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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 09:30
Le ministre de l'Intérieur français Gérald Darmanin (c) discute avec des policiers à Calais (Pas-de-Calais), le 12 juillet 2020 / AFP/Archives

Le ministre de l'Intérieur français Gérald Darmanin (c) discute avec des policiers à Calais (Pas-de-Calais), le 12 juillet 2020 / AFP/Archives

Annoncé par Emmanuel Macron en pleine polémique sur les violences policières, le «Beauvau de la sécurité», grande concertation nationale sur la police, s'ouvre lundi avec l'ambition de présenter une «grande loi» sur la sécurité intérieure «avant la présidentielle».
Le chef de l'Etat, dont la politique régalienne est souvent vue comme un angle mort de son action, a fait de la sécurité une des priorités de la fin de son quinquennat. Ce «grand débat» sur la police, prévu pour durer quatre mois, peut se lire comme une nouvelle brique dans cette stratégie de reconquête.

Loi de Sécurité globale contestée dans la rue, fronde syndicale contre la reconnaissance des contrôles au faciès, émoi national après le tabassage par des policiers du producteur de musique Michel Zecler: c'est dans un contexte explosif qu'Emmanuel Macron avait annoncé début décembre cette large consultation inédite.
Avec la tenue du «Beauvau», du nom de la place où est situé le ministère de l'Intérieur, le chef de l'Etat dit vouloir «améliorer les conditions d'exercice» des forces de l'ordre et «consolider» les liens avec les Français.
Si Emmanuel Macron avait assuré qu'il «interviendrait personnellement» au cours des débats, probablement lors de leur clôture prévue en mai, c'est à Jean Castex que revient la tâche d'en donner le coup d'envoi lundi matin, en visioconférence depuis le ministère de l'Intérieur.
Le Premier ministre insistera sur «l'objectif de renforcer le lien entre la population et la police», «la conciliation des opérations de police et la liberté fondamentale d'informer» et le «devoir d'exemplarité» des forces de l'ordre, a confié son entourage à l'AFP.
Ces discussions doivent accoucher de «7 ou 8 propositions très fortes que je proposerai au président de la République», a indiqué Gérald Darmanin.
Malgré un agenda soumis aux aléas sanitaires, le ministre de l'Intérieur compte présenter «une grande loi» d'orientation de programmation de la sécurité intérieure (Lopsi), avant l'élection présidentielle de 2022.
- «Alibi de l'inaction» -
Tous les quinze jours, syndicats de police, représentants de la gendarmerie ainsi que huit parlementaires et maires - dont le député LREM et ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue - se réuniront lors de huit tables rondes, selon un document du ministère de l'Intérieur consulté par l'AFP.
Une vingtaine de «personnalités qualifiées», dont plusieurs issues du monde de l'entreprise, et «huit experts internationaux» viendront nourrir les thématiques abordées.
Relations entre forces de l'ordre et population et encadrement des jeunes policiers seront au menu des deux premiers rendez-vous de février (8 et 22), avec la participation de l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball Claude Onesta et du PDG de Dassault Systèmes Bernard Charlès.
Les tables rondes de mars (8 et 22) seront dédiées à la formation, avec la DRH d'Axa Karima Silvent, puis aux relations avec la justice, en présence du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.
En avril, l'ancien préfet de police de Paris Michel Cadot et le PDG de Facebook France Laurent Solly s'exprimeront respectivement sur les questions du maintien de l'ordre et de la captation de vidéos de policiers, au cœur de la loi contestée de Sécurité globale.

La Défenseure des droits Claire Hédon interviendra début mai sur le «contrôle interne», notamment autour du rôle de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), avant un dernier débat sur les conditions matérielles des policiers, en présence du PDG de la Poste Philippe Wahl.
«Hormis Claire Hédon, il n'y a pas de personnalités morales avec une réflexion de longue date sur la police. L'idée semble de dire qu'elle peut être gérée comme une entreprise», déplore le chercheur au CNRS Sebastian Roché, spécialiste des questions de la relation police-population.
Chez les syndicats, la prudence est aussi de mise. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance, sera attentif à ce que les débats ne «se transforment en campagne électorale». Grégory Joron, d'Unité-SGP-FO, réclame «un budget dédié» pour une loi de programmation «ambitieuse».
L'opposition dénonce, elle, un coup de communication. «Le diagnostic, tout le monde le connaît: le malaise de la police, sa paupérisation», a souligné le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, redoutant que ces échanges soient «l'alibi de l'inaction».


AFP

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 06:39
Lors de la 3e marche pour le climat, à Paris, le 15 mars 2019, des lycéens et des étudiants entament un dialogue avec des CRS.MARIE BABEY/PINK/SAIF IMAGES

Lors de la 3e marche pour le climat, à Paris, le 15 mars 2019, des lycéens et des étudiants entament un dialogue avec des CRS.MARIE BABEY/PINK/SAIF IMAGES

La majeure partie des Français affirme faire confiance à la police, mais cette relation a été mise à mal, ces derniers temps, par plusieurs interventions violentes.

