Pour les signataires de la tribune, la dissuasion nucléaire, déjà fragilisée, est démobilisatrice des citoyens en cas de conflit.  motortion/stock.adobe.com

Pour les signataires de la tribune, la dissuasion nucléaire, déjà fragilisée, est démobilisatrice des citoyens en cas de conflit.  motortion/stock.adobe.com

Une Tribune de La Croix du 2 janvier 2026 comme invitation à travailler à la Paix :

Face à la menace russe, faut-il persister dans la course aux armements ou oser une autre voie, s’interroge l’équipe «
voix nomades » de la Mission de France ? La défense civile non violente, moins coûteuse et plus participative, pourrait offrir une réponse cohérente avec nos valeurs démocratiques et chrétiennes.

Face à la menace russe qu’il ne s’agit pas de nier, bien au contraire, faut-il (ré)utiliser les recettes mises en œuvre depuis tant d’années, à savoir préparer la guerre à coups d’investissements dans des armes conventionnelles classiques ou nouvelles (drones notamment) dont le maniement, confié à l’IA, échappera de plus en plus à l’être humain ? Ou croire encore en une dissuasion nucléaire fragilisée ? Ne serait-il pas temps de penser autrement et d’envisager sérieusement une défense civile non violente telle que la proposent des organisations comme le Mouvement pour une alternative non- violente ?
La défense civile non violente mérite en effet qu’on y prête un peu plus d’attention comparativement à la défense armée. Elle coûterait très certainement moins cher que les 413 milliards d’euros prévus par la
 loi de programmation militaire 2024-2030, dont près de 50 milliards pour la seule dissuasion nucléaire. Dissuasion démobilisatrice puisqu’elle repose essentiellement sur la décision du seul chef de l’État, et dont l’efficacité est de plus en plus à interroger lucidement face aux risques de cyber menaces ou d’attaques kamikazes. Sans compter son aspect immoral au vu des dégâts considérables et irrémédiables qu’engendrerait une guerre nucléaire déclenchée par erreur ou volontairement… Le pape François avait d’ailleurs condamné définitivement la possession même de telles armes.

La défense civile éviterait une bonne part des dégâts humains

La défense civile non violente permettrait également à quasi tous les citoyens, quels que soient leur sexe, âge, condition physique, formation professionnelle, de participer à la défense des valeurs de notre démocratie, au contraire de la défense armée réservée à des personnes physiquement aptes et lourdement entraînées à la guerre.

Certes, tout comme la défense armée, elle ne garantirait pas la victoire, ni l’absence totale de victimes civiles. Mais elle éviterait sans doute une bonne part des dégâts humains et des destructions massives des infrastructures et de l’environnement qu’engendre toute guerre. Et en opposant aux forces armées de l’adversaire la force et le courage de la non-violence par une résistance déterminée dans tous les domaines de la vie courante, elle laisserait ouverts à tout moment un chemin possible au dialogue et une voie vers la résolution juste du conflit.

Sans doute les tenants de la défense civile non violente seront-ils qualifiés de naïfs utopistes ! Mais qui sont les véritables utopistes ? Eux ou ceux qui parient sur le surarmement, au détriment de dépenses socialement plus utiles, et une guerre souvent longue et destructrice sans plus de certitude de victoire ?

Une réponse cohérente avec l’Évangile
Enfin, la défense civile non violente est pour nous chrétiens une réponse cohérente avec l’Évangile dans lequel Jésus nous invite à « aimer (même) nos ennemis », ainsi qu’avec les encouragements de « paix désarmée et désarmante » du pape Léon XIV. Elle offre, plus que la défense armée, une réelle possibilité de réconciliation car elle considère toujours l’ennemi comme un être humain.
Et elle permet d’envisager aussi – c’est peut-être une des raisons de son désintérêt aux yeux de tout détenteur de pouvoir – une résistance à un pouvoir autoritaire, imposé de l’extérieur ou surgi de l’intérieur. Mais sa mise en œuvre nécessite force d’âme, courage et abnégation. Et nécessite donc une préparation de la population comme y invite le « manuel citoyen de défense civile non-violente » récemment mis en ligne par le Mouvement pour une alternative non-violente. Car une population formée et consciente des valeurs à défendre sera plus apte à résister collectivement.

Faire le choix d’une telle défense, qui enclencherait ainsi une spirale pacifique vertueuse, est donc urgent pour éviter demain d’avoir à ériger de nouveaux monuments aux morts dans nos villes et villages !

L’équipe « Voix nomades » de la Mission de France

Signataires de la tribune : Martine Bodinier, Bénédicte du Chaffaut, Annick et Michel Hautdidier, Geneviève et Patrick Hubert, Colette et Roger Rauzy, Danielle Rochez.

Lien à la Source

 

Retour à l'accueil