Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
  • Contact

Recherche

Articles Récents

26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 05:21
Episcopat belge: Une lettre pastorale d’une grande ouverture

Ce 24 mai, les évêques de Belgique publient une lettre pastorale portant sur l’exhortation apostolique Amoris Laetitia. Un texte d’une grande ouverture, qui s’inscrit totalement dans la ligne proposée par le pape François. Avec un maître-mot: le « discernement ».

La lettre pastorale des évêques belges est le fruit d’une longue et profonde analyse de l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia (« La Joie de l’amour »), qui traite de l’amour dans la famille et qui a été publiée par le souverain pontife dans la foulée des deux synodes sur la famille qui se sont tenus à Rome, en 2014 et 2015. La lettre pastorale des évêques, adressée à tous les prêtres, diacres, animateurs et animatrices pastoraux, donne des clés de lecture du texte.

Ils rappellent tout d’abord qu’Amoris Laetitia explique en quoi le mariage et la famille sont si précieux et pourquoi l’Eglise y a toujours attaché tant d’importance. Le mariage est avant tout un sacrement, c’est-à-dire « un signe visible – aussi imparfait soit-il – de l’amour et de la fidélité de Dieu », écrivent les évêques.

Un « catéchuménat du mariage »

Citant de larges passages de l’exhortation apostolique, nos évêques se demandent comment les idées et les impulsions d’Amoris Laetitia peuvent être fécondes pour l’Eglise dans notre pays. « Telle est aussi la raison pour laquelle nous nous adressons dans cette lettre à tous ceux qui exercent une responsabilité pastorale dans notre communauté d’Eglise et en particulier aux responsables de pastorale familiale », poursuivent-ils.

Que retiennent les évêques belges d’Amoris Laetitia pour la pastorale des couples et des familles? Dans leur lettre, ils mettent en évidence trois axes: la préparation au mariage, l’accompagnement des familles et l’attitude à adopter à l’égard de personnes dont la relation s’est brisée.

Pour le premier point, les évêques admettent qu’aujourd’hui, être chrétien et se marier, surtout religieusement, ne vont plus de soi. Ils invitent cependant les acteurs de la pastorale des couples à accueillir ceux qui veulent s’engager dans le sacrement de mariage, mais surtout à les accompagner et à les aider à discerner ce que signifie le mariage religieux. Ils en appellent donc à la mise en place d’un « catéchuménat de mariage », véritable cheminement d’approfondissement de la foi. Tout en admettant que tous les couples ne demandent pas une préparation aussi intense, ils mettent néanmoins en garde face à une approche trop minimaliste. Et de poser un premier appel au discernement: « Cette préparation ne peut ni ne doit se passer partout de la même manière. » Toutefois, les évêques émettent le souhait qu’au moins trois moments de préparation aient lieu: que signifie être chrétien aujourd’hui?, que signifie un mariage et un foyer chrétiens? et la préparation de la liturgie du mariage.

En matière d’accompagnement des couples et des familles, les évêques belges démontrent leur pleine connaissance des réalités actuelles. Ainsi, ils sont conscients que, dans toujours plus de familles, les deux partenaires ne sont pas nécessairement croyants ou chrétiens. « Cela n’empêche aucunement leur engagement dans l’amour et la fidélité », insistent-ils. Pas question, ici, de donner des lignes directrices générales mais plutôt d’encourager des initiatives rassemblant la famille au sens large (parents, enfants, grands-parents, etc.). Lucides sur la beauté du mariage mais aussi sur sa fragilité, nos évêques appellent à soutenir, avec l’aide des communautés locales, les jeunes couples, « surtout lorsque leur relation entre en crise ». Ils n’omettent pas de décrier les situations qui peuvent contribuer à fragiliser la relation de couple, telles la misère, le souci des enfants, la perte de travail ou la pression psychologique. Ils demandent donc aux prêtres, diacres et autres responsables pastoraux d’être attentifs à ces situations.

Dans la foulée, la lettre pastorale aborde un sujet sensible: l’attitude à l’égard des personnes dont le couple s’est brisé. Un point où beaucoup attendent nos prélats « au tournant ». Et là, la position adoptée est empreinte d’une grande ouverture, marquée par ce leitmotiv qu’est le discernement. Un mariage qui échoue a des conséquences multiples pour toute une série de personnes: les époux, bien sûr, les enfants, la famille, voire les amis. « Notre mission est et reste de soutenir les personnes, de les accompagner et de rester en lien avec elles. »

Divorcés et divorcés remariés: trois concepts de base

Les évêques n’éludent pas la délicate question de la communion pour les personnes divorcées remariées, un thème qui est abordé explicitement dans le chapitre huit d’Amoris Laetitia. S’ils précisent que « l’indissolubilité du mariage appartient au trésor fondamental et irrévocable de la foi de l’Eglise », ils soulignent aussi que, pour le pape, toutes les situations ne devraient pas être abordées de la même manière. Sans détour, ils réaffirment que les divorcés remariés font partie de l’Eglise, précisant que, dans cette problématique, le pape François a placé le discernement nécessaire comme concept central dans l’approche à adopter. Clairement, l’épiscopat belge adopte une position d’ouverture sur les propos du pape: « On ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous exclus. Le cheminement de chaque personne demande le discernement nécessaire en vue d’une décision pastorale prise en conscience. » Il ajoute que toute la pastorale doit être orientée autour de trois concepts de base: l’accompagnement, le discernement et l’intégration. Les évêques demandent à ce que, dans cette démarche de discernement, les personnes puissent compter sur un accompagnement pastoral, sur un dialogue avec un prêtre, un diacre ou un autre agent pastoral.

« Amoris Laetitia ouvre bien clairement une porte aux divorcés remariés pour qu’ils puissent recevoir l’aide des sacrements. Mais cette décision, ils ne peuvent – pas plus que les autres croyants – la prendre à la légère », écrivent les prélats de notre pays, appelant à relire ce que le pape avance comme critères. « Dans une telle démarche de discernement, juger en conscience est important de la part des personnes impliquées, tout comme des responsables pastoraux. »

Enfin, les membres de l’épiscopat belge soulignent le poids que le pape François reconnaît à la décision prise en pleine conscience par les croyants: « (…) Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. » (AL 37)

Indiquant qu’une démarche de discernement ne conduit pas à un oui ou un non automatique à pouvoir communier, les évêques admettent qu’il se peut aussi que quelqu’un décide en conscience de recevoir l’Eucharistie. Et la réponse est évidente pour eux, à la lumière d’Amoris Laetitia: « Cette décision mérite aussi le respect. Entre le laxisme et le rigorisme, le pape François choisit la voie du discernement personnel et d’une décision prise soigneusement et en conscience. »

Et de conclure en précisant que, comme évêques de notre pays, ils veulent exprimer leur reconnaissance pour Amoris Laetitia et pour le chemin qu’indique le pape François pour l’Eglise: « ne pas renoncer au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route’. » (AL 308)

Jean-Jacques Durré

 

Lire la Lettre pastorale des évêques de Belgique

 

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 19:35
Le cardinal Barbarin et Gérard Collomb. Photo archives Joël Philippon

Le cardinal Barbarin et Gérard Collomb. Photo archives Joël Philippon

L’archevêque de Lyon estime que le nouveau ministre, chargé des Cultes, « a compris, mieux que d’autres, que la laïcité ne se construisait pas en opposition » avec les religions.

