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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 17:07
En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours. (©Illustration / La Dépêche de Louviers)

En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours. (©Illustration / La Dépêche de Louviers)

Écœuré, Marc envisage de quitter la police après 30 ans de service à Bordeaux (Gironde). Entre dépression et profonde remise en question, le fonctionnaire raconte son burn-out.
En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours.
Perte de sommeil, larmes, pensées suicidaires… Marc (son prénom a été modifié), bientôt 30 ans de police à Bordeaux (Gironde), a été victime d’un burn-out.
Depuis mars 2020, le fonctionnaire est en arrêt de travail. « Je me suis enfoncé tout seul dans la dépression. Oui, j’ai pensé au suicide ! », admet-il, le souvenir encore douloureux.
Une vingtaine de suicides de policiers en 2020
Au 17 décembre, 28 policiers auraient mis fin à leurs jours depuis le début de l’année. Marc aurait pu rallonger cette macabre liste mais il a tenu bon, grâce à sa famille.
« Tu n’as pas intérêt à y penser », l’a sermonné sa femme quand il combattait ses idées noires. Marc se rappelle de longues heures, seul dans l’obscurité de son salon, parfois de minuit à cinq heures du matin, à cogiter. Encore et encore.
« On pense que ça n’arrive qu’aux autres jusqu’au jour où ça nous arrive », prévient ce grand gaillard, dont le physique de rugbyman cache les fragilités profondes.
« Le burn-out ? C’est quelque chose de tabou »
Selon lui, ce burn-out s’est installé petit à petit, de manière sournoise. Il a fini par appeler la psychologue du travail pour discuter de son mal-être. Une démarche louable, qui lui permet près d’un an plus tard, d’envisager un avenir plus heureux.
Ses collègues ? Ils n’ont rien vu, assure Marc. « C’est tabou de parler de ces choses-là au commissariat », justifie le fonctionnaire, même s’il assure que beaucoup d’autres collègues éprouvent « une lassitude », comme il l’appelle, par rapport à leurs conditions de travail.
« On se retrouve constamment entre le marteau et l’enclume, développe-t-il. Nous ne sommes pas suffisamment aidés par les hautes sphères de l’État et le citoyen ne nous aime plus. Il y a un vrai désamour de la population à notre égard, il faut dire ce qui est. »
Les mentalités ont changé dans la police
Pour Marc, cette rupture est un vrai déchirement. Le père de famille se rappelle de l’époque où il a choisi d’embrasser cette profession. « Par vocation », insiste-t-il. « À l’époque, on était fier de dire qu’on était dans la police. Aujourd’hui, on a honte ! »
J'ai l'impression de ne plus me sentir utile. Je ne me retrouve plus dans mon métier. La profession a beaucoup évolué en 30 ans. En mal.
Dans les rangs de la police, il souligne des caractères devenus individualistes, un esprit d’équipe disparu et des erreurs de casting.
Dans la rue, le fonctionnaire regrette des provocations incessantes, des regards de défi, parfois même des insultes ou pire, des jets de projectiles dans les quartiers sensibles.
La crainte des représailles
Puis, avec la multiplication des mouvements sociaux type Gilets jaunes, Marc commençait à s’inquiéter d’éventuelles représailles à cause d’une exposition nouvelle.

« Avec toutes les vidéos de policiers diffusées sur les réseaux sociaux, j’avais la crainte qu’on retrouve ma famille et qu’on s’en prenne à mon épouse ou mes enfants », dit-il.
Actuellement, avec le projet de loi sur la sécurité globale, le gouvernement planche d’ailleurs à limiter la diffusion d’images de forces de l’ordre.
L’article 24, qui suscite une forte opposition citoyenne, précise qu’une diffusion pourra être sévèrement punie si elle vise à leur nuire « physiquement ou psychiquement ».
Il opte pour la reconversion
Pour Marc, qui reconnaît que les vidéos ont quand même permis de mettre en lumière certaines bavures policières, le débat est certainement ailleurs.
Rester ou quitter la police nationale ? « J’essaye de partir, répond-il, avant de se reprendre. Enfin, je veux partir ! Je n’ai plus aucune part d’hésitation. Pour faire quoi ? Je ne sais pas encore mais certainement quelque chose de complètement différent. J’ai entamé les démarches, le processus est en marche. J’attends des réponses. »
En attendant, après entretien avec son médecin traitant et la psychologue de la police, il a été jugé apte à reprendre le travail. Le policier doit faire son retour au commissariat en début d’année 2021. Mais pour combien de temps ?

Nicolas GOSSELIN

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 07:00
Joyeux Noël 2020 et Bonne Année 2021

L’année 2020 a été particulièrement éprouvante pour beaucoup : crise sanitaire, confinement, crise économique et sociale, isolement des plus faibles, chômage et nouvelles pauvretés, pour les jeunes en particulier.
Les policiers n’ont pas été épargnés : incivilités, violences, terrorisme auxquels ils ont dû faire face, poids de plus en plus lourds de leurs charges qui ont pour conséquence la dégradation de leurs conditions de travail et conduisent à la fatigue et au découragement.
Les policiers ont besoin de retrouver du sens et des motivations pour leur métier afin de pouvoir se garder du « burn-out » et de la dépression. Ils ont besoin de vivre en paix et en sécurité aussi dans leur vie personnelle et familiale.
Noël est ce moment privilégié où nous fêtons le « Prince de la Paix » !

