Bienheureux Gabriel Longueville, prêtre ardéchois assassiné il y a 50 ans en Argentine… souvenons-nous !

Le 18 juillet 1976, l'Ardèche et l'Église perdait un des siens. Cinquante ans plus tard, souvenons-nous de Gabriel Longueville, un prêtre ardéchois assassiné pour avoir aidé les plus pauvres.

Il y a cinquante ans, Gabriel Longueville était sauvagement assassiné par la dictature militaire argentine. Il avait 45 ans.

Béatifié par le Vatican en 2019, ce prêtre ardéchois reste trop peu connu du grand public. Rien de très étonnant pour un homme ordinaire qui ne nourrissait d'autres buts que combattre la misère, et qui l'a payé de sa vie. Retour sur le parcours d'un martyr ardéchois.

D'Étables à l'Amérique latine

Né le 18 mars 1931 à Étables au sein d'une famille d'agriculteurs, Gabriel Longueville grandit dans l'Ardèche verte où la foi et le travail de la terre forment les piliers du quotidien. Doté d'une sensibilité artistique évidente - il excelle dans la sculpture sur bois et la peinture -, il ressent très tôt la vocation religieuse. Alors qu'il est séminariste, son parcours est marqué par l'Histoire : Gabriel participe à la guerre d'Algérie en 1954 avec le grade d'aspirant parachutiste. De retour en métropole, il achève ses études de théologie et est ordonné prêtre le 29 juin 1957 à la cathédrale de Viviers. Il exerce ses premières années de ministère à Annonay avant de ressentir une soif d'ailleurs. En 1969, il s'envole pour l'Argentine en tant que prêtre Fidei Donum.

Affronter la misère

Pendant plus de dix ans, il exerce donc comme enseignant à Annonay. Mais le père Gabriel a envie de partir. Il veut affronter la misère auprès de ceux qui en souffrent le plus, et, en 1969, répondant à l'appel de l'Église pour envoyer des prêtres en renfort dans les pays du Sud, il s'envole pour l'Argentine en tant que prêtre Fidei Donum ("le don de la foi" en latin ; les prêtres Fidei Donum sont envoyés pour plusieurs années en mission par leur diocèse dans un autre pays). Il est alors affecté à Chamical, une paroisse rurale aride et très pauvre du diocèse de La Rioja, dirigé par le progressiste Mgr Angelelli.

Le padrecito

Sur cette terre d'Amérique latine, Gabriel Longueville ne se contente pas de célébrer la messe. Il se retrousse les manches et refuse d'être un curé de bureau. Plusieurs jours par semaine, on le voit donc la truelle à la main ou travaillant le bois aux côtés des habitants. Choqué par le contraste entre la richesse insolente des grands propriétaires terriens et la misère noire des ouvriers, il s'engage activement dans le domaine social.

Avec son jeune vicaire franciscain, le père Carlos de Dios Murias, il fonde des mouvements de jeunes ruraux, soutient des syndicats de bûcherons et de carriers, et met sur pied des coopératives de vigne et des ateliers de tissage pour donner de l'autonomie aux femmes. Son objectif est clair : mettre les pauvres debout et leur faire prendre conscience de leur dignité d'êtres humains. Ces actions lui valent l'affection profonde des familles locales, qui le surnomment affectueusement le padrecito. Mais s'il est aimé des humbles, d'autres apprécient moins ce prêtre français aux actions bousculant l'ordre établi.

Ligotés et criblés de balles

Ces autres, ce sont les grands propriétaires et la dictature militaire du général Videla, qui prend le pouvoir en mars 1976. Le presbytère est alors surveillé en permanence par la police politique, le père Gabriel est perquisitionné, interrogé. Malgré le danger de mort qui se précise, il refuse de fuir et de laisser ses paroissiens.

Le soir du 18 juillet 1976, des hommes armés se réclamant de la police viennent enlever le père Carlos. Gabriel Longueville refuse alors d'abandonner son jeune vicaire et choisit de monter avec lui dans le véhicule. Les corps des deux prêtres, ligotés et criblés de balles, seront retrouvés le lendemain le long d'une voie ferrée. Reconnu martyr par l'église, Gabriel Longueville a été béatifié en 2019.

Frederic Coutisson

 

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