ne sont pas des encombrants », scande la quarantaine de manifestants présents sur le parvis de la mairie de Vernon, lundi 22 juin, à 18h30. Membres de l’association Alliance Vita, ils participent à une opération coordonnée dans une cinquantaine de villes à travers la France pour exprimer leur opposition au projet de loi sur l’aide à mourir, étudié à nouveau par les députés de l’Assemblée nationale depuis ce lundi.
Se définissant comme une association « qui défend la vie » (créée en 1994 en France à l’arrivée des premières lois bioéthiques, Alliance Vita s’était notamment opposée à la PMA pour toutes en 2018, Ndlr), Alliance Vita milite contre la loi sur la fin de vie depuis 2024 et avait organisé une action similaire en mai 2025.
À l’aide d’une scénographie bien rodée, des cartons et un discours accompagnant les manifestants, le message à passer est très clair. « Déjà l’appellation d’aide à mourir nous semble fausse, on vous donne la mort », affirme Muriel Baguelin, représentante départementale d’Alliance Vita. Pour l’association, ce projet de loi « fragilise les plus vulnérables, brouille le sens du soin et laisse entendre que certaines vies sont de trop ». En faisant passer la loi sur l’aide à mourir, l’État suggérerait que « certaines vies, considérées comme inutiles, ne seraient qu’un poids pour les proches ou la société ». Un meilleur accès aux soins palliatifs est également au cœur de leurs revendications.
Alliance Vita estime que « si la proposition de loi en débat était adoptée, le suicide assisté et l’euthanasie risqueraient de s’imposer par défaut d’accès aux soins nécessaires ».
Sans oublier le rôle du médecin. « J’ai des professionnels de santé dans mon entourage qui me disent que cette loi vient directement entraver le lien de confiance entre patients et médecins. Ce n’est pas le rôle du médecin de donner la mort », martèle Muriel Baguelin.
Sur ce point, les députés sont tiraillés : si le texte initial laissait primer l’autoadministration de la substance létale, avec une possibilité d’euthanasie si le malade n’est « physiquement pas en mesure de le faire », plusieurs élus ont déposé des amendements pour laisser le choix au malade. Les débats en cours devraient éclaircir les conditions.
Infirmière diplômée d’un master de prise en charge de la douleur, Aliette, qui a participé à la manifestation, en est convaincue : il faut avant tout répondre aux peurs et aux angoisses des patients. « Avec les soins palliatifs, on peut soulager sans donner la mort. On doit répondre à une demande de personnes qui ont peur de finir dans d’atroces souffrances. Les soins palliatifs sont onéreux mais ils permettent de soulager sans donner la mort », développe cette dernière. Opter pour l’aide à mourir s’apparente à « une démission de l’être humain » pour la soignante.
Un argument qui ne fait pas l’unanimité. Laurence, malade d’un cancer en stade 4, passe devant la manifestation tout à fait par hasard en sortant de sa séance de chimiothérapie. « Je ne suis pas d’accord avec eux », commence-t-elle. Avec des métastases qui ont migré jusqu’à son cerveau, elle se sait condamnée et refuse « de finir comme un légume ». « Je suis pour l’aide à mourir et je la veux pour moi. Les soins palliatifs existent, mais quand il n’y a vraiment plus rien à faire et que la fin de vie devient douloureuse, on devrait pouvoir y avoir recours. Je n’ai pas envie de me suicider, si je me loupe je devrais laisser la responsabilité du corps à un proche… J’ai toujours été dynamique, si c’est pour me faire opérer et devenir un légume, c’est non », explique l’habitante de Vernon.
Pour autant, pas question « de faire n’importe quoi ». « Il faut que ce soit très encadré et qu’on ne la demande pas pour une dépression. C’est important aussi de discuter avec les personnes qui sont contre et de comprendre leur avis », poursuit Laurence.
Aujourd’hui le projet de loi prévoit cinq critères à remplir pour bénéficier de l’aide à mourir : être majeur (au moins 18 ans) ; être français ou résident étranger régulier et stable en France ; être atteint d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale. Pour en bénéficier, ce sera au médecin sollicité par le patient de décider seul de son éligibilité après avoir recueilli l’avis d’au moins un autre médecin et un autre soignant dans un délai de 15 jours.
Largement approuvé en mai 2025 (305 voix contre 199) puis en février dernier (299 voix contre 226), il devrait être acté le 15 juillet à l’issue de ce troisième examen par la chambre basse.
Melissa PROU
Le Démocrate Vernonnais
Jeudi 25 juin 2026
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