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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 14:14
Le père Jean-François Berjonneau, prêtre exorciste au diocèse d’Évreux - Anthony Quindroit

Le père Jean-François Berjonneau, prêtre exorciste au diocèse d’Évreux - Anthony Quindroit

Aubevoye. Alors que l’image a été largement galvaudée par le cinéma de genre, les prêtres exorcistes continuent d’exercer. Il y a même un référent par diocèse français. Rencontre avec le père Berjonneau, désigné par l’évêque pour « chasser le démon de la vie des gens ».
Le père Jean-François Berjonneau, prêtre exorciste au diocèse d’Évreux
Évacuons tout de suite le cliché. Non, dans les prochaines lignes, vous ne lirez pas d’anecdotes à base de régurgitations verdâtres et de têtes qui tournent à 180º. Tout cela fait sourire le père Jean-François Berjonneau. L’Exorciste, le film d’horreur culte signé William Friedkin, il « l’a vu, il y a longtemps ». Et l’homme d’église n’a pas été plus ébranlé que ça par la représentation cinématographique de la lutte entre la foi et le Malin.
 « Un travail d’écoute phénoménal »
Même depuis qu’il a pris sa fonction de prêtre exorciste, il y a à peine trois mois, pour le diocèse d’Évreux, il n’a pas vu de Regan débarquer dans sa paroisse en faisant bouger des meubles par l’esprit. « Mais, j’ai déjà été confronté au mal qui s’empare de quelqu’un », confesse l’homme de 77 ans dont cinquante de prêtrise. Il évoque là son passé pas si lointain d’aumônier des prisons. Trente-trois années à se rendre auprès de personnes condamnées, parfois pour des actes horribles : « Bien sûr, il y en a qui ont franchi la ligne jaune en connaissance de cause. mais combien m’ont demandé « Qui je suis pour avoir fait ça ? », combien n’ont pas compris ce surgissement de violence ? ». Trois décennies à développer « un travail d’écoute phénoménal. Ça m’a mis en disposition pour être exorciste   », note-t-il encore.
Si tous les prêtres passent par cette ordination, un seul est désigné par l’évêque « pour chasser le démon de la vie des gens », détaille encre le père Berjonneau en mettant son téléphone en silencieux. Voilà trois fois qu’il sonne en dix minutes : une personne qui l’appelle quasi quotidiennement, tourmentée et persuadée qu’une entité lui veut du mal. « Le travail du prêtre exorciste est directement dirigé dans le combat contre le Malin, celui à l’origine du mal, qui se manifeste de manière différente. Mon but est d’aider les personnes à se libérer des tourments qui les habitent. À 80 %, c’est du travail d’écoute. Le reste, de la prière. »
 « Parfois, on n’a pas d’explication »
Vous vouliez une mise en scène spectaculaire, un curé qui psalmodie en latin en sortant des fioles d’eau bénite de sa sacoche en cuir élimée ? « Ah, si l’eau bénite, on s’en sert. Mais on prend de l’eau du robinet que je bénis sur place », relativise, espiègle, le prêtre officiant à Aubevoye. La séance consiste surtout à « s’adresser à Dieu et au Christ pour qu’il protège cette personne et qu’il rétablisse la confiance. »
Et si on lui a bien parlé de quelques « phénomènes » inexplicables comme, oui, des meubles qui bougent et fait écouter « des enregistrements » sur lesquels il a entendu des mots, il ne remet jamais en cause la sincérité du témoignage ni n’évoque des paréidolies ou des hallucinations. « Je ne mets jamais le soupçon sur un témoignage et l’on sait que, parfois, on n’a pas d’explication », tranche l’homme de grande foi, à la spiritualité inspirée par Charles de Foucauld. Des principes qui le guident vers l’universalité et la tolérance depuis ses débuts de coopérant en 1964 dans l’Algérie nouvelle.
 « Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu ? »
Toutes ses expériences, tant de prêtre-ouvrier que de membre de la commission épiscopale pour l’immigration, l’accompagnent aujourd’hui dans cette nouvelle mission en apparence si surannée. « Vous savez, la plupart des gens qui font appel à un prêtre exorciste sont dans une spirale de mauvaises nouvelles, ils ont l’impression que le sort s’acharne… Ils se disent… C’était quoi déjà le titre de ce film ?, interroge-t-il. Oui, c’est ça, « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » ! » Si l’on s’attendait à évoquer le cinéma avec le père Berjonneau, spontanément, ce n’était pas la comédie avec Clavier qui nous venait en tête. Comme quoi, les voies du Seigneur…
La confidentialité, c’est sacré
Sur les rituels pratiqués, le père Berjonneau demeure discret. La confidentialité des échanges autour des problèmes rencontrés, c’est sacré. Et si rien ne filtre sur les appels qu’il a reçus, il indique seulement avoir eu à intervenir « une douzaine de fois en trois mois ».
« Je ne suis pas seul à intervenir. Je suis avec un moine du Bec-Hellouin et des laïcs », indique-t-il. Perte de sens, de repère, « la conjoncture actuelle avec la pandémie et l’inquiétude environnementale est génératrice de grandes inquiétudes, analyse Jean-François Berjonneau. Le message, c’est surtout de dire que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Ces interventions peuvent crisper les non-croyants. Le curé n’en a cure. « Dans la période actuelle, plein de voyants, de marabouts, font du business de ça  », regrette-t-il. Les interventions du prêtre d’Aubevoye, elles, sont totalement gratuites. Et ne promettent rien. « La foi, c’est entrer dans une nouvelle confiance. Quand on n’a plus confiance, c’est l’enfer ! »

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 15:23

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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 18:32
« Nous ne sommes pas des anges, nous sommes incarnés ». Interview de Franck LEGROS, prêtre du Diocèse d’Evreux

Pendant la fête de la Miséricorde, organisée les 10 et 11 avril à St Sulpice, le P. Franck Legros donnera son témoignage. Ordonné pour le diocèse d’Evreux (Eure), il est devenu prêtre après une carrière de danseur à l'opéra de Düsseldorf (Allemagne). L'occasion, avec lui, de redécouvrir l'amour, incarné, de Dieu pour chacun de nous.
Au programme Cette année, à Paris, l’occasion du dimanche de la divine Miséricorde, une fête de la Miséricorde se déroulera le samedi 10 et le dimanche 11 avril à St-Sulpice (6ème). Après une messe célébrée, le dimanche 11 avril à 13h par Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris un temps d’adoration et une heure de la miséricorde le P. Franck Legros conclura cette fête en donnant son témoignage, à 16h.