Sollicité par Le Progrès, l’archevêque de Lyon a accepté de réagir, ce mercredi, à la nomination de Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur, où ce dernier sera également chargé des Cultes.

"Voir le maire de Lyon s’éloigner de notre ville est un regret bien sûr, mais c’est une joie de le voir devenir aujourd’hui ministre de l’Intérieur et des Cultes", se félicite le cardinal Barbarin, en insistant sur l'apport de Gérard Collomb au dialogue dans cette ville où il avait créé, à la mairie, le groupe "Concorde et Solidarité", réunissant tous les responsables religieux de la ville autour du maire.

"A Lyon, il a favorisé un vrai climat de concorde et de solidarité et j’espère de tout cœur qu’il saura élargir cet esprit à tout notre pays. Il a compris mieux que d’autres que la laïcité ne se construisait pas en opposition avec les cultes, ni même en leur absence, mais dans un dialogue franc et confiant avec les croyants, celui–là même qui permet aussi de dire nos désaccords."

L'archevêque de Lyon évoque plusieurs souvenirs personnels. "Je me souviens de Gérard Collomb disant à l’approche de la guerre du Golfe que sa ville n’avait rien à craindre des religieux, mais qu’elle avait tout à gagner à ce qu’un juif soit vraiment juif, un chrétien vraiment chrétien et un musulman vraiment musulman. Je me rappelle aussi avec émotion ce communiqué que nous avions signé avec les responsables juifs, chrétiens et musulmans de Lyon, alors que la France connaissait un climat de violence, après l’avoir rencontré : « Le paysage est moins beau lorsqu’on ne voit plus le ciel. »"

Le cardinal Barbarin "souhaite au nouveau ministre de l’Intérieur et des Cultes la force intérieure pour prendre les décisions qui seront nécessaires en faveur de la paix et de la sécurité", avant de conclure par ces mots : "Je l’assure simplement de ma prière pour ses lourdes responsabilités."

Nicolas Ballet

www.leprogres.fr

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 20:37
En Algérie, Bernard Cazeneuve salue à travers Mgr Vesco une « Église citoyenne »

En visite à Alger, le premier ministre a remis la légion d’honneur à l’évêque d’Oran.

Dans son discours, très personnel mais non dénué d’humour, il a salué la variété de ses engagements et son attachement à « cette terre » algérienne.

Une Église « réfractaire à tout prosélytisme » et orientée vers « les plus démunis, notamment vers les migrants sub-sahariens et vers les malades ». Une Église qui souhaite « connaître et comprendre la société algérienne, ses combats, son histoire sa culture ». Une Église qui « se veut profondément ’citoyenne’ », et le prouve à travers ses bibliothèques...

En remettant à Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, les insignes de la légion d’honneur mercredi 5 avril, Bernard Cazeneuve lui a témoigné « la reconnaissance de la République » pour son action « continue en faveur du dialogue interreligieux, entre islam et chrétienté, qui coexistent depuis si longtemps en terre d’Algérie ».

Église de courage, d’amour et de paix

À travers lui, c’est, avec des mots très forts, à toute l’Église d’Algérie qu’il a souhaité rendre hommage : « Église de courage, d’amour et de paix », contribuant « au rapprochement de nos deux pays à travers la propagation des valeurs de tolérance et de respect »...

Le premier ministre français a choisi de profiter d’une visite de deux jours en Algérie – axée sur le renforcement des partenariats économiques et de la lutte antiterroriste – pour remettre cette distinction à l’évêque d’Oran, qu’il connaît et apprécie pour l’avoir rencontré à deux reprises. « En décembre 2014, lors d’une visite à Oran, sur la terre natale de mes parents », a rappelé Bernard Cazeneuve, qui avait alors découvert le chantier de restauration de l’église de Santa Cruz, sur les hauteurs de la ville. Puis en octobre 2015, à Rome, pendant le synode sur la famille.

« J’aurais des scrupules à faire le récit de votre vocation. D’abord parce qu’il s’agit d’un sujet très intime ; et aussi parce que l’on m’en a livré deux versions différentes. (...) Comme quoi, il est certains aspects de la vie de nos concitoyens que même un ancien ministre de l’Intérieur ne peut se flatter de connaître avec certitude. Il y a là quelque chose de rassurant, me semble-t-il, en ces temps où l’on redoute l’existence de ’cabinets noirs’ », s’est amusé Bernard Cazeneuve, en référence aux accusations portées par François Fillon contre l’entourage de l’actuel président de la République...

Silence de l’opinion publique internationale

Dans un discours très personnel, le premier ministre a rappelé les différentes étapes de la vie de l’évêque d’Oran : « avant de trouver la vocation du sacerdoce », lorsqu’il travaillait dans un cabinet d’avocats parisien spécialisé dans le droit des affaires, « clin d’œil du destin, ou signe de la Providence », voisin du couvent dominicain de l’Annonciation.

Lors de son arrivée en octobre 2000 en Algérie où « l’Ordre dominicain veut refonder une présence après l’assassinat de Mgr Pierre Claverie », et alors que « l’Algérie vit des heures sombres ». « Le fléau du terrorisme frappe ce pays et je sais que cette épreuve aura été d’autant plus cruelle qu’elle aura été subie, bien souvent, dans le silence d’une opinion publique internationale qui tarde alors à prendre la pleine mesure de ce qui se déroule ici. »

Rapprochement entre chrétiens et musulmans

À Béni Abbès ensuite, « là où le père Charles de Foucauld a fondé son premier ermitage » et où il apprend l’arabe. « Ce premier séjour est pour vous une révélation : l’Algérie est votre terre d’adoption et vous ne souhaiterez plus jamais la quitter », a souligné Bernard Cazeneuve. « Jusqu’à votre consécration épiscopale en la cathédrale d’Oran en 2013, vous n’aurez de cesse de développer dans ce pays l’héritage spirituel de Mgr Claverie, en appuyant le rapprochement entre chrétiens et musulmans, afin que ceux-ci vivent ensemble dans le dialogue, le respect et la fraternité ».