Jésus nous fait le cadeau de sa « présence » : « Dieu a établi sa demeure parmi les hommes » ! En chaque homme a été déposé cette « flamme du divin » !
A Noêl chaque policier, « gardien de la paix », est valorisé dans sa mission !
« Heureux les artisans de Paix, ils seront appelés Fils de Dieu » ! (Evangile de saint Matthieu, chapitre 5)
La paix est pour chaque policier une mission, un combat, un projet, une force et un cadeau !
Nous les assurons de tout notre soutien et de toute notre confiance.
Joyeux Noël 2020 et Meilleurs vœux à l’occasion de la nouvelle année 2021.

Père Denis CHAUTARD
Aumônier Catholique
Préfecture de Police de Paris
 

Joyeux Noël 2020 et Bonne Année 2021

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18 décembre 2020 5 18 /12 /décembre /2020 17:02
Lors de la manifestation contre la loi « sécurité globale », à Paris, le 12 décembre. CHARLES PLATIAU/REUTERS

Lors de la manifestation contre la loi « sécurité globale », à Paris, le 12 décembre. CHARLES PLATIAU/REUTERS

« On n’est jamais préparé à la réalité du métier » Alors que la loi « sécurité globale » et la révélation d’images de violences policières provoquent la polémique, « Le Monde » a recueilli des témoignages de policiers
TÉMOIGNAGES 
Quand il est entré dans la police, en 1981, Eric Verzele avait encore « cet idéal de gosse à la Zorro » : celui de faire un métier où il serait au service des autres. « Je voulais défendre les plus faibles », confie ce fils d’un père mineur et d’une mère femme de ménage, qui a commencé comme « commis de police » avant de finir commandant au sein d’une unité de CRS. Pendant les trente-six années de sa carrière, ce « flic dans l’âme » a « essayé de défendre ces valeurs ». 
En 2017, il a craqué. « Culture du chiffre », corporatisme « malsain », syndicats « déconnectés », formation au rabais, manque de moyens ont fini par avoir raison de sa vocation. Eric a renoncé au « métier de sa vie ». « Nous, les CRS, on n’était bons qu’à casser des tentes de migrants. Quand je le dénonçais, on se moquait de moi. Je suis parti », lance l’homme de 57 ans, aujourd’hui délégué du procureur à Bobigny, où il essaie, de l’extérieur cette fois, d’« apaiser des tensions très vives avec la police ». Sa liberté de parole est rare. Les policiers sont soumis au devoir de réserve, qui leur impose d’observer de la retenue dans leurs propos qu’ils soient ou non en service, par loyauté à l’égard des institutions de la République. Après la crise politique provoquée par la concomitance de la controverse sur la loi « sécurité globale » et de la diffusion des images de policiers tabassant Michel Zecler, un producteur de musique noir, le 21 novembre, ainsi que celles de l’évacuation violente d’un camp de migrants à Paris, le 23 novembre, Le Monde a lancé un appel à témoignages, qui a recueilli des dizaines de réponses. 
« ON N’EST PAS AU FAR WEST » 
A l’instar de nombreux collègues, Sylvie (les prénoms ont été modifiés) revient d’abord sur les images du passage à tabac de Michel Zecler. « Ce n’est pas possible, ils sont cons », s’est dit cette fille de policier, qui exerce depuis trente ans. « On sait qu’on est tout le temps filmés », précise la chargée de formation, qui assure n’avoir « jamais vu ça » durant sa carrière – elle a travaillé dix ans sur la voie publique. « En formation, je dis souvent à mes policiers : “On n’est pas au Far West, on n’est pas des shérifs, on n’a pas à rendre la justice, ce n’est pas votre boulot.” » Selon Arthur, motard d’une trentaine d’années, « des interventions violentes, il y en a tous les jours ». Tous condamnent cette violence, évoquant l’affaire Zecler, mais aussi l’évacuation brutale du camp de migrants à Paris. « Certaines images ne méritent aucune justification », tranche Thomas, qui n’ose plus dire sa profession aux personnes qu’il rencontre. « Je me désolidarise de ce qui a été commis. Toutefois, plusieurs facteurs l’expliquent, sans le justifier », juge Lamine, âgé d’une vingtaine d’années, qui appelle à « affronter de face ces affaires. » « Je suis profondément écœuré et attristé par cette série quasi ininterrompue de scandales qui salissent notre métier », commente Julien, jeune policier, qui aimerait voir émerger « un vaste mouvement pour réaffirmer nos valeurs. » Ceux qui s’expriment tiennent à une mise au point. « Les violences policières et les propos racistes sont minoritaires », affirme Arthur, qui a intégré la police au milieu des années 2000. A cette époque, lui -même « craignait de tomber sur des nazillons ». Ce fils de soixante-­huitards, biberonné à Led Zeppelin et aux Monty Python, a bien entendu « des remarques tendancieuses » durant sa carrière, « mais pas davantage que dans mes emplois précédents ». « Le racisme est un problème global qui n’est pas propre à la police », commente Arthur, affirmant que l’institution policière regroupe des profils bien plus variés que d’autres professions. « Quand je patrouillais en Ile ­de France, j’étais souvent le seul Blanc de l’équipe », insiste le policier, qui a travaillé dix ans à Paris avant de quitter la capitale. Fort d’un bagage universitaire acquis lors de congés formation, Eric tente d’analyser la question du racisme au sein de la profession. « Les personnes qui entrent dans la police ne sont pas racistes, mais certaines le deviennent à l’épreuve des missions qu’on leur donne, et du manque de moyens pour les réaliser », considère l’ancien commandant, appelant à une formation en sciences sociales « pour que [les élèves gardiens de la paix] comprennent la réalité des gens qu’ils contrôlent.» 