Plus d’informations :
pourlamisericordedivine.org 

Paris Notre-Dame — Quel lien entre miséricorde et danse ?
P. Franck Legros - La miséricorde signifie être plongé dans le cœur de Dieu. Dieu c'est la vie ! Et qu'est-ce que la vie sinon le mouvement par excellence Dans le sein de notre mère, notre premier organe vivant a été le cœur. Cela dit quelque chose. Notre corps lui-même a été marqué, dès sa conception par ce battement, cette première danse de quelques millimètres. Comme pour nous dire que le centre nos vies se situe dans notre capacité à aimer et à nous laisser aimer. Il y a une grosse difficulté aujourd’hui à s'aimer soi-même, alors c'est un commandement. Si nous voulons que la miséricorde impacte notre quotidien, cela doit passer par le fait de nous aimer. Je m'aime parce que Dieu m'aime. Et s'aimer soi-même signifie s’accueillir intérieurement mais aussi dans son corps. Les personnes qui arrivent à danser sont des personnes qui se sentent accueillies comme elles sont. Tout comme l’amour, la danse nécessite de sortir de sa zone de confort, de consentir à être et à se montrer vulnérable.
P.N.D. — Peut-on danser avec Dieu ?
F. L — Dieu dansera pour toi, est-il écrit dans le livre de Sophonie. Il est beaucoup question, dans l’Écriture, d'un peuple invité à danser. La danse exprime quelque chose de l'ordre de la vie, de la joie de vivre mais aussi du combat.
C'est aussi un langage universel qui peut être partagé par tous. Jésus est venu dire l'amour de Dieu en prenant chair. Alors, quand notre corps peut dire l'amour de Dieu, c'est extraordinaire ! La danse peut être une façon de remercier, de rendre grâce. L'offrande est parfois considérée comme quelque chose de sacrificiel. J'aime à dire qu'elle peut aussi être agréable. Je me considère d'ailleurs comme un danseur dans l'âme.
P.N.D. — Comment notre Église romaine assez « intellectuelle » peut-elle le redécouvrir ?
F. L — Je crois qu'il y a quelque chose de l'ordre de la simplicité et de l'esprit de l'enfance à retrouver. Quand un enfant danse, tout le monde trouve cela formidable. Nous avons peut-être perdu quelque chose de cette simplicité, de cette liberté. Nous sommes très figés. Alors que notre religion, fondée sur l'incarnation de Dieu, devrait être experte dans ce langage. II y a je crois, une urgence que nous retrouvions, dans l'Église, ce rapport à la joie, à la liberté et à leur incarnation. Tout ce qui se passe actuellement — les affaires d'abus, de mœurs... — est un peu un retour de bâton. Nous ne sommes pas des anges. Nous sommes incarnés. Il est important de retrouver une belle relation à notre corps, à notre liberté, notre expression, quelque chose qui soit sain, joyeux, frais.
Propos recueillis par Isabelle Demangeat

Paris Notre Dame n°1853 du 18 mars 2021 page 4

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 20:45
L’église de la paix et du vivre ensemble à Val de Reuil (Eure)

Intronisé début septembre à l'église de la Fraternité, l'Abbé Augustin Kondèle NGOM est devenu pour 6 ans le nouveau curé de la paroisse Saint-Pierre des Deux Rives.
Rencontre.
Aider son prochain et œuvrer pour un monde meilleur dans lequel la différence est symbole de richesse et de partage : l'Abbé Augustin Kondèle NGOM a fait de cette ambition le fil conducteur de toute sa vie. C'est ainsi que le nouveau prêtre de l'église de la Fraternité et de la paroisse Saint-Pierre des Deux Rives promet d'être ici le fervent défenseur du vivre ensemble, celui qui fait toute la singularité de notre ville. « de nos diversités, de nos charismes et expériences, nous constituons une seule et même communauté. L'unité dans la diversité, le respect et l'acceptation mutuels, voilà un autre défi, à notre portée sûrement » disait-il à son homélie d'intronisation le 6 septembre. Tout petit déjà, Augustin Kondèle NGOM voulait contribuer au bien-être de tous. « Très jeune, j'ai souhaité devenir prêtre même si cela n'était pas encore clair et mûr dans ma tête. J'ai toujours été très proche de l'église. A l'époque, j'officiais comme enfant de chœur puis choriste... Ça a été pour moi l'école de la vie. L'église m'a appris à vivre en paix et en harmonie avec mes concitoyens ». Ordonné prêtre le 5 juillet 1987 par l'archidiocèse de Dakar au Sénégal, l'abbé Augustin est arrivé en France en 2019 dans le cadre d'un partenariat tissé entre les diocèses d'Évreux et de Dakar. Après quelques mois passés dans la paroisse du Plateau du Neubourg, le prêtre, âgé de 52 ans, a rejoint notre ville en septembre pour succéder au Père Eric Pichard.
Séduit par la diversité culturelle de Val-de-Reuil, il déborde d'enthousiasme pour accomplir sa nouvelle mission. « Je souhaite me rapprocher des différents responsables religieux, chrétiens ou musulmans mais aussi des différentes institutions de la commune, pour travailler tous ensemble et apporter ma pierre pour faire de Val-de-Reuil une ville où l'on peut encore plus vivre en paix et en harmonie ». Depuis les récentes annonces du Président de la République, l'abbé Augustin adapte son organisation au contexte sanitaire : mise en place de nombreuses célébrations eucharistiques (limitées à 30 personnes) pour que chaque fidèle puisse trouver son compte, permanences via internet ou par téléphone ; maintien de certaines cérémonies telles que les inhumations (limitées à 20 personnes), les baptêmes ou les mariages (limités à 6 personnes) selon un protocole sanitaire strict. 
La paroisse des 2 Rives inclut les églises de Poses, Tournedos, Léry, Le Vaudreuil, Les Damps, Pont-de-l'Arche, Criquebeuf, Martot et Val-de-Reuil

*Pour contacter l'abbé Augustin :
02 35 23 01 31.
Site internet de la paroisse : http://www.paroissestpierre2rives.fr 

Val de Reuil INFOS Décembre 2020 – Janvier 2021
 

L’église de la paix et du vivre ensemble à Val de Reuil (Eure)

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 22:52
« Si on a la foi, on la vit partout, pas seulement dans les églises » réaffirme l’évêque Christian Nourrichard, fermement opposé aux prières de rue ! (archives ©La Dépêche)

« Si on a la foi, on la vit partout, pas seulement dans les églises » réaffirme l’évêque Christian Nourrichard, fermement opposé aux prières de rue ! (archives ©La Dépêche)

Nombre de chrétiens vivent leur foi hors les murs, et prient sur le parvis des églises. Ces grands-messes à ciel ouvert indisposent Christian Nourrichard, évêque d'Évreux.

« Si on a la foi, on la vit partout, pas seulement dans les églises » réaffirme l’évêque Christian Nourrichard, fermement opposé aux prières de rue !
Actu : Au même titre que les commerces dits non essentiels, les lieux de culte ne peuvent recevoir de public ou, à tout le moins, abriter la messe. Comment réagissez-vous à ces restrictions ?

Christian Nourrichard : En tant qu’évêque, je suis profondément triste, je partage le désarroi des chrétiens. L’interdiction de célébrer la messe est durement ressentie, car c’est un acte essentiel dans l’expression de notre foi. Pour autant, je ne vais pas partir en guerre contre le gouvernement qui a pris cette décision par mesure sanitaire.

Mais on l’a encore vu le week-end dernier, certains chrétiens contournent l’interdiction et “improvisent” des prières de rue.

CN : Ces mouvements, je ne les vois pas d’un bon œil. Se réunir et s’agenouiller devant un édifice religieux, c’est un moyen de vouloir faire pression, c’est détourner le sens de la prière et des sacrements. En agissant de la sorte, on donne un caractère politique à la foi chrétienne. Bien sûr, l’Église a besoin de visibilité. Mais pas sous cette forme…

La communauté chrétienne espère la réouverture des églises, le 1er décembre. C’est également votre souhait ?