Au passage, le premier ministre a également souligné quelques-uns des engagements de l’actuel évêque d’Oran hors des « frontières de l’Algérie » : comme prieur provincial des dominicains de France, entre 2010 et sa nomination comme évêque en 2012, par ses « écrits et conférences publiques » qui font de lui « non seulement un acteur de l’Église en terre d’islam et un artisan du dialogue entre nos religions, mais un théologien et un réformateur ».

« Dans votre ouvrage Tout amour véritable est indissoluble, vous avez pris vigoureusement parti dans la question, délicate pour l’Église, de l’accueil sacramentel des divorcés remariés. (...) Il ne m’appartient certes pas, ni en tant que représentant de la République laïque, [ni même en tant que sujet divorcé et remarié avec la même épouse], d’avoir une opinion sur cette controverse théologique », a reconnu Bernard Cazeneuve, mentionnant seulement que la formule de Jean-Paul Vesco sur les conclusions du synode – un texte qui « nous emmène chacun un peu plus loin que là où nous pensions aller » – est « d’une certaine façon, pour le croyant, l’enjeu du dialogue interreligieux ; et pour celui qui ne croit pas, une maxime d’ouverture d’esprit et de refus des préjugés ».

À propos du souhait de l’évêque d’Oran de « demander la nationalité algérienne (...) pour témoigner du lien si fort qui vous attache à cette terre », le premier ministre a dit sa « conviction, que, si cette nationalité vous était accordée, vous n’en seriez que plus Français, si cela est possible ».

Anne-Bénédicte Hoffner

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 18:07
Portrait de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Clément Mahoudeau/Ciric

Portrait de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Clément Mahoudeau/Ciric

Lors de son discours d’ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France, à Lourdes, Mgr Georges Pontier a mis en garde, mardi 28 mars, contre le « repli sur soi » et le « dangereux regard de méfiance » porté sur les musulmans. Une manière de s’opposer au Front National sans jamais mentionner le nom du parti de Marine Le Pen.

Alerter contre la montée du Front National sans jamais le citer. C’est à cet exercice délicat que s’est livré, mardi 28 mars à Lourdes, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, en ouvrant les travaux de l’Assemblée plénière des évêques.

« Nous ne pouvons pas penser notre avenir, chacun replié sur soi-même. Certains le pensent. C’est un leurre », a martelé l’archevêque de Marseille.

Faisant l’apologie de la « fraternité » contre le « repli », Mgr Pontier a répondu indirectement à la candidate frontiste, Marine Le Pen. Il a ainsi employé un vocabulaire utilisé depuis plusieurs années par de nombreux évêques français pour s’opposer au Front National, sans jamais mentionner explicitement le nom du parti fondé par Jean-Marie Le Pen.

Hospitalité

« Ceux qui viennent chez nous et sont accueillis, peuvent s’intégrer, apporter leur savoir-faire (…). Notre conviction chrétienne et citoyenne nous invite à la générosité », a-t-il affirmé. Citant le pape François, Mgr Pontier a estimé que les chrétiens étaient tenus à un « devoir de solidarité » : « l’hospitalité offerte à l’étranger qui a besoin d’un refuge est offerte à Jésus-Christ lui-même. »

Il a appelé à un changement d’attitude envers les migrants et les réfugiés. « Il s’agit de passer « d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt et de marginalisation (…) à une attitude qui soit basée sur la ‘culture de la rencontre’. »

Autre plaidoyer contre le repli développé par l’archevêque de Marseille : celui regrettant le « dangereux regard de méfiance » porté sur les musulmans après les attentats. « Notre société hésite sur la place à faire à la religion musulmane dans notre pays », a constaté Mgr Pontier. Avant d’insister : « Nous savons que seuls le dialogue et la rencontre permettent de grandir dans la connaissance et le respect mutuel. »

Formation des imams

Bien sûr, la place des musulmans en France dépend aussi de la capacité de leurs responsables à s’organiser : « Il est nécessaire que du sein de la population française musulmane se lèvent des responsables qui aident leurs frères à inscrire la pratique de l’islam dans notre République et se démarquent de ceux qui distillent des enseignements fermés ou des pratiques communautaristes », a insisté le président de la Conférence des évêques. Il a souligné l’importance de la formation des imams ainsi que celle de « l’organisation d’une représentation lisible de l’islam » en France.

Le président de la Conférence des évêques de France est revenu plus largement sur le climat de la campagne présidentielle, alors que François Fillon et Marine Le Pen sont mis en cause dans plusieurs affaires. Là encore, sans jamais citer aucun candidat. « L’exercice du pouvoir est exigeant. Il nécessite une vigilance de tous les instants pour demeurer au service du bien commun et ne pas en tirer un profit personnel aux effets désastreux », a-t-il jugé, en citant de larges extraits du document « Retrouver le sens du politique », publié en octobre par l’épiscopat.

Mises en garde

En revanche, il a adressé clairement aux candidats et aux « futurs gouvernants du pays » une claire mise en garde contre le développement de « pratiques eugéniques » et contre la disparition « de toutes les procédures de dialogue et de réflexion contenue dans la loi Veil », un an après la suppression par les parlementaires du délai de réflexion qui était jusqu’alors imposé aux femmes souhaitant avorter. Autre point d’insistance de l’archevêque de Marseille : l’opposition de l’Église à tout « droit à l’enfant ». Un message envoyé aux candidats souhaitant élargir la procréation médicalement assistée aux femmes seules ou aux couples de femmes.

Au-delà des questions politiques, l’archevêque de Marseille est revenu sur les affaires de pédophilie révélées par la presse depuis plusieurs semaines, quelques jours après la diffusion par France 2 d’une émission – Cash investigation – sur le sujet. « On nous rappelle souvent (les fragilités et les fautes) qui concernent les évêques ou les prêtres », a-t-il regretté. Rappelant les actions menées par l’épiscopat depuis plusieurs mois (mise en place de cellules d’écoute des victimes, développement d’outils de formation), Mgr Pontier a affirmé que les évêques étaient « résolus à aider la justice à faire son travail » : « Nous invitons les victimes à porter plainte auprès des autorités judiciaires auxquelles, pour notre part, nous signalerons les faits qui nous seraient révélés ».

Pédophilie

Alors que certains reprochent à des évêques de ne pas avoir signalé à la justice des prêtres accusés d’abus sexuels ou de pédophilie, Mgr Pontier s’est élevé contre un soupçon généralisé à l’encontre de tous les prêtres : « qu’on veuille bien cesser de laisser entendre que tout prêtre est un pédophile potentiel ».

Loup Besmond de Senneville (à Lourdes)

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:18
Pédophilie : le prix du silence

Décliner une invitation à débattre des «silences» de l’Eglise sur la pédophilie n’est pas la meilleure manière de se faire entendre.