Maintien de l’ordre, dépôt de plainte, contrôles… Pour améliorer le lien entre police et population, le « Beauvau de la sécurité » devra aboutir à des mesures permettant à l’institution de mieux prendre en compte les ressentis des usagers.

« La police est là pour aider la population, j’ai envie d’y croire », se répète Julie (1), au moment où s’ouvre le « Beauvau de la sécurité », la grande concertation consacrée à la police et à la gendarmerie qui doit aborder la question du lien entre citoyens et forces de l’ordre. Julie a envie d’y « croire » même si son premier contact avec la police, il y a plus de cinq ans, s’est mal passé. Même si, depuis, elle n’a « plus confiance ».

En se rendant chez une amie, la jeune femme a subi une tentative d’agression sexuelle, des faits punis par la loi au même titre que l’agression sexuelle elle-même. Après l’arrivée des policiers, l’étudiante, alors âgée de 19 ans, demande à porter plainte. Elle rejoue le dialogue : « Ça ne va pas être possible. » « Pourquoi ? » « Il vous a violée ? » « Non, il s’est jeté sur moi et a tenté de m’embrasser. »« Ils me répondent : ”Il y a trop de paperasse et de toute façon on ne le retrouvera jamais, des incidents comme ça, il y en a tous les jours.” Et m’invitent à déposer une simple main courante. » Alors même que le dépôt d’une plainte ne peut être refusé.

Si Julie pouvait s’asseoir à la table du Beauvau de la sécurité, elle défendrait des propositions concrètes : « Une meilleure sensibilisation des policiers aux violences sexuelles, via des rencontres avec des associations, des victimes » et aussi « une obligation pour les agents d’apporter des fiches sur les infractions et sur la loi lors de leurs interventions, pour que chacun puisse connaître ses droits ».

« La France fait partie des pays d’Europe les moins satisfaits du service fourni au moment du dépôt de plainte », appuie le chercheur Sebastian Roché, auteur de De la police en démocratie (Grasset, 2016). « Dans certains cas, il y a un mauvais accueil, reconnaît David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale. Il faut des moyens pour former les agents à cette mission spécialisée. Et certains commissariats sont débordés, dans des villes où il y a beaucoup d’activité. » Si les forces de l’ordre sont régulièrement mises en cause pour des interventions controversées, et parfois même extrêmement violentes comme le tabassage du producteur Michel Zecler en novembre, la majeure partie de la population en a une bonne opinion, selon différentes enquêtes. Un sondage paru ce dimanche 24 janvier dans LeJournal du dimanche indiquait ainsi que pour 45 % des Français, la police inspire « de la confiance », devant « de l’inquiétude » (20 %).

Sur quel levier agir pour éviter que le lien ne se délite ? « La sécurité au quotidien est l’une des attentes de la population », pense David Le Bars, qui observe « une montée de la violence dans les villes de province et les territoires ruraux ». Pour y répondre, le commissaire estime qu’il faudrait parvenir à « une meilleure répartition des effectifs sur le territoire et une chaîne pénale qui fonctionne et traite les infractions ».

La police étant un service public, « il faut une possibilité de contester ce service, car l’usager ne peut en changer », ajoute Sebastian Roché. En clair, explique-t-il : « Un chef de police doit être redevable devant les citoyens, qui doivent pouvoir se plaindre des défauts de fonctionnement. » Un changement de paradigme qui pourrait passer par « l’élection d’une personnalité politique chargée d’orienter l’action de la police en fonction des besoins locaux ».

Le ressenti de la population est « laissé de côté », estime la Fondation Jean-Jaurès dans un rapport paru vendredi 22 janvier. « Les gouvernements français n’ont jamais réellement orienté l’attention et l’action de la police vers la satisfaction du public ou la construction d’un lien de confiance », disent ses auteurs, dénonçant « l’absence de lieux d’écoute et d’échange ».

Le dialogue pourrait permettre de trouver une solution aux contrôles d’identité parfois générateurs de tensions. En 2017, une étude du défenseur des droits mettait des chiffres sur le phénomène du « contrôle au faciès », montrant que les jeunes « perçus comme noirs ou arabes » avaient une probabilité vingt fois plus élevée de subir un contrôle que le reste de la population.

« La plupart des contrôles ne donnent rien », analyse Jacques de Maillard, directeur du Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), qui perçoit des solutions chez les pays voisins : « Le Royaume-Uni a diminué leur nombre sans que ça n’ait d’effet massif sur l’augmentation de la délinquance. En Allemagne, les policiers ont un raisonnement réflexif, ils étudient les bénéfices et les risques à contrôler, car l’intervention peut tendre les relations. » Pour le professeur de science politique, il faut pouvoir faire accepter aux policiers d’autres modèles que « celui du chasseur », « un agent qui fait du travail d’initiative, qui a du flair et qui affirme son autorité ».