CN : Les évêques de France ont présenté un protocole pour garantir la tenue du catéchisme et des réunions paroissiales. Encore une fois, nous avons la volonté de dialoguer, et non de nous opposer aux responsables politiques. J’aime me référer à cette devise pastorale : « le fils de Dieu a vécu notre condition humaine ». En cela, il accepte sans sourciller. Ce devrait être le leitmotiv de tous les chrétiens à l’heure où les contraintes sanitaires rendent l’expression de la foi plus complexe.

L’exemple viendrait-il d’en haut ?

CN : Tout à fait. Ainsi, le jour de Noël, Marie et Joseph ont dû se déplacer pour le recensement. Mais pour se rendre dans leur ville d’origine, ils ne disposaient pas des moyens de locomotion modernes. Ils sont partis à dos d’âne, sans prendre à contre-courant les dirigeants politiques de l’époque.

Faut-il y voir une analogie avec ce que ne font pas les catholiques les plus rétifs ?

CN : Leur attitude me gêne profondément, ils n’ont pas vocation à passer au-dessus des lois. Je les invite, plutôt, à se rapprocher des personnes atteintes dans leur façon de vivre. Je pense, par exemple, aux commerçants pour qui, aujourd’hui, c’est une question de vie ou de mort.

« Analphabétisme spirituel », « cléricalisme », « foi immature » : dans un long entretien accordé à la Civiltà Cattolica, Mgr Mario Grech - nouveau secrétaire général du Synode des évêques - porte un regard très critique sur l’attitude de nombreux catholiques durant la crise du Covid-19. Partagez-vous son point de vue ?

CN : J’ai lu avec plaisir et intérêt ses prises de position, je loue son regard critique. Certes, Mgr Grech emploie des mots très durs pour qualifier la position de certains chrétiens. Mais je ne peux que le rejoindre dans son analyse, tant l’attitude de mes congénères me laisse, parfois, pantois. Le secrétaire général pointe du doigt un “analphabétisme spirituel”. Je complète le propos en évoquant un exhibitionnisme et un piétisme qui relèvent de la magie !

Qu’entendez-vous par là ?

CN : L’eucharistie constitue, toujours, le point essentiel. Mais on peut rejoindre Jésus de multiples manières, notamment avec ceux qui souffrent. À travers son fils, Dieu indique le chemin et nous rappelle qu’on n’est pas simplement un corps ou une âme, mais les deux à la fois.

Peut-on concevoir la foi en distanciel ?

CN : L’évêque n’est pas seul dans sa mission, il est accompagné de nombreux prêtres et laïcs. Et tous sont en télétravail. Pour répondre à la question, j’estime que si on a vraiment la foi, on la vit partout, en relation avec Dieu, en relation avec les hommes. Je me souviens, alors jeune étudiant à Paris, avoir pris le métro, serré contre les autres. C’était l’occasion de prier pour ces personnes que je ne connaissais pas, mais qui appartenaient à la même maison commune : l’humanité.

Une humanité en souffrance !

CN : À notre petit niveau, nous agissons. En accord avec le conseil épiscopal, j’ai décidé de remettre en état l’un de nos appartements pour héberger des femmes et leurs enfants privés de toit. Dans le même ordre d’idée, l’Évêché met à disposition, rue des Cheminots, l’un de ses ensembles immobiliers pour accueillir des associations qui œuvrent dans le domaine de l’accompagnement social. Je pense, notamment, à l’Étincelle. Comme quoi, on ne se contente pas de faire de belles prières, il faut qu’elles soient incarnées !

N’avez-vous pas l’impression que d’un confinement à l’autre, la solidarité a perdu de sa superbe ?

CN : La Covid-19 est un mal terrible. Mais j’ose espérer que la pandémie va permettre aux Français de retrouver le sens de la fraternité, je leur demande d’applaudir les professionnels de santé. Je fréquente des médecins et infirmières, il faut voir ce qu’ils vivent au quotidien. Dans le diocèse, un diacre et son épouse ont contracté le virus. Ils ont été profondément atteints, et m’ont dit à quel point il était important de respecter les consignes sanitaires.

Au grand dam, encore une fois, des pratiquants les plus virulents !

CN : L’essentiel, c’est d’être relié à Dieu et à ses frères, qu’importe le lieu. Je suis aussi motivé à l’idée de célébrer l’eucharistie en pleine nature, avec quelques scouts, que dans la cathédrale d’Évreux archi-pleine. Je connais plusieurs familles qui prient en petit comité, chez elles, en regardant une icône. C’est plus difficile pour ceux qui ne veulent pas modifier leur comportement, leur façon d’être.

Début novembre, s’est tenue l’Assemblée plénière des évêques de France. Êtes-vous tous sur la même ligne ?

CN : D’un point de vue général, on peut évoquer un fort sentiment d’unité. Chacun, dans son diocèse, prend très au sérieux ces terribles conditions de vie qui sont les nôtres. N’en déplaise, encore une fois, aux rébarbatifs qui ont du mal à changer de monde, de société. Pendant mes études, j’ai vécu le concile Vatican II (1962-1965) et je ne l’ai jamais renié. Seulement, au fil des années, je me suis adapté. À l’instar de la culture ou de la politique, la religion s’inscrit dans le temps et dans l’espace…


Alain Guillard

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 09:31
Message de Ludovic BAZIN, prêtre du Diocèse d'Evreux, en charge de la Pastorale des Jeunes

Chers acteurs de la pastorale des jeunes de notre diocèse,  
 « Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur, ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière. » (Rm 12, 10-12) 
 Nous voilà entrés depuis quelques jours dans ce nouveau temps de confinement. Nous ne l’avions pas forcément prévu, et cela nous oblige notamment à faire preuve d’initiatives et d’inventions à proposer aux jeunes de notre diocèse. Car oui, en ce temps d’incertitude, il me paraît d’autant plus important d’être auprès d’eux pour leur manifester cette présence réconfortante du Christ ressuscité qui les aime, qui veut leur bonheur et leur joie, mais aussi qui veut continuer à cheminer à leur côté. Osons poursuivre la mission malgré la situation ! 
 
 Après quelques temps de réflexion, de partage et de prière, je me permets de vous adresser ce courrier pour vous encourager, pour vous accompagner et vous redire ma confiance dans ce beau service que vous accomplissez. Aussi, voici quelques axes missionnaires qui me paraissent judicieux de mettre en place ou encore de proposer dans vos différents lieux de mission. 
 
 Il est important de continuer de travailler en équipe pour partager les questions que vous vous posez. En effet, ce temps de confinement peut avoir tendance à nous isoler, et nécessite donc davantage de collaboration et de relecture en équipe. N’oublions pas que c’est deux par deux que Jésus envoya ses disciples en mission (cf. Mc 6, 7-12). 
 
 Nos jeunes sont tous généreux, il nous faut leur permettre de le manifester. N’ayons pas peur de mettre l’accent sur la charité à la suite de la lettre pastorale de notre évêque. N’hésitez pas, en lien avec vos paroisses, de permettre aux jeunes de se rendre disponibles pour aider les personnes fragiles, âgées, vulnérables, les personnes seules de nos villages et quartiers en étant très respectueux des consignes sanitaires pour ne pas les mettre en danger. Les actions peuvent être multiples en lien avec les institutions existantes (Secours catholique, Ordre de Malte, les CCAS des communes…). Évitons de décider pour eux, mais dans la dynamique de l’exhortation apostolique Christus vivit, accompagnons-les dans les actions qu’ils voudraient réaliser.  
 