« ON SE RETROUVE AVEC  DES GAMINS QUI SONT  CHEFS À BORD D’UNE  VOITURE, APRÈS UN  AN D’EXPÉRIENCE » SYLVIE chargée de formation au sein de la police
En interne, beaucoup de policiers critiquent une formation initiale jugée trop courte, désormais huit mois au lieu de douze auparavant. « On se retrouve avec des gamins qui sont chefs à bord d’une voiture, après un an d’expérience », constate Sylvie, selon qui « les profils ne sont plus adaptés, faute de candidatures. » Bastien, lui, pense que « l’on n’est jamais préparé à la réalité du métier » : « Quand on intervient sur notre premier pendu, quand on voit un collègue se prendre un cocktail Molotov en manifestation, quand on traite une affaire de violence sur enfants… Il n’y a pas de formation pour ça. » Tous racontent les côtés rudes de leur métier, comme autant d’explications aux dysfonctionnements qu’ils dénoncent. « C’est le propre de notre travail, on n’intervient jamais quand tout va bien, remarque Sylvie. On arrive en voulant se rendre utile, mais parfois, on a juste l’impression que l’on ramasse la merde à la petite cuillère », confie la mère de famille de 50 ans. D’autant que cette profession s’exerce souvent dans une forme de huis clos, en horaires décalés et à rallonge. « J’ai fait quatre ans de nuit, on vit presque en autarcie avec les collègues, c’est difficile de prendre du recul », confirme Sylvie, dont « la fierté de porter l’uniforme » supplante les contraintes du métier. Arthur a, quant à lui, cumulé cent trente­ cinq heures supplémentaires cette année. Autant de temps en moins pour la vie de famille. Et, au quotidien, les policiers sont souvent confrontés à une méfiance grandissante de la part des citoyens avec lesquels ils sont en contact. « On s’en prend plein la tronche toute la journée, on reste des êtres humains, on ne peut pas toujours mettre l’affect de côté », témoigne Bastien, CRS d’une trentaine d’années, qui a constaté « une montée de la violence en manifestation, des deux côtés ». « Les gens ne savent pas ce que c’est de se faire cracher dessus, caillasser, insulter toute la journée », abonde Sylvie, qui rappelle au passage que la menace terroriste a particulièrement touché sa profession. Celle qui reste « convaincue du bien­fondé de ses missions », évoque « une cassure » avec le public : « J’ai l’impression que la population et nous, on est sur deux routes qui s’éloignent de plus en plus. » Face à ce climat délétère, beaucoup voient la loi « sécurité globale » comme un « cadeau » fait aux syndicats. « Cette loi ne va rien changer, en manifestation tout va trop vite », estime Bastien. Arthur aussi « [s]’en fou[t] un peu de cette loi », même s’il confie être « lassé de voir sur les réseaux sociaux qu’on est des merdes, des fachos et des alcooliques ». Beaucoup d’entre eux réclament plutôt des moyens humains et matériels. « On réquisitionne de plus en plus d’équipes qui ne sont pas habituées au maintien de l’ordre », constate Bastien, évoquant notamment « les tirs de LBD [lanceurs de balles de défense] inappropriés ». 


