VERNON le parcours du combattant de Neda PARHIZKAR, professeure Iranienne
13 août 2026Menacée d’expulsion, Neda, professeure iranienne, pourra rester près de son mari
Après avoir obtenu deux OQTF truffées d’erreurs, Neda Parhizkar, ressortissante iranienne de 28 ans, pourra finalement rester en France aux côtés de son mari.
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près des mois à attendre un titre de séjour, à avoir vécu 64 jours en situation irrégulière à cause d’un délai de traitement trop long, le 21 juillet, Neda Parhizkar a finalement reçu un courrier qui aurait pu faire basculer sa vie. Une vie qu’elle a mis quatre ans à construire en France depuis son arrivée en 2022, grâce à un visa étudiant. La ressortissante iranienne de 28 ans s’est vu notifier une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) sous 30 jours. « Ça a été un coup de massue », confie Thibault Ailloud, époux de Neda depuis novembre 2025.
Ensemble depuis plusieurs années, le couple s’était installé à Vernon en mars
2025 avant de se dire oui, six mois plus tard. Avec ce nouveau statut marital, Neda et Thibault ont fait une demande pour obtenir un titre de séjour vie privée et familiale. Ils ne s’attendaient pas à vivre un tel parcours du combattant : deux ruptures du droit au séjour (64 jours au total), un délai d’instruction de 160 jours (contre une moyenne nationale de 101 jours), deux OQTF… Les noces de coton ont été de vraies montagnes russes. « Une rupture de droit au séjour entraîne l’interdiction de travailler et peut priver d’accès aux comptes bancaires, rendant la vie extrêmement difficile », alerte Thibault. Et c’est cette situation administrative qui a mis fin au contrat de Neda. Diplômée d’un master de didactique des langues mention français langue étrangère, elle donnait des cours de français pour l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). « Il y a un vrai besoin de professeurs mais lorsque mon droit au séjour a expiré, je ne pouvais plus travailler », explique Neda… Une ironie du sort.
L’OQTF adressée à la professeure est vue comme une injustice, mais très vite, le désespoir cède place à la colère : « Nous avons épluché l’OQTF et nous avons remarqué qu’il était truffé d’erreurs grossières, à commencer par la date de notre mariage, le lieu (Cherbourg et non Vernon) et on m’a rebaptisé Arthur Aillur », rapporte Thibault. Après avoir fait un signalement à la préfecture, le couple reçoit, quelques jours plus tard, une nouvelle OQTF corrigée. Et surprise : de nombreuses erreurs sont de nouveau relevées.
Les services de la préfecture estiment que la jeune femme n’a pas fourni assez de preuves d’intégration ni de stabilité financière en France. Attachée à la langue française et à sa culture depuis l’adolescence, Neda a appris le français très tôt et elle a aujourd’hui un niveau proche d’un natif. « Mon mari vit en France, j’ai des amis ici, j’ai un très bon niveau de français et je donne des cours… Qu’est-ce qu’il faut de plus ? », s’étonne la jeune femme. Selon Thibault, la préfecture de l’Eure a fait du zèle : « La préfecture applique des critères supplémentaires de manière arbitraire, ce qui rompt la légalité républicaine. Pourtant, pour obtenir un titre de séjour vie privée et familiale en qualité de conjoint français, seuls quelques éléments sont nécessaires : un mariage civil, une communauté de vie continue (six mois si on est marié, douze pour le PACS, Ndlr) et un conjoint de nationalité française. »
Le couple fait alors appel à un cabinet d’avocats et après avoir partagé leur histoire auprès du Démocrate vernonnais, Neda et Thibault sont reçus le 28 juillet par le chef du bureau migrations et intégration de la préfecture qui reconnaît des « erreurs » en soulignant le nombre de dossiers à traiter. « Selon ses propos, un étudiant étranger ayant achevé ses études est censé retourner dans son pays pour faire une nouvelle demande de titre de séjour puis revenir. Comment renvoyer Neda en Iran alors que le pays est en guerre ? Comment faire ces démarches alors que les diplomates français ont quitté le pays ? », déclare Thibault.
Pour prouver la « vérité de leur mariage », le couple transmet alors 135 documents à la préfecture. Finalement, le 3 août, le couple est allé à la préfecture, cette fois pour repartir avec un récépissé clôturant ce chapitre houleux... avant qu’un autre s’ouvre. En effet, ce dernier est valide jusqu’en février 2027. Début août, le couple a déménagé à Rouen pour des raisons professionnelles et va donc devoir entamer une nouvelle procédure dans une autre préfecture. Ce que retient le couple de cet épisode : la lenteur de l’instruction, parfois bâclée au regard des erreurs éditées sur l’OQTF et l’impossibilité d’avoir un rendez-vous : « C’est compliqué de parler à une personne du service d’immigration », assure Thibault. Par ailleurs, il s’interroge : « Combien de personnes se retrouvent dans la même situation que Neda sans connaître leurs droits ? » En attendant, Neda va pouvoir se concentrer sur sa microentreprise qui lui permet de donner des cours de français particuliers.
Arielle BOSSUYT
Le Démocrate Vernonnais jeudi 13 août 2026
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