 Dans ce temps de confinement, cessons de penser que l’Église est persécutée. Faisons preuve de bienveillance envers les autorités qui, comme nous, se trouvent dans une situation totalement inédite. Il reste vrai que le lien à l’Eucharistie se trouve perturbé, pour autant n’est-ce pas en cette situation qu’il nous faut réfléchir et méditer sur la dimension eucharistique de notre vie. Pour approfondir cette dimension, je vous invite à travailler en équipe l’exhortation apostolique Le sacrement de l’amour de Benoit XVI. Vous y trouverez des merveilles pour vous-même et pour les jeunes que vous accompagnez, notamment la troisième partie « Eucharistie, mystère à vivre ».  
 
 Par ailleurs, à défaut de messes dominicales, la fête du Christ Roi et le temps de l’Avent qui se profilent sont une bonne occasion pour proposer un chemin spirituel alliant méditation de la Parole de Dieu et un projet caritatif. 
 
 Chers amis, soyez assurés de ma prière pour votre mission et les jeunes de notre diocèse, avec tout mon dévouement,  

Vernon, le 9 novembre 2020 
en la fête de la Dédicace de la Basilique du Latran 

 P. Ludovic BAZIN,  
Responsable diocésain de la pastorale des jeunes. 
 

Message de Ludovic BAZIN, prêtre du Diocèse d'Evreux, en charge de la Pastorale des Jeunes

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26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 10:25
Le père Ludovic Bazin entouré d’élèves de Saint-Adjutor. (©Le Démocrate vernonnais)

Le père Ludovic Bazin entouré d’élèves de Saint-Adjutor. (©Le Démocrate vernonnais)

A 32 ans, Ludovic Bazin est le prêtre référent des établissements catholiques de Vernon. Il est au service de tous les jeunes du département de l’Eure.

Il est des ecclésiastiques qui sortent du lot, et le Père Ludovic Bazin est de cette trempe-là.

Souriant et détendu, avenant et réfléchi, le jeune-homme a le regard vif et pétillant.

Un prêtre 2.0

Ordonné il y a tout juste 2 ans, ce prêtre 2.0 respire la sérénité et le bonheur, et invite à la discussion. Souvent son portable à la main, il y lit certes l’Évangile, mais répond avant tout à ses emails, est hyper réactif sur WhatsApp, consulte son agenda et alimente régulièrement ses comptes Facebook, Twitter, Snapchat et Instagram… Et chez lui le soir, comme beaucoup de jeunes, il suit la Casa de Papel sur Netflix et Game of Thrones sur OCS !

Né le 14 mai 1987 dans une famille chrétienne mais non pratiquante, Ludovic Bazin se sent « appelé » à l’âge de 7 ans, en pleine séance de catéchisme.

Dès lors, sa foi de le quittera plus.

Bachelier en 2005, il suit une licence d’histoire dans l’idée de l’enseigner, puis entre en 2008 au séminaire, il a 21 ans. Il est ordonné prêtre le 18 juin 2017 et nommé depuis le 1er septembre 2019 par Monseigneur Nourrichard, évêque d’Évreux, responsable diocésain de la pastorale des jeunes.

Aider les jeunes à être et à faire

Chaque semaine, entouré par toute une équipe, le Père Ludovic navigue entre les établissements Saint-Adjutor, Jeanne-d’Arc et Sainte-Agnès de Vernon, où, dans le cadre de la catéchèse, de l’aumônerie et de « déjeuners Pasto », il rencontre les élèves de tous horizons et de toutes confessions, et parle avec eux de leurs joies et de leurs peines, de leurs doutes, de foi et de religion, et aussi d’engagement.

« C’est bien, avec des jeunes qui se posent souvent beaucoup de questions, d’essayer de les aider à avoir le discernement nécessaire pour trouver ce qu’ils veulent faire mais aussi ce qu’ils veulent être et ce qu’ils sont appelés à devenir ».

Le père Bazin estime que sa mission est là : aider les jeunes de toutes religions à trouver leur vocation.

Entre le Père Ludovic et les élèves, pas de tabous, une relation de confiance et de la joie, qui lui permettent de les aider à grandir et à s’accomplir.

Partager ma joie de croire

Attaché à la mission que lui a confiée l’Évêque, le Père Ludovic accompagne également les jeunes dans le cadre des scouts et des JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse). Il poursuit :

« On se plaint toujours que la jeunesse n’entre pas dans les églises. À moi d’aller là où ils sont, tout en respectant la liberté des uns et des autres ; et puis ils me le rendent bien, c’est à eux que je dois ma joie et mon dynamisme ! Ils me bousculent et me boostent, c’est ça aussi qui est intéressant pour moi, ils m’obligent intellectuellement à être juste. Les jeunes d’aujourd’hui, et je ne me restreins pas aux jeunes « cathos », sont sympa, accessibles et curieux, ils se posent plein de questions. »

On en veut pour preuve le nombre de baptisés l’an dernier, 42, signe d’une réalité nouvelle au sein de l’Église.

« L’Homme est toujours en quête de quelque chose. À nous de l’aider à le nommer, sourit le prêtre. Et si en plus, on peut en aider certains à trouver la voie du sacerdoce, tant mieux ! C’est le plein emploi dans l’Église, on embauche !, plaisante-t-il décomplexé. J’ai la grande chance de pouvoir partager avec les jeunes mon dynamisme, mon énergie et ma joie de croire », conclut le Père Ludovic.

 

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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 08:44
Michel PINCHON et Jean-François BERJONNEAU

Michel PINCHON et Jean-François BERJONNEAU

Michel PINCHON, prêtre du Diocèse d’Evreux, nous a quittés ce dimanche 8 décembre 2019 à l’hôpital de Verneuil sur Avre. Il était âgé de 91 ans. Il s’était engagé – à la suite du Concile Vatican II – pour une église ouverte sur le monde et à l’écoute de nos contemporains. Il a été vicaire général du Diocèse d’Evreux, responsable de la Formation Permanente, Premier Assistant des Fraternités Jésus Caritas, Aumônier du CMR et du CCFD et éditeur du « Courrier de Jonas ». Il accueillait jour et nuit au presbytère de Gouville. Il était d’une bonté et d’une intelligence… exceptionnelles !

Il va retrouver tellement d’amis là-haut !

Ses funérailles sont prévues samedi 14 décembre à 10 heures en l’église de Breteuil sur Iton.

Voici son témoignage publié le 28 février 2014 sur le site internet www.temoins.com  

 

UN CHEMIN D’ESPERANCE POUR L’EGLISE

Pour moi ce chemin est bien long. Durant ma vie, j’ai connu huit papes: Pie XI, Pie XII, Jean XIII, Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et, depuis quelques mois, le pape François. Cette longue période a été marquée par plusieurs évènements importants qui ont marqué l’Eglise sur son chemin : la guerre de 40-44, le Concile, Mai 68…Ces évènements et d’autres, moins importants, ont aussi marqué ma vie.

