Curé retraité, le père Bénard officie occasionnellement lors de quelques messes. ©Fabien Lestrade

Curé retraité, le père Bénard officie occasionnellement lors de quelques messes. ©Fabien Lestrade

À l'occasion des 90 ans du père Bénard, L'Éveil de Pont-Audemer l'a rencontré à Cormeilles (Eure) et lui a posé des questions sur l'Église et sur la société. Interview.

Samedi 17 octobre 2026, l’église du Bois-Hellain s’est remplie pour célébrer les 90 ans du père Philippe Bénard, curé retraité bien connu à Cormeilles (Eure). Une messe anniversaire qui a rassemblé beaucoup de monde, mais qui ne cache pas la réalité d’un catholicisme rural en recul. Rencontré chez lui, le nonagénaire a accepté de se livrer sans filtre à travers cet entretien.

L’Éveil de Pont-Audemer : Père Bénard, que pensez-vous du nouveau pape et de sa récente visite en France qui a mobilisé des milliers de fidèles ?

Père Bénard : « J’en pense beaucoup de bien, je suis très content. Il a su parler aux gens, il a su être proche de tout le monde. Le pape précédent disait un peu ce qui n’allait pas, c’est normal aussi, tandis que lui, il a dit ce qu’il fallait faire pour que ça aille bien. Je n’entends jamais de gens se moquer de l’Église aujourd’hui, le voyage du pape a fait beaucoup de bien. »

On constate paradoxalement que les églises se vident pour les offices ordinaires, mais le nombre de baptêmes d’adolescents et de jeunes adultes est en hausse. Comment l’expliquez-vous ?

« Ce sont les grandes questions de la vie, ça finit par revenir. Que va-t-on devenir ? Qu’est-ce qu’il y a après la mort ? Quand on n’a pas la foi, on n’a rien pour se raccrocher. Mais d’un autre côté, les parents ne sont plus derrière les jeunes et il n’y a presque plus de catéchisme, ce qui crée un vide. C’est compliqué de tout comprendre aujourd’hui. Prenez l’exemple de la messe : quand on entend ‘Voici l’Agneau de Dieu’, qu’est-ce qu’il vient faire l’agneau là-dedans ? Ça suppose un bagage de catéchèse pour suivre et comprendre la liturgie. Et je trouve qu’il faudrait la rendre plus accessible à tout le monde. »

Quel regard portez-vous justement sur cette jeunesse actuelle, partagée entre ses angoisses et ses revendications ?

« C’est vrai qu’il y a une vraie inquiétude dans la jeunesse. Je connais un jeune couple profondément chrétien, que j’aime beaucoup, mais ils ont peur d’avoir des enfants. C’est inquiétant et ça montre une grande angoisse face à l’avenir. Pour autant, si les revendications sur les conditions de vie peuvent être justes, casser, c’est indéfendable. Le désordre n’amène rien et la casse n’a jamais été intéressante. »

En tant que prêtre, face à ces bouleversements et à cette jeunesse, quelle doit être notre attitude selon vous ?

« Pour nous les prêtres, il faut être très accueillant. Il faut aimer les gens. C’est l’amour qui est la base de tout. Il ne faut pas être grincheux ni brider les gens, comme ces enfants qui bougent à l’église et qui ne m’ont jamais gêné. Jésus lui-même s’est mis en colère contre les apôtres qui chassaient les enfants en disant : ‘Laissez venir à moi les petits enfants’. Dans l’Église, rien par force, tout par amour. »

Pour finir, Père Bénard, après 90 ans de vie et 40 ans de ministère, que pensez-vous de ce qui nous attend après la mort ?

« Le ciel, c’est l’amour parfait. Ce n’est pas Dieu qui envoie en enfer, ce sont des gens qui refusent Dieu, ce n’est pas pareil. On ne peut pas laisser rentrer au ciel des gens qui n’ont pas assez d’amour dans le cœur. Quelqu’un qui est grognon, ça ne peut pas marcher. Le grand commandement, c’est : tu aimeras Dieu, tu aimeras les autres, ça résume tout. »

Propos recueillis par notre correspondant Fabien Lestrade

 

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