Les téléspectateurs qui, le 21 mars, auront regardé jusqu’au bout l‘émission Cash investigation consacrée à la pédophilie dans l’Eglise, en auront ressenti une forme de sidération, une sourde colère. Beaucoup se seront reconnus dans ce commentaire du père Olivier Ribadeau-Dumas, porte parole de la Conférence des évêques de France : « J’ai regardé l’émission Cash Investigation avec un sentiment de honte… Nous n’avons pas respecté les victimes…»

Quand la Cef fait le choix de la chaise vide

La Cef avait, les jours précédents, dans un communiqué, fait connaître sa décision de ne pas participer au débat qui suivrait le documentaire. «Ce refus de participer à cet enregistrement est motivé par les méthodes utilisées pour les interviews ainsi que par divers renseignements obtenus sur cette émission. Il apparaît que la déontologie journalistique ne soit pas respectée et que cette émission soit plus préoccupée d’accuser que d’expliquer.» Une position sur laquelle Vincent Neymon, directeur de la communication des évêques de France s’est expliquée par la suite sur KTO.

On connaît le parti pris d’Elise Lucet, d’interpeller publiquement, sous l’œil des caméras, des protagonistes ayant préalablement été sollicités par une demande formelle d’interview à laquelle ils ont choisi de ne pas donner suite. L’effet est spectaculaire et ravageur. La personne, déstabilisée, refuse généralement de répondre et tourne les talons, donnant le sentiment de fuir. Effet recherché et garanti ! Et lorsque c’est le pape François lui-même qui se trouve ainsi «sommé» de s’expliquer, sur la place Saint-Pierre, au milieu de la foule des pèlerins, sur ses complaisances supposées à l’égard d’un prêtre pédophile argentin, le spectateur ressent un réel malaise. Comme s’il y avait là, de la part de la journaliste, une forme d’irrespect et d’abus de pouvoir. Cash investigation recourt également, à plusieurs reprises, à la technique de l’interview en caméra cachée où la personne interpellée ignore qu’elle est filmée et que tout ce qu’elle va dire, taire ou montrer par son attitude – en toute confiance – sera, de fait, retenu contre elle.

Quand la fin suggère les moyens…

On peut, bien sûr, plaider que la fin ne justifie pas les moyens. Mais ces techniques font mouche. Le journaliste, quelles que soient parfois ses velléités à jouer au justicier, sait qu’il tire une vraie légitimité du droit des citoyens à savoir. Et lorsque le téléspectateur a le sentiment que l’information ainsi extorquée, qui n’aurait pas été obtenue autrement, éclaire réellement le sujet abordé, toute objection de nature éthique sur les conditions de son obtention devient sans effet. L’enquête de France 2 révèle le contenu de la lettre dans laquelle un évêque Camerounais explique comment il a soustrait des religieux français de la communauté Saint-Jean accusés de pédophilies à la justice de son pays. L’entendre, face à la caméra, refuser de s’expliquer au motif que les journalistes n’auraient pas dû avoir connaissance de cette lettre confidentielle a un effet dévastateur.

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, il existe aujourd’hui sur ces questions une exigence de transparence dont une institution comme l’Eglise doit admettre qu’elle s’impose désormais à elle… définitivement !

Expliquer c’est aussi chercher à comprendre comment on a pu en arriver là.

L’une des critiques possibles vis-à-vis de cette enquête est qu’elle entendrait démontrer que l’Eglise, malgré ses engagements, devrait faire face à une nouvelle vague de faits de pédophilie, couverts par le silence de la hiérarchie, alors qu’il s’agit, pour l’essentiel, de faits anciens, connus pour la plupart. Mais reprocher à l’émission d’être «plus préoccupée d’accuser que d’expliquer» (1) est doublement inopérant. Sur la pédophilie dans l’Eglise il est clair que l’opinion, y compris au sein du monde catholique, attend une condamnation plus qu’une explication. Et si explication il doit y avoir, elle ne peut en aucun cas se limiter à la seule évocation des efforts engagés par l’Eglise de France pour combattre efficacement la pédophilie, même s’ils sont bien réels. Ni à affirmer qu’une page serait définitivement tournée… Expliquer c’est aussi chercher à comprendre comment on a pu en arriver là.

Trop de séquences de Cash investigation illustrent, à l’évidence, que l’Eglise est encore loin du compte et que l’on peut s’interroger sur la réalité de sa détermination ou de sa capacité à mettre en œuvre la «tolérance zéro».

«Celui par qui le scandale arrive» n’est pas la victime qui demande justice

Lorsque un responsable des Pères du Sacré Cœur estime n’avoir pas à signaler la présence d’un frère accusé de faits de pédophilie au motif que «C’est à la police de faire son travail», il contrevient d’évidence aux directives de Benoît XVI. Lorsque le même avoue au journaliste venu l’interroger : «Cette question sur les victimes, je ne me la suis posée qu’hier» on se dit qu’il y a encore du chemin à parcourir pour la prise de conscience, dans l’Eglise, de l’abomination du crime pédophile ; pour que chacun reconnaisse que «celui par qui le scandale arrive» n’est pas la victime qui porte plainte mais bien l’agresseur qui aurait préféré rester dans l’ombre ; et qu’il ne peut y avoir de miséricorde pour le pêcheur sans justice pour sa victime.

Lorsque, dans le débat, le président de la Parole libérée décrit ce qu’il perçoit comme incapacité de la hiérarchie catholique à accepter vraiment le dialogue avec les associations de victimes, on imagine, par-delà la souffrance des personnes, l’ébranlement de la confiance envers l’Eglise.

Dérives individuelles ou responsabilité collective ?

Lorsque Mgr Crépy souligne le fait que sa responsabilité à la tête de la commission permanente de lutte contre la pédophilie ne lui donne pour autant aucune autorité hiérarchique sur les évêques ; lorsqu’il affirme que, dans son diocèse, un religieux soupçonné de pédophilie ne dépend pas de lui mais du bon vouloir du supérieur de la congrégation à laquelle il appartient, il illustre parfaitement l’incapacité de l’Eglise à reconnaître que l’une des causes du drame pédophile puisse venir d’un dysfonctionnement de l’institution elle-même et non de seules dérives individuelles.

Lorsque le père Joulain, prêtre et thérapeute, consultant sur des centaines d’affaires de pédophilie, porte le diagnostic d’une «déconnection des évêques avec tout ce qui touche à la sexualité…», on se sent autorisé à interpeller, une nouvelle fois, l’Eglise sur sa théologie de la sexualité humaine.

«Il y faudra une génération»

Lorsque la responsable de l’ONU chargée en 2014 d’une enquête sur les abus sexuels dans l’Eglise déclare (2) : «Le Vatican nous a dit que c’était un problème du passé. Plus nous avançions, plus nous nous rendions compte que ce n‘était pas le cas.» on se dit que même au plus haut sommet de l’Eglise on peut prendre ses désirs pour des réalités. Et lorsqu’on entend les interrogations soulevées, non seulement par l’obstruction de la Curie aux décisions du pape François, mais également par les ambiguïtés du pape lui-même, on se dit qu’il est urgent que les fidèles continuent de se tenir en éveil.