SENTIMENT DE DÉRÉLICTION 
Au-­delà du manque d’effectifs, tous dénoncent des conditions de travail indigentes. Dans le commissariat de région où travaille Arthur, le bâtiment qui date des années 1960 n’a jamais été rénové. Les ordinateurs fonctionnent sous Windows Vista (un système d’exploitation de 2007), une cagnotte a dû être lancée pour changer les néons, et les policiers font eux-mêmes le ménage. « Les gens qui arrivent au commissariat ne nous prennent pas au sérieux », souligne celui qui dénonce « des conséquences désastreuses sur notre image ». Ce manque de moyens retentit sur les interventions et peut mener à des dérapages. En raison de la fermeture de son centre de tir pour des questions de non­ respect des normes, Arthur s’est retrouvé à « tirer dans les champs » pour s’exercer. « Si une interpellation dégénère, on n’est pas suffisamment entraînés. » Le sentiment de déréliction est fort face à ces situations. Il est accentué par une hiérarchie peu encline au dialogue et un musellement de la parole par les syndicats. « Le système est très pyramidal, si on dénonce, on est grillé », déplore Eric, selon qui les policiers se sentent sans cesse contrôlés, « par les citoyens et par leur hiérarchie ». Un fonctionnement face auquel beaucoup se sentent impuissants. Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui refusent de parler, de peur d’être virés : « On a tous un crédit, une maison, des enfants. » Pour retrouver sa liberté de parole, Julien, lui, a pris la décision de reprendre ses études prochainement. Pour d’autres, la fin est plus tragique. Cette année, Arthur confie avoir assisté à plus d’enterrements de collègues que de pots de départ. On estime que le taux de suicide dans la police est supérieur de 36 % à celui de la population générale. 
Cécile Bouanchaud

Le Monde 
Jeudi 17 décembre 2020

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 18:51

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« La Police dans le piège de la violence » Le Pèlerin du 10 décembre 2020
« La Police dans le piège de la violence » Le Pèlerin du 10 décembre 2020

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 18:17
Messe pour les policiers à Paris ce 8 décembre 2020

Grande joie de célébrer la messe pour les policiers ce midi en l'église Saint Germain l'Auxerrois à Paris avec mon frère Simon-Marcel Martinon, Major de Police et Diacre du Diocèse de Paris en cette fête de l'Immaculée Conception. Je vous partage cette prière à Marie de Jean Debruynne, Prêtre de la Mission de France et aumônier de "Police et Humanisme" jusqu'en 2006.

A Marie

Entre toutes les femmes tu es bénie
Marie douce et Marie tendre,
Ne te fais pas trop attendre.

Marie d'attente, Marie d'accueil,
Tiens-nous de guet sur notre seuil.
Marie silence et Marie sans bruit,
Donne aux tendresses un goût garanti.

Marie des rues, Marie des places,
Retiens pour nous le temps qui passe.
Marie minuit, Marie midi,
Fais-nous entendre ce que tu dis.

Marie des pauvres et des apôtres,
Donne-nous des mots pour écouter l'autre.
Marie des simples et des petits,
Donne à nos joies de l'appétit.
Marie de chair et Marie d'esprit,
Entre les femmes tu es bénie.

+Jean Debruynne (1925-2006)
Poète et écrivain
 

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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 09:08

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 17:05

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 07:14
Il y a une soif de spiritualité chez les policiers. Reportage à l'aumônerie de la Préfecture de police © V. Jeanjacquot

Il y a une soif de spiritualité chez les policiers. Reportage à l'aumônerie de la Préfecture de police © V. Jeanjacquot

A l’heure où le sujet des violences policières anime le débat public, nous publions en exclusivité ce reportage de Paul Marion, réalisé au coeur du service d’aumônerie de la préfecture de police de Paris. Cet article a été écrit quelques mois avant la diffusion de la vidéo montrant le passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler par trois policiers. Il apporte un éclairage différent sur la crise que traverse actuellement la police. Pour la qualité de cet article, Paul Marion vient de recevoir le Prix Ajir, décerné chaque année depuis 2017 par l’Association des journalistes d’information sur les religions (AJIR).

