« Mon pays, ma colère, ma part » de Philippe Tarabon
02 oct. 2026Mon pays, ma colère, ma part… Réflexion d'un chrétien devant les violences de la jeunesse : Il fait nuit sur le Jura Suisse. Dehors, rien ne bouge. Dedans, sur un petit écran, mon pays brûle.
Je regarde. Des visages cagoulés, des cris, un pompier dont la tenue s'enflamme, une surveillante qui s'effondre devant son lycée. Je devrais éteindre, et je ne le fais pas. Quelque chose me retient, comme on reste immobile devant ce qui nous concerne plus qu'on ne voudrait l'admettre.
Une colère sourde monte. Je lui donne d'abord de beaux noms : indignation, souci de la justice, amour de mon pays. Puis, dans le silence, je l'entends mieux. Elle dit surtout : comment osent-ils ? C'est la voix de quelqu'un qui regarde de loin, au chaud, avec ses bonnes raisons. Je connais ce personnage. Jésus l'a mis dans une parabole : le frère aîné, resté à la maison, irréprochable, qui reste dehors les bras croisés pendant que la fête commence sans lui.
Alors je me souviens d'avoir eu seize ans. Je ne cassais rien, mais je portais en moi un orage sans mots. J'étais en colère contre je ne savais quoi, seul dans une chambre, incapable de dire ce qui m'étouffait. Si quelqu'un m'avait tendu une cause, un ennemi, une pierre à jeter, je ne suis pas sûr que j'aurais résisté. Ce qui m'a retenu n'était pas ma vertu. C'étaient quelques adultes, une table, des livres, des mots, et une foi qui m'a appris à parler à Dieu comme on parle à quelqu'un qui supporte les cris.
Je pense souvent aux psaumes à ce sujet. Le psalmiste ne cache rien : « Jusqu'à quand, Seigneur ? » Il se plaint, il accuse, il tremble. La Bible ne demande pas qu'on n'ait pas de colère. Elle en donne la langue. Ces jeunes ont une colère, et elle est peut-être légitime en son fond. Il leur manque le vocabulaire. Quand on n'a plus de phrases, il reste les poings.
Je sais où est notre part. Nous avons laissé s'amenuiser la transmission, remplacé les maîtres par des écrans, et laissé des idéologies offrir à cette soif de sens des réponses toutes faites, dont les marchands sont habiles. Mais je me méfie de ma propre rapidité à désigner des fautifs. Le cœur humain, à quinze ans comme à cinquante, porte les mêmes capacités de ravage. Seul change ce qu'on nous a donné pour les contenir.
Il faut protéger le pompier et la surveillante, cela ne se discute pas. Mais je ne peux pas m'empêcher de me rappeler que Jésus, devant les foules, ne voyait pas des émeutiers. Il voyait des brebis sans berger, et il en eut compassion.
Je ferme l'écran. La question qui reste est plus petite que celles des éditorialistes, et bien plus gênante : à qui, ces derniers mois, ai-je donné du temps ? Qui ai-je écouté sans préparer ma réponse ? Mon indignation est-elle une prière, ou un divertissement du soir ?
Je ne sais pas ce que fera la France de cette jeunesse. Je sais seulement ce que je peux faire demain, et ce n'est pas grand-chose : ouvrir ma porte, ma table, mes oreilles.
Seigneur, la colère qui montait en moi regardait du mauvais côté. Retourne-la vers moi, puis donne-moi tes yeux pour ceux que je ne comprends pas.
Philippe TARABON
2 octobre 2026
Philippe Tarabon est un professionnel de la communication et un auteur protestant.
Ses activités principales comprennent :
- Parcours professionnel : Il a travaillé pendant 20 ans dans le domaine de la communication.
- Auteur et chroniqueur : Il rédige régulièrement des tribunes et des articles d'opinion pour la presse et les médias chrétiens, notamment le magazine Christianisme Aujourd'hui.
- Thématiques abordées : Il écrit sur des sujets de foi, de réflexion théologique, de société et d'éthique religieuse. Il aborde notamment la prévention des dérives d'emprise ou d'abus au sein des communautés chrétiennes et la nécessité d'écouter les victimes.
Il se présente sur ses espaces d'écriture comme un « pèlerin de l'Esprit en terre d'actualité ».
(Source : GEMINI, IA de Google)
/image%2F0933224%2F20261002%2Fob_89ac51_le-cornu-violences.jpg)