Dans le documentaire de Cash investigation, le père Hans Zollner, membre de la Commission de protection des mineurs mis en place par le Vatican, déclare à Elise Lucet à propos du combat contre la pédophilie : «C’est le travail d’une génération». Comment mieux exprimer que si la détermination est aujourd’hui acquise de lutter contre ce crime , le processus d’éradication et de guérison sera long, sans doute douloureux, semé d’embuches ou de renoncements.

Ce chemin de croix, l’Eglise va devoir le parcourir sous le regard implacable de la société civile, trop heureuse – en certains lieux – de lui faire payer sa dénonciation de l’amoralisme contemporain. En oubliant, au besoin, que dans les années soixante-dix, les mêmes qui se sont institués procurateurs tenaient antenne ouverte à un militantisme pro-pédophile, au nom de l’émancipation de l’enfant et de son droit à une sexualité épanouie.

Pour une commission d’enquête parlementaire ?

Derrière ses excès mêmes, le documentaire de Cash investigation nous dit quelque chose d’essentiel sur l’incompréhension de notre société vis-à-vis des modes de fonctionnement de l’Eglise. Que des prêtres condamnés puissent rester en fonction – fusse comme aumônier d’hôpital – que des évêques convaincus de non-dénonciation conservent leur poste ; que des cardinaux suspects de complaisance continuent de sièger au G9 auprès du pape François… leur est incompréhensible. (3) Que dans un pays de laïcité le code de droit canonique – sinon la loi de Dieu – puisse prévaloir sur celle des hommes ou lui être contraire interpelle le citoyen. (4) Autorisant Elise Lucet à évoquer, ce soir-là, la possible constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur les affaires de pédophilie dans l’Eglise ; avec l’assentiment de François Devaux, président «exaspéré» de la Parole libérée et peut-être celle de nombreux chrétiens sous le choc, devant leur écran de télévision. (5)

Se donner les moyens d’une parole à son tour libérée

Dire que l’institution ecclésiastique se doit aujourd’hui d’ouvrir le dialogue, quel que soit son sentiment d’injustice ou d’incompréhension, tient de l’euphémisme. Cash investigation a frappé fort, non sans arrière-pensées peut-être, là où les médias chrétiens les mieux intentionnés seront toujours tenus par une certaine déférence envers l’institution. C’est pourquoi le choix de la chaise vide lors du débat qui a suivi l’émission apparaît comme une faute. C’est bien connu : les absents ont toujours tort. L’Eglise s’est privée là d’un droit éventuel de rectification, d’explication, de mise en perspective… De même que de la possibilité d’interpeller la société sur ses propres contradictions lorsqu’elle exige la mise à l’écart définitive de tout prêtre ou religieux coupable dans le même temps où elle plaide, ailleurs, pour la réinsertion des condamnés.

On peut entendre Mgr Crépy, lorsqu’il explique avec franchise : « Je suis encore nouveau dans mes fonctions, l’exercice est un peu difficile. Je ne me voyais pas sur le plateau, être mal à l’aise alors que je représente l’Eglise. » L’exigence n’en est que plus grande pour l’Eglise de France de se donner les moyens d’une parole, à son tour libérée, sur ces questions. Le 12 décembre dernier la Cef organisait une réception de fin d’année dans ses locaux de l’avenue de Breteuil, à l’intention des mouvements d’Eglise et des médias. Dans son discours de bienvenue, Mgr Pontier évoquait quelques événements marquants de l’année 2016… sans la moindre allusion aux affaires de pédophilie qui avaient pourtant ébranlé le monde catholique et plus particulièrement le diocèse de Lyon. Qui dira le prix du silence ?

René POUJOL journaliste

Ancien rédacteur en chef du Pélerin

1. L’accusation se trouve dans le communiqué de la Cef justifiant sa non-participation au débat.

2. Son témoignage ne figure pas dans le document lui-même mais dans le débat qui a suivi.

3. On entend parfois, ici ou là, des personnes qui par ailleurs se sont élevées contre le projet de déchoir de la nationalité française des binationaux coupables d’actes terroristes, s’étonner que des prêtres pédophiles fassent toujours partie de l’Eglise…

4. Le secret qui entoure la procédure des procès canoniques fait également débat, qui semble avoir pour effet essentiel de « protéger » l’accusé et l’institution à laquelle il appartient, au détriment des victimes.

5. Dans le débat, où cette question est évoquée, le sociologue Olivier Bobineau insiste néanmoins pour qu’une telle commission d’enquête, si elle devait voir le jour, porte sur la pédophilie dans toutes les institutions, donc également dans l’éducation nationale. Olivier Bobineau est par ailleurs l’auteur du livre Le sacré incestueux. Les prêtres pédophiles. Ed. DDB, 2017.

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:52
Photo de Pierre GABLE

Photo de Pierre GABLE

Dans plusieurs villes ou villages, j’ai fait l’expérience de pousser la porte de l’église.
Presque à chaque fois, je l’ai trouvée fermée.
Fermée, la maison du Bon Dieu.
Bouclée, la maison commune.
Fermé le havre de paix.
A croire que le Bon Dieu ne reçoit que sur rendez-vous.

Serait-il arrivé quelque-chose au Bon Dieu ?
Peut-être que sa maison est fermée
Pour cause de congés, de maladie, de cessation d’activité, de décès ?

A moins qu’on ait enfermé le Bon Dieu dans sa maison.
Pour qu’il ne s’échappe pas.
Pour qu’il ne nous échappe pas.
Afin de le garder pour nous, pour les dimanches et les jours de fête.
Et le conserver à l’abri des regards, des curieux, des incroyants.
De tous ceux qui n’en seraient pas assez dignes.

Moi, je lui aurais bien ouvert la porte, au Bon Dieu, pour qu’il profite lui aussi du beau temps.
Pour qu’il se promène en ville ou dans nos campagnes.
Qu’il gravisse nos montagnes.
Je suis sûr que ça Lui plairait.
Et puis, Il reviendrait dans sa maison pour nous recevoir.
Nous offrir sa présence discrète, nous écouter
Et peut-être même nous glisser à l’oreille quelques-uns de ses secrets.

Mais il y a les voleurs, me direz-vous, les brigands, les mauvais larrons.
Serait-ce donc les richesses et la peur de les perdre qui incitent à fermer les églises ?
A moins que ce ne soit les serrures qui invitent aux effractions.
Et les murs qui font qu’on les enjambe ou qu’on les tague.
Ou tout simplement, le peu de visites et notre absence qui laissent la place aux malfaisants.