Reportage

C’est une petite pièce aux murs blêmes et à la moquette grise. L’unique fenêtre jette une lumière pâle sur ses deux meubles, une table ronde en formica et une armoire en fer. Quatre hommes en costume civil sirotent leur café en dosette. Scène quotidienne après déjeuner dans une entreprise ? Pas vraiment. Autour de la table, le commissaire divisionnaire Jean, l’officier de police Marcel et le brigadier Thomas échangent à voix basse. En retrait, un septuagénaire aux cheveux blancs et à la moustache fournie les écoute.
Le père Denis Chautard tient sa permanence au foyer de l’aumônerie, dans les entrailles de la préfecture de police de Paris (PP). « C’est un rituel tous les mois. On sait qu’on peut parler librement avec le père Chautard, sans que ça remonte à la hiérarchie », se réjouit l’un des trois fonctionnaires de police. Le « padre », comme ils le surnomment, est la figure centrale du service d’aumônerie fondé en 2016, également composé d’un pasteur, d’un rabbin, d’un imam et d’un prêtre orthodoxe. Aux côtés des psychiatres, psychologues, médecins du service social de la PP, ils viennent chaque année en aide à plusieurs dizaines de policiers.
“Ecouter, c’est notre vocation”
« Nous accomplissons un job d’assistante sociale », lance le prêtre orthodoxe Filleau avec sa gouaille de gendarme retraité. « Écouter, c’est notre vocation », nuance le représentant musulman Nadir Mehidi, dans son uniforme de gendarme aux galons brodés du croissant de l’islam. Sur les étagères de son bureau, des manuscrits en cuir du Coran cohabitent avec les drapeaux tricolores. Celui qui officie également comme aumônier de la Gendarmerie nationale assure être sollicité « régulièrement » par des policiers, tout en refusant de donner la fréquence précise de ses interventions.
Pour parler de religion ? « Ce sont souvent des personnes de confession ou de culture musulmane qui viennent me voir, confirme l’imam au ton professoral. Mais beaucoup viennent me parler de leurs problèmes de stress. Surtout les enquêteurs et les personnels de la Brigade anti-criminalité (BAC). Des gens qui fatiguent vite », précise ce père de trois enfants.
“La PP, ça ne s’arrête jamais”
Toujours sur le pont, les gardiens de la paix parisiens frôlent parfois la noyade. Le vaisseau amiral de la police française grouille de 46 000 fonctionnaires… et d’autant de sujets de malaise : journées interminables, agressions en service, pression du ministère de l’Intérieur. « La PP, ça ne s’arrête jamais. Le plus dur ? Les réveils en pleine nuit », affirme Patrice Latron, ex-numéro deux de l’institution entre 2015 et 2017. Aux difficultés habituelles de la profession s’ajoutent les problèmes de logement et d’éloignement familial propres à la capitale. « On se sent vite seule à Paris. Je dispose d’un seul dimanche sur six pour voir mon conjoint vivant en province », assure une policière qui exige l’anonymat.
Pour sortir la tête de l’eau, les policiers saisissent les quelques heures avec les religieux comme une bouée. Pendant une demi-journée, ils quittent l’uniforme. Loin de la PP, parfois même loin de Paris. Le prêtre orthodoxe Filleau invite ses coreligionnaires, principalement d’anciens légionnaires russes et roumains reconvertis dans la BAC parisienne, dans sa paroisse de l’Eure. 48 minutes de TER de la gare Saint-Lazare à Vernon-Giverny, puis dix minutes de voiture jusqu’à une chapelle d’ardoise au milieu des champs blonds. À l’intérieur, les murs épais sont constellés d’icônes. La fraîcheur des lieux invite au recueillement, rarement à la confession.
Dans les rangs d’une profession majoritairement masculine, on a parfois du mal à fendre le gilet pare-balles. « L’image du policier “Robocop” qui ne pleure pas, ne montre pas ses fragilités, reste très présente », déplore l’officier Marcel avec une pointe d’accent antillais. En cette période de mise à l’index de la profession, la pudeur règne plus que jamais au 36 quai des Orfèvres. Mais le cœur des policiers n’en est pas moins lourd. « Les événements récents, comme le tabassage du producteur de musique Michel Zeclerc, sont très mal vécus en interne, perçoit le père Chautard. Les policiers supportent mal les accusations de racisme et surtout l’amalgame entre quelques voyous et l’ensemble de l’institution. »
Aider les policiers à briser le silence
Alors le prêtre échange avec trois ou quatre policiers chaque semaine, convaincu que la foi constitue un bouclier contre les abus de violence. « Des policiers chrétiens me disent qu’avant d’intervenir dans des situations de grande tension et d’agressivité, ils prient pour rester maître d’eux-mêmes et garder leur sang-froid », note le « padre ». N’allez pas voir dans ces échanges du prosélytisme. « La PP est une institution laïque “plus plus” », sourit le Normand. Son objectif, dans un contexte sensible où, selon ses propres mots, « les policiers sentent que la confiance qu’on leur accorde en temps normal est affectée » ? Aider les policiers à briser le silence avant qu’une détonation ne le fasse. Depuis plusieurs mois, les suicides déciment les unités. Le 9 juin, le jour même de sa permanence catholique, un membre de la police judiciaire parisienne a retourné son arme de service contre lui.
Un accompagnement spirituel lors des drames
Certains suicides hantent l’aumônier catholique. Lorsqu’il évoque la mort de Sandra Ferreira, sa gorge se noue. Dans la nuit du 22 août 2019, la gardienne de la paix de 27 ans affectée au XIXe arrondissement se tire une balle dans la tête sur le parking de son immeuble. À 20 heures le lendemain, le téléphone du père Chautard carillonne. L’officier de garde l’avertit du décès et le charge des obsèques de la jeune catholique. Les images de ses collègues éplorés à la cérémonie à l’église des Quinze-vingts, dans le XIIe arrondissement, restent gravées dans sa mémoire. « Je me souviens d’un ami de Sandra, un colosse tatoué à genoux, un chapelet dans les mains », évoque-t-il, la voix tremblante d’émotion. L’accompagnement spirituel lors des drames représente la mission centrale de l’aumônerie, peut-être la plus lourde.
Les attentats du Bataclan : un traumatisme
Surtout lorsque ces drames sont collectifs. Le 3 octobre 2019, l’agent administratif Mickaël Harpon assassine quatre de ses collègues dans les murs de la PP. Les coups de couteau rouvrent les plaies encore vives des attentats du Bataclan. Un traumatisme pour les policiers parisiens, en particuliers ceux du XIe arrondissement qui sont intervenus dans la salle de concert. Bouleversés, ces derniers demandent un soutien spirituel. Patrice Latron est alors directeur de cabinet du préfet de police Michel Cadot. Il propose au préfet de créer un service d’aumônerie pour les policiers parisiens, qui rassemble des représentants des cinq religions. Approuvé. « J’ai une expérience de militaire. Je sais l’importance des conseils spirituels d’un aumônier face à la mort, pour l’avoir vécu à Sarajevo », confesse l’ancien officier de l’Armée de terre, vétéran d’ex-Yougoslavie. L’ancien commandant d’infanterie voit les policiers revenir à la foi au moment des attentats ou des suicides. Comme les soldats sur un théâtre d’opération. « Il y a une soif de spiritualité chez les policiers face à la mort », remarque le haut fonctionnaire.
Contactée quelques heures après les événements du 3 octobre, l’équipe d’aumônerie se précipite au chevet des proches et des familles des victimes. Dès le lendemain, les cinq compères se rapprochent et organisent un hommage œcuménique dans les locaux de la PP, quai de l’Horloge. S’ensuit un tourbillon d’hommages, qui ne les laissent pas indemnes. »Que dites-vous à une mère qui a perdu son fils de 30 ans ? » interroge Nadir Mehidi, qui parle de l’attaque au couteau comme « d’une fracture [dans sa vie] qui ne se refermera jamais ».
Cinq aumôniers unis autour d’une mission commune
Dans ces circonstances dramatiques, l’imam peut compter sur Moshe, l’aumônier juif de la PP et de la gendarmerie. L’unité de l’aumônerie tient d’abord à des amitiés. Les bureaux du rabbin Moshe Lewin et de l’imam se jouxtent sous les arcades du fort d’Issy, le siège de la gendarmerie nationale. « L’année prochaine, nous prévoyons d’aller ensemble visiter Jérusalem ! » s’enthousiasme le référent israélite coiffé d’une kippa noire en velours. Voisins eux aussi, le père Chautard et le pope Filleau se croisent toutes les semaines dans leur ville de Vernon. Des amitiés qui permettent de confier ses doutes. Certes, les cinq aumôniers reconnaissent tous l’utilité de leur mission. « Mais l’aumônerie, c’est encore quelque chose de récent. Nous restons relativement méconnus à l’échelle de la PP », regrette le père Chautard, qui estime avoir « un pied dedans, un pied dehors ». Le brigadier Thomas le rassure : « Dans notre solitude, votre présence réconforte. »
Le père Filleau ressent cette bienveillance. Lors des cérémonies, les policiers sont nombreux à traverser la mer d’uniformes bleus pour venir le saluer. Conforté par l’accueil réservé à la toute première aumônerie de la Police nationale, Patrice Latron milite désormais pour étendre le dispositif à Lyon ou Marseille. Le brigadier Thomas, lui, se bat pour faire connaître l’aumônerie dans son commissariat, touché par un suicide en début d’année. Avec un credo pour ses collègues : « Il faut bien se raccrocher à quelque chose. »