Mon enfance est d’avant guerre. Je suis venu au monde dans le rural, en Normandie, dans une petite exploitation agricole. J’ai vécu dans une famille chrétienne. La pratique religieuse l’emportait sur le culte. On allait à la messe et on ne disait jamais de mal des prêtres. J’ai eu la chance de faire mes études dans un petit collège de province. Ce fût pour moi une première ouverture sur le monde accompagné par des professeurs dont les enseignements contenaient une vraie éducation. Ces professeurs étaient des prêtres qui m’ont aidé à bien vivre et proposé de découvrir le chemin de la foi. Grâce à eux, j’ai eu la chance de participer à des petits voyages à la découverte du monde. J’ai aussi participé à des grands rassemblements d’Eglise. J’ai été impressionné par le nombre de chrétiens assemblés, par ces foules qui priaient publiquement. J’ai connu en ces occasions une Eglise vivante.

J’avais 16 ans en 1945. J’ai découvert pendant et après la guerre le scoutisme où la foi m’avait semblé plus fraternelle et plus vivante. J’ai assumé dans cet engagement mes premières responsabilités. J’ai pu aussi participer à la naissance du mouvement des Jeunes Ruraux Chrétiens, la JAC. J’ai participé à de nombreuses rencontres de jeunes qui cherchaient ensemble une autre manière de comprendre la foi et de la vivre. Là se situe mon premier vrai contact avec l’Evangile. Dans ces partages, j’ ai commencé à comprendre que la vie des hommes au milieu desquels je vivais avait un lien profond avec ma foi. Cette découverte reste une grande lumière sur mon chemin.

VERS VATICAN II

En 1947, j’avais 19 ans. Je suis entré au séminaire à l’Institut Catholique de Paris. C’était une sorte de monastère où j’ai vécu un horaire important de réflexion et de prière. Le silence était de règle. J’ai découvert dans cette maison beaucoup d’amis dont certains sont encore de ce monde. C’est en leur compagnie que j’ai peu à peu décidé de recevoir l’ordination. Là, j’ai découvert et apprécié l’enseignement de la philosophie, de la théologie. Mais je fus surtout attiré par l’étude de l’Ecriture Sainte, la Bible, ancien et nouveau Testament. J’ai appris une méthode de travail pour continuer à travailler cette base de la foi. Cette étude sérieuse rejoignait le lien entre la vie et la foi découvert dans les Mouvements d’Action Catholique.

 

Entre nous, au séminaire, on se posait beaucoup de questions que nous n’avions pas la possibilité d’exprimer publiquement ; Nous nous demandions quel serait notre engagement dans l’Eglise. Nous n’avions pas d’idées nettes sur l’Institution, sur Rome  ni sur les documents qui nous venaient du Vatican. Nous espérions des réformes et surtout plus de liberté. Nous rêvions de changements. Nous étions curieux de ce que vivaient ceux qui avaient choisi des expériences nouvelles : la Mission de France, la Mission de Paris, les Frères Missionnaires des Campagnes. Il nous semblait que de nouvelles recherches voyaient le jour. Nous avions envie de rejoindre ces  manières d’être prêtres aujourd’hui.

VATICAN II.

Après mon ordination, je fus nommé directeur d’un Lycée Agricole. Un jour, le 25 janvier 1959, par la radio, dans ma voiture, j’ai appris le projet que le pape Jean XXIII proposait à l’Eglise. Il était nouvellement élu et sans qu’on ait pu le prévoir, il annonçait la convocation proche de tous les évêques du monde entier pour les réunir en Concile. Ce fût Vatican II. J’ai accueilli le discours du pape pour l’ouverture de la première session avec beaucoup d’intérêt. Je me sers encore de ce texte pour retrouver les appels lancés par lui à l’Eglise pour retrouver une nouvelle relation avec le monde. Ce Concile serait un acte de paix et non de condamnation. Il faudrait accueillir le monde tel qu’il est, partager ses évolutions, ses questions, ses joies et ses souffrances, réaliser un aggiornamento de l’Eglise. Le pape proposait aussi une mise à jour des questions que se posait l’Eglise et de ses structures pour mieux la mettre au service des hommes.

J’ai aimé le climat de liberté qui s’est instauré entre les évêques dès l’ouverture de la première session. Liberté de parole: Chaque évêque pouvait s’exprimer faire des propositions dont quelques unes étaient inattendues. J’ai suivi le travail du Concile  avec passion chaque jour, dans la presse. Mon évêque venait d’être ordonné quelques semaines avant l’ouverture ; Ce fût son premier engagement. Il participa à toutes les sessions. Entre les rencontres, il revenait dans le diocèse avec beaucoup de documents, avec les premiers textes. Ensemble nous avons parcouru le diocèse pour mettre le plus de chrétiens possible au courant des questions posées, résolues ou à résoudre. Ces soirées dans les paroisses passionnaient les participants car, eux aussi, trouvaient là des réponses à leurs besoins et une grande espérance. Tous les débats, tous les textes leur semblaient répondre à leurs souhaits. Ces chrétiens prenaient aussi la liberté de parler ; Ce fût vraiment un temps d’enthousiasme stimulant pour notre Eglise. Le Concile répondait aussi aux questions que je me posais depuis longtemps. Cette assemblée mondiale des évêques a changé ma vie.

Les points principaux que j’ai accueillis avec joie pour en parler et pour en vivre, sont les suivants:

La réforme de la liturgie.

Une nouvelle manière de vivre en Eglise, dans les paroisses, les mouvements, les séminaires, dans l’organisation centrale également.

Une attention bienveillante au monde qui était le mien ; on n’userait plus de condamnation dans le gouvernement de l’Eglise. « Plus de prophètes de malheur » disait Jean XXIII.

Une nouvelle prise en compte du laïcat ; un appel à créer des conseils, à tous les niveaux et à prendre de vraies responsabilités.

Une responsabilité partagée entre les prêtres et les laïcs.

La mise en place de conférences épiscopales dans chaque pays, avec possibilité pour elles de prendre des décisions.

Autre proposition que tout les chrétiens attendaient : la liberté religieuse ; et la réconciliation entre les Eglises et avec les autres religions.

C’est donc avec enthousiasme que j’ai tout fait pour vivre ces valeurs en lien pour moi avec l’Evangile. J’ai passé beaucoup de temps pour répandre cette bonne nouvelle. Tout cela concernait ma vie personnelle et mon ministère. Je voyais dans toutes ces invitations autant d’occasions de parler et de mettre en place des lieux nouveaux dans l’Eglise. Il a fallu organiser les changements proposés dans les documents approuvés par les évêques. Ce fût le cas, dès la fin du Concile pour la liturgie, la messe et les sacrements. Je pensais que les grandes lignes de ce Concile rejoignaient les engagements pris dans les mouvements d’Action Catholique et dans le CCFD. J’ai commencé à chercher des liens avec des chrétiens d’autres Eglises et avec des croyants d’autres religions. Ce qui me semblait impossible quelques années auparavant était devenu une joie. Beaucoup de groupes se sont créés pour partager la foi et réfléchir aux problèmes de notre société.

APRES LE CONCILE.