Éternelle faute à la politique du chiffre ? « On nous dit qu’elle n’existe plus, mais ce n’est pas vrai, du moins pas partout, dépeint Christophe Korell, ancien policier, président de l’association Agora des citoyens, de la police et de la justice. Le ministre incite à faire de la contravention sur l’usage de stupéfiants, donc les chefs de service en demandent un certain nombre. Si l’agent ne s’y plie pas, sa note est moins bonne. Avec le risque de faire primer le quantitatif sur le qualitatif. » D’où sa suggestion d’une « filière proximité », faite de « policiers tournés vers le contact, la connaissance du quartier, le tissu associatif… » Le « Beauvau » devra aussi se pencher sur le maintien de l’ordre. Yasmine, militante gilet jaune de 62 ans, ne s’attend pas vraiment à un changement de stratégie. Habituée des cortèges, elle a vu se développer l’emploi d’« unités non spécialisées, qui vont au contact ». « Envoyer la BAC (brigade anticriminalité) dans une manifestation, ça signifie que nous sommes des criminels ? On le ressent comme de la provocation. » Dans un rapport publié en mars 2020, l’Acat rappelait que des unités comme celles de la BRAV-M (brigade motorisée) « ne bénéficient pas de formations adéquates pour les opérations de maintien de l’ordre et sont régulièrement mises en cause dans des cas de violences illégitimes ».

Dans le viseur de l’ONG également, la technique de la nasse, qui consiste à encercler des manifestants : « C’est angoissant, énervant, ça déclenche souvent des violences car les manifestants veulent forcer le passage », regrette Élise (1), étudiante, elle aussi coutumière des manifestations.

Tant de sujets qui font dire à Jacques de Maillard qu’« il n’y a pas de baguette magique pour régler les problèmes de confiance ». Mais tout de même un principe majeur : l’autorité « doit s’accompagner d’impartialité, de discernement, de respect de la dignité et de capacité à écouter ». Des questions intimement liées à d’autres piliers de la concertation, dont la formation et le contrôle par l’IGPN.

Hippolyte Radisson 

  1. Les prénoms ont été modifiés.

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 17:07
En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours. (©Illustration / La Dépêche de Louviers)

En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours. (©Illustration / La Dépêche de Louviers)

Écœuré, Marc envisage de quitter la police après 30 ans de service à Bordeaux (Gironde). Entre dépression et profonde remise en question, le fonctionnaire raconte son burn-out.
En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours.
Perte de sommeil, larmes, pensées suicidaires… Marc (son prénom a été modifié), bientôt 30 ans de police à Bordeaux (Gironde), a été victime d’un burn-out.
Depuis mars 2020, le fonctionnaire est en arrêt de travail. « Je me suis enfoncé tout seul dans la dépression. Oui, j’ai pensé au suicide ! », admet-il, le souvenir encore douloureux.
Une vingtaine de suicides de policiers en 2020
Au 17 décembre, 28 policiers auraient mis fin à leurs jours depuis le début de l’année. Marc aurait pu rallonger cette macabre liste mais il a tenu bon, grâce à sa famille.
« Tu n’as pas intérêt à y penser », l’a sermonné sa femme quand il combattait ses idées noires. Marc se rappelle de longues heures, seul dans l’obscurité de son salon, parfois de minuit à cinq heures du matin, à cogiter. Encore et encore.
« On pense que ça n’arrive qu’aux autres jusqu’au jour où ça nous arrive », prévient ce grand gaillard, dont le physique de rugbyman cache les fragilités profondes.
« Le burn-out ? C’est quelque chose de tabou »
Selon lui, ce burn-out s’est installé petit à petit, de manière sournoise. Il a fini par appeler la psychologue du travail pour discuter de son mal-être. Une démarche louable, qui lui permet près d’un an plus tard, d’envisager un avenir plus heureux.
Ses collègues ? Ils n’ont rien vu, assure Marc. « C’est tabou de parler de ces choses-là au commissariat », justifie le fonctionnaire, même s’il assure que beaucoup d’autres collègues éprouvent « une lassitude », comme il l’appelle, par rapport à leurs conditions de travail.
« On se retrouve constamment entre le marteau et l’enclume, développe-t-il. Nous ne sommes pas suffisamment aidés par les hautes sphères de l’État et le citoyen ne nous aime plus. Il y a un vrai désamour de la population à notre égard, il faut dire ce qui est. »
Les mentalités ont changé dans la police
Pour Marc, cette rupture est un vrai déchirement. Le père de famille se rappelle de l’époque où il a choisi d’embrasser cette profession. « Par vocation », insiste-t-il. « À l’époque, on était fier de dire qu’on était dans la police. Aujourd’hui, on a honte ! »
J'ai l'impression de ne plus me sentir utile. Je ne me retrouve plus dans mon métier. La profession a beaucoup évolué en 30 ans. En mal.
Dans les rangs de la police, il souligne des caractères devenus individualistes, un esprit d’équipe disparu et des erreurs de casting.
Dans la rue, le fonctionnaire regrette des provocations incessantes, des regards de défi, parfois même des insultes ou pire, des jets de projectiles dans les quartiers sensibles.
La crainte des représailles
Puis, avec la multiplication des mouvements sociaux type Gilets jaunes, Marc commençait à s’inquiéter d’éventuelles représailles à cause d’une exposition nouvelle.