Paul Marion.

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 06:28
Des CRS lors d'une manifestation contre le projet de loi "Sécurité globale", 28 novembre 2020.

Des CRS lors d'une manifestation contre le projet de loi "Sécurité globale", 28 novembre 2020.

Alors qu’un nouveau débat sur les violences policières traverse la société, alimenté par le passage à tabac d’un chanteur ainsi que la loi « sécurité globale », le père Denis Chautard, aumônier de la préfecture de police de Paris, revient pour Aleteia sur ce malaise et la délicate – mais essentielle – mission du policier.
L’évacuation musclée de migrants place de la République et les images choquantes du passage à tabac d’un producteur de musique, Michel Zecler, par quatre policiers, alimentent depuis plusieurs jours le débat sur les violences policières au sein de la société. Un débat que nourrit également le projet de loi « Sécurité globale » visant à mieux articuler l’action des acteurs de la sécurité et dont l’article 24 – qui lutte contre la diffusion d’images de la police à des fins de menace ou de harcèlement – divise largement. « Les tensions entre la police et la société ne sont pas nouvelles », reconnaît auprès d’Aleteia le père Denis Chautard, prêtre de la Mission de France et aumônier de la préfecture. « Mais elles ne doivent pas faire perdre de vue que la très grande majorité d’entre eux remplissent leur mission avec cet amour des gens qui est au cœur de leur vocation ». Entretien.

Aleteia : Quel regard portez-vous sur les récents événements ?
Père Denis Chautard : Ces événements récents ont montré que des policiers ont abusé de leur uniforme et de la situation d’autorité dans laquelle ils se trouvaient par rapport à autrui pour faire quelque chose d’inacceptable. Chose pour laquelle ils vont être jugés et condamnés (les quatre policiers ont été suspendus à titre conservatoire, ndlr). Mais cet événement révèle aussi quelque chose de l’ordre du déficit dans la hiérarchie, dans la chaîne de commandement. Les policiers avec lesquels j’ai l’occasion d’échanger me disent souvent que les choses n’arrivent jamais vraiment par hasard, il y a contexte, un environnement… cela peut être le manque de formation, l’isolement, la peur qu’ils ressentent dans une situation de tension extrême etc.