Après ce printemps d’Eglise, vint Paul VI qui eût la lourde tâche de mettre en œuvre tous ces projets. Assez vite on a senti quelques hésitations sur un point ou sur un autre, spécialement sur la liturgie, l’ouverture au monde, la liberté chrétienne, l’œcuménisme ; Ces mutations ne plaisaient pas à tous. Il n’est pas impossible que Paul VI lui-même n’ait été inquiet de ces mutations. Nous pensions plutôt que ces documents formaient comme une loi-cadre et qu’il faudrait en continuer la mise à jour prévue dans tous les domaines de la vie du monde et de la vie de l’Eglise.

Je crois qu’une des causes de cette hésitation  était l’évolution de monde lui-même et de la société autour de nous.  Le monde avec lequel l’Eglise voulait renouer des relations, a changé très rapidement dans beaucoup de domaines. Après les «30 Glorieuses », où le développement économique était constant et semblait normal, nous avons connu des années plus austères, au moment et à la suite du premier « choc pétrolier ». C’est la société qui devient frileuse et ce refroidissement a touché notre Eglise. On a senti que certains responsables du Vatican qui n’avaient pas vraiment adhéré aux décisions, voulaient en rester aux documents et ne pas aller plus loin dans le changement. Des prises de position sur la liturgie sur la vie morale, sur la théologie se faisaient jour secrètement. On se souvient que le nouveau code de Droit Canon n’a paru qu’en 1983, c’est à dire presque 20 ans après le Concile. Dans ce Code beaucoup de décisions n’ont pas été officialisées juridiquement. Par exemple la décision de créer des conférences nationales d’évêques. C’est à cette époque que Paul VI a publié l’encyclique « Humanae Vitae » à la grande surprise de beaucoup de chrétiens. Cela représenta un sérieux coup de frein. Certains théologiens ont été condamnés, certains livres censurés. On revenait en arrière.

J’ai connu en ces années-là une vraie tristesse, un temps de déception. Nous avons mis en place des groupes de réflexion, de réaction. Beaucoup se sentaient désireux de défendre le Concile contre ceux qui l’attaquaient ou le relativisaient. C’est à ce moment que le P. Riobé, évêque d’Orléans, est intervenu dans les rencontres des évêques de France  pour relancer des questions dont on ne voulait plus parler.
Ce fût le temps des ruptures comme celle de Mgr Lefèvre. Nous avons senti comme un grand recul les négociations entre Jean Paul II et l’évêque d’Ecône. On était à la veille de
corriger les textes pour retrouver l’unité. Cette correction concernait deux textes importants sur la liberté religieuse et sur l’œcuménisme. Des théologiens se firent entendre, mais sans écho.

C’est à cette époque qu’avec quelques amis, nous avons créé deux revues: « les cahiers du libre avenir » et « le courrier de Jonas ». Nous voulions partager nos questions, publier des textes de résistance et de vérité. Nous avons reçu de nombreux articles, des témoignages, des expériences de fidélité au Concile. Ces revues ont touché beaucoup d’amis qui ressentaient aussi le découragement et l’inquiétude. Nous sommes entrés en relation avec de nombreux groupes de pays étrangers cherchant dans la même ligne que nous. Ces publications furent un chemin d’espérance pour tous ceux qui avaient pris le Concile au sérieux et qui se sentaient désavoués ou abandonnés.

Nous avons ainsi traversé les pontificats de Jean Paul II et Benoît XVI. Ils ont laissé cette dérive s’installer, même si l’un a ouvert l’Eglise sur le monde et joué un rôle important, et si l’autre a fait preuve de courage en dénonçant les crises intérieures de l’Eglise et les scandales qui l’ ont blessée profondément.

LE PAPE FRANCOIS.

Je suis heureux de terminer ma vie à la lumière du pape François. Je ne le connaissais pas. Mais dès son apparition dans la loge de saint Pierre, j’ai ressenti en moi, un mouvement d’amitié.

Il a su, en souhaitant le bonsoir à la foule qui l’attendait sur la place, devant la basilique, trouver les mots qui conviennent et qui atteignent le cœur.

Il a le courage de prendre des attitudes nouvelles qui contrastent avec beaucoup d’habitudes d’autrefois. Habiter un petit couvent au lieu d’occuper les appartements du pape. Aimer et vivre cordialement les bains de foule, parler aux gens, embrasser les enfants, sortir dans Rome sont une preuve de grande humanité. On le sent très attentif à l’humanité de ceux qu’il rencontre. Ses paroles, ses écrits sont simples, très personnels. Même les premiers textes de son pontificat, comme « l’exhortation apostolique » qui invite tous les chrétiens à reprendre l’élan de la nouvelle Evangélisation, est une déclaration pleine de son expérience personnelle, de bienveillance, d’exemples concrets. Ce style est vraiment nouveau. Tout cela révèle un homme dont la vie est animée par l’Evangile. Cela apparaît dans sa manière d’être, son enseignement, son action. Je suis heureux qu’il soit à la tête du troupeau. Je suis très attentif à ce qu’il dit, aux interviews qu’il donne, à sa bonne humeur. Il m’arrive de citer ses paroles au cours d’une homélie. Je ne me souviens pas d’avoir jamais fait cela auparavant.

Ce pape semble donner, dès le début de son pontificat, la priorité aux questions qui concernent l’Institution et son fonctionnement. On sait qu’il pense à une sérieuse réforme du Vatican qui a connu plusieurs scandales. Il a déjà mis en place un « gouvernement » nouveau en réunissant régulièrement 8 évêques venant de tous les continents. Il veut travailler avec ce gouvernement restreint à l’écoute des hommes du monde entier. C’était là l’objectif premier de Vatican Il. Il place  tous ces travaux sous la lumière et la chaleur de l’amour du Christ, dans la joie de l’Evangile.

Tout cela est une « bonne nouvelle » pour aujourd’hui. C’est le signe qu’il est encore possible de reprendre le chemin du Concile dans la joie et dans l’espérance.

Une lourde responsabilité est maintenant celle du pape François ! Je lui souhaite de garder le sourire !

Michel Pinchon

28 février 2014

 

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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 20:48
Mgr Christian Nourrichard, évêque d’Évreux : « On joue aux apprentis sorciers. J’aimerais que l’on finance davantage la lutte contre le cancer, l’infertilité ou la maladie d’Alzheimer » (photo : évêché d’Évreux).

Mgr Christian Nourrichard, évêque d’Évreux : « On joue aux apprentis sorciers. J’aimerais que l’on finance davantage la lutte contre le cancer, l’infertilité ou la maladie d’Alzheimer » (photo : évêché d’Évreux).

Opposé à la procréation médicalement assistée autorisée à toutes les femmes par l’Assemblée nationale, Mgr Christian Nourrichard n’appelle cependant pas les catholiques eurois à manifester.


Actée en France depuis 1994 (pour les couples hétérosexuels) au grand dam de certains cultes, à commencer par l’Église catholique - lire nos éditions de mardi 24 septembre - la procréation médicalement assistée (PMA) divise de nouveau une partie des Français.
Touchant à la foi et à la science, redessinant les contours d’une société en pleine mutation - certains parleront de civilisation -, l’extension de la PMA à toutes les femmes (remboursée par la Sécurité sociale), plus spécifiquement aux homosexuelles et aux célibataires, était débattue depuis plusieurs jours à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’un projet de loi sur la bioéthique qui fait rage - pas moins de 2 500 amendements ont été déposés. Elle a été adoptée par les parlementaires vendredi dernier.