« Avec toutes les vidéos de policiers diffusées sur les réseaux sociaux, j’avais la crainte qu’on retrouve ma famille et qu’on s’en prenne à mon épouse ou mes enfants », dit-il.
Actuellement, avec le projet de loi sur la sécurité globale, le gouvernement planche d’ailleurs à limiter la diffusion d’images de forces de l’ordre.
L’article 24, qui suscite une forte opposition citoyenne, précise qu’une diffusion pourra être sévèrement punie si elle vise à leur nuire « physiquement ou psychiquement ».
Il opte pour la reconversion
Pour Marc, qui reconnaît que les vidéos ont quand même permis de mettre en lumière certaines bavures policières, le débat est certainement ailleurs.
Rester ou quitter la police nationale ? « J’essaye de partir, répond-il, avant de se reprendre. Enfin, je veux partir ! Je n’ai plus aucune part d’hésitation. Pour faire quoi ? Je ne sais pas encore mais certainement quelque chose de complètement différent. J’ai entamé les démarches, le processus est en marche. J’attends des réponses. »
En attendant, après entretien avec son médecin traitant et la psychologue de la police, il a été jugé apte à reprendre le travail. Le policier doit faire son retour au commissariat en début d’année 2021. Mais pour combien de temps ?

Nicolas GOSSELIN

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 07:00
Joyeux Noël 2020 et Bonne Année 2021

L’année 2020 a été particulièrement éprouvante pour beaucoup : crise sanitaire, confinement, crise économique et sociale, isolement des plus faibles, chômage et nouvelles pauvretés, pour les jeunes en particulier.
Les policiers n’ont pas été épargnés : incivilités, violences, terrorisme auxquels ils ont dû faire face, poids de plus en plus lourds de leurs charges qui ont pour conséquence la dégradation de leurs conditions de travail et conduisent à la fatigue et au découragement.
Les policiers ont besoin de retrouver du sens et des motivations pour leur métier afin de pouvoir se garder du « burn-out » et de la dépression. Ils ont besoin de vivre en paix et en sécurité aussi dans leur vie personnelle et familiale.
Noël est ce moment privilégié où nous fêtons le « Prince de la Paix » !

Jésus nous fait le cadeau de sa « présence » : « Dieu a établi sa demeure parmi les hommes » ! En chaque homme a été déposé cette « flamme du divin » !
A Noêl chaque policier, « gardien de la paix », est valorisé dans sa mission !
« Heureux les artisans de Paix, ils seront appelés Fils de Dieu » ! (Evangile de saint Matthieu, chapitre 5)
La paix est pour chaque policier une mission, un combat, un projet, une force et un cadeau !
Nous les assurons de tout notre soutien et de toute notre confiance.
Joyeux Noël 2020 et Meilleurs vœux à l’occasion de la nouvelle année 2021.

Père Denis CHAUTARD
Aumônier Catholique
Préfecture de Police de Paris
 

Joyeux Noël 2020 et Bonne Année 2021

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18 décembre 2020 5 18 /12 /décembre /2020 17:02
Lors de la manifestation contre la loi « sécurité globale », à Paris, le 12 décembre. CHARLES PLATIAU/REUTERS

Lors de la manifestation contre la loi « sécurité globale », à Paris, le 12 décembre. CHARLES PLATIAU/REUTERS