Maurice a ouvert la maison du Bon Dieu

Dans notre rue, une enfant de 12 ans est morte, après une longue maladie.
Le papa qui ne fréquente pas la maison du Bon Dieu est venu trouver le curé.
Il cherchait un lieu assez grand, assez central pour y réunir la famille et les amis.
Pour un dernier adieu à sa petite princesse qui n’était pas baptisée.
Pour dire et partager la douleur des siens, de la maman, du frère et de la sœur.

Maurice, notre bon pasteur, qui a l’habitude d’ouvrir son cœur,
A ouvert la maison du Bon Dieu pour le papa qui ne croyait pas au Bon Dieu.
Et avec l’humour qui le caractérise s’est permis ces quelques mots :
«
Vous ne verrez pas d’inconvénients, j’imagine, si certains disent une prière,
Pour votre petite fille et pour votre famille, dans la maison du Bon Dieu. »

La cérémonie fut belle, digne et émouvante.
Le papa a fait la plus belle des homélies qui soit.
Il a parlé d’amour, tout simplement.

Elle est devenue magnifique tout d’un coup, la maison ouverte et accueillante du Bon Dieu.

Trop content d’avoir de la visite, le Bon Dieu ne s’est pas enfui.
Il s’est montré discret pour ne pas gêner.
Discret, mais présent.

Il a soufflé ce jour là dans l’église de mon village un vent de respect et un air de liberté.

 

Norbert MOUIREN


Cet article est dédié à Robert. Pendant plus de 30 ans, il a ouvert tous les matins et fermé tous les soirs, la Maison du Bon Dieu dans un petit village d’Auvergne. Il nous a quittés ce vendredi 3 février, alors que je mettais une dernière touche à cet article. C’est le Bon Dieu lui-même qui s’est déplacé pour lui ouvrir la porte du Ciel. Au lieu du traditionnel et triste glas, les cloches de sa petite église ont carillonné le jour de ses obsèques.

 

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans église
commenter cet article
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 16:14
Guillaume POLI/CIRIC

Guillaume POLI/CIRIC

Dans un article paru dans La Civiltà cattolica du 28 janvier, une revue publiée avec l’imprimatur du Vatican, le jésuite Marc Rastoin dresse un état des lieux de l’Église en France et décrit les différents défis auxquels elle est confrontée.

ZOOM Dans le premier article consacré depuis longtemps à la France par la revue bimensuelle jésuite La Civiltà cattolica, publiée en Italie après relecture par le Saint-Siège, le P. Marc Rastoin, exégète et collaborateur régulier, explore de façon synthétique les principaux enjeux de l’Église catholique de France, à destination d’un public étranger.

La version française de ce texte sera publiée d’ici quelques semaines dans l’édition française de la revue, un mensuel dont le premier numéro a été publié le 31 octobre 2016.

Comment les catholiques français, dont la place a longtemps été centrale au sein de l’Église universelle, sont-ils devenus cette minorité, certes fervente, mais de plus en plus « marginalisée » ? Et comment faire face à cette nouvelle configuration ? Le P. Rastoin cherche moins à apporter des réponses qu’à approfondir le questionnement, en commençant par un rappel de l’histoire récente de l’Église de France

 

La fin du catholicisme rural

Après la Révolution française et ses milliers de martyrs, l’Église de France a été confrontée à partir du XIXe siècle à un courant républicain « hostile », ce qui ne l’a pas empêchée de connaître, de 1850 à 1950, « un grand dynamisme missionnaire », souligne d’abord l’auteur. Les intellectuels français ont ensuite eu un impact considérable dans le « renouveau théologique » de l’avant Concile Vatican II, auquel ont activement participé des experts français.

Le P. Rastoin prend pour point de départ le chiffre de 89 % de Français se déclarant catholiques en 1964, à la fin du Concile. L’urbanisation accélérée du pays va profondément changer la donne. Au déclin du catholicisme rural, s’ajouteront d’autres facteurs pour expliquer la désaffection de la pratique. La révolution de 1968 a « introduit des mœurs qui ont profondément changé la société française », estime-t-il.

Cette époque a été ainsi marquée par le nombre très important de prêtres ayant décidé de quitter le sacerdoce, mais aussi par des difficultés dans la mise en place des nouveautés du Concile, notamment en termes de fonctionnement de l’Église et de liturgie.

 

La perte des classes populaires et moyennes

Cette période délicate va donner matière aux catholiques traditionalistes pour remettre en question les choix de la hiérarchie et lui imputer la responsabilité de la crise de l’Église dans les années 1970. Le P. Rastoin affirme qu’il serait mal venu d’énumérer les mauvaises décisions prises alors, mais reconnaît que certaines « erreurs pastorales », mises en avant par des chercheurs, ont été commises par les évêques, comme l’abandon des patronages, renforçant l’éloignement de l’Église des classes populaires et des classes basses et moyennes.

Désormais, explique-t-il, l’Église catholique en France est principalement « soutenue par les classes moyennes-hautes, ce qui est encore plus évident pour les vocations sacerdotales : elles proviennent surtout des familles aisées de tradition catholique ».

Dans le contexte d’une Église très centralisée, tous ces éléments vont mener à une « exculturation » croissante du catholicisme français, selon la terminologie de la sociologue Danielle Hervieu-Léger. « Le noyau de catholiques pratiquants se restreint de plus en plus à un milieu socialement homogène », résume l’auteur.

« Les catholiques sont devenus des juifs comme les autres »

Inspiré par un tweet de Jean-Pierre Denis, directeur de l’hebdomadaire La Vie, publié en 2012 et qui disait « les catholiques sont devenus des juifs comme les autres », le P. Rastoin interroge cette « apparente boutade » pour évoquer la tentation, surtout chez les plus jeunes, de la « néo-orthodoxie ». Pendant ce temps, « d’autres, les plus nombreux, continuent à s’éloigner, insensiblement, d’une Église perçue comme étant archaïque et loin de leurs préoccupations ». « Face à ces deux mouvements centrifuges, les cadres religieux cherchent à maintenir l’unité d’un troupeau à la fois de plus en plus petit et de plus en plus divisé, sur le fond d’un « glissement à droite » de plus en plus marqué (que les attentats de novembre dernier n’ont fait que renforcer) », analyse le jésuite.

« Comment vivre cette situation nouvelle ? Comment penser la relation de l’Église à une société de plus en plus sécularisée ? Comment se positionner face à un État, qui, confronté au défi islamiste, tend à durcir les conditions de la laïcité ? », s’interroge le P. Rastoin. « Confrontée plus précocement que d’autres Églises à la sécularisation, l’Église de France constitue une sorte de laboratoire », insiste-t-il.