Ces différends entre la police et la société ne sont pas nouveaux, ils sont même récurrents.

Plus globalement je dirais que ces différends entre la police et la société ne sont pas nouveau, ils sont même récurrents. Gilets jaunes, retraites… Il y a une accumulation. A ces difficultés déjà connues est venu s’ajouter un fait grave pour la mission des policiers : le terrorisme. Cet élément s’est imposé d’une façon très violente et très lourde dans l’actualité. La mission des policiers est de protéger la population par rapport aux risques qu’elle encourt. Et elle le fait dans une situation particulièrement tendue.

Quelles sont les difficultés auxquelles les policiers sont confrontés ?
La plupart des jeunes policiers ont souvent leur premier poste en Île-de-France. Et ils ne sont généralement pas préparés à ce qui les attend dans la mesure où leur formation est réduite en temps afin de répondre à la nécessité d’engager rapidement des forces dans des secteurs difficiles. Ces jeunes, animés d’un certain idéal, sont donc confrontés à des réalités difficiles, ils sont en première ligne sans avoir une expérience de terrain ni une formation au point. À cela il faut ajouter que ces jeunes sont eux-mêmes déracinés : ils viennent en grande majorité de province et leur situation familiale est compliquée car ils n’ont qu’un dimanche sur six pour rejoindre leur famille. Isolés, ils connaissent aussi une souffrance personnelle. La deuxième réalité est que la police faisait aussi office autrefois de famille. Il y avait une solidarité entre les policiers qui se retrouvaient pour des temps de convivialité, des repas, des fêtes. Aujourd’hui les locaux de convivialité ont été remplacés par des distributeurs À la fin de son service le policier est renvoyé à sa vie personnelle, seul avec lui-même. Avec l’épuisement, la fatigue voire même parfois la détresse personnelle, certains policiers vont jusqu’à perdre le sens de leur métier. Nous essayons en tant qu’aumôniers, avec la direction des ressources humaines, de proposer des groupes de paroles, des lieux où les policiers puissent échanger afin de retrouver du sens.

Y a-t-il un divorce entre la société et les policiers ?
Les choses sont plus compliquées que cela. Du fait d’une certaine inflation dans les médias, on a l’impression que le divorce est proche. Or, si la situation est effectivement tendue, ce n’est pas le cas. Bien évidemment quand des policiers se conduisent comme des voyous, des délinquants, ils doivent passer devant la justice et être condamnés pour leurs actions. Mais la plupart des policiers, la grande majorité, ont conscience de la responsabilité qu’ils ont d’apporter une réponse appropriée à la violence à laquelle ils font face. Mais c’est un équilibre très compliqué et toujours précaire. D’ailleurs dans de nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux on voit bien souvent uniquement la réponse du policier mais absolument pas la violence qui est à l’origine de cette réponse.
Comment réconcilier les deux ?
Les policiers ont besoin plus que jamais du soutien de la population car leur mission est de protéger les citoyens, les plus faibles et les plus précaires. Au même titre que l’on dénonce les violences policières il est nécessaire de témoigner de leurs qualités, leurs actions. La grande majorité des policiers exercent leur métier avec l’amour des autres et ont conscience qu’ils sont là pour les protéger. Pour être policier, et c’est cœur de la vocation, il faut aimer les gens. En témoignent tous ceux qui sont en police secours, dans les brigades d’intervention… Ils sont confrontés quotidiennement aux situations les plus difficiles, violentes, inattendues et sont contraints d’intervenir dans des violences familiales, sur des accidents… Cela demande une maitrise de soi extrêmement grande. Beaucoup de policiers chrétiens me confient d’ailleurs qu’ils prient avant de prendre leur service. La prière est une force qui les aide à garder leur calme, leur sérénité. Rester maître de soi en toutes circonstances est la principale qualité d’un policier. Les policiers sont des gardiens de la paix, c’est leur première vocation. Et c’est un ministère magnifique. Tous les policiers qui considèrent cette mission ont un sens éminent du service qu’ils rendent

Qu’est-ce que la période de l’avent peut nous dire de cette réconciliation ?
Les chrétiens se préparent à la naissance du prince de la paix. Dieu vient établir sa demeure parmi les hommes et ainsi il vient manifester qu’en chacun de nous, en chaque être humain, il y a la flamme d’une présence. Cette présence est un lieu d’espérance. Chacun porte en lui la flamme d’amour de Dieu pour les hommes et est capable de la diffuser à d’autres. Avoir conscience de cette flamme, c’est reconnaître que la paix est possible dans la mesure où l’on accepte le dialogue, la rencontre, le respect. Le gardien de la paix est celui qui porte ce message, qui témoigne que chacun est habité de cette flamme et qu’il mérite à ce titre d’être défendu et respecté.