« On n’est jamais préparé à la réalité du métier » Alors que la loi « sécurité globale » et la révélation d’images de violences policières provoquent la polémique, « Le Monde » a recueilli des témoignages de policiers
TÉMOIGNAGES 
Quand il est entré dans la police, en 1981, Eric Verzele avait encore « cet idéal de gosse à la Zorro » : celui de faire un métier où il serait au service des autres. « Je voulais défendre les plus faibles », confie ce fils d’un père mineur et d’une mère femme de ménage, qui a commencé comme « commis de police » avant de finir commandant au sein d’une unité de CRS. Pendant les trente-six années de sa carrière, ce « flic dans l’âme » a « essayé de défendre ces valeurs ». 
En 2017, il a craqué. « Culture du chiffre », corporatisme « malsain », syndicats « déconnectés », formation au rabais, manque de moyens ont fini par avoir raison de sa vocation. Eric a renoncé au « métier de sa vie ». « Nous, les CRS, on n’était bons qu’à casser des tentes de migrants. Quand je le dénonçais, on se moquait de moi. Je suis parti », lance l’homme de 57 ans, aujourd’hui délégué du procureur à Bobigny, où il essaie, de l’extérieur cette fois, d’« apaiser des tensions très vives avec la police ». Sa liberté de parole est rare. Les policiers sont soumis au devoir de réserve, qui leur impose d’observer de la retenue dans leurs propos qu’ils soient ou non en service, par loyauté à l’égard des institutions de la République. Après la crise politique provoquée par la concomitance de la controverse sur la loi « sécurité globale » et de la diffusion des images de policiers tabassant Michel Zecler, un producteur de musique noir, le 21 novembre, ainsi que celles de l’évacuation violente d’un camp de migrants à Paris, le 23 novembre, Le Monde a lancé un appel à témoignages, qui a recueilli des dizaines de réponses. 
« ON N’EST PAS AU FAR WEST » 
A l’instar de nombreux collègues, Sylvie (les prénoms ont été modifiés) revient d’abord sur les images du passage à tabac de Michel Zecler. « Ce n’est pas possible, ils sont cons », s’est dit cette fille de policier, qui exerce depuis trente ans. « On sait qu’on est tout le temps filmés », précise la chargée de formation, qui assure n’avoir « jamais vu ça » durant sa carrière – elle a travaillé dix ans sur la voie publique. « En formation, je dis souvent à mes policiers : “On n’est pas au Far West, on n’est pas des shérifs, on n’a pas à rendre la justice, ce n’est pas votre boulot.” » Selon Arthur, motard d’une trentaine d’années, « des interventions violentes, il y en a tous les jours ». Tous condamnent cette violence, évoquant l’affaire Zecler, mais aussi l’évacuation brutale du camp de migrants à Paris. « Certaines images ne méritent aucune justification », tranche Thomas, qui n’ose plus dire sa profession aux personnes qu’il rencontre. « Je me désolidarise de ce qui a été commis. Toutefois, plusieurs facteurs l’expliquent, sans le justifier », juge Lamine, âgé d’une vingtaine d’années, qui appelle à « affronter de face ces affaires. » « Je suis profondément écœuré et attristé par cette série quasi ininterrompue de scandales qui salissent notre métier », commente Julien, jeune policier, qui aimerait voir émerger « un vaste mouvement pour réaffirmer nos valeurs. » Ceux qui s’expriment tiennent à une mise au point. « Les violences policières et les propos racistes sont minoritaires », affirme Arthur, qui a intégré la police au milieu des années 2000. A cette époque, lui -même « craignait de tomber sur des nazillons ». Ce fils de soixante-­huitards, biberonné à Led Zeppelin et aux Monty Python, a bien entendu « des remarques tendancieuses » durant sa carrière, « mais pas davantage que dans mes emplois précédents ». « Le racisme est un problème global qui n’est pas propre à la police », commente Arthur, affirmant que l’institution policière regroupe des profils bien plus variés que d’autres professions. « Quand je patrouillais en Ile ­de France, j’étais souvent le seul Blanc de l’équipe », insiste le policier, qui a travaillé dix ans à Paris avant de quitter la capitale. Fort d’un bagage universitaire acquis lors de congés formation, Eric tente d’analyser la question du racisme au sein de la profession. « Les personnes qui entrent dans la police ne sont pas racistes, mais certaines le deviennent à l’épreuve des missions qu’on leur donne, et du manque de moyens pour les réaliser », considère l’ancien commandant, appelant à une formation en sciences sociales « pour que [les élèves gardiens de la paix] comprennent la réalité des gens qu’ils contrôlent.» 


« ON SE RETROUVE AVEC  DES GAMINS QUI SONT  CHEFS À BORD D’UNE  VOITURE, APRÈS UN  AN D’EXPÉRIENCE » SYLVIE chargée de formation au sein de la police
En interne, beaucoup de policiers critiquent une formation initiale jugée trop courte, désormais huit mois au lieu de douze auparavant. « On se retrouve avec des gamins qui sont chefs à bord d’une voiture, après un an d’expérience », constate Sylvie, selon qui « les profils ne sont plus adaptés, faute de candidatures. » Bastien, lui, pense que « l’on n’est jamais préparé à la réalité du métier » : « Quand on intervient sur notre premier pendu, quand on voit un collègue se prendre un cocktail Molotov en manifestation, quand on traite une affaire de violence sur enfants… Il n’y a pas de formation pour ça. » Tous racontent les côtés rudes de leur métier, comme autant d’explications aux dysfonctionnements qu’ils dénoncent. « C’est le propre de notre travail, on n’intervient jamais quand tout va bien, remarque Sylvie. On arrive en voulant se rendre utile, mais parfois, on a juste l’impression que l’on ramasse la merde à la petite cuillère », confie la mère de famille de 50 ans. D’autant que cette profession s’exerce souvent dans une forme de huis clos, en horaires décalés et à rallonge. « J’ai fait quatre ans de nuit, on vit presque en autarcie avec les collègues, c’est difficile de prendre du recul », confirme Sylvie, dont « la fierté de porter l’uniforme » supplante les contraintes du métier. Arthur a, quant à lui, cumulé cent trente­ cinq heures supplémentaires cette année. Autant de temps en moins pour la vie de famille. Et, au quotidien, les policiers sont souvent confrontés à une méfiance grandissante de la part des citoyens avec lesquels ils sont en contact. « On s’en prend plein la tronche toute la journée, on reste des êtres humains, on ne peut pas toujours mettre l’affect de côté », témoigne Bastien, CRS d’une trentaine d’années, qui a constaté « une montée de la violence en manifestation, des deux côtés ». « Les gens ne savent pas ce que c’est de se faire cracher dessus, caillasser, insulter toute la journée », abonde Sylvie, qui rappelle au passage que la menace terroriste a particulièrement touché sa profession. Celle qui reste « convaincue du bien­fondé de ses missions », évoque « une cassure » avec le public : « J’ai l’impression que la population et nous, on est sur deux routes qui s’éloignent de plus en plus. » Face à ce climat délétère, beaucoup voient la loi « sécurité globale » comme un « cadeau » fait aux syndicats. « Cette loi ne va rien changer, en manifestation tout va trop vite », estime Bastien. Arthur aussi « [s]’en fou[t] un peu de cette loi », même s’il confie être « lassé de voir sur les réseaux sociaux qu’on est des merdes, des fachos et des alcooliques ». Beaucoup d’entre eux réclament plutôt des moyens humains et matériels. « On réquisitionne de plus en plus d’équipes qui ne sont pas habituées au maintien de l’ordre », constate Bastien, évoquant notamment « les tirs de LBD [lanceurs de balles de défense] inappropriés ». 