« Une mutation considérable et douloureuse »

« L’Église de France vit une mutation considérable et souvent douloureuse, décrit l’auteur, le passage d’une majorité tranquille (malgré de fortes contestations depuis trois siècles au moins !) au statut de minorité devant vivre dans un environnement de plus en plus éloigné de sa foi, de ses rites et de ses valeurs. Non, l’Église de France n’est pas morte : elle a de nombreuses sources de vie en elle. »

Parmi celles-ci, la « population de pratiquants engagés et motivés », « terreau favorable à l’éclosion des vocations ». Il rappelle que les familles catholiques françaises font beaucoup d’enfantset même plus que dans la très catholique Pologne.

Les mouvements de pastorale familiale, nombreux et créatifs, les communautés nouvelles (Emmanuel, Chemin-Neuf…) proposent un cadre propice à cette vitalité, qui s’est manifestée, notamment, lors des « Manifs pour tous » de 2012-2013. Les propositions pour les jeunes sont nombreuses et le scoutisme en croissance.

L’Église de France se caractérise aussi par des structures sociales de premier plan, du Secours catholique au CCFD-Terre Solidaire, sans oublier l’initiative Diaconia 2013. Un autre atout est l’existence d’intellectuels catholiques de haut niveau.

« Le lecteur étranger sera peut-être perplexe : du verre à moitié vide – l’incontestable effondrement sociologique – au verre à moitié plein – le dynamisme des catholiques pratiquants, que faut-il retenir ? On ne peut que lui recommander de garder les deux yeux ouverts, conclut le P. Marc Rastoin. De tenir ensemble lucidité et espérance. »

 

Marie Malzac

 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 14:40
L’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun répond aux journalistes le 2 octobre 2016 avant une cérémonie pour la réouverture de l'église Saint-Etienne-du-Rouvray © CHARLY TRIBALLEAU AFP/Archives

L’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun répond aux journalistes le 2 octobre 2016 avant une cérémonie pour la réouverture de l'église Saint-Etienne-du-Rouvray © CHARLY TRIBALLEAU AFP/Archives

Il s'est affirmé aux avant-postes de l'Eglise de France quand est survenu "l'innommable". L'assassinat par deux jihadistes d'un de ses prêtres, le père Jacques Hamel, a transformé et révélé l'atypique Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen.

Jusqu'à l'attentat du 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, cet homme au rire franc et au casque poivre et sel, perpétuellement chaussé de sandales, s'était surtout signalé hors de l'Eglise par son passé insolite d'arbitre de football.

Treize ans durant lesquels, alors qu'il était vicaire puis curé en Seine-Saint-Denis, l'ancien étudiant en droit a veillé au déroulement de matchs de niveaux régional et départemental.

Le rapport avec le sacerdoce ? "S'il y a une dimension spirituelle, c'est celle engendrée par l'esprit de service et par la joie de vivre de beaux moments de communion", analyse-t-il plus tard.

A bientôt 60 ans - il les fêtera le 10 janvier -, Dominique Lebrun dribble les commentaires qui l'enfermeraient dans une case. Nommé à la tête du diocèse de Saint-Etienne en 2006, ce fils d'une famille de huit enfants s'y avère très classique sur l'avortement - il est réputé être le premier évêque à avoir participé à une "Marche pour la vie", en 2010. Dans le même temps, il innove en lançant des Assises chrétiennes de l'écologie, convaincu de la nécessité d'un "dialogue avec la société".

Affecté en 2015 à Rouen - sa ville natale -, il ne se laisse pas tourner la tête par son "pallium" (ornement porté sur la chasuble) d'archevêque métropolitain, encore moins par son titre honorifique de "primat de Normandie". La sobriété lui sied mieux: pendant une pénurie de carburants, il est aperçu en train de pousser sa petite voiture jusqu'à la pompe, pour ne pas faire tourner le moteur inutilement.

La "tragédie innommable", souligne-t-il, qui a frappé le père Hamel l'a rappelé brutalement à ses hautes responsabilités. Mgr Lebrun avait eu le temps de rencontrer ce prêtre auxiliaire de la banlieue de Rouen, mort à 85 ans. "Je lui avais posé la question: +Père, quelle est la prochaine étape dans votre ministère?+ Il m'avait regardé comme si je lui posais la question qui n'était pas à poser", se souvient l'archevêque. "Cela dit bien la simplicité de cet homme, donné à Dieu".

Le jour de son "martyre", Mgr Lebrun trouve des mots d'apaisement qui seront remarqués jusqu'à l'Elysée, où l'archevêque est reçu le soir-même: "L'Eglise catholique ne peut prendre d'autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes".

"C'est venu spontanément", raconte-t-il. "J'ai beaucoup voyagé au Moyen-Orient. J'étais dans la plaine de Ninive en 2014, j'avais été confronté à Daech (acronyme du groupe Etat islamique, NDLR) et frappé par le non-appel à la vengeance des chrétiens d'Orient. Je portais le même horizon".

Depuis, l'archevêque n'a guère quitté le devant de la scène médiatique, de l'hommage à Notre-Dame de Paris jusqu'au rituel de réouverture de l'église Saint-Etienne, en passant par les obsèques à la cathédrale de Rouen du père Hamel, dont il va désormais accompagner la cause en béatification. Des paroles et des homélies qui ont fait mouche, sans les détours que ce docteur en théologie aurait pu vouloir emprunter.

L'humble expérience de Mgr Lebrun est écoutée à Lourdes, où vient de s'achever l'assemblée des évêques: son initiative originale d'accueil des divorcés-remariés à la Toussaint y a été remarquée. L'archevêque "a pris de l'épaisseur", selon un connaisseur des arcanes épiscopaux. A tel point que citer son nom comme possible archevêque de Paris, quand le cardinal André Vingt-Trois aura atteint la limite d'âge - 75 ans, fin 2017 -, n'est pas perçu comme saugrenu.

L'intéressé ne fait sans doute pas de tels calculs, lui qui pensait que Saint-Etienne, son premier siège d'évêque, aurait été "le dernier".

Il ne se pose guère plus de questions sur sa gestion de l'après-attentat: "Ce sont des choses qui me dépassent".

Mais il dit avoir été touché par "la question du pardon et de l'amour de tous. Y compris des membres de Daech": "Cela m'a transformé parce que je sais maintenant que je dois devenir chrétien, et que je ne le suis pas encore".

AFP 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:26
En Albanie, un prêtre rescapé de la terreur créé cardinal par le pape François

Le 21 septembre, le pape François rencontre le P. Ernest Troshani Simoni durant sa visite apostolique à Tirana. / /AP

Le P. Ernest Simoni a passé en tout 18 ans entre la prison et les travaux forcés sous l’un des régimes communistes les plus féroces du vingtième siècle.