« Un combat spirituel »

Or, si elle perd de plus en plus de terrain dans le monde d’aujourd’hui, l’Église catholique n’en demeure pas moins l’un de ses piliers. Et elle ne désespère pas de faire entendre sa voix... Ainsi, plusieurs évêques de France appellent à manifester à Paris, dimanche prochain, pour dénoncer cette loi. Et quand bien même il est opposé à la PMA et à cette extension - elle est jusqu’alors réservée aux femmes infertiles -, le représentant des catholiques de l’Eure, Mgr Christian Nourrichard, ne rejoint pas ces prélats-là.


Pourquoi n’appelez-vous pas à manifester ?

« Le cadre en France, c’est la laïcité où les croyances des différentes religions peuvent s’exprimer et vivre leur foi. Je n’interdis pas de manifester mais cette expression n’est pas dans ma culture. Ce sujet est d’abord un combat spirituel. L’Église n’est pas là pour faire pression, mais pour inviter les uns et les autres à réfléchir au déroulement de notre propre existence. Je serai peut-être critiqué par des ultras qui s’estiment plus catholiques que les catholiques, mais je préfère organiser une conférence-débat sur la bioéthique, mardi 22 octobre, à l’espace Nétreville à 20 h 30 (Bioéthique, quel monde voulons-nous) avec Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes (35), qui travaille sur cette question-là depuis de nombreuses années. Je souhaite que ce débat donne naissance à une discussion. Je suis là pour donner des éléments de réponses, pas pour imposer. »

Comment jugez-vous cette ouverture de la PMA à toutes les femmes ?

« J’y suis évidemment opposé. On joue aux apprentis sorciers. J’aimerais que l’on finance davantage la lutte contre le cancer ou la maladie d’Alzheimer et contre l’infertilité, par exemple, avant de consacrer autant de moyens et de temps pour la Procréation médicalement assistée. L’Église catholique prône l’adoption, y compris celle d’un enfant malade, comme j’ai pu en être le témoin avec bonheur. Ce qui compte, c’est fonder une famille, donner une espérance dans cette société. Là, on fait du bricolage.

Je prends l’image de l’enfant capricieux qui désire quelque chose qui n’est pas bon. Il est important que les parents, dans leur diversité, puissent avoir le courage de lui dire qu’il se trompe, que ce qu’il désire n’est pas forcément bon. C’est le rôle du père et de la mère. Cette différence donne un maximum de chance à l’enfant pour se construire. »
Quelle place l’Église accorde-t-elle aux homosexuels ?

« Il est écrit au fronton de la République Liberté-Égalité-Fraternité. Pour l’Église, la fraternité repose sur la solidarité avec les plus faibles, que sont notamment les enfants, et les plus pauvres. Nous accueillons et respectons tout le monde, y compris les homosexuels. Nous les accompagnons, mais on ne peut soutenir celles et ceux qui ont un désir de maternité sous cette forme qu’est la PMA. »

«Il devrait être en première ligne»

Si Mgr Christian Nourrichard n’appelle pas les catholiques eurois à manifester, les associations comme Sens commun, Alliance Vita ou les Veilleurs, réunis dans l’organisation Marchons enfants, ont pris le relais sur le terrain.

Une centaine d’Eurois devraient ainsi se rendre dimanche à Paris pour manifester leur opposition à la loi sur la bioéthique. Les antennes locales des mouvements ont mis en place des bus dans l’ensemble du département pour transporter les militants dans la capitale.

L’absence de soutien officiel de Mgr Nourrichard apparaît comme « une grosse déception » pour les opposants à la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes. « Cette loi va à l’encontre de ce en quoi nous croyons. Le prélat devrait donc être en première ligne pour défendre notre position », note Henri Florent Cotte, membre de Sens commun à Vernon.

À noter que Catherine Delalande, qui, jusqu’à présent était représentante de Sens commun dans l’Eure, n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. La conseillère départementale du canton de Vernon aurait subi des pressions et démissionné de ses fonctions pour redevenir une simple militante.

C.M

 

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 16:26
Interview de Jacques Gaillot, Evêque de Partenia

Questions posées par Francis X. Rocca correspondant du Wall Street Journal au Vatican.

 

1-       A votre avis, pourquoi le pape Jean-Paul II vous a-t-il révoqué en tant qu’évêque d’Evreux ?

 

 Au moment de ma révocation d’Evreux, le 13 janvier 1995, le pape Jean-Paul II se trouvait aux Philippines à Manille pour les journées mondiales de la jeunesse.

C’est le cardinal préfet de la Congrégation des évêques, qui m’avait convoqué à Rome.

 Il me signifia que mes nombreuses interventions dans les médias sur des sujets sensibles causaient le trouble et la division chez de nombreux fidèles y compris des évêques. Vous êtes fait pour l’unité et vous divisez. Cette situation ne peut plus durer.

 Je gardais le silence. Une parole du cardinal eut l’effet d’une flèche qui me blessa :

 « On dit que vous ne croyez pas à l’Evangile. Pour vous, l’Evangile est une parole comme un autre. »

Je n’étais pas là pour me défendre mais pour entendre un jugement qui tomba comme un couperet :

 « Demain à midi, vous ne serez plus évêque d’Evreux. »

 

Un an après, le pape Jean-Paul II souhaita me rencontrer.

Comme toujours il se montra très fraternel.

« Les gens d’Evreux ne doivent pas aimer le pape »             me dit-il d’emblée. 

« Rassurez-vous. Ils pensent que vous n’y êtes pas pour grand-chose, et que c’est une affaire de la Curie romaine ».

Le pape sourit mais me parut ennuyé de cette affaire.

 

2-      A votre avis, pourquoi le pape vous a-t-il transféré au siège de Partenia au lieu de vous désigner simplement évêque émérite d’Evreux ?

C’est le cardinal préfet qui était à la manœuvre :

  « Si vous signez votre démission, vous serez évêque émérite d’Evreux.

« Et si je ne signe pas ? »

« Vous serez évêque transféré. Vous avez quelques heures pour réfléchir. »

Prenant congé du cardinal, ma décision était déjà prise :    je ne signerai pas. Je ne voulais pas être forcé au divorce. Avant de reprendre le train de nuit pour Paris, je commençais de rédiger un message aux diocésains d’Evreux : 

« Je cesse de vous servir, mais je ne cesse pas de vous aimer. »

Le cardinal attendit ma réponse, mais la réponse ne vint jamais.

 Je n’ai pas reçu de rescrit prescrivant les motifs de ma révocation.

Par la presse, j’appris que j’étais nommé évêque de Partenia.

 

3-      Quelles sont selon vous, vos principales réussites en tant qu’évêque de Partenia ? Y a-t-il eu des épisodes particulièrement satisfaisants ? Des défis particulièrement difficiles ?

Des amis se réjouissaient de ma nomination et voulaient la réussite de ce diocèse hors norme :

« C’est formidable : au moment où Rome te nomme à Partenia, tu as un media qui correspond à ce diocèse sans frontières : le net. C’est un outil merveilleux qui te permettra de communiquer avec des gens de partout. »

 Le site Partenia fut créé à Zurich par Katharina Haller qui en plus de son travail, se donna à fond à cette tâche.