SENTIMENT DE DÉRÉLICTION 
Au-­delà du manque d’effectifs, tous dénoncent des conditions de travail indigentes. Dans le commissariat de région où travaille Arthur, le bâtiment qui date des années 1960 n’a jamais été rénové. Les ordinateurs fonctionnent sous Windows Vista (un système d’exploitation de 2007), une cagnotte a dû être lancée pour changer les néons, et les policiers font eux-mêmes le ménage. « Les gens qui arrivent au commissariat ne nous prennent pas au sérieux », souligne celui qui dénonce « des conséquences désastreuses sur notre image ». Ce manque de moyens retentit sur les interventions et peut mener à des dérapages. En raison de la fermeture de son centre de tir pour des questions de non­ respect des normes, Arthur s’est retrouvé à « tirer dans les champs » pour s’exercer. « Si une interpellation dégénère, on n’est pas suffisamment entraînés. » Le sentiment de déréliction est fort face à ces situations. Il est accentué par une hiérarchie peu encline au dialogue et un musellement de la parole par les syndicats. « Le système est très pyramidal, si on dénonce, on est grillé », déplore Eric, selon qui les policiers se sentent sans cesse contrôlés, « par les citoyens et par leur hiérarchie ». Un fonctionnement face auquel beaucoup se sentent impuissants. Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui refusent de parler, de peur d’être virés : « On a tous un crédit, une maison, des enfants. » Pour retrouver sa liberté de parole, Julien, lui, a pris la décision de reprendre ses études prochainement. Pour d’autres, la fin est plus tragique. Cette année, Arthur confie avoir assisté à plus d’enterrements de collègues que de pots de départ. On estime que le taux de suicide dans la police est supérieur de 36 % à celui de la population générale. 
Cécile Bouanchaud

Le Monde 
Jeudi 17 décembre 2020

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 18:51

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« La Police dans le piège de la violence » Le Pèlerin du 10 décembre 2020
« La Police dans le piège de la violence » Le Pèlerin du 10 décembre 2020

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 18:17
Messe pour les policiers à Paris ce 8 décembre 2020

Grande joie de célébrer la messe pour les policiers ce midi en l'église Saint Germain l'Auxerrois à Paris avec mon frère Simon-Marcel Martinon, Major de Police et Diacre du Diocèse de Paris en cette fête de l'Immaculée Conception. Je vous partage cette prière à Marie de Jean Debruynne, Prêtre de la Mission de France et aumônier de "Police et Humanisme" jusqu'en 2006.

A Marie

Entre toutes les femmes tu es bénie
Marie douce et Marie tendre,
Ne te fais pas trop attendre.

Marie d'attente, Marie d'accueil,
Tiens-nous de guet sur notre seuil.
Marie silence et Marie sans bruit,
Donne aux tendresses un goût garanti.

Marie des rues, Marie des places,
Retiens pour nous le temps qui passe.
Marie minuit, Marie midi,
Fais-nous entendre ce que tu dis.

Marie des pauvres et des apôtres,
Donne-nous des mots pour écouter l'autre.
Marie des simples et des petits,
Donne à nos joies de l'appétit.
Marie de chair et Marie d'esprit,
Entre les femmes tu es bénie.

+Jean Debruynne (1925-2006)
Poète et écrivain
 

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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 09:08

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 17:05

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 07:14
Il y a une soif de spiritualité chez les policiers. Reportage à l'aumônerie de la Préfecture de police © V. Jeanjacquot

Il y a une soif de spiritualité chez les policiers. Reportage à l'aumônerie de la Préfecture de police © V. Jeanjacquot

A l’heure où le sujet des violences policières anime le débat public, nous publions en exclusivité ce reportage de Paul Marion, réalisé au coeur du service d’aumônerie de la préfecture de police de Paris. Cet article a été écrit quelques mois avant la diffusion de la vidéo montrant le passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler par trois policiers. Il apporte un éclairage différent sur la crise que traverse actuellement la police. Pour la qualité de cet article, Paul Marion vient de recevoir le Prix Ajir, décerné chaque année depuis 2017 par l’Association des journalistes d’information sur les religions (AJIR).