C’est le coup de cœur du pape François. Lors du prochain consistoire qui doit entériner la création de 17 nouveaux cardinaux, le franciscain albanais Ernest Simoni, âgé de bientôt 88 ans, sera l’un des rares prêtres à revêtir directement la pourpre sans passer par la case « évêque ». C’est que son parcours, marqué par dix-huit ans de prison et de travaux forcés sous l’un des régimes communistes les plus féroces de la planète, a bouleversé le pape, lors de sa visite dans ce petit pays des Balkans en 2014

Né en 1928 à Troshani, un village situé à quelques kilomètres de Scutari dans le nord de l’Albanie où se concentre la minorité catholique du pays (deux tiers des Albanais sont musulmans, 15 % orthodoxes, 11 % catholiques), le P. Simoni entre très tôt chez les franciscains. Mais leur couvent, dès 1948, est transformé en un lieu de torture par le régime communiste d’Enver Hoxha. La terreur bat alors son plein. Les religieux sont tous fusillés et les novices expulsés. Âgé d’à peine 20 ans, le futur prêtre est envoyé par le régime comme enseignant dans de petits villages isolés de la montagne, où il fait secrètement œuvre de mission et d’évangélisation.

Plus tard, malgré deux années de service militaire particulièrement difficiles, dans une dictature parmi les plus fermées de la planète, Ernest Simoni réussit à achever clandestinement ses études de théologie et est ordonné prêtre à Scutari en 1956. Par obéissance à son évêque, il se fait incardiner dans son diocèse tout en restant franciscain de cœur.

Dans les geôles de la terrible « Sigurimi »

Le 24 décembre 1963, veille de Noël, il est arrêté et jeté en cellule d’isolement à Scutari, où la répression communiste est des plus meurtrières. Dirigée contre des prêtres et des intellectuels, elle touche aussi des musulmans, comme en témoignent les inscriptions – des dessins d’églises et de mosquées – retrouvées dans les cellules de la terrible « Sigurimi », la police secrète, dont l’ancien siège abrite à présent un couvent de sœurs clarisses.

Condamné à mort, le jeune prêtre voit finalement sa peine commuée en 25 années de travaux forcés. En prison, il devient un père spirituel pour les détenus. De nouveau condamné à mort en 1973 comme instigateur présumé d’une révolte, il en réchappe cette fois grâce aux témoignages de prisonniers.

Finalement libéré en 1981, le P. Simoni n’en reste pas moins considéré comme un « ennemi du peuple » et il est contraint de travailler dans les égouts de Scutari. Il continue, malgré tout, d’exercer clandestinement son ministère jusqu’à la fin du régime, en 1990.

Depuis lors, il sert comme simple prêtre dans de nombreux villages, en s’employant notamment à réconcilier les familles prises dans l’engrenage infernal des vengeances (« vendetta »), phénomène répandu en Albanie.

Après la chute du régime communiste, c’est depuis la cathédrale de Scutari qu’en 1993, en présence de Jean-Paul II et de Mère Teresa, avait été donné le coup d’envoi du renouveau de l’Église en Albanie. Une Église qui, vingt ans après, continue de s’appuyer, pour l’essentiel, sur un clergé missionnaire à dominante italienne.

Samuel Lieven

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article
17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 20:47
Mgr Hippolyte Simon démissionne pour raisons de santé

Mgr Hippolyte SIMON, archevêque de Clermont, prononce l’homélie à l’ordination épiscopale de Mgr Luc Crépy à la cathédrale Notre Dame de l'Annonciation. Le Puy-en-Velay (43), le 12 avril 2015. / Luc OLIVIER/CIRIC/​

Le pape François a validé la demande de démission présentée par lettre du 22 février par l’archevêque de Clermont-Ferrand. Cette démission prend effet ce jeudi 17 mars à midi.

« Chers diocésains, je tiens à vous informer moi-même que le Saint-Père, le pape François, a accepté la démission de charge d’archevêque de Clermont, que je lui avais présentée par lettre du 22 février, pour raisons de santé. Cette démission prend effet ce jeudi 17 mars à 12 heures », peut-on lire dans le communiqué de Mgr Hippolyte Simon rendu public jeudi 17 mars matin. Ce même communiqué annonce également que « dès vendredi, le collège des consulteurs se réunira afin d’élire un administrateur diocésain. »

De fait, Mgr Simon avait été opéré d’un cancer du rein en juin dernier et avait appris, peu après, que l’opération n’avait pas suffi. « En décembre, j’ai su qu’il n’y aurait pas d’autre opération et j’ai alors pris la décision de démissionner, sachant qu’il me serait difficile d’être évêque à plein-temps et de me soigner », confie-t-il à La Croix depuis Clermont-Ferrand où il poursuit ses traitements quotidiens.

Figure marquante de l’épiscopat français

Âgé de 72 ans et archevêque de Clermont-Ferrand depuis vingt ans, Mgr Hippolyte Simon est indéniablement une figure marquante de l’épiscopat français. Homme de débat, curieux et attentif au monde tel qu’il va, il a été choisi par ses confrères comme vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF) de 2007 à 2013, au côté de Mgr Laurent Ulrich. Il a également représenté les évêques de France auprès de la Commission des épiscopats de l’Union européenne (COMECE) jusqu’en novembre 2007.

Mgr Simon fut l’un des rédacteurs du « rapport Dagens » (1996). Pour cet héritier déclaré du personnalisme d’Emmanuel Mounier, la question centrale reste celle de la pertinence et de la crédibilité d’une foi chrétienne librement vécue et tournée vers l’avenir.

Il s’est inquiété du retour du paganisme, de la crise des institutions et de la montée de l’extrême droite (et ce, bien avant le séisme électoral de 2002), du durcissement des relations État-Église et de la conception de la laïcité, mais aussi des vocations spécifiques au sacerdoce et au diaconat (1). Il avait aussi pris position pour défendre le dimanche comme jour de repos, le célibat sacerdotal, ou encore pour s’opposer au « mariage pour tous » tout en refusant d’aller manifester

Quelques jours d’été en Normandie

Dans son diocèse, où il avait ouvert une nouvelle maison diocésaine fin 2000, il a également lancé de nombreuses pistes de réflexion sur le redécoupage des territoires paroissiaux…

Natif de Saint-Georges-de-Rouelley (Manche) et formé au grand séminaire de Coutances puis au séminaire de Bayeux, Hippolyte Simon est resté attaché à sa Normandie familiale, où il aime retourner les étés. Il compte y revenir en juin pour la suite de son traitement. D’ici là, doit être organisé en avril à Clermont-Ferrand une célébration afin que ses diocésains puissent lui exprimer leurs remerciements.

Claire Lesegretain

(1) Mgr Simon est l’auteur notamment de « Vers une France païenne ? » (Cana, 1999) ; « La Liberté ou les idoles ? » (entretiens avec Frédéric Mounier, Cana/DDB, 2002) ; « Libres d’être prêtres » (Éd. de l’Atelier, 2002) ; « Vous qui cherchez Dieu, voici un GPS » (DDB, 2010).

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Eglise
commenter cet article