Le 20 de chaque mois je lui envoyais :

  + le partage d’un ou deux évènements vécus dans le mois.

     Cela donnera un livre : « Carnet de route. »

 + Un partage d’Evangile fait en équipe.

    Un livre en sortira : « La Bible à livre ouvert »

  + La rédaction en équipe d’une question concernant la foi     

    Qui donnera naissance à un livre : « Un catéchisme au goût de liberté ».

  + La réponse à trois questions d’actualité posées par un journaliste de la télévision.

Katharina envoyait ces textes aux traducteurs et traductrices bénévoles de différents pays pour une traduction en 7 langues.

Au début de chaque mois, ces textes paraissaient sur le site Partenia. Et cela sans interruption pendant 15 ans.

Quelle prouesse !  

De nombreux internautes de différents pays venaient régulièrement consulter le site Partenia.

 Il y en avait toujours deux du Vatican !

 

Un défi a été difficile pour moi à relever.

Du jour au lendemain, ayant été révoqué par Rome, j’étais considéré comme non fréquentable et déviant dans mon Eglise. Je n’étais plus invité. Fini les interventions, les prédications, les retraites, les invitations aux rencontres d’évêques. J’étais rayé des listes.

Désormais, il me fallait aller vers ceux du dehors : les exclus.

Les migrants, les prisonniers, les sans-logis me sentaient à eux car j’étais comme eux un exclu. Grâce à Rome !

Je ne prêchais plus dans les églises, et ne m’adressais plus à un public chrétien.

 Je prenais la parole hors les murs, sur les places publiques, dans les rues, au cours de manifestations où se trouvaient militants, syndicalistes, migrants…

Je compris qu’il me fallait partir de l’humain. L’humain d’abord. En toute circonstance. Avec un vocabulaire nouveau.

Je découvris que ceux qui parlaient si bien de l’homme dans les manifestations, me disaient quelque chose de Dieu.

Je constatais l’importance pour les exclus de reconnaître leur dignité.

    Personne n’a jamais pu prendre leur dignité, malgré les menaces et les humiliations. La dignité leur appartient.

Je constatais que la seule attitude qui puisse libérer quelqu’un, c’était de reconnaître sa dignité.

 

4 – A votre connaissance, l’existence de Partenia en tant que diocèse virtuel reste un cas unique ou y en a-t-il eu d’autres après le vôtre ?

Ma connaissance est limitée ! Il n’y a qu’un évêque par diocèse. Celui qui ne l’est pas, reçoit un titre comme c’est le cas d’un évêque auxiliaire ou devient évêque émérite de son diocèse précédent.

Je suis un cas, n’en connaissant pas d’autre à ce jour.

 

5 – Avez-vous cessé vos activités en tant qu’évêque de Partenia ? Dans ce cas quand et pourquoi ?

Je suis toujours évêque titulaire de Partenia à 83 ans.

Je ne sais pas si le Nonce apostolique de Paris est au courant… 

Tant que j’ai la santé, je continue d’être sur le terrain de l’exclusion.

A 75 ans, j’ai pensé qu’il était sage d’arrêter d’écrire sur le site Partenia.

 

6 – Lors de votre rencontre avec le pape François en 2015 avez-vous parlé de votre ministère en tant qu’évêque de Partenia ? Le pape vous a-t-il dit quelque chose sur ce thème ? Avez-vous parlé d’autre chose ?

Ce fut une très belle rencontre. Je n’avais rien à demander au pape François. Il m’avait téléphoné sur mon portable pour me dire qu’il souhaitait me rencontrer.

Le pape était intéressé de savoir ce qui faisait ma vie sur le terrain parisien.

 « Je suis responsable d’une association de migrants africains dont le but est d’obtenir un titre de séjour.

 Je me sens bien avec eux. Ils sont ma famille.

Je visite des prisonniers qui ont de longues peines. Nous sommes devenus des amis qui m’apportent beaucoup ».

 « Continuez ce ministère, c’est si important ! » soupira François. Puis après un moment de silence me demanda :

 « Avez-vous une expérience des familles ?»

 « Des familles un peu particulières… Dernièrement j’ai béni un couple de divorcés remariés. Ils sont ensemble depuis 20 ans. Arrivés à l’âge de la retraite, ils veulent se remarier civilement et désirent comme chrétiens, une bénédiction. N’ayant pas trouvé de prêtre, ils s’adressent à moi. J’accepte et vais dans un village où se trouve leur résidence secondaire ainsi qu’un modeste parc où se fait la célébration. 100 personnes sont présentes. Il y a les chants la musique. Les mariés prennent en premier la parole et disent pourquoi ils tiennent à une bénédiction.

L’assemblée écoute l’Evangile que j’actualise, puis nos prières de demande s’adressent à notre Père commun et je donne une large bénédiction.

Tout le monde est heureux. C’était vrai et çà donnait du sens.

Le pape restait silencieux.

Alors je continuais :

  J’ai béni un couple d’homosexuels. Deux hommes de 29 et 30 ans. Ensemble depuis 10 ans, ils veulent se marier civilement et comme ils sont chrétiens, désirent une bénédiction.

Ne trouvant pas de prêtres qui acceptent, l’un d’eux m’écrit une belle lettre témoignant que sa foi fait partie de sa vie. Comment pourrais-je refuser ?

La célébration se déroule dans un domaine loué pour le weekend. Il y a 80 invités.

C’est jour de fête et de joie. L’assemblée écoute le témoignage des mariés ainsi que l’Evangile choisi par eux et que je commente.  Je donne aux mariés la bénédiction qui leur donnera lumière et force tout au long des jours.

Le pape lèva alors les bras : 

« La bénédiction, c’est dire la bonté de Dieu à tous, sans exception. »

 

7- Pensez-vous que vos auriez fait le même parcours d’Evreux à Partenia si François avait été le pape dans les années 90 ?

Certainement pas. Je n’aurais jamais connu l’existence de Partenia.

 

8- En regardant en arrière voyez-vous l’action de la Providence dans ce chemin ?

Ou aurait-il été préférable que vous restiez à Evreux jusqu’à votre retraite ?

 L’action de la Providence était certaine pour moi. Je me sentais dans la main du Père. J’ai vécu cette révocation en grande paix malgré tous les remous que provoquait mon départ. Je pardonnai à mes détracteurs victorieux qui téléphonaient à l’évêché pour dire qu’ils sablaient le champagne.                      

 Jésus faisait ma route et me préparait à une autre aventure pour l’Evangile. Je partais avec confiance sans savoir où je me poserais et ce qui m’attendrait.

Après avoir été près de 13 années à Evreux, il était bon que je parte. J’avais donné toute ma mesure au peuple d’Evreux.

 

Sur les routes de Partenia, mon cœur s’est élargi pour rejoindre l’humanité entière.  Tant de rencontres dans tant de pays, m’ont fait grandir en humanité, m’ont ouvert aux autres, ouvert à l’Esprit.

Arrivant bientôt au terme du chemin, ma prière est surtout faite d’action de grâce.

 

Jacques Gaillot

Evêque de Partenia

Paris le 13 novembre 2018

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