Je ne suis pas chrétien. Et pourtant, la visite de Léon XIV en France me touche.
28 sept. 2026Elle me touche d'abord parce que je vois chez ce Pape quelque chose qui me semble profondément en résonance avec notre époque : la volonté de regarder en face les immenses bouleversements scientifiques et technologiques qui nous font face.
J'avais eu la chance d'échanger avec le Pape François sur l'IA. Il m'avait parlé du « vertige » que lui inspirait cette révolution, dont il avait très tôt perçu la portée. Je trouve passionnant de voir Léon XIV poursuivre cette réflexion et placer à son tour la révolution technologique au cœur de sa pensée.
Et cela me parle. Car plus la science et la technologie repoussent les frontières du possible, plus une question très ancienne revient avec force : qu'allons-nous faire de cette puissance ? Et surtout, où voulons-nous aller ?
Et puis il y a quelque chose de plus personnel. Léon XIV est un fils spirituel de saint Augustin. Et Augustin était un enfant de cette terre d'Afrique du Nord où je suis né, en Algérie.
Il y a là un fil invisible qui traverse les siècles et la Méditerranée et qui, forcément, me touche.
Enfin, il y a eu cette foule immense, place de la Concorde et à Lourdes. Au-delà de la foi de chacun, je crois qu'elle nous dit quelque chose de la France.
Nous avons passé des décennies à chercher des réponses économiques, sociales, institutionnelles à notre malaise collectif. Elles sont indispensables. Mais peut-être avons-nous oublié une dimension plus profonde : un pays ne vit pas seulement de ce qu'il possède. Il vit aussi de ce qui le dépasse.
Oui, une civilisation a besoin de prospérité, de science et de progrès. Mais elle a aussi besoin de transmission, de sacré, de racines, d'espérance, d'un horizon commun.
Appelez cela religion, spiritualité, transcendance, civilisation ou simplement besoin de sens.
Français et musulman, je n'ai aucun mal à reconnaître dans la France la fille aînée de l'Église. Pas plus que je n'oublie qu'elle s'est construite, siècle après siècle, en sachant aussi accueillir, intégrer et faire siens des apports venus d'ailleurs.
Ces deux histoires ne s'opposent pas. Elles sont la France.
En regardant Léon XIV et ces foules rassemblées, je me demande si ce Pape n'est pas venu réveiller quelque chose que nous pensions avoir perdu.
Et dont, peut-être, la France avait terriblement besoin.
Entrepreneur, 51 ans, musulman né en Algérie
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