Reportage

C’est une petite pièce aux murs blêmes et à la moquette grise. L’unique fenêtre jette une lumière pâle sur ses deux meubles, une table ronde en formica et une armoire en fer. Quatre hommes en costume civil sirotent leur café en dosette. Scène quotidienne après déjeuner dans une entreprise ? Pas vraiment. Autour de la table, le commissaire divisionnaire Jean, l’officier de police Marcel et le brigadier Thomas échangent à voix basse. En retrait, un septuagénaire aux cheveux blancs et à la moustache fournie les écoute.
Le père Denis Chautard tient sa permanence au foyer de l’aumônerie, dans les entrailles de la préfecture de police de Paris (PP). « C’est un rituel tous les mois. On sait qu’on peut parler librement avec le père Chautard, sans que ça remonte à la hiérarchie », se réjouit l’un des trois fonctionnaires de police. Le « padre », comme ils le surnomment, est la figure centrale du service d’aumônerie fondé en 2016, également composé d’un pasteur, d’un rabbin, d’un imam et d’un prêtre orthodoxe. Aux côtés des psychiatres, psychologues, médecins du service social de la PP, ils viennent chaque année en aide à plusieurs dizaines de policiers.
“Ecouter, c’est notre vocation”
« Nous accomplissons un job d’assistante sociale », lance le prêtre orthodoxe Filleau avec sa gouaille de gendarme retraité. « Écouter, c’est notre vocation », nuance le représentant musulman Nadir Mehidi, dans son uniforme de gendarme aux galons brodés du croissant de l’islam. Sur les étagères de son bureau, des manuscrits en cuir du Coran cohabitent avec les drapeaux tricolores. Celui qui officie également comme aumônier de la Gendarmerie nationale assure être sollicité « régulièrement » par des policiers, tout en refusant de donner la fréquence précise de ses interventions.
Pour parler de religion ? « Ce sont souvent des personnes de confession ou de culture musulmane qui viennent me voir, confirme l’imam au ton professoral. Mais beaucoup viennent me parler de leurs problèmes de stress. Surtout les enquêteurs et les personnels de la Brigade anti-criminalité (BAC). Des gens qui fatiguent vite », précise ce père de trois enfants.
“La PP, ça ne s’arrête jamais”
Toujours sur le pont, les gardiens de la paix parisiens frôlent parfois la noyade. Le vaisseau amiral de la police française grouille de 46 000 fonctionnaires… et d’autant de sujets de malaise : journées interminables, agressions en service, pression du ministère de l’Intérieur. « La PP, ça ne s’arrête jamais. Le plus dur ? Les réveils en pleine nuit », affirme Patrice Latron, ex-numéro deux de l’institution entre 2015 et 2017. Aux difficultés habituelles de la profession s’ajoutent les problèmes de logement et d’éloignement familial propres à la capitale. « On se sent vite seule à Paris. Je dispose d’un seul dimanche sur six pour voir mon conjoint vivant en province », assure une policière qui exige l’anonymat.
Pour sortir la tête de l’eau, les policiers saisissent les quelques heures avec les religieux comme une bouée. Pendant une demi-journée, ils quittent l’uniforme. Loin de la PP, parfois même loin de Paris. Le prêtre orthodoxe Filleau invite ses coreligionnaires, principalement d’anciens légionnaires russes et roumains reconvertis dans la BAC parisienne, dans sa paroisse de l’Eure. 48 minutes de TER de la gare Saint-Lazare à Vernon-Giverny, puis dix minutes de voiture jusqu’à une chapelle d’ardoise au milieu des champs blonds. À l’intérieur, les murs épais sont constellés d’icônes. La fraîcheur des lieux invite au recueillement, rarement à la confession.
Dans les rangs d’une profession majoritairement masculine, on a parfois du mal à fendre le gilet pare-balles. « L’image du policier “Robocop” qui ne pleure pas, ne montre pas ses fragilités, reste très présente », déplore l’officier Marcel avec une pointe d’accent antillais. En cette période de mise à l’index de la profession, la pudeur règne plus que jamais au 36 quai des Orfèvres. Mais le cœur des policiers n’en est pas moins lourd. « Les événements récents, comme le tabassage du producteur de musique Michel Zeclerc, sont très mal vécus en interne, perçoit le père Chautard. Les policiers supportent mal les accusations de racisme et surtout l’amalgame entre quelques voyous et l’ensemble de l’institution. »
Aider les policiers à briser le silence