Agnès Pinard Legry 

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 09:52
Dans un livre paru mercredi 7 octobre chez Stock, la policière Linda Kebbab raconte son parcours. JOEL SAGET/AFP

Dans un livre paru mercredi 7 octobre chez Stock, la policière Linda Kebbab raconte son parcours. JOEL SAGET/AFP

Critique La déléguée nationale du syndicat SGP Police Force ouvrière, l’une des principales figures médiatiques parmi les forces de l’ordre, raconte son parcours dans un livre paru mercredi 7 octobre chez Stock.
Linda Kebbab, 39 ans, est syndicaliste, gardienne de la Paix « et de la révolte », ajoute le titre du livre très personnel qu’elle publie mercredi 7 octobre chez Stock (1). L’ensemble alterne entre des chapitres qui épinglent les errements de sa hiérarchie, notamment depuis le début du mouvement des gilets jaunes (« le devoir de réserve n’interdit pas le devoir de vérité ») et d’autres plus intimes, retraçant son enfance et son entrée dans la police nationale. « Le soir où il est intervenu dans mon immeuble pour des violences conjugales, ce jeune lieutenant a changé ma vie. Au moment où (il est reparti), je savais déjà que je ferai ce métier-là. »
Au fil des pages, on se surprend à s’intéresser un peu moins à ses analyses vitriolées des politiques policières - « ratés » de la stratégie de maintien de l’ordre, « hypocrisie de notre hiérarchie », « manipulations de nos politiques », incompétence des journalistes qui ne demandent jamais « qui était dans la salle de commandement devant son écran, pour décider du positionnement des effectifs » - et un peu plus à sa vie personnelle. À cette petite fille de la banlieue lyonnaise marquée par les émeutes d’octobre 1990 à Vaulx-en-Velin.
Petite fille de la banlieue lyonnaise
À cette élève studieuse qu’une conseillère d’orientation avait tenté d’aiguiller vers le secrétariat, parce qu’elle lui avait dit qu’elle aimait « les mots » (ceux de Zola en particulier « Les Rougons-Macquart… »). À cette fille d’immigrés (un père éboueur et une mère au foyer, tous les deux analphabètes, décédés avant qu’elle ait vingt ans), cette « enfant de Mitterrand, comme on nous appelait à l’époque (elle est née en 1981) : une gosse de la Sécurité sociale, de l’école gratuite et de la politique familiale ».
À cette jeune femme « d’une sensibilité sociale », qui s’est longtemps rêvée en reporter de guerre (sa mère la voyait plutôt avocate), et s’était lancée dans des études de langues (Anglais, Russe, Arabe), sans imaginer qu’elle entrerait un jour dans la police.
« Dans le quartier où j’ai grandi, certains avaient la haine du lardu (policier en argot), haine que j’étais censé reprendre à mon compte, du fait de mes origines algériennes, de ma classe sociale, de mon statut de femme, et que sais-je encore… Après ma rencontre avec ce jeune lieutenant qui intervenait dans mon immeuble pour des violences conjugales, j’ai compris que je devais prendre de la distance avec ces préjugés. J’ai donc, naturellement et de moi-même, entamé une déconstruction des paradigmes. Ceux qui correspondaient, dans l’esprit de certains, à ma naissance, ma culture, mon milieu ».
Son récit se poursuit à l’école de police de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) où elle passera huit mois en internat, obligée de laisser sa fille, née quand elle avait 22 ans, toute la semaine en nourrice (« un cauchemar »).

Une telle fracture
On la suit encore dans sa première affectation à Créteil (Val-de-Marne), où elle découvre la violence ordinaire (ce tambour en cuivre de machine-à-laver balancé d’un immeuble dans lequel elle intervenait après le décès d’un homme dans une baignoire). Ses trois premiers mois à Créteil, elle dort dans sa voiture garée en face du commissariat, faute de se voir proposer un logement décent (aux gardiens de la Paix, parce qu’ils sont en bas de l’échelle, on propose une liste contenant seulement les appartements les plus vétustes, explique Linda Kebbab. Ils sont parfois situés dans les cités où ces agents sont amenés à intervenir).
Très vite après ce rude démarrage, elle adhère au syndicat SGP Police Force ouvrière, dont elle est aujourd’hui déléguée nationale depuis 2018. Ce livre raconte aussi son action à ce poste, sur tous les sujets brûlants : LBD, violences policières, suicides, racisme, quotas, lien police-population…

Sur les réseaux sociaux ou les plateaux télé où elle est très présente, les échanges sont souvent rugueux (Linda Kebbab a été plusieurs fois menacée de mort). L’un des derniers chapitres de son livre se conclu sur cette question : « Comment expliquer une telle fracture ? »

(1) Linda Kebbab, Gardienne de la Paix et de la Révolte, Stock, octobre 2020, 303 pages, 19,50 €.

Mikael Corre

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