Alors le prêtre échange avec trois ou quatre policiers chaque semaine, convaincu que la foi constitue un bouclier contre les abus de violence. « Des policiers chrétiens me disent qu’avant d’intervenir dans des situations de grande tension et d’agressivité, ils prient pour rester maître d’eux-mêmes et garder leur sang-froid », note le « padre ». N’allez pas voir dans ces échanges du prosélytisme. « La PP est une institution laïque “plus plus” », sourit le Normand. Son objectif, dans un contexte sensible où, selon ses propres mots, « les policiers sentent que la confiance qu’on leur accorde en temps normal est affectée » ? Aider les policiers à briser le silence avant qu’une détonation ne le fasse. Depuis plusieurs mois, les suicides déciment les unités. Le 9 juin, le jour même de sa permanence catholique, un membre de la police judiciaire parisienne a retourné son arme de service contre lui.
Un accompagnement spirituel lors des drames
Certains suicides hantent l’aumônier catholique. Lorsqu’il évoque la mort de Sandra Ferreira, sa gorge se noue. Dans la nuit du 22 août 2019, la gardienne de la paix de 27 ans affectée au XIXe arrondissement se tire une balle dans la tête sur le parking de son immeuble. À 20 heures le lendemain, le téléphone du père Chautard carillonne. L’officier de garde l’avertit du décès et le charge des obsèques de la jeune catholique. Les images de ses collègues éplorés à la cérémonie à l’église des Quinze-vingts, dans le XIIe arrondissement, restent gravées dans sa mémoire. « Je me souviens d’un ami de Sandra, un colosse tatoué à genoux, un chapelet dans les mains », évoque-t-il, la voix tremblante d’émotion. L’accompagnement spirituel lors des drames représente la mission centrale de l’aumônerie, peut-être la plus lourde.
Les attentats du Bataclan : un traumatisme
Surtout lorsque ces drames sont collectifs. Le 3 octobre 2019, l’agent administratif Mickaël Harpon assassine quatre de ses collègues dans les murs de la PP. Les coups de couteau rouvrent les plaies encore vives des attentats du Bataclan. Un traumatisme pour les policiers parisiens, en particuliers ceux du XIe arrondissement qui sont intervenus dans la salle de concert. Bouleversés, ces derniers demandent un soutien spirituel. Patrice Latron est alors directeur de cabinet du préfet de police Michel Cadot. Il propose au préfet de créer un service d’aumônerie pour les policiers parisiens, qui rassemble des représentants des cinq religions. Approuvé. « J’ai une expérience de militaire. Je sais l’importance des conseils spirituels d’un aumônier face à la mort, pour l’avoir vécu à Sarajevo », confesse l’ancien officier de l’Armée de terre, vétéran d’ex-Yougoslavie. L’ancien commandant d’infanterie voit les policiers revenir à la foi au moment des attentats ou des suicides. Comme les soldats sur un théâtre d’opération. « Il y a une soif de spiritualité chez les policiers face à la mort », remarque le haut fonctionnaire.
Contactée quelques heures après les événements du 3 octobre, l’équipe d’aumônerie se précipite au chevet des proches et des familles des victimes. Dès le lendemain, les cinq compères se rapprochent et organisent un hommage œcuménique dans les locaux de la PP, quai de l’Horloge. S’ensuit un tourbillon d’hommages, qui ne les laissent pas indemnes. »Que dites-vous à une mère qui a perdu son fils de 30 ans ? » interroge Nadir Mehidi, qui parle de l’attaque au couteau comme « d’une fracture [dans sa vie] qui ne se refermera jamais ».
Cinq aumôniers unis autour d’une mission commune
Dans ces circonstances dramatiques, l’imam peut compter sur Moshe, l’aumônier juif de la PP et de la gendarmerie. L’unité de l’aumônerie tient d’abord à des amitiés. Les bureaux du rabbin Moshe Lewin et de l’imam se jouxtent sous les arcades du fort d’Issy, le siège de la gendarmerie nationale. « L’année prochaine, nous prévoyons d’aller ensemble visiter Jérusalem ! » s’enthousiasme le référent israélite coiffé d’une kippa noire en velours. Voisins eux aussi, le père Chautard et le pope Filleau se croisent toutes les semaines dans leur ville de Vernon. Des amitiés qui permettent de confier ses doutes. Certes, les cinq aumôniers reconnaissent tous l’utilité de leur mission. « Mais l’aumônerie, c’est encore quelque chose de récent. Nous restons relativement méconnus à l’échelle de la PP », regrette le père Chautard, qui estime avoir « un pied dedans, un pied dehors ». Le brigadier Thomas le rassure : « Dans notre solitude, votre présence réconforte. »
Le père Filleau ressent cette bienveillance. Lors des cérémonies, les policiers sont nombreux à traverser la mer d’uniformes bleus pour venir le saluer. Conforté par l’accueil réservé à la toute première aumônerie de la Police nationale, Patrice Latron milite désormais pour étendre le dispositif à Lyon ou Marseille. Le brigadier Thomas, lui, se bat pour faire connaître l’aumônerie dans son commissariat, touché par un suicide en début d’année. Avec un credo pour ses collègues : « Il faut bien se raccrocher à quelque chose. »

Paul Marion.

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